TOME
qui enont été la suite. Il nous serait facile de démontrer les inconséquences, le manque de principes, qui se remarquent dans les ouvrages plus ou moins étendus des auteurs qui se sont le plus occupés de ce qui est relatif à cette famille; nous réservons cette discussion pour un travail général que nous avons commencé depuis long-temps, etnousnous contenterons de présenter ici quelques résultats principaux.
Puisque tous les conchyliologues reconnaissent aujourd’hui que le Birostre n’est autre chose que le moule intérieur des Sphérulites, il faut admettre, lorsque le moule est complet, qu'il est l'expression fidele de l’intérieur de la coquille d'où il sort; il représente exactement et en relief les divers accidens de la surface interne, comme si on avait jeté du plâtre dansune coquille quelconque, dont on voulait obtenir le moule intérieur. À côté de cette idée si simple se présente une difficulté dans son application. On objecte, si le Birostre est le moule exact de la surface interne des Sphérulites, comment se fait-il que le Birostre n’est point en rapport avec la surface interne, actuellement observée dans ces coquilles? comment se fait-il aussi que le Birostre soit placé libre dans une cavité plus grande que lui, et qui n’a pas un seul des accidens que le Birostre représente. À ces objections bien fondées, on a répondu de diverses manières : pour la plupart des zoologistes, ils ont supposé que l’animal déposait sur la surface interne de sa coquille une couche cartilagineuse, dans laquelle s’est formée le Birostre, et que cette couche, ayant été facilement détruite, a laissé un Birostre presque isolé dans une cavité plus grande que lui; mais on sentira combien a peu de fondement cette supposition, puisque ceux qui s'en servent, sont forcés d'admettre un simple fait qui la détruit. Il existe, d’après eux, et cela est vrai, des impressions musculaires sur le Birostre; on n’en trouve aucune trace correspondante sur la surface interne actuelle de la coquille : la conclusion est tres-simple et elle doit être rigoureusement admise par les observateurs; c’est que les muscles avaient leur insertion sur la matière interne et cartilagineuse de l’animal; comment se fait-il dès-lors, quand on en est venu à donner les caractères de la famille et du genre, que l’on a avancé que l'animal n'était lié à sa coquille par aucun muscle? Cette contradiction manifeste, embarrassante sans doute pour ceux qui l'ont faite, n’est point ce qui doit en ce moment nous occuper le plus; mais ce qui nous importe de bien savoir, c’est qu'il n'existe aucun animal conchylifère, à quelque classe qu'il appartienne, qui unisse dans la composition solide de sa coquille deux matières si différentes, testacées, cartilagineuses; ce qu'il faut encore ajouter, c’est qu'une
telle composition est contre les lois universelles de l’organisation des animaux de cette classe, dont les muscles s'attachent à la partie la plus solide de leur enveloppe. En répondant ainsi par des principes à une théorie d'imagination, on peut parvenir à la détruire complétement; mais il faut lui opposer les faits les plus concluans, et dés-lors il sera facile de juger de quel côté est la vérité.
D'autres zoologistes ont cru que le Birostre était l’os interne d’un animal qui occupait l’espace vide de la coquille : une simple cassure, en démontrant que le Birostre n’a rien d’organique, a dù faire rejeter pour toujours cette theorie.
Avant d'expliquer à quoi est dù l’espace vide qui se trouve entre le Birostre et la surface interne de la coquille qui le renferme, voici le raisonnement que nous avons fait.
S'il est vrai que le Birostre soit l'expression fidèle d’une surface interne de coquille, habitée par un animal quelconque, on se fera une idée parfaite de cette cavité, en faisant la contre-empreinte d’un Birostre tres-complet; qu’arrive-t-1l de cette opération? Cest qu’on reproduit, comme nous avons eu occasion de le dire plusieurs fois, une véritable coquille bivalve, avec tous les caractères qui conviennent essentiellement aux coquilles de cette classe: de ce fait, démontré avec toutes les preuves que les observateurs les plus difficiles et les plus opposés pourraient désirer, il en résulte pour nous une conséquence rigoureuse, appuyée en principe et sur les observations les plus multipliées, c’est que toutes fois que l’on trouve un Birostre isolé dans une coquille , une partie de cette coquille a été dissoute, tandis que l'autre a résisté à la destruction.
Ce fait si singulier d’une dissolution partielle de coquille, paraîtrait moins étonnant, si, avant d’être appliqué à l'explication des phénomènes relatifs à la famille des Rudistes, on avait commencé par prouver qu'il n’est point restreint comme on l’a cru; mais qu'il se présente sans exception pour toutes les coquilles renfermées dans les mêmes couches que les Sphérulites à Birostre. Dès que l’on admet la dissolution partielle des coquilles, il devient trèsfacile de ramener les Sphérulites et autres genres des Rudistes à leur véritable organisation; des-lors aussi on est forcé d'admettre pour conclusion que les Rudistes sont des coquilles bivalves , irrégulières, à valve inférieure très-grande ; la supérieure operculiforme, articulée au moyen d'un ligament et d'une charnière puissans, et présentant dans l’intérieur deux impressions musculaires, latérales, saillantes dans la valve supérieure.
On conçoit qu'avec de tels caractères, qui sont si conformes à tous ceux
connus dans la classe des Mollusques acéphalés, conchyfères, il est facile de déterminer les rapports des Rudistes. Parmi les familles des coquilles bivalves, celle des Cames présente des caractères très-analogues; on y trouve en effet des coquilles irrégulières, adhérentes par la valve inférieure, trés-inéquivalves, articulées en charnière, et ayant à l’intérieur deux impressions musculaires latérales. La famille des Rudistes, telle que nous la concevons, doit donc être placée dans le voisinage de la famille des Cames, soit qu'on la maintienne comme famille, soit qu’on en fasse un ordre particulier. Nous nous sommes abstenu jusqu’à présent de citer un genre irèsintéressant, qui doit actuellement faire partie de la famille qui nous occupe, nous voulons désigner le genre Ichthyosarcolite, qui fut placé, comme les Hippurites, parmi les Céphalopodes. Nous-même avons partagé cette opinion erronnée, à l’article du Dictionnaire classique qui concerne ce genre; nous nous fondions alors, comme tous les zoologistes qui nous avaient précédé, sur des observations incomplètes, faites sur des matériaux toutà-fait insuflisans. Un observateur d’une grande persévérance, infatigable dans ses recherches, M. Roulland, officier distingué de la marine, nous communiqua, dès 1829, des portions d'Ichthyosarcolite, dont il ne reconnut pas les véritables caractères. Nous restâmes convaincu dès-lors, et notre opinion devint aussi celle de M. Roulland, que ces corps, présentant un Birostre ou moule intérieur, comparable à celui des Sphérulites, appartenaient à la même famille, et devaient être retirés des Céphalopodes. Cette opinion, qui nous appartient entierement, eut un résultat dans la classification des Céphalopodes que nous présentâmes, la même année, à l’article qui les concerne, dans le Dictionnaire encyclopédique.
Nous bornerons la les observations que nous voulions présenter sur cette famille si intéressante des Rudistes, et les personnes qui voudront approfondir les élémens de la discussion, devront consulter l'ouvrage de M. Desmoulins, les diverses notes publiées par M. Roulland et les divers articles ou notes que nous avons insérés dans le Dictionnaire classique, l’'Encyclopédie méthodique ou les Annales des sciences naturelles.