‹ Description des machines les plus remarquables et les plus nouvelles à l'Exposition de Vienne en 1873Chapitre 57 sur 107 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Voici comment M. Richards, dans son ouvrage sur le travail du bois, s'exprime en parlant des machines françaises :

« Sans disserter sur le mérite des machines à travailler le bois construites en France, on peut affirmer que dans aucun autre pays on n*a fait dans cette spécialité d'aussi rapides progrès et que nulle part ailleurs ces machines n'ont atteint un degré de perfectionnement aussi grand en comparaison des autres appareils industriels (1).

« Il n'y a, en effet, qu'en France oh la construction des machines à travailler le bois soit arrivée au même degré de perfection pour les combinaisons, la facilité de l'emploi et la durée, que les machines à travailler le fer.

« Cette industrie toute nouvelle doit en grande partie son développement.aux Expositions internationales. Il y a vingt ans on ne construisait qu'un petit nombre de machines et encore des plus simples; aujourd'hui MM. Arbey et Perrin comprennent dans leur fabrication à peu près toutes les machines connues, et leurs études prouvent une hardiesse et

(i) Wood'Working Maehinei, New-York, iS72, p. 54 .

MACHINES A BOIS FRANÇAISKS. 177

une entente de la chose qui leur font le plus grand honneur.

« Le travail des ateliers est cependant plus long à se transformeren France qu'aux Etats-Unis, et il a fallu aux constructeurs de machines à bois une persévérance très-méritoire pour vaincre la routine. »

Les machines exposées h Vienne ont toutes été récompensées, sauf toutefois celles de Baras» successeur de Cart,qui sont cependant d'un très-bon modèle,

Les scies à rubans de Perrin, bien que ne fonctionnant pas, ont attiré l'altenlion des hommes spéciaux, et on peut affirmer hautement qu'elles méritaient cette faveur sous tous les rapports. Perrin est le premier qui ait fait des scies sans fin donnant de bons résultats. Sa réputation dans cetle spécialité est universelle.

La scie à ruban doit, dans un avenir prochain, remplacer la plupart des autres. Déjà elle sert au découpage, à l'assemblage, au débit des bois de menuiserie, d'ébénisterie et de charpente ; on en fait même pour le bois en grume ; mais nous croyons que ce serait dépasser le but que de chercher à lui faire remplacer les scies verticales à lames multiples, car le système alternatif et vertical est beaucoup plus facile à conduire que le système à ruban appliqué au sciage dos bois de gros échaatillons. Un ouvrier très-ordinaire peut faire uu travail irréprochable avec le premier, et pour tirer un bon parti du second il est indispensable d'avoir à sa disposition un homme habile. Cela s'explique par le soin absolu qu'il faut apporter à l'affûtage des scies sans fin, longues de 8 à 10 mètres, et par l'impossibilité de tendre bien les lames sans échauffer leurs coussinets. Si la voie n'est pas Irës-régulière, si les bois sont un peu difficiles à scier, le ruban denté s'écarte de la ligne droite dans les hauts traits, et les meilleurs guides sont impuissants à le maintenir.

les petits et les moyens travaux, principalement dans ; des bois courbées, le chantournemenf, les découpures

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d& chalets, la scie à ruban est parfaite. On peut lui donner une grande vitesse^ et par conséquent lui faire produire beaucoup ; les ouvriers s*en servent avec facilité et son prix est faible eu égard aux services qu'elle rend.

La fabrication des lames sans fin est une industrie essentiellement parisienne ; l'acier vient d'Angleterre et de France, mais la trempe» la taille et la soudure se font à Paris. L'exportation se fait même sur une grande échelle, et sur tous les catalogues américains, anglais et allemands, on a grand soin d'indiquer que les lames sont de fabrication parisienne, ou simplement française.

C'est à Guillet, menuisier d'Auxerre, qu'on doit les outils forgés en acier pour profils compliqués, mais si nous avons plusieurs fois loué l'ingéniosité des combinaisons de ce constructeur, nous sommes forcé aujourd'hui de critiquer un peu sévèrement les machines qu'il avait envoyées à Vienne.

Certes, un appareil qui permet de tourner un moyeu d.'im seul coup sans déplacer ni le bois ni l'outil est curieux et digne d'examen ; cependant nous ne comprenons pas bien l'avantage de faire en une seule opération un travail qui ne se répète pas assez fréquemment et qui n'a pas une grande importance même dans une fabrique de roues, surtout lorsque le remplacement de l'outil et son affûtage exigent des soins particuliers impossibles à obtenir dans un atelier de charronnage. En admettant encore que l'outil soit bon, pourquoi le monter sur une machine aussi mal étudiée, mal combinée, mal exécutée? M. Guillet est un véritable Américain égaré en Bourgogne.

En 1867 les mêmes défauts existaient dans les organes de ses machines, mais nous croyions alors que les types exposés n'étaient que les germes d'une fabrication nouvelle, destinés à être développés et perfectionnés. Nous avons eu le regret de constater à Vienne qu'aucune amélioration ne s'était produite dans l'étude des bâtis, des supports, des paliers, etc.

Si ce constructeur, auquel chacun se plaît à reconnaître une grande habileté pour la coupe du bois et la taille des outils, était aussi bon mécanicien que bon menuisier, ses machines jouiraient d'une grande réputation, tandis que la plupart de ses conceptions sont aussi stériles qu'ingénieuses.

Le succès de la section française a été cette année pour la maison Arbey, de Paris, dont les machines ont très-bien fonctionné pendant toute la durée de l'Exposition.

Cinq appareils ont été particulièrement remarqués : une scie alternative à lame multiple, une machine à faire les tenons au moyen de quatre petites scies circulaires, une mechine à façonner, une scie à ruban à pédale, et une raboteuse à lames hélicoïdales, inventée par M. Mareschal et complétée par M. Godeau.

La scie à ruban mue par une pédale, que nous représentons (figl eL2, pi. 15), est extrêmement simple et son prix (450 francs) des plus réduits. Remarquable par son bon fonctionnement et le peu de force qu'elle exige, cette petite scie a sa place marquée dans tous les ateliers qui n'ont pas encore de machines motrices.

La machine à façonner les rais de roues, les sabots, les formes de chaussure, les bois de fusil, de pistolet, etc., etc., repose sur le principe suivant : faire agir simultanément un certain nombre d'outils rotatifs, obéissant à l'action de deux guides, lesquels s'appuient constamment sur des gabarits en fonte ayant la forme exacte des pièces à produire.

Elle se compose d'un bâti en fonte, reposant sur un châssis en bois; d'une table glissant sur le bâti et portant la série des pièces à ouvrer ainsi que les deux gabarits en fonte ; d'un cadre oscillant recevant, à son extrémité, les outils et les touches; d'un arbre horizontal, actionné par le moteur et transmettant le mouvement au plateau ainsi qu'aux outils, et des divers accessoires de transmission, de mise en marche et d'arrêt de la machine.

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Fig. ».

Déliilt tie la marhiac à rafonorr («yilème irbry).

sposittoii dps touches et le mode d'action dos outils sont surtout intûressaiits ; nous les représentons, ci-contre, d'après les dessins complets que vient de publier notre êrainent confrère Armengaud aîné.

Le» figures 1 et 2 représentent en élévation et en profil le détail d'une touche et d'un outil destinés au façonnage d'un sabot.

La figure 3 monlre la tige entourée d'un ressort à boudin qui embraye les écrous des vis de commande, lorsque le travail est achevé. On a choisi comme exemple la fabrication d'un bois de fusil.

Les figures 4, 5 et 6 représentent le monlagc sur l'arbre du cadre d'un oulii et d'une touche.

Comme on le voit, chaque outil se compose de deux lamos plates (fig. 5) engagées dans une mortaise de l'arbre porteoutils et maintenues par deux vis de pression ; l'arèto coupante est en arc de cercle et la rive opposée est taillée suivant une ligne brisée, de manière à ce que les deux lames s'emboitent l'une dans l'autre.

Les touches consistent chacune en un manchon en acier fondu et tourné extérieurement en forme de baril, suivant la courbure des outils, et accompagné, de chaque bout, d'un épaulementà six pans par lesquels la touche s'emboîte dans sa chaise.

Ce qui caractérise la machine à façonner d'Arbey, c'est surtout la façon dont le bois est coupé; la plupart des appareils similaires ont pour outils des fraises dentelées, tournant dans un plan perpendiculaire à la direction des pièces, tandis que les outils Arbëy agissent dans la direction parallèle des pièces et prennent ainsi le bois suivant son fil, au lieu de le prendre par le travers. Les fibres sont alors tranchées nettement et non pas grattées et déchirées.

Cette machine offre une combinaison curieuse d'orç-anes ronctionnant à d'énormes vitesses, en rapport avec d'autres

I^f MACHINEE A BO(S FR.VMIAISES.

qni drîvput, an contrains ?e mouvoir avec une exlrènie l^ateur. Ainsi larbr»:» de ooinmand*» fait 650 tours à la mizitP: c»?lui des outils, 'MM tours: la poulie qui commande i'arbn^ d'iivîiQcot» d^* I.i tiible. oi tours: les vis ne font que 8 Iwis. ce qui correspond à uu avancemeut du chariot de O'.ûS ïli minute.

Pour fal:oc!:^'^ ^ objets à la fois, il faut une machine de 4000 b.

OU'ind 011 v»Mit passer d'une fabrication à l'autre, il suffit de chanu'^T les gabarits et d'effectuer le déplacement cooTenabN* des pi'^upoes suivant la lon:;ueur des pièces a ouvrer.

Li pab«'itou-i^ à lamos luMicoïdales perfectionnée depuis l'Exposition d»^ t>^t)T, nu'pite une mention spéciale. C'est bien Cf^rtainenient l'appareil qui a été le plus entouré et le plus exauiinr par le jury «le tout le croupe des machines-outils.

Les ti:;uros J et l. pi. !">. roprêseuteut la partie essentielle dr rellM mi':liinf\ In plateau mobile, avec retour rapide, et muni dr* ^i-iîlos de >r?iTa9\ reçoit les pièces à travailler. Il p.-nl rivr iixf au Uàt^ dans le c;is où Ton doit raboter des lilan''!)'*-^ rnincos; d»*-^ cylindres d'amena^e conduisant alors, in 11- faisait ulisst^r sur le plateau, les planches sous le porle-

nulil^i.

Pnur qu'une machine à raboter fasse un bon travail, ilfîiut i|iir h» tranchant de ses outils ait la forme et la finesse néces- <i\'\rr^ pour coupi T et séparer les libres sans déchirures, arra-

I lii'inniN îli rclats.

Il rninii'nl aussi d'attaquer à la fois le plus petit nombre »\i^ \i\nr< pi><<il)l.\ i-ar il *'^t facile de comprendre que le bois .' Il il ml. ml i":ru\ Ci.Hijw' (pi'on aifira successivt^'^:onî sur une

".lu. ('iililr l.l!-::rur.

J ».lm il hml i|ue l'atlutau^^ soit rapide et précis.

I • .: iiMii Imiiw \rl»ev à lames hélicoïdales remptissec; très-

bien ces conditions et satisfont aux trois points suivants :

Premier point. La forme des lames et leur disposition en hélices, autour d'un cylindre, de telle sorte que la génératrice qui passe par l'extrémité de l'une de ces lames rencontre la lame qui la précède à l'autre extrémité du cylindre.

Cet agencement a pour résultat ; 1" de rendre le travail des lames constant pendant toute la révolution du cylindre dont le mouvement est très-rapide (2 000 tours environ par minute), et par suite d'éviter des chocs, cause d'échauffement des coussinets, ce qui a lieu fréquemment dans les machines à larges lames droites ; 2° de présenter au bois la partie de l'outil en travail, constamment sous l'angle le plus favorable au rabotage ; 3** de trancher les bois en biaisant, méthode qui permet de raboter les bois suivant le fil ou en travers le fil, les bois noueux, les châssis assemblés avec traverses, les parquets, mosaïques, etc., sans craindre le moindre éclat; 4° de ne travailler continuellement que par un point du cylindre coupant, ce qui répartit la résistance de l'outil d'une manière uniforme, diminue l'usure et permet de raboter de grandes largeurs sans changer sensiblement les conditions élémentaires du travail résistant, et évite les trépidations, à tel point que ces machines peuvent être installées sur un plancher d'étage ;^ o' enfin de rejeter les copeaux en dehors la machine sans qu'ils puissent encombrer les organes, s'imprimer dans le bois ou gêner l'ouvrier.

Deuxième point. L'emploi de lames tranchantes n*ayant que 0",001 ou 0'",002 d'épaisseur, planes lorsqu'elles sont démontées, et ne devenant hélicoïdales qu'appliquées sur leurs contre-fers qu'elles dépassent de quelques millimètres.

Ces lames minces constituent le perfectionnement important apporté aux premières machines du même système. Les anciennes lames étaient rigides, avaient 0",010 à 0",015 d'épaisseur, coûtaient plus cher et s'affûtaient moins fa* cilement.

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Troisième point. La disposition très-ingénieuse qui permet d*affûter les lames en place sans qu'il soit besoin de les démonter, au moyen d*une meule en émeri installée à la partie supérieure de la machine.

Cet affûtage se fait avec la plus grande perfection, sans exiger de l'ouvrier d'autre soin que celui de régler la prise de la meule. Il est prouvé que de la finesse du tranchant dépend en grande partie la bonne exécution du rabotage ; fait à la main, l'affûtage ne peut jamais égaler la régularité produite par Tappareil rigide.

Les porte-outils à lames hélicoïdales s'appliquent également à des machines construites pour des usages différents ; les machines à plateau mobile à un ou deux porte-outils, servent à raboter et à planer les bois de wagons, modèles, charpente, menuiserie, fabrique de pianos.

Les machines à tables fixes et à aménage continu servent à la fabrication des parquets ordinaires, des moulures et en général au rabotage des bois minces qui ne doivent pas être dégauchis.

En résumé, les machines à raboter les bois, à lames héli« coïdalcs, peuvent opérer, sur des pièces très-larges ou trèsétroites, trèig-épaisses ou très-minces, suivant le fil du bois ou en travers, sans chocs, avec une grande économie de force motrice, diminuent les causes de réparations et sont d'un affûtage facile.

Un grand nombre de ces machines ont été livrées à l'industrie et aux arsenaux, et les perfectionnements apportés par Texpérience les ont rendu<îs aussi pratiques qu'on peut le désirer (1).

(1) Les rcnscigncmcnlsqtii précèdent, sur la macliinc ù rnbolcr, a lames liélicoîdalcs, sont empruntés à un article du Bulletin de la Société det arts el métiers, 11° 84, p. Co9.

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