‹ Description des coquilles fossiles des environs de ParisChapitre 310 sur 426 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

celles d’eau douce, et qu 11 n'existe entre elles d'autre confusion que celle relative à un nom équivoque. 11 faut encore dire que Lister ne comprit dans les Moules marines que les coquilles qui en font encore partie actuellement, si ce n’est une espèce d'Arche, qu'il y oublia sans doute. Ainsi dans les Moules marines de Lister il n’y a que des Moules et des Modioles.

Gualtierri, qui mit en pratique la méthode de Tournefort, imita Lister en ce point, et les Moules marines constituent dans son ouvrage un genre bien distinct et sans mélanges avec d’autres genres.

Il est fâcheux que Linné n’art pas suivi ces exemples, et que, dans ses dernières éditions, il se soit trop confié dans l'ouvrage d’Adanson, qui, dans beaucoup d’autres circonstances, pouvait étre un si bon guide.

On trouve dans l’ouvrage d’Adanson un genre Jambonneau, Perna, composé de Moules, de Modioles, de Pinnes, d’Avicules et même de Cardites. Ce genre est donc évidemment défectueux; mais le genre de Linne l'est encore plus, puisqu'il y a de plus des Huîtres, des Cypricardes, des Mulettes et des Anodontes. Il est vrai que les Pinnes ne s'y trouvent pas confondues, et qu'il a formé de ces coquilles un genre à part.

Bruguière sentit combien il était nécessaire de réformer ce genre Mytilus de Linné. Ce ne fut pas cependant dans les tableaux systématiques qui sont en tête de l'Encyclopédie que cette réforme eut lieu; il ne la présenta que plus tard dans les planches du même ouvrage, où il proposa des genres qu'il ne put caractériser. Ces genres, qui furent généralement adoptés, ne laissèrent plus dans celui des Moules que les coquilles que Lamarck partagea plus tard entre ses Modioles et ses Moules.

Ce réformes de Bruguière étaient les seules qui fussent nécessaires : le genre Modiole que Lamarck créa plus tard est trop artificiel, comme nous l'avons vu, pour être admissible actuellement.

Dès ses premiers travaux sur les mollusques, Lamarck rapprocha les Moules, les Modioles et les Pinnes: ces trois genres sont en effet ceux qui ont entre eux le plus de rapports naturels; aussi ils n’éprouvèrent par la suite aucune altération. Compris d’abord dans la famille des Byssiferes, créée dans la Philosophie zoologique, ils constituèrent plus tard, dans l'Histoire des animaux sans vertebres, une famille distincte sous le nom de Mytilacées et dont nous avons traité précédemment.

Une famille qui porte le nom de Mytilacées se trouve aussi dans l'ouvrage de M. Cuvier, Règne animal. Le genre Moule ét ses sous-genres y est associé aux genres Au aen Mulette, Cardite et Crassatelle. Le genre Pinna en est éloigné dans une famille précédente, celle des Ostracées à deux muscles.

Les détails dans lesquels nous sommes entré à l'égard du genre qui précède, nous dispensent d'en donner ici davantage, puisque nous ne pourrions le faire sans nous répéter.

Les Moules sont, comme les Modioles, des coquilles qui vivent, fixées par un byssus, en nombre souvent très-considérable, sur les littoraux de presque toutes les mers. Quelques espèces se trouvent à l'embouchure des cours d’eau douce et vivent dans les eaux saumätres; d’autres espèces peuplent quelques grands fleuves de l’Europe, ainsi que quelques lacs du centre de l'Allemagne, et sont dans des eaux toujours douces dans lesquelles. vivent en même temps des Paludines, des Limnées, des Planorbes, des Néritines, des Mulettes, etc. Ce fait curieux, qui n’a été constaté d'une manière irrévocable que depuis un petit nombre d'années, peut servir à expliquer d’une manière très-satisfaisante quelques phénomènes géologiques. locaux, dont il serait fort diflicile de se rendre compte. Cest ainsi que les terrains des environs de Mayence, par exemple, qui, d'apres l’opinion de Faujas, seraient marins, sont cependant d’eau douce; car les coquilles qui, selon lui, étaient des Vénus, sont des Cyrenes. On voit avec elles des Paludines, qui vivent également dans les eaux douces, des Hélices en petit nombre, et enfin avec tout cela une pétite espèce de Moule. La présence d’une coquille de ce genre, dont on ne connaissait pas encore alors les especes lacustres vivantes, a été, comme on peut le croire, le plus fort argument en faveur de l'opinion de Faujas, et maintenant elle ne peut hi la favoriser ni la combattre; mais, jugeant par l’ensemble des corps organisés qui constituent les couches dont il est question, nous les regardons. comme produites par une eau douce qui jadis aurait nourri tout à la fois des Moules, des Cyrènes et des Paludines, comme cela se voit encore aujourd'hui.

Les Moules sont beaucoup plus rares aux environs de Paris que les Modioles, et le nombre des espèces est bien moindre, puisque nous n’en comptons que deux. Le test, ordinairement mince, de ces coquilles, est: fort solide dans l’état vivant; mais la fossilisation, en enlevant la matière: animale, les rend extrêmement fragiles, ce qui contribue sans doute à augmenter leur rareté.

. MouLe 4 cREvAssEs. Mytilus rimosus. Lamk.

PI. XL, fig. 3.

M. testd ovato-elongatä, lævigatd, planiuscult, antice recté, aliquantisper incurvatd ; cardine recto, edentulo ; natibus minimis, terminalibus, rimd cardinali separatis.

Lamk., Ann. du Mus., tom. 6, pag. 220, n. 1, et tom. o, pl. 17, fig. 0, a, Ge Def., Dict. des sciences nat., tom. 33, pag. 151. 5 Localités : Grignon, Courtagnon, C. G.

Son extrême fragilité rend cette coquille fort rare dans les collections; elle est alongée, ovalaire, toute lisse, déprimée dans presque toute son étendue, si ce n'est vers les crochets, où elle est un peu enflée ; ils sont terminaux, un peu obliques, et au-dessous d’eux, sur le côté antérieur, la coquille se relève un peu et présente une petite sinuosité qui indique le passage du byssus. Les bords sont minces et tranchans; l’antérieur est droit, rarement un peu courbé; il est parallèle à l’axe longitudinal; le postérieur est courbé régulièrement dans toute sa longueur, et par cette courbure il se joint au bord inférieur, qui est presque en demi-cercle. Le bord supérieur ou cardinal produit par son incidence sur l’axe longitudinal de la coquille un angle peu aigu; ce bord cardinal est creusé d’une gouttière assez profonde qui, lorsque les deux valves sont réunies, laisse un hiatus assez considérable, dans lequel étaitplacé le ligament. La surface extérieure est lisse, ou du moins on n'y voit que des stries d’accroissement. A l’intérieur cette coquille est d’une nacre peu brillante, qui a beaucoup plus d'éclat dans les cassures. Longueur, soixante-trois millimètres; largeur, trente-six.

Mon cabinet et celui de M. Defrance.

. MOULE ACUTANGLE. Mytilus acutangulus. Nob.

PI. XL, fig GTS oh

M. testd or incrassatd , lævigatd, apice acutd, inferné rotundaté; margine cardinali subrecto, anticè septifero, subcalloso; umbonibus acutis, retortis.

Localités : Valmondois, Senlis, G. M.S.

pd

Nous avions d’abord pensé que la Moule que nous allons décrire n’était qu'une variété de la précédente; mais en ayant vu un certain nombre d’individus à des âges différens, nous avons pu nous convaincre de Ja constance de leurs caractères, ce qui nous a déterminé à en faire une espèce distincte. ;

Cette coquille est ovale-alongée, bossue, très-convexe et subcarinée vers les crochets; son côté antérieur est large et rentrant: on y remarque quelquefois entre des stries longitudinales d’accroissement de petites stries | transverses, obsolètes et irrégulières. La surface extérieure est lisse, interrompue par quelques accroissemens irréguliers. Les crochets sont pointus, entièrement terminaux et contournés un peu en spirale sur le côté antérieur; au-dessous de leur sommet on trouve une sorte de talon triangulaire, ou plutôtune sorte de cloison épaisse, calleuse etstriée en travers, au-dessous de laquelle la cavité des valves se prolonge. Le bord antérieur est un peu courbé en dedans dans sa longueur; il est épais, simple, un peu sinueux supérieurement. Le bord postérieur est presque parallèle à l’antérieur; il est peu courbé dans sa longueur. Le bord inférieur est régulièrement arqué en demi-cercle; le bord cardinal ou supérieur produit avec la ligne longitudinale de la coquille un angle beaucoup plus aigu que dans l'espèce précédente : ce bord est légérement arqué, épais, élargi et partagé dans sa longueur par une gouttière qui donnait attache au ligament. La cavité intérieure de cette espèce est profonde; sa surface est lisse et nacrée.

Cette coquille, fort rare aux environs de: Paris, est longue de soixantequinze millimètres et large de quarante.

Mon cabinet.

GENRE XXXVIIT.

PINNE. Pinna.

Caractères génériques. Coquille longitudinale, cunéiforme, équivalre, bâillante à la base, pointue au sommet, à crochets droits et terminaux. Charnière latérale, sans dent. Ligament marginal, linéaire, fort long, presque intérieur.

Testa longitudinalis, cuneiformis, æquivalvis, basi hians, apice acuta ; natibus rectis, terminalibus. Cardo lateralis , edentulus. Lisamentum marginale, lineare, prælongum, subinternum. À

Le genre Pinne est encore plus nettement indiqué dans l’ouvrage de Rondelet que celui qui précède, et l’on n’en sera pas surpris, puisqu'il

était déjà mentionné d’une manière très-exacte dans les ouvrages des anciens : ils savaient la manière de vivre de ces coquilles fixées perpendiculairement, la pointe en bas, enfoncée dans le sable ou la vase, et soutenues dans cette position par leur byssus. Ce byssus soyeux, dont on faisait alors un usage plus fréquent qu'aujourd'hui pour la fabrication de riches étoffes, avait donné lieu de connaitre mieux que beaucoup d’autres l’animal qui le produit. Ils étendirent aussi leurs observations sur un petit crustacé, qu'ils nommérent Pinnothere, parce qu'on le rencontre assez fréquemment dans la coquille des Pinnes. Pline raconte l’industrie de ce petit animal, elson récit, regardé avec juste raison comme fabuleux, supposait des actes d’intelligence à des êtres qui en sont incapables. Selon l’auteur ancien, la Pinne n'ayant pas d'yeux, le Pinnothère était la sentinelle vigilante qui, par un pincement, l’avertissait de fermer sa coquille lorsqu'elle était remplie de proie, laquelle était partagée d'un commun accord, lorsque par leur commune industrie elle était tombée en leur pouvoir.

indiqué d’une manière aussi positive par les anciens, le genre Pinna fut étudié de nouveau au renouvellement des lettres par les premiers auteurs qui traiterent de l’histoire naturelle des coquillages.

Rondelet, dans son Traité des poissons, fut le premier qui en fit représenter et en décrivit plusieurs, qu'il sépara très-nettement de toutes les autres coquilles bivalves. I joignit à leur déscription une dissertation curieuse sur le byssus.

Aux trois espèces de Rondelet, Belon en ajouta une quatrième qu'il représenta avec un ocelle à la partie supérieure des valves, ce qui est accidentel ou seulement d'imagination. c

Dans son ouvrage, où il montra tant d'érudition, Ale rande reproduisit les espèces de Rondelet et celle de Belon, auxquelles il joignit quatre espèces inconnues avant lui, et sur la plupart desquelles il reste du doute, à cause de limperfection des figures. Dans cet ouvrage, comme dans ceux que nous avons précédemment cités, les Pinnes forment un groupe bien à part, dans lequel 1l n'existe aucune coquille étrangère. Ce groupe si naturel arriva intact jusqu'a Adanson, transmis par Langius, Héctens Tournefort, Klein, etc.; fait très-remarquable et peut-être unique dans la conchyliologie din genre conservé des l’enfance de la science si intact et si naturel.

Nous avons vu, en parlant du genre Moule, quelle confusion Adanson a jetée dans son genre Jambonneau, dans lequel ne se trouve qu’une seule

Pinne, associée à des Moules, des Modioles, des Avicules, des Pintadines et une Cardite.

Linné imita ses prédécesseurs, en rejetant pour les Pinnes la confusion d'Adanson et en caractérisant ce genre de maniere à le rétablir dans son intégrité. Il sentit aussi tout ce qu'il y a d'analogie entre lui et les Moules, et il eut soin de mettre ces deux genres en contact.

Bruguiere adopta les rapports Ne dés par Linné; mais il ne l'imita pas, en cela qu'entraiîné par des rapports mal conçus, il mit les deux genres Moule et Pinne au commencement des coquilles bivalves, à côté des Solens, au lieu de les laisser à la fin de la classe, où ils étaient plus convenablement placés. Cette idée n’était point nouvelle au reste, car Bruguière l'avait prise de Klein, dont il savait cependant apprécier à sa juste valeur la méthode irrationnelle.

Ces nouveaux rapports de Bruguière ne furent pas confirmés dans Ja suite. Poli, qui, dans son grand et magnifique ouvrage, donna d'une manière complete l'anatomie des Pinnes, et leur imposa le nom de Chimera, rendit évidente leur analogie avec les Moules et la ressemblance de ces dernières avec les Avicules. Dans le même ouvrage on trouva une anatomie bien faite'des Solens et des Tellines, et l’on put ainsi s'assurer très-facilement combien ces genres sont éloignés des Pinnes.

Il ne sera pas sans intérêt d'ajouter à ce qui précède, ce qui a été fait depuis Bruguière à l'égard du genre qui nous occupe. Dès l’année 1798 M. Cuvier, dans son Tableau élémentaire d'histoire naturelle, adoptant le genre Pinne, le placa à la suite des Pernes, des Avicules et des Moules, et le fit suivre des Anodontes et des Mulettes, quoiqu’en réalité il y ait peu de rapports entre ces deux derniers genres et ceux qui précèdent.

L'année suivante, Lamarck, dans son premier essai d’une classification des mollusques et des coquilles, publié dans le premier volume des Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris (1799), mit les Pinnes dans la classe des coquilles bivalves régulières, entre les Moules et les Houlettes, et dans la série des mollusques byssifères.

M. de Roissy, qui, dans la Continuation des mollusques du Buffon de: Sonnini, donna si souvent des preuves de son savoir, de sa bonne foi et de sa sagacité, conserva les rapports indiques par Lamarck, qui lui-même les reproduisit presque sans changemens dans sa famille des Byssifères de la Philosophie zoologique (1809) et de l'Extrait du cours (1812).

M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, n’a pas adopté l’arrangement de Lamarck; il rejeta le genre Pinna de la famille des Malléacés dans celle des Ostracés à deux muscles, où il se trouve entre les, Arondes (Avicules) et les Arches. Il n’est pas douteux que si les Pinnes ont

des rapports avec les Avicules, elles n’en ont que de fort éloignés avec les Arches, et nous croyons que leur place est bien plutôt entre les Avicules et les Moules qu’à côté des Arches, comme l’a proposé M. Cuvier.

Les imitateurs de ce célèbre zoologiste ont maintenu dans leurs méthodes les rapports qu'il a indiqués. M. de Férussac , dans ses Tableaux systématiques, a changé les familtes de M. Cuvier en ordres et les genres en familles, sans que la méthode y ait autrement gagné, puisque les rapports restent les mêmes.

M. Latreille suivit dans ses familles naturelles l’arrangement de M. de Férussac. Lamarck cependant avait simplifié la famille des Byssifères dans son dernier ouvrage, et sa famille des Mytilacées était réduite, sauf le genre Modiole, à de justes limites. Il eùt été plus convenable, ce nous semble, de l’adopter préférablement à tout autre arrangement, en y apportant, comme l’a fait M. de Blainville, dans son Traité de malacologie, ce seul changement de la suppression du genre Modiole.

Le rapprochement des Pinnes et des Moules semble actuellement d'autant plus assuré, que les belles anatomies de Poli le confirment d'une maniere irrécusable. L’analogie dans l’organisation intérieure n’est pas la seule; on en retrouve une autre dans la manière de vivre, ainsi que dans les coquilles; mais sous ce rapport la ressemblance est moins grande.

: Les Pinnes sont des coquilles marines triangulaires, plus ou moins alongées, ayant le plus souvent les angles de la base arrondis. Les crochets sont complétement terminaux, comme dans les Moules; ils sont pointus et le plus souvent dénudés par suite de la manière de vivre des animaux, qui ont constamment cette partie plongée dans le sable ou la vase. Le ligament ést situé sur le côté supérieur ou dorsal de la coquille; il ressemble beaucoup à celui des Moules et des Modioles; il est alongé sur le bord et adhérent dans une petite rainure étroite et superficielle. Il arrive souvent que les deux valves se soudent entre elles au-dessus du ligament, de sorte qu'elles ne se meuvent que par suite de l’élasticité de cette portion du test. Dans un individu d’une espèce vivante fort rare de Pinnes, Pinna saccata, nous avons observé que les deux valves sont soudées non-seulement du côté dorsal, mais encore du côté opposé; -si ce n’est à l'endroit où passe le byssus, de sorte qu'il n’y avait plus de mouvement possible entre les valves et qu'elles représentent dans leur ensemble un petit sac comprimé qui n’est ouvert que supérieurement. Dans le plus grand nombre des espèces la base de la coquille ou son côté postérieur est toujours bâillante, ce qui n’a jamais lieu dans les Moules.

Lorsque l’on examine avec quelque attention la structure du test des Pinnes, et surtout dans les espèces les plus grandes et les plus épaisses, on reconnait qu'il est composé de deux parties bien distinctes, l’une extérieure ou corticale, l’autre interne, ordinairement nacrée. Cette partie nacrée est débordée de toute part par la couche corticale; elle a une structure lamelleuse, semblable à celle de toutes les autres coquilles. Il n’en est pas de même de la couche extérieure : elle est tres-cassante et, examinée à une forte loupe, on la trouve formée d'une foule de fibres très-fines et perpendiculaires. Cette structure est bien comparable à celle de certains minéraux, quelques stilbites, le gypse fibreux, par exemple.

Parmi les coquilles vivantes, le genre Bfane fut le premier dans lequel on observa la structure fibreuse de la partie corticale : de là la tendance que montrerent les géologues et ceux des zoologistes qui étudient les pétrifications, pour rapprocher des Pinnes toutes les coquilles fossiles qui ont le test fibreux. C'est ainsi que la Pinnigène de Saussure, les fragmens du Catillus et de plusieurs autres genres furent pris pour des Pinnes fossiles. Lorsque, par des observations multipliées, on se fut convaincu que ces coquilles rapprochées des Pinnes devaient constituer des genres particuliers, l’importance que l’on avait donnée à la structure de leur test devint un obstacle pour les placer d'une manière convenable dans la méthode. Sans doute que la nature du: test a bien quelque importance, quand il s'agit de déterminer des rapports; mais cette importance n’est que trèssecondaire, et elle s’efface devant les caractères pris de la charnière, du nombre des muscles, de la régularité, etc. Or nous concevrions aussi bien une Vénus, une Bucarde, etc., avec une couche corticale fibreuse, qu’une Pinne, une Perne, etc.; et malgré cette circonstance, nous la rapporterions au genre indiqué par la charnière, le ligament, les impressions musculaires, etc. ,

: Nous citons cet exemple pour faire mieux comprendre quelle valeur nous atiachons à la structure fibreuse du test; nous pensons que l’on sera : assez généralement de notre opinion, lorsque l’on saura que cette structure ne se trouve pas seulement dans un certain nombre de genres fossiles, mais encore dans plusieurs vivans, tels que les Crénatules, les Pernes, les Avicules, les Pintadines, les Marteaux, les Vulselles et les Pinnes.

Lorsque dans les ouvrages de géologie ou des orycthographes on trouve la citation de Pinnes fossiles dans des terrains inférieurs aux terrains tertiaires, on ne peut admettre ce fait qu'avec quelque défiance, parce qu'il est toujours à craindre que des fragmens étrangers à ce genre n'aient été

pris pour lui d'apres la structure seulement : on sera d'autant plus scrupuleux à cet égard, que l’on se sera convaincu que les Pinnes véritables sont très-rares au-dessous des terrains tertiaires. Quoique plus abondantes dans cêite derniere sorte de dépôts, le nombre des espèces qui y sont actuellement connues est trés-borné, et les environs de Paris, ordinairement si riches en espèces de tous les genres, n’en offrent qu'une seule qui dépende de celui qui nous occupe. Ceite espèce a de l'intérêt en ce que, se montrant dans les premiers dépôts du calcaire grossier, elle remonte dans les dépôts marins supérieurs et se retrouve dans ceux de grès tertiaire de la Belgique, aux environs de Valognes et très-probablement aux environs de Londres.

PINNE NACRÉE. Pinna margaritacea. Lamk.

PI. XLI, fig. 15.

P. testd elongatä, cuneiformi, trigond, angust4, sublævigatd, vel sulcis longitudinalibus, superficialibus, undulatis instructd, extüs fuscä, fibrosd, intus albd, margaritaced.

Lamk., Ann. du Mus., tom. 6, pag. 218, n. 1, et tom. 9, pl. 17, fig. 8. -Def., Dict. des sciences nat., tom. 41, pag. 71.

Localités : Grignon, Courtagnon, Parnes, Mouchy, Sevres, Chaillot, Paris (catacombes), C. G.; Senlis, G. M.I.; Valmondois, G. M.S.; Belgique, (les environs de Mons); Valognes; les environs de Londres?

Nous avons fait figurer un moule intérieur de cette coquille, sur lequel la partie nacrée seule existe, pour donner une idée plus satisfaisante de l’ensemble de la coquille que ne pourraient le faire des fragmens plus ou moins complets. Deux circonstances rendent presque impossible la conservation de cette espèce, son peu d'épaisseur, et la facilité avec laquelle la partie corticale abandonne la couche nacrée. Cette circonstance est si ordinaire que Lamarck a décrit la partie nacrée seulement. Cette erreur fut rectifiée par M. Defrance dans le Dictionnaire des sciences naturelles.

La Pinne nacrée est une coquille alongée, triangulaire, cunéiforme, déprimée latéralement; son côté postérieur, qui forme le plus petit côté du iriangle, a les angles obtus; il est bâillant et il est incliné sur l’axe longitudinal. Les crochets sont petits, pointus, rapprochés; il en part en rayonnant un petit nombre de sillons superficiels, onduleux, qui s'effacent peu à peu vers le bord postérieur : quelquefois ces sillons n'existent pas,

si ce n’est vers les crochets, où ils sont obsolètes. Le côté supérieur est un peu arqué dans sa longueur; il est aminci et subcariné. Le côté inférieur est plus obtus et il est tres-peu bâillant antérieurement pour le passage du byssus. À l'intérieur les valves sont d’un blanc nacré; elles sont de la même couleur en dehors, lorsqu'elles sont dépouillées de la couche corticale : celle-ci est brune, fibreuse, cassante, et ne présente jamais de traces d'écailles ou d’épines. Longueur, quatre-vingt-quinze millimètres. Cabinet de M. Defrance, celui de M. Duchastel et le mien.

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