CONCLUSIONS
Apres avoir terminé la description des coquilles fossiles des environs de Paris, il ne sera sans doute point inutile de jeter rapidement les yeux sur les résultats généraux obtenus par leur étude.
Toutes les personnes occupées de recherches géologiques savent maintenant combien elles ont obtenu d’utiles secours de la connaissance des corps organisés fossiles, répandus dans les couches de la terre. Nous l'avons dit, ce sont les médailles authentiques que la nature nous a laissées pour tracer l'histoire philosophique des révolutions successives qu'a subies la planète sur laquelle nous habitons.
Déja de grands résultats sont définitivement acquis à la science, grâce à l'étude bien faite des fossiles; et ces résultats ont été presque toujours donnés par les zoologistes qui, par des inductions convenablement faites, ont Jugé de l'organisation des animaux dont les races sont éteintes, par celle des animaux qui vivent actuellement.
Il n’en faut pas douter, la géologie ne se réduit pas au simple rôle de l'art du mineur perfectionné ; elle ne se réduit pas non plus à rechercher, avec plus ou moins d’exactitude, la chronologie des âges de notre terre. Elle doit aussi essayer de tracer le tableau de ce qu'était la vie à la surface de la terre, dans des temps antérieurs à l'existence de l’homme, et sur lesquels il est impossible d’avoir d'autre histoire que celle que l’on trouve si fortement empreinte sur ces vieilles médailles des premiers âges. Il ne s'agit pas seulement de déterminer des périodes minéralogiques, variables de leur nature, d’une faible importance philosophique; mais il sera glorieux pour la géologie, aidée des travaux des zoologistes et des botanistes, d'apporter des matériaux pour la biologie de chacune des grandes périodes pendant lesquelles se sont successivement développées les organisations des êtres vivans, pour les amener, par une succession quelquefois interrompue par de grands événemens, à ce que nous les voyons aujourd’hui.
Cuvier, dans ses Recherches sur les ossemens fossiles, et M. Brongniart, à l'exemple de notre grand zoologiste, ont été les premiers à introduire dans la géologie l'étude des corps organisés fossiles, et les premiers, ils ont donné de se bre exemples des Pre inductions que l’on pouvait tirer de cette belle application. Plus tard, M. Brongniart donna plus de valeur aux études sur les fossiles, en cherchant à en étendre l'application à des questions géologiques
restées jusqu'a lui sans solution satisfaisante. Il était naturel à M. Brongniart de rechercher, pour ses comparaisons , ceux des corps fossiles que l'on rencontre le plus abondamment. Il n'est point indifférent, en effet, de prendre, pour en faire l'application à la géologie, telle partie de la science des fossiles plutôt que telle autre : toutes sont utiles sans doute, mais toutes ne le sont pas au même degré. C’est ainsi, par exemple, que les restes des animaux vertébrés, étant rares et d’une détermination dificile, diminuant rapidemant à mesure que lon descend dans les couches, ne peuvent donner des résultats aussi généraux que les fossiles appartenant à d’autres classes. Il a fallu également, pour les plantes, des circonstances extrêmement favorables à leur conservation , et de nombreuses couches terrestres n’en contiennent aucune partie. Il n’en est pas de même de plusieurs classes des animaux sans vertèbres, et parmi eux, il n’en est de plus universellement répandus que les coquilles et les zoophytes. Ces corps se montrent dans toutes les couches; ils y sont quelquefois distribués avec une grande abondance, et leur étude, bien faite, peut être d’un immense secours; car elle peut toucher à de grandes questions de biologie, et elle peut aussi donner de précieux matériaux pour la solution de questions difficiles de la physique générale du globe.
Pour rendre d’utiles services à la science géologique, les zoologistes doivent donc s'appliquer de préférence à l'étude minutieuse de ceux des corps organisés fossiles qui sont le plus universellement répandus , et, à cet égard, la conchyliologie jouit d’une prééminence incontestable; mais il ne faut pas se le dissimuler, cette science, livrée il y a peu de temps encore au goût et au zèle des amateurs, est plus difficile qu'on ne le suppose ordinairement, et ne peut donner d’utiles et vastes applications qu'autant qu'on est descendu jusque dans ses plus minutieux détails. Cette science procède comme toutes les autres parties de la zoologie; il faut connaître la structure intime des animaux, mettre les caractères de l’organisalion en rapport avec ceux du corps solide qui protège l'animal. Cest après avoir acquis la connaissance de tous les faits de détail relatifs aux mollusques vivans, que l’on peut arriver à la connaissance rationnelle des coquilles fossiles par des inductions quelquefois dificiles, dont le point de départ se trouve néanmoins dans la nature actuelle. Les inductions commencent à s'appliquer d’abord sur les espèces fossiles qui se rapprochent le plus des vivantes ; mais, comme, à mesure que l'on descend dans les profondeurs des couches de la terre, les espèces deviennent de plus en plus différentes des nôtres, appartenant souvent à des races d'animaux perdus, il faut savoir employer avec art des inductions dont la marche est la même que celle de l'observation. C'est ainsi, pour en donner un exemple, qu'après avoir obtenu une première induction d'espèces vivantes et fossiles voisines, on s'appuie de ce premier jugement pour avoir un
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nouveau point de départ dans la comparaison de ces espèces fossiles avec d’autres appartenant à des types plus différens, et l’on suit ainsi le même procédé pour toute la série des formes connues parmi les coquilles fossiles. C'est en suivant la marche que nous venons de traser rapidement, que nous avons travaillé avec persévérance à cet ouvrage, soutenu par l'espérance de rendre plus facile la géologie d’un terrain qui a servi de point de départ à l'étude des terrains tertiaires, et dans l'espérance aussi de présenter à la zoologie des faits intéressans puisés dans la connaissance d'espèces dont les animaux ne subsistent plus actuellement à la surface de la terre. Cette étude de nos espèces du bassin de Paris, étant aussi complète qu’on peut l’espérer après de très -nombreuses recherches, pourra devenir un terme de comparaison pour l'étude des autres terrains dans lesquels les coquilles fossiles sont répandues.
Dans un travail présenté à l'Académie en 1831, nous avons donné les résultats de la comparaison que nous avons faite entre les coquilles actuellement vivantes et celles qui sont fossiles dans les terrains tertiaires de l'Europe; l’un des principaux résultats de cette comparaison a été de déterminer l’âge de ces terrains et d'indiquer leur superposition. Ces résultats, présentés sous forme de prévision, ont depuis été acquis à la science par les recherches des géologues , et c'est ainsi que se sont réalisées des conjectures qui n'avaient pour elles que l’assentiment d’un z00logiste sédentaire. Un autre résultat, acquis par ce même travail, c’est qu'aucune espèce de coquille ne passe en identique des terrains secondaires dans les terrains tertiaires : ainsi les derniers étages des terrains secondaires que constitue la formation crétacée, sont nettement séparés des formations tertiaires, aussi bien par les observations géologiques que par celle de la zoologie. On a contesté cepen- ‘dant ce résultat, et l’on a cité des couches dans lesquelles se trouvent mélangées Jes espèces de la craie avec celles des terrains tertiaires. Mais nous avons la conviction que des observations incomplètes ont pu seules donner lieu à cette erreur, et nous avons l'espérance que ces mêmes couches, vues par des yeux moins prévenus, par des personnes qui n’ont point a défendre desidées systématiques, verrontles faits tels qu'ils sont et non tels que des conceptions théoriques les font apercevoir. Partout, en effet, si ce n’est sur un seul point des Pyrénées, les géologues sont d’accord pour séparer nettement les formations crétacées des formations tertiaires.
Le bassin de Paris, placé dans la série géologique entre la craie et les terrains tertiaires supérieurs, présente aux recherches des savans un intérêt puissant, parce que l’on espère y trouver la solution de quelques grandes questions importantes. Il était naturel d'y chercher d’abord des espèces intermédiaires entre celles des terrains plus anciens et celles qui vivent actuellement. Mais, s’il est vrai, comme nous le croyons, que toutes les espèces des terrains secondaires ont été détruites