‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 32 sur 111 · VUES GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DES LÈPRES · texte numérisé non relu

VUES GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DES LÈPRES

CGCCLXVIU. Tout est à rechercher , tout est à découvrir dans le traitement qui convient le mieux à la guérison des lèpres. En effet , comment cette affection seroit-elle combattue avec succès dans des climats où règne un aveugle empirisme , où toute méthode curative est négligée , où on se complait , pour ainsi dire , avec son mal , où l'on se familiarise avec ses symptômes, où l'on vit dans une ignorance complète des règles de l'art?

CGGGLXIX. Ge qui est cause sans doute qu'on a encore si peu perfectionné les procédés curatifs des lèpres , c'est la persuasion où l'on est que cette maladie est incurable. J'ai déjà eu occasion d'observer que dans presque tous les pays , on séquestre les lépreux , et qu'on les abandonne à leur malheureux sort. Cette mesure s'exécute même sur les nègres qu'on auroit intérêt de guérir et de conserver , ainsi que l'assure Bajon, ancien chirurgien-major de l'ile de Cayenne. A peine voit-on se manifester chez eux quelques légers accidens , qu'on les renferme dans des cases séparées , et c'est là qu'on se contente de les nourrir pendant le reste de leur vie. Bajon ajoute même que lorsque les blancs sont atteints du Mal-rouge ^ ou, ce qui est la même chose, de la lèpre tuberculeuse , ils n'osent révéler leur maladie à personne , et qu'ils la cachent aussi long-temps qu'ils le peuvent; alors même qu'elle se manifeste aux mains et au visage , ils restent indifférens et consultent rarement les personnes de l'art : ils ont plutôt recours à des arcanes, ou à des topiques insignifians qui aggravent singulièrement leur position.

GGGGLXX. D'ailleurs la destruction d'un tel fléau exige com-

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muiiément un très-long espace de temps, et les malades manquent presque toujours de patience. L'anecdote suivante le prouve. M. Desgenettes , qui s'est couvert de gloire à l'armée d'Orient, par ses lumières autant que par son intrépide courage , étoit un jour consulté par un Arabe lépreux de la caravane du Mont Sinaï, qai, malgré sa dégoûtante infirmité , ne laissoit pas de vaquer encore à des travaux pénibles. La peau de cet homme ressembloit à du cuir desséché ; elle étoit toute couverte de cicatrices, parce qu'on avoit déjà eu recours à l'application du feu. Le célèbre médecin que je viens de nommer, lui parla d'abord d'un traitement préparatoire qui dureroit environ trois mois : c'étoit des bains tièdes et quelques préparations opiacées. Trois mois y répondit l'Arabe impatienté ,y5 pensais qu'à l'aide de quelque charme tu me soulagerais promptement ^ je veux , avant que le soleil se lève trois fois , être hors de V Egypte.

CGGGLXXI. On voit, d'après ce que je viens de dire, d'où vient que si peu d'individus guérissent de cette horrible maladie. Bien loin de ralentir leur zèle, les praticiens doivent donc fortifier le courage des lépreux ; ils ne doivent pas néanmoins leur dissimuler le danger qui les menace , et combien il faut de persévérance dans l'observation des lois diététiques et des remèdes que l'art prescrit. Cette observation est si nécessaire, qu'il est souvent arrivé que les malades tomboient dans le désespoir au moment où. la nature étoit sur le point de reprendre son énergie et son pouvoir.

GGGGLXXIL Un traitement aussi difficile que celui de la lèpre, exige nécessairement quelques moyens préparatoires; il importe, en conséquence , de rechercher quelles sont les causes qui ont pn la faire naître. Si cette maladie dépend de la violation du régime, il ne faut donner aux lépreux qu'une nourriture saine et de bonne digestion. Le savant et laborieux M. Roussille- Ghamseru, auteur du Rapport sur le Mal-rouge de Gayenne , a judicieusement insisté sur la nécessité de changer les alimens

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du malade , et de ne lui administrer qu'une nourriture fort douce , etc. Si la malpropreté la développe , on placera le malade en bon air , etc. La plupart des affections lépreuses n'étoient produites autrefois que par l'oubli des règles de l'bygiène , par la disette du linge, etc. On doit obvier à ces diverses causes avant de commencer un traitement.

GCCGLXXIIL Comme il est constant que la lèpre est fréquemment entretenue par des influences locales et atmospliériques, il est parfois nécessaire de faire passer les lépreux dans d'autres pays : c'est ainsi qu'il seroit utile de transporter ailleurs ceux de VitroUes. Une jeune dame est arrivée de Saint-Domingue à Paris , avec les premiers accidens de la lèpre tuberculeuse. Son corps étoit souillé de tacbes et de pustules rougeâtres. Il est digne d'observation que le mal n'a plus fait de progrès , et qu'il est au contraire sensiblement diminué depuis qu'elle babite un climat tempéré. Un des grands moyens pour la réussite d'un plan de traitement , seroit donc de faire voyager les lépreux et de les placer sous un nouveau ciel. D'ailleurs, il est bors de doute que le mouvement doit singulièrement seconder l'action des divers remèdes , puisque rien ne peut contribuer davantage à rétablir la transpiration.

CGGGLXXIV. Il paroît que dans le traitement des lèpres , le froid entrave puissamment la marcbe et l'activité des efforts de la nature*, aussi a-t-on constaté, par l'expérience , que les remèdes qu'on administre pendant l'biver, sont plus nuisibles qu'utiles ; qu'ils suscitent le dévoiement, la foiblesse , les spasmes, sans jamais apporter le moindre soulagement.

CGGGLXXV. Ge qui déconcerte le médecin dans le traitement des maladies lépreuses, c'est qu'il survient parfois d'autres maladies qui peuvent être considérées comme des épipbénomènes; telles sont les fièvres inflammatoires et adynamiques, les petites véroles , etc. Dans ce cas , il est urgent de remédier aux symptômes de la maladie aiguë 5 on a recours sans délai aux anti-pbîogistiques ;

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c'est le précepte que donnent les praticiens exercés. Si la fièvre est d'un genre très- putride, on a recours aux anti-septiques les plus forts. On met à contribution l'écorce du Pérou. Il n'est pas rare de voir les mouvemens fébriles être très-favorables à la curation de la maladie lépreuse. Il n'en est pas de même , lorsque la lèpre se complique avec d'autres maladies clironiques, particulièrement avec des maladies qui atteignent plus ou moins profondément les glandes et le système lymphatique ; ces affections se fortifient alors l'une par l'autre , et les lépreux sont dans uii danger imminent.

ARTICLE VIlî.

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