‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 104 sur 111 · LÈPRE · texte numérisé non relu

LÈPRE

L'histoire des lèpres, telle que nous l'a donnée M. Alibert, est entièrement à refaire. Il a confondu sous cette dénomination des affections qui en diffèrent essentiellement, et il en a séparé d'autres qui ont avec la lèpre proprement dite les rapports les plusfrappans. En effet , l'éléphantiasis des Arabes et celui des Grecs, que M. Alibert a compris parmi les lèpres, sont plutôt des maladies du système lymphatique et da tissu cellulaire que de la surface cutanée; et, d'un autre côté, les dartres furfuracée et squammeuse sèche , et, en général, toutes les maladies de la peau caractérisées par des squammes qui n'ont point été précédées de vésicules et de pustules, ont, avec la lèpre, une analogie si parfaite qu'il est le plus souvent impossible de les distinguer. Il étoit donc inutile de les séparer. Ce ne sont jamais des squammes plus ou moins épaisses , rondes ou irrégulières , disséminées ou confluentes , qui puissent permettre d'établir des différences entre des affections qui ont d'ailleurs le même siège et la même nature.

Nous ne pouvons donc admettre qu'une seule espèce de lèpre, qui est celle que M. Alibert a classée dans la première espèce de ce genre , et dont il a cru devoir admettre trois variétés , la blanche, la noire et la tyrienne. Nous nous sommes déjà élevés plusieurs fois contre cette singulière tendance à multiplier à l'infini les maladies de la peau ; nous avons fait voir combien ces dénominations vagues et superflues étoient propres à rendre plus difficile l'étude de ces affections; mais jamais nos récriminations ne nous ont paru plus fondées que dans le cas actuel ; et d'abord , la dénomination de lèpre squammeuse est un pléonasme, puisque lèpre est un mot qui, provenant du grec, signifie squamme. Qu'est-ce ensuite que des distinctions basées sur l'étendue, sur la

couleur des squammes, qui sont naturellement plus ou moins foncées, selon Finjection plus ou moins considérable du tissu réticulaire, et qui, ainsi que M. Alibert lui-même l'avoue, se succèdent le plus souvent les unes aux autres. On ne parviendra jamais à introduire la lumière dans le chaos des affections du système dermoïde , tant qu'au lieu de considérer leur essence et leur siège comme seuls caractères qui puissent les différencier , on n'envisagera comme tels que des phénomènes purement secondaires.

La lèpre consiste en une inflammation du tissu réticulaire , qui s'annonce par des élevures solides, autour desquelles se dessinent de petites taches d'une ligne de diamètre, unies, rougeâtres, kiisantes , légèrement proéminentes. Elle est spécialement caractérisée par des plaques écailleuses , éparses ou réunies , de forme et de dimensions différentes, déprimées à leur centre , et entourées d'un cercle rougeâtre et proéminent.

La lèpre , telle que nous venons de la décrire, ne peut être confondue avec aucune autre phlegmasie cutanée. On observe bien quelquefois des écailles dans la seconde période de quelques autres affections, mais elles n'en constituent point le phénomène essentiel, et on découvre toujours, dans le voisinage de ces surfaces squammeuses, quelques vésicules et papules qui, ainsi que nous venons de le dire , ne s'observent jamais dans le développement de la lèpre proprement dite.

Lorsque cette maladie a été long-temps abandonnée à ellemême, ou lorsqu'elle envahit les doigts, le mal peut se propager jusqu'au tissu réticulaire situé sous les ongles. Ceux-ci deviennent alors épais, rugueux, opaques, d'un jaune sale, et se recourbent à leur extrémité hbre. Leur surface est inégale et irréguhère, et leur racine épaissie paroît formée par un assemblage de couches distinctes superposées. Plus rarement le derme , qui sécrète l'ongle , fournit une sanie plus ou moins abondante.

A une époque déjà avancée de la maladie , il arrive assez souvent que les articulations sont frappées d'une sorte de stupeur et d mi-

mobilité, et que la faculté de sentir s'anéantit complètement. Ces phénomènes dépendent de l'accumulation d'un grand nombre de plaques sur la surface du corps, qui rendent les mouvemens difliciles et forment une espèce d'enveloppe qui empêche que la sensibilité de la peau soit mise en jeu par les agens extérieurs.

Tous les tissus élémentaires qui entrent dans l'organisation de la peau ne sont point affectés dans la lèpre : les vaisseaux qui sécrètent l'épiderme semblent seuls être atteints d'inflammation: c'est elle qui rend la production de cette matière plus abondante et qui provoque ensuite la chute des écailles. Si tous les vaisseaux de la peau étoient également affectés, il seroit difficile d'expliquer pourquoi le travail inflammatoire seroit borné à une sécrétion morbide de l'épiderme, sans être jamais accompagné d'un développement de vésicules ou de pustules. La forme des plaques, assez souvent circulaire, est la conséquence de leur début sous forme d'une élevure solide, autour de laquelle l'inflammation irradie plus ou moins circulairement.

L'étiologie de la lèpre est assez obscure. Cette maladie ne se propage point par contact médiat ou immédiat. Le mari et la femme peuvent habiter ensemble sans se la communiquer. Tout ce qu'on a écrit sur la contagion de la lèpre est inexact, et les établissemeiis de léproseries pendant les huitième, neuvième et dixième siècles ne prouve que l'ignorance des médecins de ces diverses époques.

L'expérience a prouvé que la lèpre est souvent la suite de l'ingestion des alimens épicés et des liqueurs alcooliques. On l'a vue survenir, peu de temps après l'introduction dans les organes digestifs, de quelques substances vénéneuses, des sels de cuivre, par exemple, ou à la suite de l'abus des acides. On l'a aussi attribuée à l'usage habituel du gibier, des viandes salées et épicées , des poissons et des coquillages, etc.

Dans la plupart des livres qui traitent de la lèpre, et plus spécialement dans l'ouvrage de M. Alibert , le diagnostic de ce genre de maladies est environné d'obscurités. Il nous semble cependant

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que dans l'état actuel de la science il est possible de lui assigner des caractères qui le fassent aisément distinguer de toutes les autres affections de la peau. Les squammes lépreuses ne pourront être confondues avec les croûtes formées par la dessiccation des humeurs que fournissent les plilegmasies vésiculeuses et pustuleuses- car ces plilegmasies apparoissent sous la forme de taches, sur lesquelles se dessinent de petites pustules qui fournissent une humeur dont la dessiccation produit des croûtes de couleur jaune, brunâtre on verdâtre, bien distinctes des exfoiiations de l'épiderme qu'on observe dans la lèpre. D'un autre côté, on commettroit une erreur grave , si l'on s'obstinoit à vouloir la distinguer des autres inflammations 5Ç'z/(2;7777Z6'z/5^5, telles qnela dartre f m feiracée , la dartre squainmeuse sèche , la teigne furfuracèe , la teigne amiantacée , etc. Car, nous le répétons, ni la forme et les dimensions des plaques, ni le plus ou moins d'inflammation autour et au-dessous , ne peuvent constituer des caractères distinctifs. Le siège et la nature diverse des maladies donnent seuls le droit de leur imprimer des dénominations différentes.

Le traitement de la lèpre, ainsi que celui de toutes les affections dont la nature est bien définie, est très-facile à diriger. Si la maladie est récente et accompagnée d'une grande irritation, on doit débuter par des saignées générales et par des applications de sangsues autour des plaques, lorsqu'elles sont larges et peu nombreuses. On emploiera conjointement des bains de vapeurs humides et des bains émoUiens, gélatineux ou autres. Lorsque l'inflammation est chronique , on pourra avoir recours à des applications topiques plus ou moins irritantes , à des dérivatifs internes, et des exutoires établis sur l'un ou l'autre endroit de la peau.

Si les écailles sont fortement adhérentes ou disposées en couches épaisses , les lotions stimulantes , telles que celles faites avec de l'eau alcoolisée , etc. , peuvent favoriser la chute des écailles et modifier heureusement la marche de cette maladie. Lorsque les écailles sont détachées , on applique sur les points affectés de la

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peau une légère couche d'onguent de poix blanche , de goudron ou de nitrate de mercure. C'est dans de semblables occasions qu'on a employé avec avantage les bains et les lotions sulfureuses. L'expérience a également démontré que les bains de vapeurs acides , les bains de mer naturels ou artificiels , les bains alcalins, peuvent être utilement conseillés.

Lorsque les plaques lépreuses sont peu nombreuses et trèsanciennes 5 on en obtient quelquefois la guérison en les couvrant successivement de vésicatoires volans , ou en les cautérisant superficiellement.

LEPRE CRUSTAGEE.

D'après la définition que nous venons de donner du mot lèpre ^ et surtout d'après son origine étymologique , il est évident que la maladie que M. Alibert a désignée sous le nom. àe lèpre crustacée , doit cesser de porter ce nom, pour être classée parmi les inflammations pustuleuses de la peau.

M. Alibert a mis sur le compte de cette maladie plusieurs symptômes qui ne lui appartiennent pas plus exclusivement qu'à beaucoup d'autres. Cette simple remarque mettra le lecteur en garde contre la description qui en a été donnée dans cet ouvrage. Voyez Dartre crustacée.

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