BRIE. GROS-BOIS. — LAGRANGE
De l’autre côté de l’Yères , au milieu d’une belle et fertile plaine , s’élève le clocher de l’église paroissiale de la petite ville de Bri€-Comt«-Rabert , construit , à ce que prétend le vulgaire ignorant , par les Anglais, et, depuis, augmenté par la reine Jeanne d’Evreux.
Cette église , d’une belle structure , et l’ancienne forteresse, dans laquelle est une vieille tour ou donjon , sont les seuls objets remarquables de cette ville qui reçut le nom de son fondateur, Robert de France, comte de Dreux et de Brie.
Brie-Comte - Robert , siège d’une justice de paix, a un hôpital, fondé en iao8, et compte deux mille cinq cents habitants j il s’y tient un marché è blé très-important.
Gros-Bois était connu dès l’an ias6. Cette propriété ayant été acquise, en 1616 , par Charles
de Valois, comte d’Auvergne, duc d’Angoulôme,
DEl'XIÈME PROMENADE.
fîls naturel de Charles 1\ : ce prince qui aimait les arts , commença dans ce lieu le château et le parc pour l’agrandissement duquel il fit abattre l’église. Cette démolition se fit , dit - on , d’une manière assez bizarre. Le duc, saisissant le temps où le cure et ses paroissiens étaient allés en procession dans une paroisse voisine, mit un si grand nombre d’ouvriers et de soldats à la besogne, que l’église n’existait déjà plus avant le retour de ceux qui étaient intéressés à sa conservation.
Après avoir passé dans un grand nombre de mains , le cliâtean et le |>arc de Gros-Bois , accrue toujours en embellissements et en étendue, vinrent , comme le château de Bnmoy, dans la possession de Monsieur , aujourd’hui Louis XVIIL Vendus plus tard comme propriétés nationales f ces lieux de plaisance tombèrent heuretisemenb entre les mains de Barras, alors l’un des directeurs de la république , et les arts s’en applaudirent. Conservé et entretenu, Gros-Bois devint la retraite du général Moreau, jusqu’à sa proscription. H appartient aujourd’hui au prince de Wagram.
Le parc de Gros-Bois a une étendue de mille sept cents arpents , clos de murs. Les jardins , en partie entourés d’eau , sont vastes et agréables; on arrive 'par une grande et belle avenue au cliàteau qui consiste en trois corps de bâtiments.,
BRIE. — GROS-BOIS. — RRGRA.NGE. l3l
«Jont ceiui du fond s’arrondit en demi-cercle , et les deux antres forment les ailes. Du reste ,'les combles élevés et le style général de la décoration , rappellent parfaitement l’époque de sa coustrnetioD. galerie, peinte par Blauchar.d , offre diilerents sujets militaires et des conférenees avec les Suisses.
Lorsque le duc d’Angoulême, cüi^racié de la cour , s’étak retiré à Gros-Bois , il avait fait placer dans tous les appartements des devises relatives à sa situation , et qui s’y lisaient encore plus d’un siècle après. Sur la cheminée de la principale pièce, on remarquait celle-ci, qui aurait semblé être hiite pour le vainqueur de Hobenlindeu :
Scipionibus ac Belisariis , de palriâ non minùe benè meriius, patria non item benè mérita.
A peu de distance de Gros-Bois , on rencontre une maison habitée par des religieux de la Trappe, qui ont succédé aux Camaldules que le duc d’Angoulèmc y |ivait établis en i64o.
Les premiers ermites avaient été fondés en ce lieu par saint Louis ; un monument qu’on voyait dans leur église, prouve qu’elle avait été i-cstaurce par le frère Jean- Baptiste INollet.
Le château de la GrangeÂu-Milieu , situé au
DEUXIÈME PBOUEKAbZ.
centre des bois qui s’étendent du boui^ d'Yières ii celui de Boissy-Sainl-Lëger 1 chef-lieu du canton, est d’une belle et solide construction. La &çade sur les cours a conservé son appareil en briques ; celle qui donne sur les )ardins est décorée. On admire le beau salon en stuc , commencé pour le maréchal de Saxe, et fini pour M. Raymond, sur les dessins de La Touche. Ce salon est décoré de pilastres cannelés d’ordre corinthien , et de trophées. Les deux cheminées sont ornées chacune d’un ba»-relief en stuc , exécuté par Chevalier. Parmi plusieura bustes qui enrichisseut ce salon , on remarque eelui du héros dcFontenoy. Dans un autre appartement du même genre, décoré de menuiserie , on voit quatre tableaux : l’un représente Vénus à sa toilette ; un autre , Psyché qui réveille l’Amour endormi , tous deux ont été peints par de Troy le fils; les auties sont de Gaze : les sujets sont , l’un Vénus sortant du bain , et l’autre, le triom-phe de cette déesse sur les eaux.
Les avant-cours sont fort étendues et entourées de fossés; de belles avenues conduisent à ce château , dont le parc a été planté par*Lenôtre.
La Grange, dont la construction semble remonter au règne de François 1" , a appartenu au duc de Guise, surnommé le Balafré, et au maréchal de Saxe. Dans le bois qui est entre la Grange et les Cainaldulés , il se tient annueUement , au
B»TK. — GROS- BOIS. — LAGRANGK.
mois de mai , une fête champêtre qui attire non seulement tous les habitants des environs , mais encore beaucoup de monde de Paris.
De la butte de Grifibn , qui forme une sorte de cap à l’extrémité du plateau de Gros-Bois , on découvre tout le cours de la Seine, depuis Corbeil jusqu’à Paris, sur un horizon iininense. La base de ce monticule est entouré de beaux villages et d’un grand nombre de maisons de plaisance. Au sud, SC trouve Yères, endroit peuplé de mille habitants ; Crosne, qui a vu démoUr son château, mais qui compte parmi ses enfants le législateur du Parnasse français. En face , sur l’autre colline , Montgeron, gros village traversé par la route de Lyon, possède on grand château. •
TrUÆNEUVE-SAIMT-GBORGïS. — BREVANStES.
— CRETEHi.
F iUeneuveSaint-Georges ^ sut la pente même delà butte du Griffon , et au bord delà Seine, est un boui^ peuplé de mille habitants, et traversé, comme la plupart de ceux dont nous venons de parler , par la route de Lyon ; c’est là que la petite rivière d’Yères se joint à la Seine. Ou trouve en ce lieu ime raffinerie de sucre, et on y remarque particulièrement la maison qui est au confluent des deux rivières , et dont la terrasse , olhbragée de
BEUXIÈME PKOMENADE.
grands arbres, domine la Seine. Villeneuve-Saint- Georges , jadis entourée de bois, devait le droit de gîte aux rois ; aussi plusieurs d’entre eux s’y sont-ils arrêtes.
Valenton^ village où se trouve uneconminnanté de femmes trappiste.s , est la première maison cloîtrée qu’on ait rétablie depuis la révolution , quoique les 1(ms défendent ces sortes de tombeaux vivants.
Brevannes est remarquable par un beau château dont Lenôtro a dessiné les jardins , et par une maison qui appartenait à madame de Coulanges , etqu’babita souvent madame de Sévigné. Ces deux villages occupent le côté septentrional du Griffon.
Avtneu;/ était, dès 6i6, une terre royale oii les souverains avaient une maison de plaisance. Clot'iirell , dans cette même année, 6i€, y tiut une assemblée des grands du royaume de Bourgogne, et l’empereur Lothaire y séjourna en 84a. La petite église paroissiale de ce village est du quatorzième siècle; elle offre des détails très-soigués.
Crctcil , beau et grand village près de la Marne, a une hante antiquité; les habitants font remonter la fondation de leur église â l’époque où les légendes |>lacent le martyre de saint Agoard et saint Agliberl. Malgré cette opinion , on j>ent juger, par la tour placée sur le milieu du portail, comme à Saint-Germain-des-Prés , à Paris, que
CRKTF.IL.
eelte partie derédifice ne rernoute pas au-delà de la fin du règne de Henri I*'. Le chœur [wraît cire du treiûème siècle. Cette église est vaste et accompagnée de bas côtés d’une bonne construction.
En 1647, Jean Dubcllay, évêijue de Paris, échangea avec les chanoines sa terre de JVissous contre celle de Créteil , que possédait le chapitre. Ses successeurs y firent bâtir un très-bea«i château, qu’habitaient souvent les archevêques. Ce château, qtii a appartenu de nos jours au maréchal Serrurier, a été vendu et démoli en i8il.
C’est au hameau de Melly ^ nommé Massolacum par Frédegaire, que Clotaire II tint en 6i3 une assemblée des grands de sou royaume, et que, deux ans après , Dagobert l" fut reconnu roi.