SEIZIÈME FAMILLE
LES MALLÉACÉES.
Ligament marginal, sublinéaire, soit interrompu par des crénelures ou des dents sériales , soit tout-à-fait simple. Coquille subinéquivalve, à test feuilleté.
Les genres qui constituent la famille des Malléacées étaient compris avant son établissement dans celle des Byssifères. Cette dernière famille, que Lamarck créa dans sa Philosophie zoologique, fut démembrée par lui-même dans son dernier ouvrage; il en Ôta les Mytilacées, dont nous avons exposé précédemment les genres, et ceux qui restèrent (au nombre de cinq, Crénatule, Perne, Marteau, Avicule et Pintadine), groupés d’une manière naturelle, reçurent le nom de Malleacées.
M. Cuvier, dans la première édition du Règne animal, réunit les genres de cette famille dans celle qu'il nomme Ostracés à un seul muscle, Bien différens des Huîtres, ces genres méritaient d’en être séparés. Les auteurs méthodiques le sentirent, même ceux qui adoptèrent presque complétement la méthode de M. Cuvier.
M. de Férussac, dans ses Tableaux systématiques, adopta la famille des Malléacées de Lamarck; mais il la laissa dans le sous-ordre des Ostracés à un seul muscle, qui correspond à la même famille de M. Cuvier. M. de Férussac apporta quelques changemens dans la composition de la famille des Malléacées; il en rejeta le genre Crénatule, qu'il mit dans la famille des Aviculées, et y introduisit, à l'exemple de M. Cuvier, le genre Vulselle. Ce rapprochement, que nous avons attribué à tort à M. de Blainville, met ce genre dans des rapports beancoup plus naturels que ceux que Lamarck lui avait donnés dans sa famille des Üstracées. Pour M. de Férussac, la famille des Malléacées est composée des quatre genres suivans : Marteau, Vulselle, Perne et Inocérame.
282 DESCRIPTTON
M. de Blainville améliora la famille des Malléacces, à laquelle il donna
le nom de Margaritacées, dans son Traité de malacologie; il y comprit.
aussi les Vulselles et plusieurs genres fossiles, qui furent établis depuis la publication de l'ouvrage de Lamarck. Les genres de cette famille, au nombre de neuf, sont disposés dans l’ordre suivant: Vulselle, Marteau, Perne, Crénatule, Inocérame, Catille, Pulvinite et Avicule: à ce dernier est réuni le genre Pintadine de Lamarck. Relativement aux rapports de la famille des Margaritacées avec celles qui lavoisinent, ils sont conçus de la même maniere que ceux donnés par Lamarck, c’est-à-dire qu’elle se trouve en rapport immédiat avec la famille des Mytilacées.
La famille des Malléacées de Lamarck a subi des changemens bien plus grands dans la méthode de M. Latreille (Familles nat. du règne animal, pag. 211). Cet auteur lui donne le nom d'Oxigones; il la met dans un autre ordre que celle des Mytilacées, et il la place dans la premiere section de l'ordre des Manteaux ouverts, Patulipalla, entre les Pectinides et les Arcacés. Il nous semble qu'il sera toujours difficile de montrer la liaison entre les Arcacés et la famille qui nous occupe. Relativement à sa composition, elle pourrait être critiquée, puisque l’on y trouve le genre Mullérie, qui dépend certainement de la famille des Ostracées, en contact avec les Crénatules etles Gervillies, ainsi que le genre Pinne, qui appartient, comme tous les conchyliclogues en conviennent, à la famille des Mytilacées.
Malgré les changemens que nous venons de faire remarquer, on aura ‘observé sans doute que la famille des Malléacées conserve toujours pour élémens principaux les genres que Lamarck y a compris. Mais il est nécessaire, pour en améliorer la composition, de n'admettre que ceux des genres qui ont évidemment une grande analogie entre eux. Nous pensons que l’on pourrait y introduire les genres dans l'ordre qui suit : Marteau, Avicule, Vulselle, Catille, Crénatule, Gervillie, Inocérame et Perne. Aux Avicules nous joignons les Pintadines ; nous regardons le genre Pulvinite comme trop peu connu pour être admis définitivement.
Nous avons concu des doutes tres-légitimes à l'égard du genre Catillus,
comme on pourra le voir dans notre petit traité de quelques fossiles carac-
téristiques. :
Il y a quelques années que l’on ne connaissait pas dans le bassin de Paris un seul genre de la famille des Malléacées : aujourd'hui on peut en citer deux, Perne et Avicule, sur lesquels nous donnerons quelques détails.
PERNE. Perna.
Caractères génériques. Coquille subéquivalve, aplatie, un peu difforme, à tissu lamelleux. Charniére linéaire, marginale, composée de dents suleiformes, transverses, parallèles, non intrantes, entre lesquelles s’'insère le ligament. Un sinus antérieur, un peu bäillant, à parois calleuses, situé sous l'extrémité de la charnière, pour le passage du byssus.
Testa subæquivalvis, complanata, subdeformis ; textu lamelloso. Cardo linearis, marginalis, multidentatus; dentibus sulciformibus, transversis, parallelis, non insertis, lisamentum divisum inter se excipientibus. Sinus anicus , pro bysso, parietes callosas habens infrà cardinis extremitatem.
Linné confondait les Pernes avec les Huîtres; ces deux genres ont cependant des différences extrêmement grandes et en même temps bien faciles à apercevoir. Aussi Bruguière n’hésita pas à séparer les Pernes des Huîtres dans les planches de Émapellometie et depuis cette époque ce genre fut généralement adopté. Lamarck, le prenne l'introduisit dans sa Méthode et caractérisa le genre que Bruguière n’avait qu'indique. Lamarck des-lors apprécia d'une manière convenable ses rapports et le mit à côté des Marteaux, des Avicules et des Vulselles; rapports qui ont été admis par tous les conchyliologues ou qui n’ont subi que des changemens de peu d’'importance.
En traitant de la famille des Malléacées, nous avons indiqué avec soin les différentes opinions des zoologistes à son égard, pour que l’on püt re-: marquer que ces divergences ont eu lieu en mn e à l'égard d’un ensemble de genres et non sur quelques-uns d’entre eux; ce qui prouve que les rapports des genres entre eux étaient connus et justement appréciés, mais qu'il n'en est pas de même relativement aux rapports des familles.
Les coquilles du genre Perne sont toutes marines; elles sont aplatiés, longitudinales, plus ou moins épaisses, nacrées à l'intérieur et recouvertes en dehors d'une couche corticale fibreuse, semblable à celle des Pinnes; elles se rapprochent de ce dernier genre particulièrement en ce que les crochets sont terminaux; ce qui n’a pas lieu dans les Avicules et les Marteaux. Le côté antérieur est ordinairement sinueux, épais et bäillant, pour le passage d’un byssus grossier, à fibres très-grosses et très-solides. Les valves, à l'endroit du bâillement, sont souvent fort épaisses et calleuses. La charnière est très-remarquable; elle sufit seule pour bien caractériser le genre:
elle est formée dans chaque valve d’une surface plane, oblique, découpée en travers par des sillons égaux en gouttières bien parallèles, qui donnent insertion à un ligament multiple; car il y a un ligament dans chacune des rigoles.
Depuis long-temps on connaît des Pernes à l’état fossile; Aldrovande en à figuré une dans son Museum metallicum ; Soldani en a représenté une trèsbelle dans son Traité des coquilles microscopiques. Nous ne parlons pas des coquilles de terrains plus anciens, qui sont comprises pour la plupart dans le genre Gervillie. Jusqu'à présent on avait cru que le genre Perne pouvait caractériser la partie supérieure des terrains tertiaires; mais la découverte que nous avons faite d’une belle espèce aux environs de Paris donne la preuve que ce caractère n’est pas admissible et qu'il faut ici, comme dans la presque-totalité des corps organisés fossiles, prendre les caractères géologiques dans les espèces et non dans les genres.
Pere DE Lamarck. Perna Lamarcki. Nob.
PI. XL, fig. 7, 8.
P. testd ovato-oblongd, æquivalvi, apice acutiusculä, longitudinaliter incurvd , lævigatd, margaritaced, depressd; cardine plano, crebri-sulcato ; sulcis angustis, inæqualibus.
Localités : Senlis, Valmondois.
Nous dédions à la mémoire de lillustre et respectable Lamarck, auquel les sciences doivent tant d’utiles travaux, l’une des coquilles les plus intéressantes qui aient été découvertes nouvellement dans les terrains parisiens.
Cet hommage est bien dù au célebre auteur des Mémoires sur les fossiles
des environs de Paris.
La Perne de Lamarck est une espèce très-facile à reconnaitre; elle est ovale-oblongue, arquée dans sa longueur; elle est équivalve, réguliere, déprimée, terminée par un sommet pointu, un peu élargie et déprimée à son côté inférieur; le côté antérieur est fortement concave; il est limité par un angle assez aigu; il présente dans le milieu une fente lancéolée entre les valves, pour le passage du byssus. Le bord antérieur est arqué en dedans; il est épais et arrondi. La charnière est formée par une surface plane, inclinée en forme de talon; son bord externe est arqué et tranchant, et l'interne est droit et crénelé dans toute son étendue. Cette surface cardinale est chargée de dix à douze sillons étroits, dont quelques-uns sont
un peu plus larges et plus écartés que les autres, Les bords postérieur et inférieur sont minces, tranchans, simples et un peu renversés en dehors. A l'intérieur les valves sont lisses et polies; on n’y aperçoit pas l'impression musculaire , tant elle est superficielle; à l'extérieur elles sont également lisses, et l’on trouve quelquefois des parties brunâtres de la couche extérieure fibreuse : dans quelques individus des accroissemens plus ou moins nombreux, quelquefois subréguliers, se montrent à la partie inférieure de la coquille. On ne trouve ordmairement que des fragmens de cette coquille très-fragile. Nous en possédons un individu bivalve un peu mutilé (c’est le mieux conservé qui soit connu) et une valve isolée bien entière.
Cette précieuse coquille a cent six millimètres de longueur et cinquante et un de large.
Mon cabinet.