PONTOISE
Trois routes se présentent à 1^: sortie de Saiut- Denis : celle du milieu conduit en Angleterre par Calais ; celle de droite rejoint , par Gonesse , la route des Pays-Bas j celle de gauche conduit , à travers une magnifique campagne, à Pontoise, ville ancienne et célèbre, qui tire son nom du pont qu’elle a sur l’Oise, au-dessus de laquelle elle s’élève en ampliitliéàtrc sur deux coteaux séparés par la Viorne'. Le parlement de Paris fut ' transféré plusieurs fois dans celte ville. C’est le siège d’une sous-préfcclure du département de Seine-et-Oise : on y compte cinq mille habitants; son commerce en farines est considérable. Xics environs de Paris offrent peu de sites plus pittoresques. .
SPINAY. — SANNOIS. FRANCONTIIUE. — SAINT-
GHATIEN. — EATTEONNE.
Cette route traverse, en longeant loi coleauc ; Epinay-sur-Seine , village dont on fait remonter la fondation au VU' siècle , et qui contient plusieurs belles maisons de campagne. On remarque , entre autres , celle de M. Sonunarrva qui fut
PREMIERE PROITENADE.
habitée par Gabrielle d’Estrée. Son |)aro renferme une chapelle qu'avait iàit coustruire cette femme célèbre. On peut encore citer de ce village les jardins de la maison de M. Perrin, devinés par M. Berthault, Rpcbitecte du Roi, et l’^iae rebâtie en 1 743 par le prince de Condé.
Les rois de la première race avaient un hôtel d© campagne à Epiqay ; c’est là , suivant Predegaire , que Dagobert 1" fit son testament.
Sannoia est un village dominé par des moulins élevés de cinq cent soixante-douze pieds audessus de la Seine , qui coule sur ses derrières ; et plus loin Franconville , bourg de douze cents âmes , est l'un des plus agréables de cette vallée justement qualifiée de belle et riche. L’une des maisons de campagne de ce lieu , appelée la Maison Rouge , a été habitée par les Cassini : ses jardins, distribués avec goût, sont ornés d’une foule de monuments consacrés aux vertus , aux arts , et à la mémoiro d’hommes illustres..
Au milieu de la vallée, et au bord de Félang de Montmorency , s’élève le joli château de Saint- Gratien , illustré par le s^our de Catinat, qui j mourut le 26 février 1712, à l’âge de scûxantequatorze ans. Le monument consacré à la mémoire de ce guerrier philosophe , est placé dans une chapelle à gauche du chœur de l’église parois.<âale du
NArooYi'
PUn cl F.lcvatioiitf, d une .MaUon à Kaubounr
iPlNAT. — SAKNOIS. — MANCONVILIK , CtC. »5
vilbige de Saint-Gratien , qui , d’ailleurs , ii’aurait rieu de remarquable.'
Au-dessu& de Saint-Gratin , et an pied du co-‘ teau que couvre la foret de Montmorency, on volt SoiÉ^, village où le vainqueur de Valmy passa les. dernières années de sa glorieuse carrière.
JEaubonne , célèljre par ses bosquets enchanteurs , sous l’ombrage desquels Saint-Lambert chanta les Saisons et («rivit son Catéchisme universel. Franklin habita Eaubonne lorsqu’il vint à Paris pour intéresser la France au sort de sa patrie contre la tyrannie de l’Angleterre; on y voit le chêne qu’il planta en honneur de la liberté.
La maison dont nous donnons le plan et les élévations ( pl. 4. ) est celle qu’habita long-temps Saint-Lambert. Ledoux saisit habilement l’iiileutiun du financier Mibûères qui destinait cetto maison à un litterSteur. 11 donna à ce petit édifice la physionomie qni convient à l’asile de la philosophie, au temple de l’amitié, au rendez-vous des grâces. Ce joli manoir, qui réunit Mutile dulci, est bâti entre cour et jardin. II s’élève sur un soubassement qni contient les cuisines ; un perron à double rampe conduit au péristyle qui forme l’entrée. Ce péristyle , composé di quatre colonnes d’ordre dorique, est couronné par un fronton; do chaque côté sont des niches ornées de sta»
PREMIERE PROMEWADÏ.
tues. Les murs sont appareillés en refends. distribution intérieure est simple et commode; l’appartement principal est au rez-de-cliawsée ; il y en a un autre dans l’étage au-dessus. Cette maison a été bâtie en 1776.
riERREFITTE. — DEUIL. ' — MONTMORENCY.
En suivant la route de Calais , Pierrejitte est le dernier village du département de la Seine. Les amateurs de fleurs rares et belles ne sauraient passer sans visiter la rlclie collection végétale de M. de Vieux -Bancs. Du coteau à gauche de ce village, on découvre dans sa longueur toute lu riante ynWéQàc Montmorency, magnifique tableau qu’il est plus facile d’admirer que de peindre. En deçà de Fétang , au milieu des allées de cerisiers, on ycôX. Deuil, gros village sur le territoire duquel est la source d’eau sulfureuse connue sous le nom iüeau d’Enghien. Près de là, le château de la Chevrette , on une femme pleine d’esprit réunissait souvent les hommes les plus célèbres du dix-huitième siècle. , ‘ '
Après Deuil , vient la petite ville de Montmorency, située sur un coteau élevé qui domine, toute cette fertile n allée à laquelle elle donne son nom. C’est de la terrasse de son église pi^roissiale qu’il faut de nouveau .contempler ce tableau
PIERREFITTE. — DEDIL. — HONTMORENCT. 27 enchanteur, qui change de|>oint de vue sans rien perdre de sa richesse.
Bonchard-Ie-Barbu, force par le roi Robert de quitter sa forteresse de Y Ile-Saînt-Dp.nis , se relira dans céXeàc Montmorency , dont son antique famille prit le nom qu’elle rendit à jamais célèljrc. Montmorency fut , après la mort du dernier connétable , donné par Louis XIII à la princesse de Condé, sa sœur.
En confirmant cette donation par lettres-patentes de septembre 168g, Louis XIV changea le nom de Montmorency en celui SEn^hien.
Pendant la révolution on l’appela Emile, Louis XVIII a rendu à l’antique domauie des Bouchard le nom d’Eiighieu ; et , malgré toutes ces vicissitudes , celui de Montnjorency , qui est si agréable à l’oreille , et qui rappelle tant de glorieux souvenirs , a toujours prévalu.
Cette petite ville , siège d’une justice de paix , et pftipléc d’environ mil sept cents habitants, doit son importance à soi^ agréable situation qui fait qu’une foule d’étrangers vient y jouir des délices de la campagne. L’air y est pur, les fruits, et surtout les cerises et leS melons, y sont excellents. Mais il faut aller chercher l’eau beaucoup trop loin.
On n’y trouve presque plus de traces de l’ancien château des premiers barons chrétiens , quoi-
ad
({lie [iliisienrs {«ai tie& de l’enceinte fortifiée de la 'ville subsistent encore; mais l’église paroissiale , autrefois collégiale , mérite l’attention des curieux , par son étendue et le style de son architecture. Suivant une ancienne Inscription qui se voyait dans le sanctuaire, au bas du |x>rtrait de Guillaume de Aliîntinorency , chambellan des rob Charles Vlll , Louis XII et François 1**, ce fut ce seigneur qui lit, en i5a5, rebâtir l’église de Montmorency. Mais le cor{is presque gothique de cette église nous paraît , par son élégance et sa légèreté , être un des beaux ouvrages de la fin du quimdème siècle. Cet édifice, comme il arrive souvent, n’était point achevé , et Guillaume ne fit sans doute que le réparer , et y ajouter ou refaire la façade que l’on y voit actuellement, et dans laquelle l’emploi des ordres 'grecs sur un petit module, la voûte du |)orche eu plein-cintre', et les scul|itures délicates, attestent l’époque de la renaissance des arts. On voyait dans cette église le tombeau que Henri de Montmorency , déca|>ité à Toulouse , avait érigé à son aïeul. Ce monument , ouvrage de Jean Bullant , était composé de dix coloimes soutenant une coupole hémi-sphérujue ; il ne fut pas achevé : on le trans{vorta au musée des Petits-Augustins.
Le nouveau château , aujourd’hui démoli , et dont nous donnons, (planche 5.) le plan et l’élé--
Digltized by Gooel'
PlEaUEÎlTîl. — BEUlt. — MONÎMOKENCY. 2^^
vaüon du côté des jardins, avait été bâti sous le règne de Louis XIV, par Carlaud ; il était décoré dans tout son pourtour d’une grande ordonnance de pilastres corinthiens , élevés sur un stylobatc, et couronnés d’une balustrade. Ses façades offraient une grande unité, de belles lignes, et ce caractère de magnificence et de sévérité qui distingue les édifices de ce siècle. Peut-être aurait-on pu critiquer les baies des croisées du premier étage , légèrement cintrées, et la suppression de la frise de l’entablement.
Les appartements étaient vastes et riche. La grand salon ovale , et décoré de pilastres corinthiens et des peintures de Lebrun, était surtout remarquable. 11 ne reste plus rien de cet édifice non moins recommandabl^otis le rapport des souvenirs , que sous le rapj^t des arts.
11 a partagé le sort de tant d’autres monuments historiques. Des spéculateurs l’ont démoli depuis peu d’années pour en vendre les matériaux, faute d’amateurs disposés à faire l’acquisition d’une aussi ifitéressante propriété.’
Les jardins, abondamment pourvusde très-belles eaux, avaient été dessinés par Lenôlre j leurs grands arbres sont aussi tombée sous la hache d« cupides acquéreurs.
Lâ forêt de Montmorency , qui s’étend sur le plateau par lequel la ville est dominée , contient
PREMIÈRE PBOMENADE.
cinq raille arpents, et forme un des bouquets de celle vaste étendue de bois »]ui règne presque sans interruption sur la rive gauche de l’Oise ^ elle est souvent l’objet d’une escursion de la Capitale, et le lieu d’une délicieuse promenade. Tous les sites de ce canton sont pleins des souvenirs de l’auteur ^ Émile. J. -J. Rousseau habita cinq ans le petit Mont-Louis, modeste maison Ijâlie sur un site très-piquant, et qui domine la vallée. U Ermitage i que madame d’Épinay avait fait bâtir pour celui qu’elle appelait son ours, se trouve à l’entrée delà forêt, et peu éloigne de cette salle d’antiques châtaigniers , où la jeunesse du pays vient chaque dimanclie se livrer à sa folle gaieté. \J Ermitage , dans lequel Grétry mourut le septembre i8i3, appartient aujourd’hui à son neveu.: c’est une petite maison fort^ simplil^placée à mi-côte, et isolée de toute habitation ; quelques appartements ont encore la même distribution et les mêmes meubles qu’au temps de Rousseau. C’est là son seul mérite j mais les lieux habités par les grands hommes n’ont ps besoin des beautés de la nature et de l’art pour nous intéresser. Le sol aride de la Grèce , foulé par les héros, l’emporte sur les riclies contrées de «rindc. \2 Ermitage fût l’asUc. du plus grand écrivain , son nom fait oubliée les châteaux de la contrée ; on n’y cherche que le souvenir du grand homme. Dans le .jardin , au bas
Digiti^ed by Geegle
PIEBREFim. — DEUL — MOMMORENCT. 5»
J’tuie terrasse ^ on voit le buste de cel élotjuent écrivain, avec cet honiiuage rendu a sa mémoire, par madame dlipinay :
O toi dont les Lrûlnnls écrits il F ureut créés dans cet humble ermitage > , » .>
Rousseau plus éloquent que sage ,
^ Pourqlioi quittas-tu mon pays ?
Toi-mème avals choisi ma retraite paisible j Je t’offris le lionheur , et tu l’as dédaigné :
Tu fus ingrat, mon coéur en a saigné.
Mais qu’ai-je h retracer i mon ame sensible ?
Je te vois, je te lis, et tout est pardonné.
Au bord du petit bassin ombragé par un massif d’accacias, uu’cippe de marbre blanc porte le buste de Grélry avec cette Inscription : ^
„ ? G RÉ TR Y, ,y.,
Ton génie est partout; mais ton cœur n’est quici (i).
Le chalet de la nouvelle Héloïse, voisin de l’ormitage , a été bâti par Grétry.