CONSIDERATIONS SUR LE PRONOSTIC DES LEPRES
CCCGXXXIL Quoique la nature soit le plus souvent impuissante dans les maladies lépreuses, il ne faut pas en conclure que ses efforts sont, dans tous les cas, inutiles. Si le corps infecté est robuste, il peut arriver que le venin s'use peu àpeu et soit éliminé de la masse des humeurs. Nous avons vu arriver à Paris un militaire de l'armée d'Egypte , entièrement guéri de la lèpre par les soins de M. Larrey. Ce militaire, qui a obtenu sa réforme, travaille aujourd'hui dans l'un des départemens de la France, et jouit d'une santé parfaite.
CCGCXXXIIL On doit , du reste , présumer que ces maladies étoient plus faciles à guérir dans les premiers temps de leur existence; toutefois, d'après l'aveu des plus anciens maîtres de l'art, elles étoient presque toujours suivies de la mort , lorsqu'elles parvenoient à une intensité considérable. Le grand et judicieux Arétée désespéroit surtout des malades, lorsqu'ils portoient sur leur face l'empreinte de tous les désordres intérieurs qui affoiblissent
les viscères, lorsque les traits de la physionomie étoient totalement déformés, etc. G'étoit particulièrement un symptôme sinistre, que cette fonte colliquative qui s'établissoit dans les humeurs, que cette horrible ulcération et décomposition du système vivant, etc.
CGCGXXXIV. Quelquefois les malades languissent , mais leurs fonctions intérieures, telles que la digestion, la respiration, etc., s'exécutent avec régularité. Il en est qui, dans cet état, vaquent même aux devoirs du mariage, et fournissent une très-longue carrière. Un voyageur m'a dit avoir vu, aux îles Philippines, une famille entière de lépreux quiparvenoient tous à l'âge de soixantedix ou soixante-quinze ans. Des médecins qui ont pratiqué leur art dans les lieux où la lèpre est endémique, attestent que des enfans nés de parens infectés, sont fréquemment parvenus à un état de santé supportable , lorsqu'on avoit soin de leur donner des alimens clioisis, lorsqu'on les confioit à des nourrices bien saines, en lin lorsqu'on prenoit toutes les mesures nécessaires pour étouffer les progrès du virus lépreux.
CCCGXXXV. Il en est de la lèpre comme des autres maladies. Gette affection est nécessairement très-dangereuse pour les complications dont elle est susceptible. On comprendra aisément que lorsque le venin de la variole, du scorbut, du mal syphilitique, vient s'unir à une maladie aussi terrible que la lèpre , ces différens maux doivent en accroître singulièrement les symptômes. Il est néanmoins probable que la complication syphilitique est la plus fréquente-, car, comme nous l'avons déjà observé, c'est un des tristes accidens de la lèpre, qu'alors même que certains individus sont le rebut de la nature entière, ils sont tourmentés par les désirs et les emportemens lascifs les plus effrénés. Les femmes qui, dans cette circonstance, cèdent à la fougue de leur tempérament , doivent être ce qu'il y a de plus impur.
CGGGXXXVI. Il est encore une bien triste observation, c'est qu'alors même que la lèpre ne se manifeste qu'avec les symptômes
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qui lui sont propres, et qu'elle est exempte de tout autre mélange morbifique, son pronostic n'en est pas moins incertain, et que la lèpre est presque toujours mortelle. Telle est l'opinion du célèbre Franck. En effet, cette maladie porte spécialement son atteinte sur les systèmes les plus importans de l'économie animale ; elle altère radicalement la fonction la plus nécessaire à la vie, la nutrition; elle met obstacle aux sécrétions les plus nécessaires; elle désorganise tous les tissus , et sape la \ie jusque dans ses fondemens. Ainsi donc, en général, on peut assurer que la lèpre est une maladie fort dangereuse; et, dans les cas même où elle n'entraîne pas la mort des individus, l'existence qu'elle permet est plus triste que la mort même.
CCCCXXXVn. D'après ce que nous avons dit sur les effets des complications, le médecin doit, surtout, examiner ce qui arrive, lorsque d'autres maladies attaquent un lépreux. La variole, par exemple, parcourt cbez lui ses périodes comme dans un liomme sain; si pourtant elle est confluente, et s'il survient de la diarrliée , les malades courent le risque d'une mort certaine. Schilling a vu souvent que, dans des membres qui n'étoient que légèrement attaqués avant l'invasion de la petite vérole confluente, les symptômes s'exaspéroient à un tel point que les doigts se séparoient de leurs articulations, sans douleur et sans difficulté.
CCGCXXXVin. Les enfans qui naissent de parens lépreux, dit l'auteur que je viens de citer, meurent presque toujours, à moins qu'on ne les sépare, presqu'à leur naissance , de leur mère infectée. Lorsqu'ils sont confiés à des nourrices saines, et qu'ils sont transportés dans un air pur, ils sont quelquefois exempts de cette maladie.
GGCGXXXIX. Il faut tirer le pronostic de la lèpre, non-seulement des périodes de la maladie , mais encore du tempérament et de la constitution physique des individus. Pour qu'un médecin puisse fixer son jugement, il doit préalablement s'informer des
différentes causes qui ont pu produire la lèpre : c'est par cette exploration qu'il parviendra à déterminer un traitement utile et à prédire ce qui doit arriver.
GGGGXL. La lèpre est surtout une maladie dans laquelle il est impossible de fixer le temps de la guérison. En effet, souvent on ne voit sur le corps des malades que des signes très-légers de l'existence de la lèpre , et pourtant le mal n'en est pas moins invétéré : c'est alors surtout qu'il faut beaucoup de temps et de soin pour qu'on puisse l'extirper entièrement; car personne n'ignore qu'elle n'arrive à sa fin qu'après un intervalle de beaucoup d'années.
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