ÉTAMPES
Dans le,nornbre des villages compris entre Fontainebleau et la vallée d'Etampes , et C[ui , la pluprt f ont des châteaux sans intérêt historique; on remarque Champmolteux , dont Péglise renferme le tombeau du chancelier de l’Hôpital, mort au château de Yigqpy. La vallée d’Etampes offre un des plus beaux paysages de la France, par ' sa fraîcheur et sa variété. Le bassin assez vaste , que forme la réunion des petites rivières de Chalouette et de Louette avec la Juine , renferme une praine, si bien partagée et diversifiée par des plantations de peupliers, de saules, d’aunes et autres arbres qui se plaisent dans les lieux humides , qu’à voir les coteaux qui l’environnent, on la prendrait pour un agréable parterre. La réunion de ces eaux, qui suffiraient à la navigation, si les usines de la vallée h’y mettaient obstacle , arrose la vlUe d’Etampes : elles vont, quelques lieues plus bas, se jeter dans l’Essonne. Les collines qui bordent ce vallon sont ou boisées,, ou convertes de .vignes.' C’est à la fraîcheur , à la beauté de ce paysage , que les anciens liistoriogiaphes attribuent l’origine du nom d’Etampes, qu’ils font
CHAOTUOTTEOX. — ÉTAMPES. i2ï‘
dériver de Tempe par analogie avec la célèbre vallée de ce nom en '1 hessalie.
Cette charmante situation a souvent engagé les roiff à demeurer à Etampes , qui fut tour-à-tour la possession de trois de leurs maîtresses : Anne de Pisseleii, duolicsse d'Etainpes, Diane de Poitiers et Gabrieile d’Estrée. Plusieurs maisons de çette ville offrent encore des emblèmes qui rappellent que FrançoLs 1" et Henri II les firent bâtir pour y établir leur cour.
On- remarque particulièrement celle qui. fut bâtie pour Diane, et dont il ne reste plus qu’une partie. Sur la porte de l’ancienne chapelle on voit un bas-relief représentant la descente du Saintt Esprit. La tour Guinguette, sur la cote occidentale, est un reste du château-fort construit par le roi Robert; au milieu de la ville on trouve encore des vestiges de l’hôtel , des quatre tours ou du Séjour élevé par la veuve de ce monarque.
Parmi les édifices modernes on distingue à Etampes la maison de M. Lahaye , bâtie sur les dessins de Brigard ; l’entrée en est décorée par un péristyle de quatre colonnes d’ordre ionique. I.<a maison de M. Clémou , restaurée par Lefèvre jeune , offre un petit porche dpnt les co-lonncs doriques portent les retombées des arcs.
11 s’est tenu à Etampes plusieurs conciles, tant
lai TBOiSilÈHS fIkOH&liAU.
nationaux qoe pruvinciaux. lunoceiit 11 y lauça les foudres contre sou uoai})étiteur Anaclel.
Etampes, traversé dans sa longueur par la grande route d’Orléans, rat une' ville assez bien bâtie. Elle est le siège d’une aous-pnéfocture du département de Seine-et-Oise , et l’on y compte huit mille habitants ; elle est entourée d’agréables plantations qui forment des promenades.
Le commerce de grains , de fiirines et de laines, y est très-considérable; les foires et les marchés ont donné à Etampes une assez haiite importance et lut procurent des richesses qui , depuis la fin du dernier siècle , se sont beaucoup augmentées. Les nouveaux moulins se multiplient aux environs d’une manière étonnante. Les anciens augmentent le nombre de leurs roues ; ces usines qui j.adis ne travaillaient que pour l’usage des habitants du canton , sont devenues des fabriques importantes , et les meuniers des commerçants qui maintenant expédient à l’étranger et même aux colonies. Etampes enfin est devenu le grenier des provinces méridionales comme de Paris.
BUUICEHAUT. — fiEURHE. — CHAMPIGMY. —
ETRBCHY. — CHAMARANDE.
Au-dessous d’EUmpes , à droite de la route , un trouve B runehautf qui doit son nom à la reine
BRUNEUAUT. ' — JEURBE « Etc. Sa5
épouse de Sigebert , qui avait en ce lieu un château, dont il ne reste que quelques vestiges. Dans les fouilles qu’on y a faites on a trouvé des médailles romaines au coin des* premiers empereurs, et jine statue de Priape. Ces découvertes pourraient faire conjecturer que ce lieu était liabité avant que Brunebaul l’occupât.
Le château , situé au milieu d’un grand parc , se présente sous l’aspect d’un fort isolé et d’qne. forme pittoresque. Assis sur une vaste pelouse, il est entouré de beaux arbres , et de chacune de ses quatre faces , la vue se promène agréa-, blement sur un paysage d’un caractère différent, qu’embellissent les eaux et la verdure. Au milieu d’une épaisse futaie on trouve une colonne en pierre , haute de trente-six pieds ; consacrée à la Concorde civile , ce monument est surmonté d’une belle statue de la divinité consolatrice ; sur une des laces du piédestal , on lit cette inscription :
Concordiee civium ■
Carolut yiart M. D. CÇC. ‘ - ‘ .
Sur une autre làcc sont gravés les vers suivants
d’Horace :
Audiet civeê acuitte ferrum,
, Quo gruve» Penœ meUàs périrent ;
Abtdict pugnat, viiù parmtum 4
) . . Rarajwentu»,
TROUIÉm PROltENADE.
Les ràines d’un vieux château-fort; un joli pavillon consacré' à l’étude, et où l’on voit le buste de DeKUe , avec ces vers de V Homme des Champs : • '
Heureux qui, dans le scia de vos dieux domestiques.
Se dérobe aux fracas des tempêtes publiques,
Et dans un doux abri , trompant tous les regards ,
Cnhire ses jardins , les vertus et les arts.
ËiiQn un temple à l’Amitié, sont les principales fabriques qui décorent c«îs jardins, plantés sur les dessins de leur propriétaire Charles Viart.
* leurre , dont le parc marécageux a été des» séché au moyeu d’un bel aqueduc souterrain; Gravelle epà. tient au village d’^/uf^ers, sont des châteaux qui , sous le rapport de l’architecture, n’ofiVent rien de remarquable.
C’est à Champiguy , dans un château qui n’existe plus, que Diane de Poitiers fut reléguée et Huit ses jours.
A quelque distance du village ÿKlrechy ^ dans >ui vallon sauvage et entouré de bois, on trouve les ruines du Roussay, ancien château-fort, dont la solitude, les fossés profonds et les bantes tours, attestent le séjour de la tyrannie féodale.
Chamarande t grand et beau château, fut bâti dans le dix-septième siècle : sa construction en grès et. en briques annonce la sohdité, mais lui donne
BltCNEHAUT. — JErHKE , CtC.. 223
un aspect sévère qu’augmentent encore ses larges fijssés et l’atmosphère humide qui l’enveloppe. Le , parc, dont on attribue la plantation à Le Nôtre, contient une magnifique futaie. Chamarancle, situé à l’endroit où la vallée de Juiue se rétrécit, entouré de rochers de grès que cachent à peine une plantation d’antiques ehùtaignicrs , a quel<{ue chose de sauvage.
La rivière de Juine continue de cotiler entre des coteaux couverts' de grands blocs de grès et plantés de bouleaux. A l’extrémité de cet agreste défilé, se trouve le vaste château du Ménil- Voisin , construction du règne de Louis AlII. Ce château bâti en grès et en brique , et scs énormes combles , caractérisent le goût du dix-septième siècle. Assis dans un marécage, et entouré de canaux larges et profonds alimentés par des eaux noires comme le fond de tourbe sur lequel elles coulent , ce château est privé de points de vue j mais de son parc , qui a quatre cents arpents et s’étend sur la montagne, l’œil se promène avec plaisir sur des sites aussi variés que pittoresques. Sur une hauteur, vis-à-vis le château, est l’ancienne tour de Pocancy.
FREMIGIÎY. — SAI^T-VRAIN. — L.A FERTi- ALEPS.
Le château àsFrenügny, dans une assiette plus
aaG . TnoisiÈME promenade.
, a etc rfstaiiré et cinltclli depuis cinq à .six ans. On peut trouver de la prétention dans les porclies et les perrons de cet édifice 3 cependant rdlet, en est agréable.
Le cliàteaii de Saint- forain, dans le village de ce nom, fut bâti en 1778, par Ledoux, pour la conitesse Dubarry, que la mort de son royal amant avait forcée de quitter la cour.
Ce gracieux et élégant édifice forme un pavillon surmonté d’un dôme, et ayant onze croisées sur les grandes faces cl cinq sur les petites ; on y arrive par un beau perron élevé sur un soubassement formant terrasse. L'entrée est décorée d’un péristyle de quatre colonnes d’ordre dorique , couronne d’un fronton et orné d’un bas-relief par Pajou, repr< sculant le dieu Pan. Le côté du jardin est décoré ele niches , eUde six colonnes ioniques, portant un entablement surmonté de statues en marbre à l’aplomb des colonnes. Les deux faces latérales olfrent chacune un .petit ordre de quatre colonnes doriques, enrichi de statues de marbre. Le rez-de-chaussée eontient l’appartement principal. Ce bel édifice, remarquable par son heureuse disposition , la richesse de la décoration de ses élévations et la belle distribution de ses appartements , est entièrement bâti en pierre , dans un pays où l’on n’en trouve point. Le parc , qui a de belles eaux, est agréaJjleraent et pittoresquement
niKUIGNY. ST.-VRAIN. l.A FEm É-At.rî’S. «2^
clistribué; il tleut it des bols assez vastes, clan milieu desquels s’élève un obélisque , où viennent aboutir toutes les routes qui les traversent.
Presque au cçnilucnt de l’E-ssonne et de la Ju'me , au milieu de marais tourbeux, -on trouve la célèbre filature hydraulique de V Epine , et près de là, au Bouchet^ la poudrière qu’on y a tiausporté d’Essonne.
Cuite poudrière , voisinage dangereux pour le premier de ces établissements, est la plus ancienne fabrique du département. Elle avait été établie à Essonne en i66d. Cçl établissement , en pleine activité, peut occujier soixante ouvriers et fournir j*ar an douze cent milliers de poudre. Une telle (àbrication exigerait neuf cent milliers desalj)clrc. Cette poudrière est établie sur les ruines du château que posséda le célèbre Duquesne, riionneur de la marine française. Professant la religion évangélique, ce grand homme mourut après la révocation de l’édit deiVantes, fidèle à sa croyance. Il fut enterré sans pompe dans son jardin , où rien u’indicjue le lieu de sa sépulture, tandis que les marbres, les métaux précieux, les plus pompeuses et les plus menteuses inscriptions, chargent la poussière de tant d’hommes rpii n’eurent de grand que le nom.
La Ferté-Aleps, anciennement La Ferlé Baudouin, sur l’Essonne, est une petite xille, ou pour mieux dire, un liourg jadis fortifié, in^s qui
aa^S TROISIÈME PROMENADE. ^ ‘
inijoimi’liui, n’ofFre rien de remarquable. C’est hr 6ié{;e d’une justice de paix ; on y compte Luit cents habitants. •
ARPAJON. — ÜOURDAN. — ROCHEFORT, —
ANGERVIEIÆRS’. — I-IMOURS. — lÆ UARAIS.
, — BEjVUREGARD. — MARCOUSSIS. ^
En revenant gagner la grande route d’Orléans , on arrive à Arpajon, petite ville peuplée de deux mille trois cents habitants, et chef-iieu d’une justice de paix. Sa situation, au confluent de' l’Orge et de la Remarde, est fort agréable. Arpajon est entouré de jolies promenades et de plusieurs petits villages , dont les châteaux méritent presque tous quelque attention 3 on y voit une vaste halle et quelques maisons bien bâties.
Au sud-ouest d’Aqîajon on trouve la ville de Dourdan , dans une agréable situation, peuplée de trois mille habitants, et présentant, eomme seul objet remarquable, un ancien château-fort, dont la fondation peut dater du cinquième siècle. Ce château est conq)Osé d’une très-grosse tour , placée au centre, et de huit autres toius réunies par des courtines et entourées de fossés larges et profonds.
Cette forteresse antique , qui fut long-temps là maison de force du département de Seinc-et- Oise, a été rendue au duc d’Orléans, et la prison transférée à Poissy.
àBPAJON. — DOCRDAJJ. — ROCHEFORT , CtC. 3 29
Rixhefort dont le cliâtcau est détruit , et
Saint-: Arnoult , sont deux bourgs situés dans la vallée de la Remardc. Ce sont les derniers sites pittoresques avant d’entrer dans les vastes plaine» de la Beauce.
Les châteaux ê! Angerviïîers et Bonnelles ont disparu ainsi que celui de Limours, qui fut bâti par la duchesse d’Etampes dans le bourg de co nom. François 1" se plaisait beaucoup dans ce manoir, qui fut ensuite possédé par Diane de Poitiers et par le cardinal de Richelieu. Le château du Marais est le seul qui se présente à l’admiration du voyageur. Construit par Berré, avec un soin tout particulier, ce château est un des plus remarquables des environ» de Paris , par le mérite de son architecture et par sa belle situation. Un perron noble conduit à l’étage ‘principal , qui s’élève sur un soubassement. L’avant-corps est orné de quatre pilastres composites et couronné d’un altiquc. L’intéiieur de l’édihce se fait remarquer par la beauté et la noblesse de sa décoration. Bâti d’une pierre très-blanche, sa façade se réiléchit dans un vaste canal , dont il n’est sé|>aré que par les cours. Quoiqu’on pût désirer, <lans cet ediiiee, plus de simplicité, on doit regretter que de pareille» habitations, qui deviennent chaque jour plus rares-, ne se niulti|dient pas sur notre sol; elles annonceraient aux étrangers ha richesse de la nation française et sou goût pour les beaixx-wts.
a3o TROISIÈME l’BOMENADE.
A l’exlrcniité orientale de la plaine de Gometz, et dans un village place comme sur une haute terrasse, s’élève le château justement nommé rpganl, d’on l’on découvre toute la vallée de Marcousns , cl , par-dessus la plaine de Bbndondc, la vallée de la Seine jusqu’aux coteaux de la Brie.
En descendant par des sentiers escarpés , à I travers les hois solitairc^s de Saint -Vandrille , on arrive au hordde l’étang de Marcoussis. Vers le milieu de cette Belle vallée, s’élevait encore,' en j8o5, un ancien château-fort, rebâti, en l336, par .lean de Moutaigu, que l’on présume avoir été le (ils naturel de Charles VI. ( Voyez planche 28.) Abandonné depuis deux siècles, cet édifice fut enfin démoli , et il ne reste plus aujourd’hui que peu de v esliges de cette énorme construction en gressrrie. Ce seigneur paya cher la haute fiveur dont il jouit pendant quelque temps à la cour de son père ; la faction de Bourgogne lui fit trancher la tète en j4oq‘. On raconte que François l'% passant ciiezles oélestins de Marcoussis , voulut railler ces nioincs sur le genre de mort de Jean deMon-^ taign , leur fondateur, dont h; corps avait été âttachc au gil)etde MontRmc(ni.'«// ne fut pas jugé par la.justk o , lui dit un religieux. Et par qui donc'î
Pur des commissaires n Le roi, frappé de cette
réponse, mit, dll-on, la main sur l’autel, et jura
Dqitizcdj . GoC''^lr
\W àr, Huinri du Châtron dr Mondh(r\
MARCOUSSIS. — MONTinÉRT. — lONGPONT. 23»
de ne faire jamaLs juger personne par des commissaires spéciaux. Pourquoi les monarques ne foiiliis pas loujours un pareil serment? On venait n^oins de bourreaux , et un bien moins grand nombre de victimes. •
' L’église paroissiale du village de Marcoussis, construite aussi par Jean de Montaigu, pour les céleslins , est un édifice rcmarquablé.
MONTIiHERY. — LONGPONT. • ’ h
Sur un mamelon, qui scmlde être dans l’isolement, s’élève une haute tour, ancien donjon et principal reste de l’importante forteresse ücMont- //ze'r^. (Voy.pl. 2g.) Comme la plupart des monuments de ce genre, celui-ci a donné lieu à beaucoup de fables. L’étymologie de son nom , souvent altéré, ne peut conduire sûrement à connaître son fondateur. Selon les plus grandes probabilités, il dérive du celtique Mont-le-Jléry , montée rude et difficile. On sait que jusqu’en ioi5 cette éminence était couverte de bois. Ce fut le roi Robert qui accorda à son forestier, Tlûbaut-File- Etoupe, dont il estimait la probité et le courage, la permission d’y bâtir une foi tcresse. L.-! qualité de seigneur de Monllhéi V' que prenait Thibaut donnci'ait lieu de croire que la ville existait déjà, et que ce fut pour la protéger et y attirer les gens et les cli'ets du plat jiays, que le château fut liàli. situation avautageuss de cette place, la soli-
a3a ' TRÔISIÊHE PROMENADE.
tlilé el la hauteur de ses murs et de ses tours firent hienlôt repentir les rois de France de la concession de Robert. Sa liaison avec les châteaux de eprbeil et de Chàteau-Fort intercej>talt toute comniunicatioii entre Paris et Orléans. Vainement Philip|>e 1" voulut s’en rendre maître par force ; il n’y parvint qu’en mariant Philippe de Mantes avee une fille du seigneur deMonÜhéry. Il échangea cette forteresse contre Me hun sur- Loire,
' et y fit quelquefois sa résidence ; mais Milon II ayant tenté de la reprendre, Louis VII, pour mettre tin à ses continuelles alarmes, (it démanteler le château de Montlhéry , eu 1 1 o6. La possession de ce fief fut cependant encore le sujet de longues dissensions et de nombreux combats, jusqu’à ce que Hugues de Crécy eût étranglé de ses propres mains IVlilon 11 , son compétiteur^ et que, pour obtenir sa grâce, il eût cédéMont- Uiéry au roi. Plusieurs monarques résidèrent dans ce château qui, ainsi que tous les édifices de ce genre , vit sous ses voûtes gémir d’illustres prisonniers. Philippe IV y fil détenir le comte de Hainaut en I2y2, et Louis de Flandre en i3ii. • Moullhéry fut pris et repris par les Armagnacs et les Bourguignons en i4i7 et l4l8. Mais l’époque la plus mémorable de son histoire est celle de la sanglante bataille livrée sous ses murs, le i6 juillet l'iGS , dans le temps de cette guerre du ^ien public qui ne fit que rendre le peuple plus