T. II
l’église DB SAINT-PIERUE
Le même sentiment l’a porté à faire sciilptei sur la clef de voûte de cette chapelle la Médaille ou Croix dite de saintBenoît, qui, de nos jours encore, opère tant de prodiges (4).
Soixante-quatre stalles, disposées de chaque côté en deux rangs superposés, garnissent le choeur. Ces magnifiques boiseries sont ornées d’un arbre de Jessé, qui commence à la stalle du dernier des moines pour aboutir du côté de l’Évangile à une image de la Sainte Vierge portant l’Enfant Jésus, placée au-dessus du siège abbatial. Du côté de l’Évangile se déploie la généalogie de Notre- Seigneur selon saint Matthieu, et du côté de l’Épître, celle que donne saint Luc. Chaque panneau contient le buste en ronde-bosse d’un des ancêtres de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ces figures sont l’oeuvre d’un ciseau qui visait peu au fini et à l’élégance, mais qui savait donner à ses créations
de l’abbaye de Solesmes sont nés dans les rochers mêmes de Subiaco.
(1) On trouve chez le portier de l’abbaye, l’Essai sur la Croix, ou Médaille de saint Benoît, par le T. R. P. Dom Guéranger.
la vie et l’originalilé. Le style semble indiquer une main flamande, et les costumes, indépendamment de la tradition de Solesmes, suffiraient pour indiquer l’époque de Jean Beugler. L’observateur remarquera quatre charmantes figures qui représentent les vertus cardinales et qui ornent à chaque e.x.trémité du chœur les supports du baldaquin des stalles (1). Du temps des Mauristes et probablement aussi de Jean Beugler, le chœur ne contenait que vingt-quatre stalles. M. Foubert, sculpteur à Sillé-le-Guillaume, les a restaurées et complétées avec tant d’art, que sans un examen attentif on ne pourrait pas distinguer dans ces belles boiseries les parties anciennes des nouvelles. Les miséricordes méritent un regard. Les unes datent du temps de Jean Bougler, les autres ont été décorées avec
(1) Les attributs de ces figures méritent d’être mentionnés. La Justice tient d’une main une balance, de l’autre, un glaive surmonté d’une couronne étoilée. La Prudence est habillée en religieuse : sa main droite pose sur une tête de mort; sa gauche soutient un miroir entouré d’étoiles. La Force est coiffée d’un casque ailé et caractérisée par une tour et un serpent qui se dresse contre elle, enroulé autour de son bras gauche. La Tempérance porte des lunettes d’une jmain et une horloge de l’autre.
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goût par le sculpteur moderne. Le prie-Dieu qui | orne le siège abbatial, fait également le plus grand honneur à ce talent aussi réel que modeste.
A l’entrée du chœur, sous la première travée, , du côté de l’Évangile, se dresse une élégante co- I lonne de marbre du pays, qui, selon l’usage des i basiliques romaines, sert à porter le cierge pascal, j Offerte par les directeurs de la Compagnie mar- | brière de l’Ouest, elle est comme le signe de l’alliance conclue entre le monastère et la noble industrie qui s’est si heureusement développée à son ombre.
Un orgue d’accompagnement, placé au bas du chœur, soutient le chant durant les Offices. Le dimanche et les jours de fête, d’autres orgues, construites à l’entrée de l’église, font entendre leurs voix à la fois puissantes et harmonieuses (1).
La sacristie, vaste et commode, n’offre rien qui puisse attirer le visiteur. Quelques-unes des armoi- j res qui la garnissent, datent encore de la Congré- j
(1) Cet orgue, de vingt-quatre jeux, a été très-habile- | ment restauré et transforiiié par M. L. Debierre, facteur d’orgues à Nantes.
galion de Saint -Maur. La porte qui donne entrée de l’église dans cette salle, est d’une architecture très-élégante. Construite en même temps que le groupe de la Rencontre de Notre-Seigneur au milieu des Docteurs, elle ornait autrefois l’entrée de la chapelle de Notre-Dame-la-Belle, du côté du cloître. Cette communication ayant été détruite par la construction des chapelles de la nef, Dom Guéranger fit transporter ce gracieux monument à la place qu’il occupe aujourd’hui.
En descendant la nef, le visiteur trouve les neuf chapelles q«e Dom Guéranger a dû bâtir pour assurer chaque matin la célébration des messes privées; à droite, les chapelles de Saint-Michel, de Saint-Georges, de Sainte-Scholastique et de Saint- Jean-Baptiste; à gauche, celles de Saint-Joseph, de Sainte-Cécile, du Sacré-Cœur, deSaint-Jean-l’Évangéliste et de Saint-Martin. Adroite, chacune des chapelles est ornée de la statue de son titulaire; à gauche, ces images sont peintes sur des vitraux. Les autels et les pavés en mosaïque qui les accompagnent, sortent des ateliers de la marbrerie de l’Ouest. L’élégance de leurs formes et l’heureux
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choix des marbres charment les visiteurs, qui ne | soupçonnent pas tant de ressources dans les car- !
rières et l’industrie de la contrée. !
La chapelle de Saint-Joseph s’élève sur l’empla- j cernent du caveau, où les moines de Saint-Maur ! avaient placé la statue de Geoffroy, frère de Robert IV | de Sablé, qu’ils regardaient à tort comme celle ! du fondateur du monastère. Jusqu’à la Révolution, ils entretinrent une lampe à l’entrée de ce caveau, dans la chapelle de Notre-Seigneur. Les vitrau.x de la chapelle du Sacré-Cœur représentent sainte ; Gertrude et sainte Mechtilde, toutes les deux j moniales bénédictines dans l’abbaye d’Helfta, en Saxe, qui ont les premières connu et révélé les mystères du Cœur de Jésus; la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation, qui eut mission pour faire établir officiellement ce culte resté jusqu’alors à l’état de dévotion privée. Le troisième vitrail enfin offre une figure allégorique représentant l’Église Romaine adorant le Sacré Cœur. A l’entrée de la chapelle, le visiteur aperçoit deux mots grecs, gravés sur une plaque de marbre blanc : HTOPI CEMNiî, Cordi
1)E SOIÆSMES
Jntegerrimo ou Sacratissimo . C’était l’inscription dédicatoire de la crypte où repose aujourd’hui le corps de Dom Guéranger et qui était d’abord consacrée au Sacré Cœur. Ces deux mots sont empruntés à la célèbre inscription en vers grecs d’Autun, dont la découverte et l’interprétation ont été le point de départ des travaux de S. E. le Cardinal Pitra sur l’antiquité chrétienne.
Toutes ces chapelles attendent des peintures. Celle de Sainte-Scholastique seule a reçu une décoration complète d’architecture romane de style fleuri. Dom Guéranger fit exécuter ces travaux comme gage de sa reconnaissance pour la protection dont la Vierge du Gassin a environné Solesmes durant l’invasion prussienne. La statue est celle qui décorait, à la collégiale de Saint-Pierre-dela-Cour, au Mans, l’autel où reposaient les reliques de la sainte patronne de la ville.
Près de la chapelle du Sacré-Cœur s’élève la statue de saint Pierre, que nous avons déjà mentionnée. Cette œuvre, justement admirée par les amateurs de l’ancienne sculpture catholique, était placée près de la Pietà dans le transsept.
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En 1870, pendant que la doctrine de l’Infaillibilité pontificale était discutée dans le Concile du Vatican, Dom Guéranger fit transporter cette statue à cette place, sous une arcade romane, construite et richement décorée par ses ordres. Sur le piédestal, on grava sous sa dictée, dans les trois langues grecque, latine et française, l’inscription trop oubliée aujourd’hui, que durant tout le moyen âge les pèlerins lisaient au pied de la célèbre statue de bronze de saint Pierre, dans la basilique vaticane (1).
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XPrCÛ THN 0EOrAYnTON nETPAN EN H BEBHKÛC OY KLONOYMAI
(1) Dom Mabillon a exhumé le premier ce vénérable monument épigraphique, qui témoigne de la foi de l’antiquité dans rinfaillibilité de Pierre et de ses successeurs. Veter. Analect., t. IV, p. 505, 519 et De Magistris, Aala SS, Martyr, ad Ost, Tib. p.351.
Saint Pierre parle à ceux qui viennent s’agenouiller devant lui : « En me voyant, leur dit-il, ne vous arrêtez pas à la personne de Simon, fils de Jean, mais élevez-vous jusqu’à celui que je représente et que je continue sur la terre » :
DEVM VERBVM INTVEMINI AVRO
DIVINITVS SGVLPTAM PETRAM
IN QVA STABILITVS NON CONGVTIOR