‹ Description des deux églises abbatiales de SolesmesChapitre 7 sur 10 · DIVINEMENT TAILLÉE DANS L’OR · texte numérisé non relu

DIVINEMENT TAILLÉE DANS L’OR

ÉTABLI SUR ÉLLÉ JÉ SUIS INÉBRANLABLÉ.

Ces soins reposaient l’illustre Abbé des travaux qu’il menait alors avec tant de vigueur pour la

l’église de saint-pierre

défense des prérogatives du Pontife Romain. Le 18 juillet, la définition de l’Infaillibilité du Pape était rendue par le Concile ; et le dimanche suivant, 24 juillet, Dom Guéranger bénissait solennellement la statue, qui devait être désormais dans l’église de Solesmes le mémorial de ce grand acte doctrinal. Le Souverain Pontife Pie IX a daigné s’associer à cet hommage rendu au Prince des Apôtres ; et il a accordé aux fidèles qui baisent le pied de cette statue les indulgences accordées aux pèlerins qui vénèrent de la même façon l’image de saint Pierre dans la basilique vaticane.

Le saint Pierre de Solesmes est une œuvre d’art de premier ordre. On dirait en la voyant que le prieur Guillaume Cheminart, qui la fit exécuter au XV' siècle, avait le pressentiment de la destination qu’elle devait recevoir un jour. Saint Pierre est représenté en pape, la tiare sur la tête, avec l’aube, la dalmatique, la chape et les gants, selon les usages liturgiques de la France à cette époque. Il bénit d’une main, de l’autre il tient les clefs symboliques. Son visage offre l’empreinte à la fois d’une douce majesté et d’une vive

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componction. Les traits sont larges et les détails finement travaillés. Le geste de la main qui bénit est rendu avec une rare élégance, que les mutilations subies par la statue n’ont pu détruire. L’aube est brodée de riches dessins et la chape ornée de charmantes figures. Sur le fermail qui la lient, on voit les armoiries de Guillaume Cheminart. L’ensemble est un peu court de proportions ; mais ce défaut même accentue plus énergiquement le caractère de force et de solidité qui convient au Docteur universel et infaillible, appuyé sur la Pierre inébranlable et identifié avec elle.

Avant de quitter l’église de Saint-Pierre de Solesmes, le visiteur tiendra à s’agenouiller sur le tombeau de Dom Guéranger. En 1838, pour accomplir un vœu fait au début de son œuvre, le vénérable Abbé fit creuser à l’entrée du transsept une crypte semi-circulaire dans le rocher de. marbre qui porte l’église. Ce travail fut presque entièrement e.xécuté par les moines, et l’Abbé y prenait part lui-même. Dom Guéranger disposa ensuite dans celte crypte un arcosolium, décoré de marbres et de peintures, à l’imitation des cha-

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pelles des catacombes romaines. L’autel, placé sous l’arcoso/mm, fut dédié au Sacré Cœur et reçut le corps du martyr saint Léonce, trouvé à Rome, le 24 novembre 1832, dans le cimetière de Cyriaque,sur la voie Tiburtine, et donné à l’abbaye de Solesmes par le cardinal Odescalchi, mort depuis en odeur de sainteté dans la Compagnie de Jésus. Pour compléter cet ensemble, l’autel majeur, qui s’élevait au milieu du transsept, fut reculé jusqu’à l’entrée de la crypte et tourné vers le chœur. L’église abbatiale de Solesmes avec sa crypte du Sacré-Cœur et sa Confession du martyr saint Léonce, présenta alors une fidèle image des basiliques romaines. En 1865, lors delà construction du nouveau chœur, Dom Guéranger sacrifia, bien qu’à regret, cette disposition, cet agencement de l’église, qui rappelaient l’antiquité. L’autel majeur fut transporté au chevet de l’église, l’autel du Sacré-Cœur fut enlevé et la crypte fermée par une • voûte et des dalles de pierre.

Après la mort de l’Abbé de Solesmes, quand ses fils eurent la douloureuse obligation de préparer ses funérailles, ils eurent unanimement la même

pensée : l’ancienne crypte du Sacré-Cœur et de saint Léonce était le seul lieu où l’on pût déposer les restes du vénérable Abbé. C’était pour tous un deuil de voir cette place, sanctifiée autrefois par l’accomplissement de tant de mystères sacrés, foulée par les passants, sans que rien n’annoncàt sa destination primitive. La crypte fut rouverte et, contre toute espérance, on retrouva intactes les peintures dont le vénérable Abbé l’avait fait décorer.

Au fond de ï avcosolium on voit le Bon Pasteur portant la brebis égarée sur ses épaules. A ses côtés sont deux chèvres, l’une blanche, l'autre noire; types, la première, des âmes innocentes, et la seconde, des pénitents. A droite, est la Samaritaine; à gauche, le Christ guérissant l’aveugle-né; sur la courbure de l’arc, la Vierge en orante avec l’Enfant Jésus devant elle.

Le 4 février 1875, le corps du vénérable Abbé, revêtu de tous ses ornements pontificaux, la crosse sur le bras droit selon l’usage monastique, fut déposé sous V arcosolium , à la place même où reposait autrefois le martyr saint Léonce. Une table

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de marbre noir ferme le sépulcre et porte ces simples mots écrits en caractères daraasiens :

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