‹ Description des environs de Paris, considérés sous les rapports topographique, historique et monumental;Chapitre 51 sur 63 · A SAINT -GEMI. T N ET A MANTES · texte numérisé non relu

A SAINT -GEMI. T N ET A MANTES

Si les palais des rois, les grands édifices publics, ont besoin de spacieux abords, qui , en les laissant apercevoir dans toute leqr étendue et leur beauté, donnent ainsi une haute idée de la puissance du souverain , ou de la richesse et dft luxe de la nation qu’il gouverne ; à plus forte raison une ville immense , populeuse , la Capitale d’un des plus riches royaumes, le siège des arts, et dont les portes sont, pour ainsi dire, assiégées par les curieux et les étrangers , doit-elle avoir de vastes et raagnifi- «jues avenues, qui, en lui procurant un accès facile , cniliellisscnt encore ses approches , et disposent en quelque sorte le voyageur aux impressions qu’il doit recevoir des beautés de fous genres que son enceinte renferme et va déployer à scs yeux.

CINQGIÈHE PROMENADE.

Néanmoins , pendant plusieurs siècles , Paris manqua de cet ornement; et, tandis que Rome montrait avec orgueil son entrée de la porte du Peuple; Milan sa porte orientale; Madrid son arrivée par le pont de Tolède; Turin son Stradone (le Rivoli; que plusieurs villes de France, telles que VersaUles, Marseille , Tours, etc., offraientde magnifiques abords , on n’arrivait dans la Capitale du royaume que par des chemins généralement étroits , sinueux , et qui semblaient plutôt aboutir à un village, qu’à une detjl villes les plus conndérables de l’Europe.

Aujourd’liui, entre les quinze grandes et belles routes qui forment les avenues de cette ville immense , on distingue celles de Vincennes et de Saint-Denis; mais la plus belle, la mieux disposée de toutes; celle qui annonce le plus dignement l’opulente et niagnifKpic cité; et qui , par sa liaison au plus bel ensemble de palais , de promenades et do lieux d’agrément qu’on puisse citer, est la plus convenable à une entrée triomphale , c’est, sans contredit, ravenue de Neuilly, qui est

aussi une des routes, de la Normandie.

Lorsque le spectateur est placé sur la butte de l’Etoile , au pied de ce monumctit triomplial et gigantesque (jui terminera si bciireuscment la longue perspective des Cliatnps-Élysées , il voit se dérouler devant lui une riche plaine, et, à droite

BOIS DB BODtOGMK. — tONGCHAMP , CtC.

de l’avenue, les coteaux deCk>urbevoie, terminés, fort au loin, par les monticules deSanuois.A gauche se présente le bois de Boulogne , dont le Monl- Valériçn et les coteaux de Sutetne et de Saint- Cloud enrichissent l’horizon ; mais , en suivant la direction de l’axe de la porte du château ^es Tuileries, qui est le même que celui des Champs- Elysées et du pont de Neuil^', sa vue se promène sur une triple allée de quarante-huit toisesdelarge dans toute sa longueur, et qui descend , par une pente insensible, jusqu’au bord de la Seine, qu’elle traverse sur le magnifique pont d^Neuillyj là , cette triple allée remonte le cotean eq face, et change enfin de direction à une belle étoile qui &it point de vue à l’Arc-de-Triomphe , dont nouà avons parlé.

BOIS DE BOUEOtiNE. — LONGCHAMP. — BOULOGNE.

Tout le plateau élevé que la Seine enferme dans son détour de Paris à INeuilIy, par Sèvres , est couvert par le Bois de Boulogne, espèce de parc clos de murs, pcrcc^ d’une multitude de belles allées, et qui ollVc la promenade la plus brillante des environs de Paris. Ce bois, que, jusqu’à la fin du seizième siècle, on apftclait indifféremment bois de Rouvray et bois de Saint-Cloud , avait été replanté en 1801 j mais, en i8i5 , les Anglais le dévast èreu t tellement lorsqu’ils y établirent leur camp,

578 CINQCIÈME PK0ME5ADE.

qu’il fallut depuis le replanter entièrement. Sa principale enlrce est située sur l’avenue de Neuilly, eii face de celle qui conduit à Saint-Denis.

L’ancienne abWaye de I^ngchamp , fondée en 1260 (>ar Isabelle , sœur de saint Louis^ était devenue un pèlerinage célèbre, et l’usage d’y aller les mercredi, jeudi et vendredi saint , entendre de belles voix citante* l’office des Ténèbres, en avait fait le but d’une promenade d’autant plus agréable , qn’on la faisait au milieu du bois de Boulogne. Depuis lors, celte abbaye ayant fiiit place à ipe métairie , on ne va plus y entendre les Ténèbres ; mais le désir de jouir des premiers beaux jours du printemps , l’envie de briller par on équipage élé^nt, ou une parure nouvelle, a maintenu l’usage de cette promenade qui , pendant ces trois jours, offre le concours de ce que la ville et la cour possèdent d’opulent et d’oisif.

Le village de Boulogne, qui a définitivement donné son nom au 'bois dont nous venons de jtarler, n’est séparé de Saint-Cloud que par la Seine. Ce grand' vilLage, qui compte deux mille cinq cents habitants, se nommait, sous les rois de la première et de la deuxième race , Menuslez-Saint-Cloud ; mais, en l3*o, quelques Parisiens, à leur retour d’un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer , ayant fait bâtir, auprès du village de Menus, une église exactement semblable..

B> Cdlé 4o Jfl4m-

BOIS DE BOCLOOMK. — LONOCHAHP , etc. 370

dit-on, à celle de JNotre-Dame de cette ville; peu à peu le village retint le nom de Boulogne , qu’ils avaient donné à cette église , qui devint paroissiale vingt-trois ans après sop édification.

BAGATEULE. — MADRID.

Le bois de Boulogne renferme dans son enceinte , le pavillon de Baj^atclle ( f>l. 48) qu’on appela long-temps la Folie d’Artois. Bâtie en 1778 par Bcllaiiger, cette jolie maison fut élevée et rendue habitable en soixante -quatre jours. Elle est située dans un parc agréablement dessiné, partie en jardin naturel , et partie en jardin régulier. Un chemin qui serpente dans le bocage, conduit à l’haliitation, qui se compose d’une pretuière cour dans laquelle s’élève , sur un dessin assez beau , le bâtiment des cuisines, les écuries, les remises et le commun. Sur la grande arcade, /ous laquelle ou traverse ce bâtiment pour passer dans la cour d’Iionneur, on lit, sur un marbre noir, cette inscription en lettres d’or ; parva sed apta. A l’extrémité de cette cour, sur un soubassement en terrasse , décoré de deux fontaines , et auquel ou arrive par un perron qu’accompagnent des sphinx , s’élève le pavillon principal. Son plan , carré dans sa masse, présente un avant-corps circulaire du côté du jardin. Le rez-dc-diaussée est distribué en vestibule,

3ft0 CINQUIÈME PROMENADE.

salle à manger , salle de billard , salon , cabinet de bains et boudoir; au centre est l’escalier principal. Le salon , décore dans le goût qu’on a long-temps appelé italien , ofFre l’intérieur d'une rotonde ornée de glaces et de bas-reliefs formant des arabesques. L’étage supérieur contient les petits appartements, qui sont de même décorés avec beaucoup de goût.

L’agencement de toutes ces pièces , des dégagements aussi multipliés qu’habilement ménagés , et une distribution simple et commode décèlent le talent qui distinguait particulièrement BcUanger.

façade antérieure de ce pavillon est d’une proportion élégante; ses détails sont riches et gracieux. Les deux statues en marbre, de Flore et de Vénus Callipyge, qui ornent les niches, sont exécutées .d’après l’antique. La façade sur le jardin est beaucoup moins ornée, mais sa simplicité n’est dépourvue ni de goiit , ni de grâce; cl l’avantcorps circulaire produit un effet assez piquant.

Bellanger, doué d’un esprit inventif et fécond, mais trop souvent licencieux , a donné carrière à son imagination dans la composition du jardin de Bagatelle , en réunissant toutes'les scènes variées de la nature, et tous les genres de fabriques dans l’espace le plus exigu. On ne peut disconvenir que, dans tout ce qui lient aux simples inouvcmenls du terrain, et à la distribution des masses, dans les plantations, la nature y comme le dit à ce

BAGATEI.UE. — HADItlD. 58 f

sujet un auteur, n'ait été rencontrée par les grâces j mais nous ne pouvons applaudir à cette multitude de petils moniypaents sans objet, d’ermitages sans anachorètes, de grottes en moellon, de ponts inutiles, de Idosques, de pavillons chinois ou indiens, qui ne sont souvent que des écarts de talent trop près du grotesque, et qui, rassemblés dans un aussi petit espace, s’olTrcnt à la vue plusieurs à la fois, à chaque détour d’un chemin tourmenté, sans que rien vous y ait préparé. Ce que nous disons du jardin de Bagatelle s’af>plique à tous ces jardins anglais dont la nature n’a pas disposé le sol , et dont les eaux , fournies par un réservoir , ou même par une pompe , se reposent plutôt qu’elles ne roulent dans un canal de ciment.

... ces eaux, dont les sources factices Se fermant , tout à coup, par leur morne repos. Attristent le bocage et trompent les éclios.

C’est bien pis encore lorsque la médiocrité, prenant pour modèles les idées licencieuses ou fantastiques du talent, en reproduit à grands frais les bizarreries dépouillées des grâces qui leur servaient de passe-port.

Non loin de Bagatelle , et de la jolie maison de campgne appelée Madrid-Maurepas , se voyait

38a ciNQurÈHi prouewaux. ,

le château de Madrid, que François I" fit construire au retour de sa prison en Espagne.

Cette maison royale,, dont le premier nom était Château de Boulogne, iut nommée Madrid , non pas par rapport au palais de cette ville avec lequel elle n’avait aucune ressemblance , mais par allusion à ce que François 1", dans ses fréquente* retraites au château do Boulogne, était presque aussi inaccessible pour ses courtisans que durant sa captivité en Espagne.

Cet édifice , commencé vers 1 5ag par François 1" , fut lcrtniné par Henri 11 , son fils. 11 offrait un des plus beaux exemples du goàt du siècle , et des progrès de l’art , à l’époque de sa renaissance en France; il participait du style alors dominant en Italie , et qui nous fut apporté par les artistes célèl)res de ce pays que François 1" fit venir à sa cour. On y reconnaissait ^ goût des Jean Joconde , des Cortone , des Primatice et autres artistes qui fleurirent vers le commencement de ce siècle ; mais c’est à Girolamo délia Robbia, sculpteur et architecte Florentin , qu’il faut, au dire de Vasari, attribuer la plus grande partie de la construction de ce château , dont la clccoralion était puisée dans rarchitcélurc grecque moderne, alors fort en usage à Venise. Cet édifice dont le plan, disposé en carré long, et entouré de fossés , SC présentait sur son [>lus grand dévelop-

BAGATZLLE. — HADltlD.

pemcnt , ëlait élevé sur un soubassement formant terrasse. Les ofBccs et autres pièces de service pratiqués dans cette partie, jouissaient d’une grande célébrité par leur construction et leur distribution ingénieuse. Quatre pavillons carrés et symétriques divisaient, sur cbacun des grands côtés, la longueur de l’édifice en trois parties presque égales dont les intervalles s’unissaient aux pavillons par une galerie ouverte et servant, au moyen de passages ouverts dans ces pavillons, le pourtour des b/itiments auquel elle prcsenlail une communication aussi utile qu’agréable. Chaque partiq des galeries se composait de cinq arcades soutenues par de petites colonnes engagées dans des pied-droits J un large perron donnait entrée, sur 'les deux façades principales, aux appartements du rez de-chaussée , qui occupaient tout le sol compris entre la galerie du pourtour de l’édifice j enfin , six beaux escaliers en tours rondes, placés dans les pavillons carrés , desservaient les étages supérieurs.

L’ordonnance très-régulière des façades se composait d’un soubassement sans ornement, *sur lequel s’élevaient d’abord deux étages en arcades , appuyées sur les pavillons. Ces étages, étaient couronnés d’entablement d’un beau profil, régnant sans interruption dans tout le pourtour de l’édifice. Les frises de ces entablements étaient enrichies de

384 CINQUIÈME PnOMENADE. ^

sculptures tl’nn bon sljlc. Des croisées bien ajustées, ouTertes dans les murs intérieurs des galeries, correspondaient aux arcades de la décoration extérieure. Des terrasses élaieut pratiquées au-dessus de ces galeries, entre les pavillons qui s’élevaient encore , ainsi que les autres parties de l’édifice , de deux étages percés de croisées à l’aplomb de celles des étages inférieurs. Enfin des combles très-élevés, déformés pyramidales délégantes , ornés avec goût, terminaient les différentes niasses de ce château , et complétaient sa gracieuse et riche ordonnance. Les tympans des arcades, et d’autres parties de l’édifice , étaient enrichis de beaux médaillons, dessinés d’après l’antique, et exécutés en terre cuite vernissée, par Girolamo délia Robbia. Les plafonds des galeries, ou portiques, étaient aussi décorés des plus riches compositions arabesques, exécutées avec une grande finesse. Al’intéricur, la décoration des appartements répondait, par sa magnificence , sa richesse , et le luxe de scs ornements , à la rare beauté de l’ordonnance des façades; enfin tous les arts appelés ï concourir à l’exécution de ce magnifique monument, répondirent dignement aux intentions et au génie d’un monarque protecteur des lettres et des beaux-arts.

La simplicité de la disposition de cet édifice; l’heureuse opposition des corps lisses des pavillons et

MADBll). , 5S5

lesrlclics galeries ouvertes en arcades qu’ils séparaient; lejeudes düTérentes parllesqui C(jni|)0*'altut ce bel onscnd)le; la beauté do ses sculplures et dcslu illanles Giïeiiccs q>il roruale.ut; rélégaiicc et la grâce répandues dans toutes ces pai tics, le faisaient considérer comme le véiilable type du stjlc do l’arcbiteclurc à cette époque, et du goût des arj listes du temps; il offrait encore un bel exemple du caractère des maisons de plaisance, construites pour les princes au commencement du seizième siècle. Mais, par suite des troubles politiques qui agitèrcnt^c règne dos successeurs de François 1", ce monument fut dans un abandon tel, que, dans le courant du dix- septième siècle, ou y établit une manufacture. ; enfin , l’état de dégradation excessif où il se trouvait vers lyqS , en fit ordonner la démolition. Ainsi disparurent, à des époques difiéreiites, une partie des chcfs-d’œnvres de l’aicbileclure et des monuments liistorlqucs de nos arts: Uls que le cénotaphe ou tombeau des Valois , à Saint- Denis J le temple de Cbarcnton; le cliàteau de Dammarlin ; cclft de Wincester ; la nouvelle église de Sainte-Geneviève-des - Bols ; l’iiôtcl de 'i hélusson et celui de Beaumarebais , à l'arls, ej^c. (j)

(i) L’importance de ce précieux monument, soit qu'on le considère comme production de l’art, ou cQuime document liistorique , dont il n’existe plus de vestiges ,

CINQülÈME l’ROMENADE.

La plaine rf<?s qnis’étend entre Neuilly • '

et Paris et faisait jadis partie du bois de Ronvray, était, il y a trente ans, une campagne stérile , où les les rois passaient en revue rinfaiiterie de leur garde. Aujourd’hui , Indépendante du parc des Sablons , agréable jardin pittoresque , planté en 1800, et qui fait face au bois de Boulogne ; on y trouve quantité de jolies maisons de campagne.

« • NEUILtLY.

Neuilly, rpil compte deux mille cinq cents ha- * tants, est le siège d’une justice de paix du département de la Seine. Traversé par de belles avenues^ occupant une étendue considérable, enriclii d’une multitude de malsous de plaisance, ce village est un des plus beaux dos environs de la Capitale; mais ce qui le rend plus remarquable encore, c’est son superbe pont construit sur la Seine.

En 1606, il n’y avait encore qu’un bac à'Neuilly, lorsque Henri IV faillit être noyé à cet endroit, en traversant la Seine. Cet accldeiA détermina, dans

méritait la description détaillée, quoique insuffisante, que nous venons d’en donner. Ceux qui voudront le connaître avec plus de détails , pourront consulter le premier volume Des plus excellents bâtiments de F rance , recueillis par Jacques Androuet - Ducerceau , a vol. rn-fol., *5^6; et les belles planches gravées par Leclerc.

< HEriltT. 587

la même aimée le munar(|iie à y faire cons'.ruire un ponl. Ce beau et exa lient pont, comme l’appelait Diibrenil, était déjà (niportceu j retalili quelques temps api ès, on fut, de nouveau, oblij^é de le reconstruire en 1667; enfin, ce pont, toujours en bois, et partagé en deux par une île , fut encore emporté en 1768. C’est alors que le célèbre Perronnet fit un projet pour le pont en jâerres , dont nous donnons les plan, coupc cl élévalion (PI. 49). Ce projet fut ^rcé par Tnidaine , alors directeur des ponts-el-chaussées , et par l’abbé Terray, controleur-général des linauccs. L’adjudication d’entreprise en fut passée le 29 mars 1768, à François Rimbaux, pour deux millous trois cent quatre-vingt-quatorze mille neuf cents livres, sans y comprendre les terrasses; les travaux furcut commencés le 28 avril de la même aimée.

Jusqu’à cette époque, le tracé des arches d’un pont se faisait d’une manière très-simple en France; elles étaient en demi cercle , n’ayaril d’ouverture que le double de leur hauteur sous clef, ce qui , sur nne rivière un peu large, obligeait de les multiplier. Le grand nombre de piles devenait, dans ce cas, un obstacle au passage des grandes eaux et à la navigation. On comprit alors qu’il Iklluit faire des arches d’une grande ouverture, sans leur donner plus de hauteur. C’est ainsi que, depuis long-temps, l’ilalie et particulièrement Florence ,

CINQIIÈME rUOMENADE.

possédaient plusieurs ponts. Au lieu du cercle, l’éllipsc semlilait devoir donner la courbe demandée ; mais elle était d’une exécution trop difficile, et trop assujettisante pour les ouvriers, par la varialiou de courbure de chacune dtj ses parties. D’aillcni-s les portions d’ellipses, les plus rapprochées de la naissance de l’are, ne s’élevant pas assez en proportion de la clef, ne laissent point encore un passage assez ouvert aiix eaux dans leurs grandes crues; il fallut donc tracer le cintre de ces voûtes surbaissé-es avec trois aCcs do cercles dont ou varia l’amplitude; mais toutes ces courbes avaient conservé un défaut qui frappait tous les yeux, et particulièrement les géomètres, meilleurs juges que les autres :c’élaitle passage subit d’un arc d un très-grand rayon à un' autre d’un rayon plus petit. Pour obvier à ce grave inconvénient, Perrounet imagina de composer ses voûtes d’un plus grand nombre d’arcs de cercles tlilTérents; la courbure qui en résulta fut nommée courbe à plusieurs centres.

' L’ingénieur, qui avait bien observé le régime du ■■fleuve, donna cinq arches au pont qu’il devait construire, et une étendue suffisante à chacune pour éviter le gonflement des eaux qui forment cataracte quand on res.serrs leiH’ cours. La crue de 1740, qui était montée à vingt-trois pieds, le détermina à donner à ses arches trente pieds sous clef.

La courbure du cintre primitif de ces voûtes

NEtllLY.

a été décrite de onze centres , de telle sorte qu’elle laisse plus de débouclié aiiK eaux, rpic si l'oii eût employé la demi-ellipse. Les têtes ont été tracées en portion d*arc , de cent cinquante pieds de rayon. Le raccordement entre ces tètes et les cintres primitifs des voûtes, est formé par des espèces de cornes de vaches, en voussure, portant sur les avant et arrlère-hecs , et dont la courbe du plan est pareille à celles des voûtes , ce qui, en facilitant l’introduction de l’eau, donne au pont plus de légèreté et de hardiesse. Jusque-là on avait donné d’épaisseur aux piles, que le cinquième et quelquefois le quart de l’ouvertnre de l’arche ; mais ici l’homme habile n’a point abusé de ses moyens en jouant avec la coupe des pierres, pour produire des cficts étonnants. 11 a bien senti que ce ne serait qu’aux dépens de la solidité; et4ors même qu’elle eût été égale, il n’eut point encore été exempt de blâme , car il ne suffit jkis qu’un ouvrage d’archi- Icclure soit solide en effet, il faut encore qti’il le paraisse. 11 faut que, malgré sa hardiesse, l’œil soit tranquille en le considérant, cl qne l’esprit ne soit. point alarmé sur la possibilité de sa chute. Cependant la connaissance de la force d s pierres, que Perronnet avait acquise par de nombreuses expériences, l’engagea à ne donner que treize [ûeds d’épaisseur à ses piles , qui auraient pu même n’en avoir que dix , au lieu de vingt-quatre qu’elles

5go CINOriÈMÜ PROMENAnï.

auraient en d’après l’ancien système, chacune de* arclif'S avant cent vingt pi 'ds d'ouverture.

Ce [loiit a six cent soixante-sept pieds de longueur, et quarante-cinq pieds d’une tête à l’autre, dont six pieds trois pouces de chaque côté sont employés aux trottoirs, et vingt neuf pieds à la chaussée.

Comme c’est le pins souvent par les fondements que manquent les édifices de ce genre , l’ingéuieur a donné à ses pilrs de larges empalements , établis sui- pilotis battus jusqu’au fond solide , avec racinaux et plate forme en charpente, à huit pieds trois pouces au-dessous des plus basses eaux. L’élévation des trottoirs est de quinze pouces au-dessus du pavé. Le pavé, les parapets et les abords, de seize toises de large , ont été faits de niveau , et l’on a eu soin dfe donner, sur la largeur du pavé, les pentes convenables pour l’écoulement des eaux, qui se fait par des ouvertures cylûidriques pratiquées dans l’épaisseur des Coûtes.

Le pont de Neuillya été bâti, comme celui de Ma ut s, en pierre de Saülancourt , taillée avec le plus grand soin et posée sans démaigrissement dans ses lits, et joiiiteavec unbonmortier de chaux et «le ciment.

Les pierres qui entrent «lans cette construction ont comnuinéiiient de trente à quarante pieds cubes J le parapet eu offre qui ont trente-quatre

MËÜILLY.

pieds de long. On en avait même tire de la carrière une de quarante-quatre pieds , qu’il a fallu couper au passage dans Meulan. Toutes ces pierres furent amenées |>ar terre.

Ces travaux, presque termines, le di'cinirement du pont eut lieu, eu présence du roi, le 23 septernbre 1772. Pour en rendre la manœuvre simultanée, et par conséquent plus intéressante, on avait ôté les moi|^ et les lignes. Lors les contrefiches et les boulons des raoises qui tenaient les fermes entre elles; on avait établi, au droit de chaque arche, deux cabestans auxquels étaient arrêtés des cordages, passés, d’un bout, dans des oulies mouflées,et attaeîiées, par l’autre bout, eu haut des fermes- Quelque temps avant l’arrivée du roi, on avait placé neuf hommes à chaque cabestan. Les manœuvres se firent au son du tambour pour chaque tour de cabestan , et les fermes furent toutes renversées en trois minutes et demie. La chute d’une aussi grande quantité de bois, qui pesait au moins trois mille sept cent vingt mîlllcrs, fit remonter l’eau en écume jusque sur le pont, qui n’éprouva jias le moindre tassement.

La médaille, frappée à cette occasion, porte

d’un côté l’effigie du roi , avec ces mots :

LuJovietta XF" chrUtianiasimui.

3ç)‘2 ClNQCIKMÏ PROjrnVADE.

An revers, le dessin du pont avec cette légende : Novam artis audaciam mirante Sequanâ ,

Et pour exergue :

Pons ad Lugnanum exstractut. M. DCCLW!!.

‘ ^ons nous sommes un peu étendus sur la description de ce pont , parce «pi’il est , sans contredit, le plus beau et le plus niagnitique modèle que nous puissions citer entre c*ux (ju’on a construits d’après le système qui illustra Perroniiet. On peut dire encore (jue sa noble simplicité, la grandeur de ses arches, la beauté de leurs courbes, gracieuses et lianli's, le choix d(# matériaux, et les soins apportés <lans l’appareil , lui assignent le premier rang parmi les monuments de ce genre. A cet avantage il joint encore celui d’étre le premier essai en France <le cette méthode de construction.

Les abords du pont, sur la rive gauche , sont formés de Ijàtiments symétriques. "

»La maison ( pl. 5o ) , connue sous le nom de S tint- Jantes , r[ui était le nom du particullerà qui elle appartenait avant la révolution , est une des plus élégantes des environs de Paris, et la plus remarquable de Ncuilly. Sa construction était déjà ancienne lorsque Bellanger l’a rajustée, et décorée avec le goût qu’on retrouve dans la plupart de ses ouvrages. Elle est précédée d’uno

i o(r d# U (’aar .

PUn et ElcTAtion^dc U Mainon Sainte • «lames .

NElîlUY.

conr régulière , ‘ dont trois des côtés sont ornés d’une balustrade élevée sur quelques marches, décorée de vases et de fanaux. Cette cour donne entrée, à gauche, aux cuisines, et, à droite, aux jardins, fee péristyle, composé de quatre colonnes ioniques dont la pierre est très-blanche, supporte un balcon , et se dessine d’une nu»nière piquante sur le fond de brique de cette élévation. Du côté du jardiu, un perron ârdeux rampes , terminé par des piédestaux en -marbre bleu turquin, portant des lions , communique aux appartements du bel étage; ce perron est couvert par un petit porche décoré de quatre colonnes dans le genre mauresque. A quelque distance de la maison , dans les bàtiraeuls qui composent la basse-cour, est une Salle de* spectacle colistruite par Chaussard, et de nombreux logements, ainsi qu’une belle volière et des écuries pour trente-six chevaux.

Les jardins sont distribués avec beaucoup de goût; ils offrent alternativement, pour perspective , la Seine et ses îles nombreuses , le Mont-Valérien et le pont de INeuilly. La laiterie, petit édifice golhicpie , et la salle des bains pratiquée dans un rocher artificiel , sont deux agréables compositions. Le potager , séparé de la maison par la vole publique, est richement décoré de ' vases de marbre et d’un temple à Bacchus, qui est

orne de bas-reliefs bien traités. L’ensemble de cette habUation, sans avoir 1 importance (Tun château, oQre cependant à l’opulence , à la grandeur même, tontes les commodités du luxe le plus recherché^ aussi a-t-elle été souvent le lieu d# fêtes (pagniiirjues, où la cour de Napoléon s’est trouvée pb||g d’une fuis réunie. Dévastée parles Anglais'«n iSl^ il faudra des sommes immenses pour rendre à cetto^iabitution sa splendeur première. , «,

La maison de iSa/nZ-Fo/a; , consl ruite en 1755, par Gtrtaud, pour le comte d’Argenson, alors ministre de la guerre , s’élève sur plusieurs terrasses <]ui dominent la Seine. De ce côté elle oflre une ordonnance ionique et un péristyle dequatre colonnes surmonté de statues. façade opposée n’est enrichie qne par quelques statues ; le vestibule est décoré de pilastres ioniques ; et le salon d’été, d’une ordonnance corinthienne en stuc, par Qérici : ce salon est enrichi, ainsi que la galerie qui règne sur le jardin , de peintures exécutées par Doublet. La situation de cette maison est des plus heureuses, tant par la belle vue dont on y jouit que par la distnbntiou agréable de ses jardins.

Le cli.âteau de f^illiers est encore une maison ornée avec luxe, bien que sans caractère de décoration. La Seine baigne ses vastes jardins , dont plusieurs îles font partie.

Le hameau des Ternes , qui touche aux murs

HEtILtY. 3g5

de Paris, est entièrement composé de mai-* sons de plaisance, dans i’iine d’elles est. établi , sons le.nom de Panstéréoramn ^ une collection Curieuse et unique de plans en reliefs des plus grandes villes de l’Europe fi). Dans les jardins d’une autre maison de ce hameau, M. Julien a' fuit, en idi6, le premier établissement de ces jeux , bizarres et sans but réel , connus sous le nom de montagnes Russes.

PUTEAUX. — SüBESNE.

En remontant le fleuve , vers Saint-Cloud , on trouve Puteaux , village qui a un château dont les appartements ont été décorés de peintures par M. Misback; elSureme, autre village, peuplé de mille quatre cents habitants, célèbre par sa fête de la Rosière , à l’imitation de celle de Sa-

Noii loin de Suresne est le Mont-Valérien ^ montagne remarquable par son élévation et sa forme conique. Le sommet en était occupé de- . puis long-temps par des ermites , qui y avaient érigé trois grandes croix et plusieurs chapelles,

(i) Cette collectioa, due à M. de Vergy, est irès-intéres.<aiiie. i es vi les sont exécutées avec tatil d'cxactilude, que li's persotin' s qui les connaissent bien s'y promènent ^ et relrouvent lis habitations qu’elles ont fréquentées.

5g6 ciNoriÈMï phomenade.

ou stations , dans lesquelles les différents sujets de la passion étaient représentés par des tigjires de ronde - hosse cüloric*;s. Un grand escalier , bien disposé , conduisait de l’entrée extérieure àla plate-forme, sur laquelleélaieiitplacécs les croix 'du Chiist et des deux larrons. "Cette disposition, qui n’était pas sans effet et s’apercevait de trèsloin, fit donner à la montagne le nom de Calvaire. Depuis , Ricliclieu accueillit et aida de ses libéralités, la fondation d’une communauté de prêtres que fit , dans ce lieu , Hubert Charpentier, licencié de Sorbonne. La maison des prêtres et celle des ermites, leurs voisins, furent supprimées en 1791, et leurs biens vendus. Cependant l’une de ces maisons, rachetée par quelques ecclésiastiques, devint, en 1800, un lieu de conciliabule pour les opposants au concile national. Napoléon, irrite de leurs secrètes menées , fit , une nuit , arrêter les délinquants, et raser de fou J en comble l’église etla maison. Se repentant bientôt, sans doute, de cet excès décoléré , il ordonna, quelque temps après, que, sur les ruines de l’ancienne communauté de la Croix, on construisît une maison beaucoup plus considérable, pour recevoir une succursale de la maison impériale d’éducation d’Ecouen. Cet édifice vient enfin d’être rendu à sa première destination : on y élève en ce moment une église considérable , ainsi que de nouvelles stations et

PrTEAUX.

SCRESNE.

autres dépendauces sur les dessins de M. Hu\ot^ architeote. On voit encore , snr le Monl-\ alérien , plusieurs maisons de campagne, dont la vue très, étendue n’cst pas le moindre agrément.

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