EAUX DE VERSA'ILLES
C’est ici le lieu de parler de l’origine des eaux, amenées à si grands frais dans un pays qui, relativement à la quantité nécc.ssaire pour, la décoration des jardins , en était dépourvu.
C’est dans les plaines élevées de Saint-Hubert et de Trappes , au-dessus des sources, de l’Ivette * et de la Bièvre, que, par des rigoles ouvertes au bas des diverses pentes naturelles du terrain, les eaux pluviales, rassemblées assiduement pendant une moitié de l’année , remplissent les étangs de* , la Tour, du Perray, de Saint- Hubert, de 'trappes, de Bols-d’A,rcls et de Bols-Robert; d’où,* soutenues le long de' la côte au nord de la vallée
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tic Li Bièvre , elles traversent , dans des aqueducs souterrains, la plaine de Satorj', pour se verser dans un bassin asser. voisin des réservoirs du Parcaui -Cerfs, mais de «juarante pieds plus élevés que lui. De là, par un tuyau fermé, ces eaux passent sous l’avenue de Paris , remontent sur la butte Moiilbaurou, dont elles ren»plisscnt les réservoirs^ et , par un second siphon , sont portcics au châteaa d’eau qui fournit.les eaux jaillissantes les plus élevées du jardin de ^ cisailles.
Vers l’antre extrémité de la chaîne qui sépare l’Ivetté, d’autres ri{»üles rassemblent les eaux des plaines de Palaiseau, de \ illeras et de Saclé dans les étangs de Saclé , d’où , par des galeries souterraines et l’aquéduc de Bue, elles parviennent aux réservoirs du Parc-aux-Cerfs. De ces bassins . elles sont amenées ]iar des liiyanx au réservoir do l’Opéra, pour fournir aux eaux jaillissantes du second ordre. L n servico d’usiiic a été tiré de la dilTérencc du niveau entre ces deux eaux ; et, la . chute d’une partie des eaux supérieures dans les réservoirs inférieurs fait mouvoir une fdalnre mécanique.
Quelques grands que soient ces travaux , dont «cependant peu de personnes peuvent juger, parce qu’avec la connaissance de l’art il faudrait encore •parcourir une étendue iinmciisç dé pays, ils eussent été éclipsés par le projet conçu d’amener , sur
EACX DI TERSAIUES.
les bulles de Versailles, la rivière d’Eure dctouriiée à Poulgouin , en traversant son propre lit sur le superbe aqueduc de INlaintenou, qui tombe aujourd’hui en ruine.
Quant aux eaux potables , des vingt fontaines de la ville, dix sont alimentées par la Seine au nioyen de la machine de INIarly ; deux par les eaux des élaiigs 5 et les huit autres par des sources que des conduits souterrains amènent des coteaux situés au nord et au nord-est de Versailles.
BUC. — JOUY. — SACLK.
Au midi, et au revers des coteaux qui couvrent les bols du Cerf-Volamt et des Gonard , bois qui forment d'agréables et solitaires promenades , on trouve le vallon de la Bièvre , dans lequel est situé le village de Buc^ qui tire son nom deda quantité de buis que l’on y voyait j;idls. Ce village renferme une division du haras de. Viroflay; il est destiné aux étalons et aux poulains; .dans l’autre établissement 011 lient les cavales et les fKuillches.
• Les eaux des étangs de Saclé^ pour se rendre dans les réservoirs de Versailles,, traversent la vallée de la Bièvre, surraq^iluc dit de Bnc,aii(juel elles ar- " • rivent par des galeries sonlcrraincs. Cet aquédue (pl. 4a), bâti eu 1686, ctjnsiste en une épaisse muraille, de deux cent quarantOfjnatre toises de longueur, seize pieds d’épaisseur, et soixante-six
quatrième PROMEJfAB*.
de hauteur J les dix-nenf ai c,-wh s dont îl est perci* ont cinquante-cinq pio.ls et .lenii de hauteur sur vingt-neuf pieds (rois ponces de largeur. Cet édifice s élève, ainsi que le chemin qni conduit de Versailles à l illers-U^ Bâclé , sur un terre-plein de qnaran(e-cinq loises de large à sa hase el seize de hantciiri lequel est percé d’une arcade sous laquelle passe la petite rivière de Bièvre.
L’aquéduc de Bue, dénué de tout e.spècc d’ornement , produit cependant l’elTet le plus pittoresque, el le plus imposant par la belle masse de son ensemble , et sa situation élevée en travers d’une vallée profonde et bien boisée.
Le fond de ce vallon forme une belle prairie , arrosée par une multitnde de sources, et coupée par d(w bosquets dont les grands arbres, masquant le terre-plein de Taquédiic, nfe laissent rien paraître que l’édifice auquel on pourrait naturellement supposer lieux rangs d’arcades.
Du chemin qui suit parallèlement le pied de laquéduc, el a travers scs vastes arcades, on jouit . de la vue la plus riche et la plus vaiiée. Le village • de Jouy -en - Josas ,■ groiqié avec les grandes constructions de sa manufaclui;e, de l’église, du chaleaii, et les niasses d’arbres des parcs de ses nombreuses maisons de plaisance, forment le tableau le plus biiUant et le plus jiiltoresque. Celte scène animée et gracieuse, contraste agréablement
BtC. — JOUY.' — tACLÉ. 355
avec le site agreste et la sombre verdure de la partie opposée de la vallée.
Le fameux connétable Olivier de Clisson était, au temps de Cliarles VI , scigüeur de Jouy , village qui serait peut-être encore peu de chose sans la célèbre manufacture de toiles peintes créée en 1760 par le patriarche de l’industiic française , Philippe- Christophe Oberkanipf, suisse d’origine, mort en l8l4,àgé de plus de quatre-vingts ans. Cet habile fabricant fut le premier en France <jni (it voir ce que peut l’industrie manufacturière pour la prospérité d’un état. U avait donne une telle impulsion à son établissement , qu’il employait joui*nellemcnt dans ses ateliers douze cents ouvriers de tout tige et de tout sexe , indépendamment d’un grand nombre d’autres occupes à son domicile, et faisait entrer annuellement plusieurs millions dans la balance du commerce. Les toiles peintes qui sortent de sa fabrique sont recherchées surtout par la solidité de leurs couleurs et la qualité des matières premières qui entrent dans leur Cibrication; on leur accorde encore la préférence sur la plupart de celles versées dans le commerce pur d’autres manufactures, soit françaises, soit étrangères. C’est ainsi que M. Oljerkampf a su rendre le monde entier tributaire du pays auquel il a consacré son industrie.
Assis k l’extrémité d’une vaste prairie entourée
5ÿ8 qdatIukhe pbomejiaoe.
«Icau el qui Sert à rélen(la|’e des toiles, les bâ-^ timents de la manufacture sont disposés sans symétrie et de la manière la plus pittoresque. Ouvrages de plusieurs arcbitectes, ces grandes fabriques sont eu général d’un bon caractère. Près de la manufacture est une vaste maison de pUisaijce, où venait se délasser de ses utiles travaux celui dont tous les hal>itanls de Jouy semblaieiitt être les enfants, et qui, par rimportance de ses établissements, paraissait èli e l’unique propriétaire de tout le canton.
Le château de Jouy est bâti à mi- côte et au midi de la bièvre , dans une situation pittoresque, mais dont la vue bornée ne peut s’étendre audelà des coteaux qui l’envirorlncnt. Abandonné depuis long-temps , il était dans un état de délabrement complet , lorsque , il y a environ vingt ans,M.Séguiu en fit l’acquisition. Ce nouveau propriétaire chargea successivement MM. bienaimé , de Lannoy, Berlhault, de la restauration générale du château, et de ses dépendances. Dans son état actuel, il présente un corps -de -logis principal et deux ailes en retour du côté de la .vallée. Elevé sur un soubassement formant terrasse de ce côté , deux étages le divisent dans sa hauteur. Sa décoration, simple et correcte, consiste en un ordre de pilastres formant un avaut- «oips sur le bâtiment principal, et de toute la
Die-;-
BUC. — JOUT. — ^SACli. 339.
Iiaiileur de Tédilice , qui est couronné, dans son •pourtour, par l’entablement de cette ordonnance; Un fronton triangulaire termine l’aAant - corps , et s’élève à la hauteur des combles; ceux-ci sottt apparents. La belle diposilion de ce plan produit un effet aussi riche que piquant , et les grandes lignes de l’édifice , ses formes franches et pures acquièrent encore plus de valeur par leur O|>position avec le paysage pittoresque sur lequel il se dessine. Son jiarc est d’une grande étendue, bien disposé, et embelli par des eaux abondantes.
Ou doit visiter, dans la plaine de Saclé , les étangs de ce nom , creusés, en i684, par ordre de liOuis XIV. Ces étangs sont séparés par une très-belle chaussée, et couvrent près de trois cent cinquante arpents. De là, en parcourant une petite partie du système de rigoles qui àliinentc ces étangs, on arrive à Chàteaufort.
CHATKAUFORT. — PORT-ROYAL.
Le village de Chàteaufort n’est recommandable aujourd’hui que par son ancienne célébrité, sa si^ tuation pittoresque et ses énormes ruines. Avant d’avoir été détruit par les guerres de religion , son château était compté au nombre des places les plus importantes des environs de Paris. Il s’élevait sur un escarpement, et dominait la gorge profonde qu’arrose le ruisseau de Port -Royal.
3/|« lît'ATRIÈaE HftOMRJIAnE.
Entourû de iiiiirailles c|iui2>scs, ii était ceint d’im douhledossé très-lai "e , el appuyé de trois {»rossc» tours qui faisaienl sa principale defense. Deux de ces tours sont encore presque entières, quoiqu’il plusieurs reprises on ait fait jouer la mine pour les ahatlrc ; elles sont là, comme d’énormes et inutiles roclieis, pour attester aux générations futures qu’à l’époque de leur fondation, de CCS temps reculés oîi le peuple était esclave des seigneurs, ceux-ci ii’é|)argnaient ni ses bras ni les matériaux pour construire des édifices dont les masses indestructibles pussent perpétuer de génélion en génération et leur puissance cl sa servitude.
11 était alors d’usage que les paysans , ou vilains , vinssent se ranger autour des forteresses bâties par leurs seigneurs. Ils avaient à cela un intérêt particulier. A l’ombre de ces hautes tours, ils vivaient tranquilles et à l’abri des incursions étrangères, avantages que n’avaient pas ceux qui restaient épars dans les campagnes, on qui habitaient les bourgs ou villages ouverts. Ceux-ci, à la première déclaration de guerre qûc se faisaient les seigneurs voisins , étaient envahis , leurs propriétés pillées , ravagées, eux-memes étaient souvent massacrés; au lieu que ceux qui vivaient dans le bourg seigneurial , n’avaient à craindre cpie lorsque le seigneur, vaincu en pleine campagne, était assiégé dans sa forteresse . Iclle est l’origine de la
CHATEACrORT. VORT-ROYAL,
plupart de nos bourgs , et particulièrement de ceux dont le nom rappelle l’existence des châteaux seigneuriaux. Dans ces premiers temps, Châteaufort avait une riche léproserie et deux paroisses. L’une de ces paroisses était destinée pour le bourg proprement dit j l’autre pour les manants établis hors des murs, et du côté de la campagne. L’église du l>ourg et le bourg lui-même , sont maintenant détruits; on en voit les ruines é|>arses autour de celles du château , et l’on remarque encore quelques vestiges des rues et places du bourg, ainsi qu’une espèce de contignité dans les maisons. La seconde église paroissiale qui , alors- était la plus petite et la plus pauvre, subsiste encore aujourd’hui. Châteaufort ayant perdu son antique splendeur, et ne possédant plus qu’un très-petit nombre dliabitànts , ce seul temple suffit poiir contenir tous les fidèles ; il est situé sur la pente de la montagne, et à mi-côte. A le voir, on le prendrait pour une espèce de chapelle isolée et solitaire; car les habitations en sont très-éloignécs, et ne paraissent point lui appartenir.
Le féroce Hugues de Crécy , que sa maigreur efirayantc faisait nommer Hugues le Cadavre , était grand-sénéchal de France en 1 1 1 2 , et seigneur de Châteaufort. C’est lui qui , comme nous l’avons dit dans l’article sur Montlhéry, étrangla de ses
343 • QUATRliinE promenade.
propres mains, son cousin Müon II , dit le Grand ,
seigneur de Monlllicry.
Ën remontant In ruisseau qui passe au-dessous de Châteaufort, on arrive au vallon de Port- Royal, un des plus profunds et des plus solitaires de la coutrée. Ce lic\i sauvage, qui s'appelait autrefois Por - Roy, ou Forroy , a été le berceau du monastère célèbre de Port - Royal, dont une partis des religieuses fut transférée à Paris, en i6o4.
Ce monastère, doté par les libéralités de Mathilde de Garlande , femme de Matliieu d’Atlichy, de la famille de Moulmorency, avait été établi, eu i3o4, par Odon de Sully, évêque de Paris. Cette maison, en partie ruinée par les guerres civiles, devint l’asile où des solitaires formèrent cette Êimeuse société de Port-Royal qui a produit tant d’excellents écrits dans le beau siècle de Louis XIV. On sait que rattaclienicnt que les religieuses et la société de Port-Royal manifestèrent pour les sentiments de leurs fondateurs, et leur persévérance à soutenir les propositions condamnées , causèrent leur ruine. Louis XIV, autorisé par le pape Clément XI , fit , en 1708, détruire cette abbaye jusque dans ses fondoinenls. Aujourd’hui, le lieu qu’elle occupait n’est plus qu’une solitude animée seulement par la vue de quelques |>arties de la ferme que mas-
CIIATEAtrORT. — rOUT-ROTAL.
^ent les masses de Lois qiù recouvrent les vestiges de ce célèbre monastère.