CHAPITRE XXIV
L'Angleterre fabrique des machines à bois non-seulement pour les besoins du pays, mais encore et principalement pour l'exportation ; aussi a-t-elie créé des types rustiques qui conviennent à toutes sortes de travaux et à toutes les essences de bois. Elle ne vend pas, comme l'Amérique, à garantie; l'acheteur choisit dans l'usine ou sur les catalogues à ses risques et
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périls, pt;ut fiiipL- recevoir ses outils chez le coustnicteur, mais n'a aucuQ droit tlo réctamiLtioit après la livraison. Le commerce d'exportation étant entre lus maîus des commiBsionnaires, ceux-ci poussent à. rélévation des prix pour augmenter leur bénéfice.
Lfs ouvriers anglais, qui n'ont aucune supériorité dans les travaux délicats d'ajustage et de tournage, excellent dans la conduite des chevaux, des locomotives, des chaudière» à vapeur et des machines-outila. Les conatrucLeura d'outils à bois, mettant à profit cette iiptitude particulière, ont étudié des machines à fonctions multiples et n'ont Januiis été arrêtés par la complication des mouvements; mais quand les mêmes machines, qui fonctionnaient Irès-biiin en Angleterre, ont été importées en Amérique, elles ont fait un mauvais service et il a fallu les modifier sensiblement, car dans ce pays les ouvriers sont avant tout spécialistes. Lo scieur ne rabote pas et réciproquement.
Ciuqgrandes maisons anglaises étaient représentées II Vienne, où elles occupaient dans la galerie des machines un espace considérable eu égard aux autres industries. Citer ces maisons, c'est énumérer les noms des phis grands constructeurs do machines à bots d'Angleterre et peut-être du monde entier : 1° Powis, James Western et C; 2° Worssam, Samuel et C° ; T Ransome et C°; 4" Robinson et fils; 5° Powis Charles et C.
Chacun de ces constructeurs avait envoyé une série de machines qui ne dilléraient guère que par la forme du bâti et par des détails de construction. Peu do types réellement originaux, peu même d'améliorations récentes.
Si les Américains combinent leurs outils au point de vue du bon marché et laissent subsister le plus souvent des hiUis en bois, les Anglais, au contraire, poussent l'élude des formes dans ses dernières limites. Il n'existe certainement pas do machines it fer plus élégantes, mieux proporlîonnéeg et d'uQ
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meilleur aspect géDéral que les machines à bois de Robinson. Peat-ètre même trouverait-on, en les examinant de près, que le bnt a été dépassé, en ce sens que le prix de revient est élevé et que certains organes qni auraient pu se loger dans des bâtis à nervures sont forcément à l'extérieur. Quoi qu'il en soit, nous préférons cette architecture correcte aux constructions sans règles ni principes des machines américaines, et nous croyons que dans un avenir prochain tous les bons fabricants imiteront Robinson (I).
11 est un autre point sur lequel les constructeurs anglais ne sont pas d'accord avec ceux des autres pays, c'est celui des univer$€d joiners (combinaison de machines à multiples fonctions), dont plosieurs spécimens figuraient à Vienne.
Ici nous sommes de Tavis des Français et des Américains contre les Anglais pour les raisons suivantes :
Une machine appelée à faire toutes sortes de travaux de menuiserie ou de charpente peut fonctionner de deux manières : ou plusieurs outils travaillent simultanément, ou il n'y en a jamais qu'un seul en mouvement. Dans le premier cas les ouvriers se gênent, et comme le travail produit est trèsvolumineux, remplacement à proximité de la machine est bientôt encombré. Dans l'autre cas, il n'y a aucun avantage au point de vue économique, surtout à cause de la différence de vitesse exigée par les diverses opérations à exécuter, et lorsqu'un des outils ou une des transmissions a besoin de réparations, la machine tout entière reste improductive. Nous n'ignorons pas que les universal joiners sont fréquemment demandés, mais nous savons aussi que l'annonce d'une machine à tout faire est des plus séduisantes et que beaucoup d'acheteurs, attirés par le prix moins élevé, s'y laissent pren-
(i) Nous ne voulons pas entrer dans de U-op grands développements sar la qoes- Uon si intéressante des b&lis, rappelons seulement que les bâtis creux, comparés aux bâtis à nervures de même poids, sont dans le rapport de 7 â 5 comme résistance, et que les premiers ne coûtent qu*un cinquième de plus que les autres.
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dre, quitte à transformer dans la suite l'outil multiple en un oatil unique.
L'emploi du menuisier universel peut cependant, dans des cas exceptionnels, rendre quelques services, et nous l'admettrions soit dans un petit atelier où un seul ouvrier se sert successivement de ces divers outils, soit dans un très-grand atelier, pour faire le travail extra sans déranger les outîls courants.
Nous avons remarqué plusieurs machines inti^rcssantes dans l'exposition de MM. Ransome et C, entre autres une scie à lame sans fin, une petite mortaiseuse, une machine à planer et un appareil pneumatique pourenleverlessciurcset les copeaux au fur et à mesure qu'ils sortent de la machine.
La scie est munie de guides en acier en dessus et en dessous de la table. Ces guides sont formés de barres carrées dans lesquelles on a creusé une cavité pour y placer de la graisse. La lame touche l'une des faces du guide percée de petites ouvertures en communication avec la boite à graisse, et dès qu'elle s'échauffe, la graisse fond et lubrifie la scie.
Une scie circulaire du même constructeur possède un système de graissage très-efficace, ce qui lui permet de tourner à une vitesse très-considérable sans inconvénient. Un pareil outil aurait peu de chance de succès en France, à cause de l'habileté exceptiounelle qu'il exige du conducteur.
La petite raortaisease construite d'après le système Richards, est munie d'une gouge de forme particulière qui détache à chaque coup trois copeaux, l'un au centre et les deux autres sur les côtés de l'entaille. L'outil fonctionne à raison de six cents coups à la minute et donne un bon résultat. La mortaiseuse à la main ne nous parait pas pratique, à peine si on pourrait la conseiller pour du bois excessivement tendre et homogène, comme on n'en rencontre pas en France.
Dans leurs machines à faire les tenons, les moulures, le corroyage et le planagc, Ransome et C ontdonné aux outils
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une trës^rande vitesse , gui , dans certains cas , atteint 6 000 tours par minute. Leur grande machine à planer peut travailler des planches de 0"*,60 de largeur.
L'appareil pneumatique pour enlever les sciures, lescopeanx et les poussières de Tatelier est un simple ventilateur aspirant, animé d'un mouvement très-rapide et disposé de manière à ne pas gêner le service dea machines. Au point de vue de la santé des ouvriers, on devrait propager cet appareil dans tous les grands ateliers de menuiserie ; son prix est peu élevé et son fonctionnement, vu la simplicité des organes, ne laisse rien à désirer.
La maison Samuel Worssam et C*, de Chelsea (Londres), est telle qui a la première introduit en Angleterre les scies à rubans perfectionnées par Perrin. C'estencore aujourd'hui celle qui a le plus de réputation pour ces remarquables machines. Au lieu des ressorts à boudins et de lames plates, comme certains constructeurs en disposent pour donner à la scie toujours la même tension, Worssam emploie un simple contrepoids dont le levier traverse le bâti en dessus de la poulie supérieure. Citons, de la même maison, des menuisiers universels très-ingénieux, des scies alternatives à lames multiples, des toupies pour moulures et des mortaiseuses à main et à moteur.
Powis, James, Western et C* exposaient plusieurs machines assez nouvelles; nous en reproduisons trois en perspective (pi. 18).
La plus originale de ces machines est une scie à trois poulies pour le travail à la main. La poulie qui porte la manivelle a un diamètre deux fois plus grand que les autres, la table peut s'obliquer à volonté, le bâti est tout en fonte et la tension normale de la scie sur les poulies est assurée par un ressort. Cette scie est plus curieuse qu'utile, car le frottement de la lame; comparé à celui des autres systèmes, est augmenté et la vitesse est insuffisante pour donner de bons résultats pratiques.
HlCHtNBâ A BOtS AlfGr.AISBS. ITH
» saie à deiu poulies ost. au contraire, on outil deprener ordre, très-atablc. bien établi dans toutoa ses parties. Le ressort méplat, employé par Powis dans toutes ses scies, est Tacileà régler, son i'onclionnemeiit est satisfaisant.
La maciiino à dôgauchir et à planer est spécialement destinée aux fabriciints de meubles et de piano». La précision de son ajustage est telle, qu'elle peut dresser du placage, collé sur panneau, sans le moindre inconvénient. Les porto-outils, les paliers et le chariot vertical sont calculés pour rendre toute vibration impossible. Un rouleau, monté sur coussinets et maintenu par des ressorts, appuie sur la planche près des outils coupants. Le mouvement du plateau est obtenu automatigaement comme celui des machines à métaux, par des engrenages et une crémaillère: la vitesse varie suivant la durolé du bois et suivant la largeur et i'épaisseup de la passe. Les planches sont assujetties latéralement par une série de pinces glissant dans des coulisses et pouvant se régler à toute hauteur.
Cette machine s'exécute sur quatre modèles de grosseurs (lilTérentcs : le numéro I, qui pèse 2 000 kilogrammes, peut raboter des planches de 0", 30 de largeur sur S", 60 de longueur ; le numéro 4, qui pèse 5 000 kilogrammes, peut raboter 0",b5 sur 4'",30.
Dans les quatre types, la vitesse du porte-outil est do 600 lourâ à la minute.
La maison Powis, Jamea, Western et ti"" ne construit pas seulement des machines à travailler le bois, clic a aussi la spécialité d'outils pour le travail de la pierre. Kllc livre également des grues de chargement eL des scies sans fin pour découper les métaux.
Worsam fabrique quelques outils à fer, mais sa spécialité, après les machines à travailler le bois, c'est la machine à vapeur. Nous lui connaissons cinq types de moteurs assez réussis : 1° une locomobile verticale ît mouvement de
pilon ; 2* une locomobile horizontale ; 3* une machine demifixe ; 4* une machine horizontale à bâti ordinaire, et 5"" une machine horizontale à bâti genre Corliss.
Ransome a la spécialité des polissoirs et des meules perfectionnés ; il fait aussi des machines à vapeur de toutes dimensions, mais principalement celles utilisées dans les ateliers de menuiserie et de charpente.