CHANTILLY
En traversant la forêt d’Hérivaux et celle de Chantilly , qui est d’une éteudne de 7,600 arpents , on cotre dans le département de l’Oise pour arriver bientôt à Chantilly ,\\ka\ qui, suivant Olivier de Serres, tire son nom de la grande quantité de tilleuls qu’on cultive dans scs environs , et dont la deuxième écorce s’emploie à faire des cordes à puits et des câbles.
Le bourg de Chantilly, peuplé de deux mille deux cent soixante-dix habitants et célèbre par sou château , est connu depuis long-temps dans les fastes de la féodalité. Dès le ooramencemeut du douzième siècle , Guy , comte de Senlis , en était seigneur; ce fut lui que Louis-le-Gros éleva à la dignité de grand boutillier de France^ titre
«juc sa poslcrité a constaiurnent conservé. Giiii*' laiimc, houlillicr de Scnlis, troisième du nom, et l’iiu des descendants de Guy , embellit le séjour de Cliuulilly , et, en i353, y fit bâtir une cba- |)clle qui fut sa sépulture. IjR race des Boutillicrs de Scnlis, qui se disaient issus de celle de Charlemagne, s’éteignit vers le commencement du quinzième siècle. Pierre d’Orgeraont, chancelier de France, sous Qiarles VI , posséda Chantilly que sou petit-fils donna, eu i484 , à son neveu Guillaume de Montmorency. Les succcsseiu-s de Guillaume embellirent considérablement ce château, et le possédèrent jusqu’à la mort tragique du dernier connétable. .
Louis Xill avait, comme nous l’avons dit plus haut, donné, en 1 633, le duché de Montmorency , dont Chantilly faisait partie, à la princesse de Condé; mais il s’était réservé en même temps la seigneurie et le château de Chantilly dont il se fit un lieu de plaisance. La reine, mère de Louis XIV , en accorda ensuite la jouissance , pendant son règne, au prince de Condé. Mais , quelque temps après , le jeune roi rentra en possession de ces biens, et ce ne fut qu'en i66r qu’il remit Chantilly, on toute propriété, au même prince de Condé.
Considérablement embelli par les seigneurs qui Tout possédé , Chantilly était devenu une des.
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plus belles maisons de campagne qni existât dai s le royaume, nature et les arts ( disait Mérigot en 1791 ) semblent avoir à l’envi contribué à renibellissement de Chantilly.
« 11 est peu de lieux en France qtii réunissent » autaut d’objets de magnificence et d’agréments. » Le luxe et La richesse des bâtiments , la variété » et la beauté des jardins , l’abondance et la lim- » pidité des eaux , la fraîcheur des ombrages , » l’éclat des divers points de vue, des collections » prédeuses , des raretés de plusieurs genres, le » contraste des sites imposants et des sites agrestes, y attirent journellement une-fbule de curieux. » Au reste, ce récit est bien moins aujourd’hui une description qu’un souvenir, et Chantilly n’offre pins que des ruines. Ces magnifie] ucs Iranien ts ^ CCS décorations magiques ; ce luxe merveilleux, ces jardins superlies , ces chefs-d’œuvres de peinture, de sculpture, de tous les arts, tout a croulé a la voix du génie destructeur qui plana si long-temps sur la France.
L ancien château de Clianlilly , bâti vers la fin du quiuxièiue siècle) était, ainsi que le montrent ses ruines, assis sur un roc au milieu d’une vaste pièce d’eau qui forme scs fossés. Son jilân présente un triangle dont les trois faces très-irrégulières étaient flanquées de tourelles, accompagnées de meurtrières, et surmontées de pavillons^
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dont les combles ëtaieut en calottes sphériques. Ces tourelles commuuiquaieiit l’une à l’autre par une galerie extérieure , fort étroite , qjil régnait entre les deux étages sur les trois façades du château. Cette décoration, à la fois triste et sauvage, rappelait à l’iniagiiiation des uns la demeuro de ces anciens preux dont parlent si souvent nos vieux romans de chevalerie , et à la mémoire des autres le séjour d’un de ces tyrans si sombres et si redoutés dans les temps féodaux.
Les appartements de ce vieux château étaient richement décorés ; les peintures étaient en grande partie l’ouvrage deCoypel, de le Sueur.
Le petit château , 'construit vers le seizième siècle , moins vaste et plus sinqtle à l’extérieur , est le seul qui existe aujourd’hui. Au temps oh Chantilly appartenait à la maison de Montmorency , cet édifice était destiné à la capitainerie, il est élevé dans les fossés du grand château auquel il communiquait par des ponts en forme de corridors, et présente un corps de bâtiment ayant deux pavillons en avant-corps sur la cour; ces pavillons sont décorés d’une ordonnance corinthienne en pilastre, d’nn bon style et d’une exécution soignée. Dans toute l’étendue du bâtiment, l’entablement est interrompu par les croisées en mansardes de l’étage qui règne au-dessus du rez-^ de-chaussée.