CHAPITRE XXIll
Il existe des différences notables entre les machines abois fabriquées en Amérique et celles des autres pays. Tandis qu'en France et en Angleterre on emploie de moins en moins le bois dans la construction des maisons, en Amérique, où les grandes forêts abondent, le bois est encore la partie essentielle, consti-
(i) Nous avons a5S(z rendu juslice à la métallurgie allemande, pour qu'on ne nous accuse pas de partialité. Du reste, nous ne faisons ici que relater ropinioo Je presque lous les membres du jury international.
lulive des habitations. C'est ce qui fait qu'en Amérique le mode d'action et la puissance des machines varient avec les conditions locales et la nature des bois de chaque État. Rien n'est plus différent à travailler et n'exige plus d'outils spéciaux que les bois tendres ou durs, verts ou secs, noueux ou de di-oit fil.
En France et en Angleterre, les planches et les madriers ont des dimensions fixes, et il n'existe dans le commerce qu'un très-petit iiombre d'échantillons. En Amérique au contraire les dimensions varient à l'infini, et la largeur des pièces équarrics atteint souvent 0°,90. '
Plusieurs autres causes s'opposent à ce que les machines européennes, toutes perfectionnées 'qu'elles sont, se vulgarisent par delà l'Atlantique. En France et en Angleterre, dans ce dernier pays surtout, les capitaux placés dans l'industrie ne rapportent qu'un faible intérêt, peu diffèrent de celui des valeurs mobilières; en Amérique, au contraire, on ne trouve de l'argent qu'à un taux très-élevé, et il est absolument nécessaire de faire des machines à bon marché, quitte à les renouveler souvent. Une scierie ou une raboteuse ne dure généralement que six ans.
Et ce n'est pas là une fausse économie. Les Américains, gens pratiques s'il en fut, ont remarqué qu'après cinq ou six I aDS, il y avait toujours des progrès dans les machines, qui abrégeaient ou amélioraient le travail ; ils ont donc tout intérêt à amortir rapidement le capital de premier établissement et à renouveler souvent leur matériel. S'il s'agissait de machines à métaux destinées au façonnage d'objets de précision, cette manière de procéder donnerait de mauvais résultats, mais pour le débit des bois servant aux bâtiments, elle est excel- [lente. Les ouvriers américains un peu habiles on intelligents se payent très-cher, ce qui fait rechercher de préférence des machines travaillant vite et n'exigeant pas le concours de bons ouvriers.
i66 MACHINES A BOIS AMÉRICAINES
Les machines se fabriquent dans le pays même où ou les exploite ; elles sont vendues directement au consommateur et garanties pour un travail déterminé. Ainsi à Chicago, une raboteuse dresse, dans sa journée, ii kilomètres de planches de sapin sur un coté, et toutes les machines vendues doivent en faire autant sous peine de refus (1).
En Amérique, les machines à bois sont plus répandues que celles à métaux ; car en outre de leur usage dans la structure des maisons, elles ont une foule d'autres applications : construction des bateaux, des wagons, des meubles, des modèles, etc. Dans tous les villages, il y a des usines où on travaille le bois mécaniquement.
Si les machines employées pour Tindustrie du pays sont simples, économiques, un peu bricoles, pour nous servir d'une expression de métier, il n'en est pas de même de celles envoyées aux divers concours internationaux , qui sont le plus souvent compliquées et bien établies.
A l'Exposition de Vienne, nous avons remarqué une série d'outils pour la fabrication des seaux en bois, une scie à ruban dont les tambours n'avaient pas de rebords, une machine à assembler les côtés de tiroirs, une perceuse horizontale et une machine à faire les tenons.
L'outillage pour la fabrication des seaux, dont nous donnons les dessins planche 19, a une certaine analogie avec les machines exposées en 1867, qui produisaient 1 000 tonneaux de drogueries par jour.
Les scies, ou tambours dentés, pour le débit des douves, sont montées sur des bâtis spéciaux ; tous les autres outils sont disposés sur un établi unique, lequel donne une idée précise des bâtis ordinairement employés par les Américains.
Lorsque les douves sont débitées, on les dresse sur les côtés au moyen du rabot A, puis on les coupe à longueur en les
(!) Nous donnons ce chiiïre de 14 kilomètres d'après Richards, mais nous ne Iti garanlissuns pus^ bien entendu.
présentant devant la double scie B. Les rainures s(i font avec ht scie C, et l'assemblage s'opère sur la petite machine D, qui sert également h tourner l'extérieur des seaux. Le polissour E est garni de papier de verre, il sert pour terminer li> travail de la plane. La machine F a une double l'onction : elle est destinée à tourner le seau intérieurement et à faire l'entaille pour recevoir le fond. Le façonnage du fond se fait entre les deux disques G, et les cercles sont préparés sur le cône H, Un ouvrier est placé à chaque machine A, B, C, D, E, F, G et H, deux aux scies et un à la pose des anses et des cercles. Ce qui fait un total de dix hommes pour une fabrication d'environ cinquante seaux à l'heure. .\vec l'entretien des outils, il ne faut pas compter sur moitié de cette production, quoiqu'on dise l'inventeur des machines. Chaque seau revient à 0 fr. 75, savoir : 0 fr. 25 de façon, 0 fr. 25 de bois et 0 fr. 25 de ferrures.
I^ suppression des rebords dans 'tes tambours d'une scie à lame sans fin et leur remplacement par des galets ou des plaques fixes sur lesquelles frotte la lame, est un changement qui n'est ni nouveau ni bon. La scie de Newberry, inventée en 1808, était sans rebords; d'autre part, il est incontestable que les frottements d'une lame contre des pièces métalliques fixes ou mobiles sont plus considérables que ceux répartis sur tout le pourtour des rebords. On pouvait du reste s'en rendre compte à Vienne sur les deux spécimens de scie h tambours droits exposés, l'un par l'Amérique, l'autre par l'Angleterre.
La scie américaine avait des tambours en bois très-dur, avec raoyeu on fonte. Cette disposition peut offrir des avantages si la jante n'éprouve aucune déformation plane et st elle reste toujours bien cylindrique. Une autre particularité de cette machine consistait dans le mouvement d'obliquité de la table donné automatiquement par une simple transmission. Pour l'obtention de surfaces liélicoïdales, ou, en d'autres termes, pour le débillardage du bois, ce mouvement pouvait avoir son
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utilité ; mais au lieu de laisser avancer la pièce à la main, il eût été nécessaire d'établir un second mouvement automatique sur la table, sans cela il est impossible d'obtenir des coupes régulières. En 1867, Dupriez exposait une machine à peu près semblable, dans la section française.
La machine à assembler les côtés de tiroirs, de Knapp, était assez originale et surtout moins compliquée, et par suite, moins chère que celles à queue d'hironde exposées en 1867 par divers constructeurs. Les croquis (flg. 2, 3 et 4, pi. 60) montrent le mode nouveau d'assemblage imaginé par le constructeur américain et suffisent pour donner une idée de la machine en question. Les entailles A, A, A (fig. 3) sont obtenues par deux outils à angles tranchants, les trous B, B par une mèche ordinaire et les tenons (iig. 2) par une lame creuse d'une taille particulière. Pour obtenir une division bien exacte et permettre l'assemblage de deux larges planches, il a fallu donner an plateau de la machine un mouvement automatique le faisant avancer, à chaque opération, d'une distance égale à Técartement de deux tenons. Avec du bois dur, le travail se fait trèsbien et l'assemblage est excellent ; avec du sapin ou du peuplier, la coupe est mauvaise, les éclats nombreux et l'assemblage moins bon que par queue d'hironde.
La perceuse horizontale Fay est un bon instrument, d'une construction soignée, représenté planche 18 en perspective. Contrairement a l'usage américain, Fay construit ses machines entièrement en fonte, fer ou acier, et leur donne une bonne forme: solide, compacte, forte et durable.
La pièce reste fixe sur la table, et l'arbre transversal est mû parallèlement par un levier actionné par le pied de l'ouvrier. Le levier de manœuvre est muni d'une pointe en acier qui agit sur l'arbre porte-outil, ce qui évite l'usure résultant de la pression contre une languette ou une goupille, comme cela a lieu dans beaucoup de perceuses.
Le plateau, fixé à la colonne, peut être monté et descendu
MACHINES A BOIS AMËRICAINBS. 169
ant le morceau à ouvrer ; il peut également prendre un angle quelconque pour le perçage des trous obliques. Le guide d'arrêt de la pièce avance et recule à volonté et fait, avec les borda de la table, l'angle qu'on désire.
Ces diverses positions du plateau et du guide peuvent être obtenues avec une extrême rapidité. L'outil s'emmanche dans l'arbre par un système breveté, ayant pour eft'et de lui donner en même temps une grande fixité et une parfaite concentricité. Les coussinets prennent l'huile automatiquement. La vitesse de l'arbre intermédiaire est de 1 000 tours à la minute ; l'outil peut prendre trois vitesses différentes, suivant la nature du bois à percer.
Cette machine a été étudiée pour les fabricants de voitures on de machines agricoles. Elle est 'très-répandue aux États- Unis.
La machine à faire les tenons des portes et des châssis (pi. 18), du môme constructeur, est également digne d'éloges ; nous n'en connaissons pas de meilleure pour les travaux courants de menuiserie.
Les tétcs des outils inférieures et supérieures s'élèvent et a'abaî-5sent au moyen de vis mues par un votant à main, et sont facilement ajustées de manière a faire varier, suivant les besoins, l'épaisseur du tenon ou la profondeur de l'épaulement, le chariot restant à la même hauteur. Ce chariot a une conslruction particulière; il est très-léger, se meut sans difGculté et possède tous les organes accessoires, arrêts, tige d'extension, etc., propres à un bon service.
Les chapes sont attachées aux poulies actionnant les porte-outils, de sorte qu'elles peuvent se lever et s'abaisser avec les outils, sans avoir besoin de siège séparé. Elles sont arrangées d'ailleurs de façon à pouvoir s'ajuster indépendamment des porte-outils si on le désire. Pour éviter les vibrations et assurer une longue durée aux arbres, M. Fay a combiné de longs coussinets et des paliers graisseurs.
no MACHINES A DOIS ANGLAISES.
Le porte-outil supérieur est arrangé de façon à couper, si cela est utile, une languette de tenon plus longue du dessus que du dessous de la planche. Les chapes pour Tarasement sont avancées et reculées par un simple écrou; au lieu de ciseaux spéciaux, la pratique a montré qu'il valait mieux employer des dents de scie.
Les outils sont faciles à affûter sur place. La courroie qui conduit l'arbre des porte-outils est à l'une des extrémités de la machine pour ne pas gêner les mouvements de l'ouvrier. Un tendeur à contre-poids maintient toujours une tension régulière sur les poulies. Ajoutons enfin que la courroie enveloppe presque entièrement la surface des poulies, ce qui empêche tout glissement et permet de faire un travail plus rapide.
Les machines que nous tenons de décrire ne constituent pas tout ce que les Américains avaient envoyé à Vienne dans cette spécialité, mais elles résument les progrès accomplis dans les États-Unis pendant ces dernières années. Il nous a d'ailleurs paru superflu de décrire des appareils qui n'ont subi aucune modification depuis vingt ans, et qu'on revoit périodiquement à chaque concours, souvent avec des noms différents comme inventeurs.