‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 33 sur 111 · DU TRAITEMENT INTERNE EMPLOYE POUR LA GUERISON DES LÈPRES · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT INTERNE EMPLOYE POUR LA GUERISON DES LÈPRES

GGCGLXXVI. On est dans un grand embarras , quand on veut déterminer quels sont les remèdes intérieurs qui conviennent dans le traitement des diverses lèpres : on n'a rien acquis de positif sur ce point. Il faudroit , dit Pallas, que ces maladies fussent observées pendant plusieurs années par des médecins instruits ; alors on parviendroit peut-être à arrêter leurs funestes progrès et à les détruire entièrement. Je l'ai déjà fait remarquer. La lèpre semble ne s'être développée, jusqu'à ce jour, que sur le sol de l'empirisme \ aussi l'a-t-on traitée sans méthode et sans discernement. Pour trouver, en conséquence , les remèdes les plus propres à combattre ses accidens, n'est-il pas utile de bien noter les cas dans lesquels la nature a agi salutairement, et a triomphé de l'intensité du mal ? Il faut connoître les procédés curatifs que le hasard a fournis ; car c'est ainsi que la plupart des remèdes ont été découverts , et qu'on est parvenu à perfectionner le traitement de presque toutes les maladies.

GCCGLXXVIL En attendant que l'expérience ait mieux prononcé , je me bornerai à citer quelques faits. Nous avons déjà parlé plusieurs fois du nommé Fourrât , chez lequel la lèpre s'étoit portée au plus haut degré d'intensité. Lorsqu'il arriva de l'Egypte en France, il étoit dans un état de maigreur difficile à décrire; ses yeux étoient caves et plombés; ses lèvres grosses et livides; ses fosses nasales gonflées ; son visage étoit sillonné par des rides hideuses; son haleine étoit empestée; ses mains et ses pieds engourdis et presqu'insensibles; sur ses genoux et sur ses coudes, s'élevoient des croûtes tuberculeuses qui recouvroient des ulcères affreux; le malade étoit dévoré de mélancolie : tel étoit son état, lorsque M. Larrey entreprit de le traiter. On lui administra d'abord quelques légers laxatifs; il fut mis ensuite à l'usage d'une décoction de racine de bardane et de patience. Le matin, Fourrât prenoit du vin de quinquina à des doses plus ou moins fortes; le soir, on lui administroit une petite dose de sirop de salsepareille pour provoquer la transpiration et pour apaiser les douleurs de la nuit; le camphre et l'opium trouvoient leur emploi. Parfois on substituoit à ces moyens quelques sudorifiques plus actifs, comme, par exemple, le soufre doré d'antimoine, etc. On donnoit des extraits amers : celui defumeterre étoit préféré. Quant aux ulcères, on avoit d'abord provoqué la chute des croûtes par des applications émollientes , et les pansemens se faisoient avec la pommade anodine. Quelque temps après, M. Larrey eut besoin de recourir au cautère actuel, pour rétablir la sensibilité dans les parties qui environnoient les ulcères lépreux , etc. C'est par ces moyens simples que Fourrât parvint, dans la suite, à une entière guérison. Depuis ce temps, les cicatrices dont tout son corps est parsemé, sont restées fermes et solides.

GGGGLXXVIIL Au surplus , dans une matière aussi nouvelle et aussi peu avancée que la lèpre , chaque médecin a, pour ainsi dire , proposé sa recette , sa plante ou son remède de préférence. Schilling préconise la décoction d'un bois et d'une racine qu'on ap-

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pelle Tondin , et que l'on dit appartenir au genre des Paulinia : c'est un arbrisseau qui croit dans les marais de la colonie de Surinam 5 et qui est remarquable par son amertume et son astringence. En Crimée , on cbercbe à guérir cette maladie avec la décoction d'une espèce de raisin de mer ( anapsis aphylla ) , qui vient dans ce pays , ainsi que sur les bords du Jaïck , où il a été employé de même , mais sans succès.

GGGCLXXIX. Toutes les plantes toniques et sudorifiques ont été citées avec éloge. On a loué avec exagération la saponaire , la salsepareille , la contrayerva , la serpentaire de Virginie , la zédoaire , etc. Odbélius recommande le ledum palustre y Callisen, le trèfle d'eau et Fécorce d'orme pyramidal ; Crichton , médecin de l'hôpital de Westminster , a procédé à quelques essais sur les effets de la douce-amère , et il assure avoir obtenu les plus grands succès de l'administration de cette plante. M. de Pons a vu guérir à Saint-Domingue une maladie qui avoit tous les caractères de la lèpre. Le malade avoit le corps couvert de pustules , et les phalanges de ses doigts rongées ; les ongles s'en détachoient déjà. Un régime convenable et un sirop composé de sassafras , de gayac , de salsepareille et de squine , firent disparoitre tous ces hideux symptômes. Dans l'espace de deux mois , le malade recouvra une santé parfaite. Cette cure honorable fut dirigée par M. Raiffer , médecin français. " ■..

CCCCLXXX. Le docteur Mangor , qui s'est beaucoup occupé de la radesyge ou lèpre du Nord , donnoit six grains d'extrait de ciguë à prendre deux fois par jour; il soumettoit en même temps les malades à une diète très-rigoureuse. Bruce , dans son voyage en Nubie et en Abyssinie , fait mention des expériences qu'il a inutilement tentées avec l'extrait de ciguë préparé à la manière de Stork. Il rapporte lui-même qu'il eut occasion de voir dans une maison voisine de la sienne , un homme ajGfecté de l'éléphantiasis , et qu'il fut à même de l'observer consécutivement pendant deux années j c'est alors qu'il fit l'essai de ce remède , soit extérieure-

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ment , soit intérieurement , d'après l'indication du célèbre Russel , médecin d'Alep , sans procurer le moindre soulagement au malade : les expériences furent faites dans l'Abyssinie. Bruce , pendant son séjour à Gondar , ayoit obtenu du roi et du raz Micliaël, la permission de procéder à tous les essais qu'il jugeroit convenables , afin d'éclaircir ce point intéressant de médecine-pratique.

CCCGLXXXL Pour combattre une maladie aussi terrible que la lèpre , il est probable néanmoins qu'on pourroit tirer quelque parti des plantes vénéneuses, si on étoit fixé sur leur mode d'administration. Le fait suivant prouve que leur action perturbatrice seroit d'une grande utilité. M. de S^e. -Croix a ouï dire dans l'Inde, qu'un malheureux lépreux souffroit tant qu'il avoit résolu de se détruire. Il eut recours, pour y parvenir, aux branches d'une espèce de thitimale , dont le suc laiteux et corrosif passe dans le pays pour un poison très-violent. Au lieu de trouver la mort, il éprouva une commotion extraordinaire qui fit disparoître la lèpre.

CGCGLXXXII. Depuis fort long-temps on avoit vanté les effets de la teinture de cantharides pour le traitement de la lèpre ; mais M. Robert Willan , qui Fa combinée avec l'écorce du Pérou, prétend n'en avoir retiré aucun effet avantageux. N'est-ce pas ici le cas de parler d'un médicament dont l'administration inspiroit d'abord de vives craintes , et que les médecins de l'Inde ne craignoient pas d'opposer aux progrès dévastateurs de l'éléphantiasis ? c'est l'arséniate de potasse qui forme la base de la solution si connue de Fowler. Les docteurs John Redman Goxe et Thomas Girdlastone affirment avoir opéré des cures merveilleuses par cette préparation : la dose est de dix ou douze gouttes , qu'on augmente successivement et qu'on administre dans un véhicule quelconque. Quelques praticiens ont proposé l'arséniate de soude qu'on fait dissoudre dans quelque eau spiritueuse, comme l'eau de fenouil , de menthe , etc. Je ne puis dire à quel point ce remède

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a pu être favorable ; j'ignore sur quels faits s'appuient de semblables observations.

CCCCLXXXIIL On ne s'est pas contenté de recourir aux sels neutres arsenicaux. On a osé introduire l'arsenic même dans les diverses recettes qu'on a proposées pour combattre un mal aussi redoutable que la lèpre. Je crois devoir consigner ici l'extrait d'un Mémoire persan , rédigé par le fils du médecin de Tbamas- Kouli-Kan. Il a voit accompagné ce célèbre conquérant dans son expédition fameuse pour l'Indoustan , et il raconte lui-même comment ce secret lui fat révélé. Ce fut , dit-il, en i'y83 , qu'il reçut la visite du sage Maulavi-Mir-Mubamet Hussai'n , homme très-versé dans toutes les connoissances utiles , lequel étoit accompagné de M. Richard Johnson , et se rendoit de Lac'hnan à Calcutta. Il se fit un plaisir de communiquer à l'auteur du Mémoire que je cite , une ancienne formule des médecins hindous , qu'il disoit n'être pas seulement utile pour combattre le jud'ham ou éléphantiasis , mais encore toutes les maladies lymphatiques du même genre. La préparation s'effectue ainsi qu'il suit. On prend lui tolà ( io5 grains) d'arsenic blanc nouvellement préparé, et six fois autant de poivre noir ; on les triture et pulvérise ensemble pendant quatre jours consécutifs dans un mortier de fer ; on les réduit ensuite en poudre impalpable dans un mortier de pierre , avec un pilon de même matière , et on ajoute une quantité suffisante d'eau pure pour composer des pilules de la grosseur d'un grain d'ivraie ou d'un petit pois : on en prend une soir et matin , dans une feuille de bétel ou dans de l'eau froide. Le fils du médecin de Thamas-Kouli-Kan , conformément aux conseils de son savant et respectacle ami Maulavi-Mir-Muhamet Hussai'n , l'administra à plusieurs malades très-dangereusement atteints. Dieu est témoin , ajoute-t-il , qu'ils se trouvèrent mieux , qu'ils furent complètement guéris , et qu'ils sont maintenant vivans , à l'exception d'un ou deux qui moururent par d'autres accidens. On peut consulter les faits qu'il rapporte au sujet de plusieurs individus

qui ont été rapidement guéris du jud'ham , par l'emploi d'un tel remède. Extraits of ^siatic Researches , or Transactions ofthe Society y institutes in Bengal ^ sor inquiring into they history and antiquitieSy the arts , sciences and littérature of ylsia.

CGCGLXXXIV. Quelquefois , les moyens les plus doux sont plus efficaces que les remèdes énergiques dont nous venons de parler. A l'île de France, un individu attaqué de la lèpre, ayant ouï dire que l'île déserte et sablonneuse ( Diego Garcias ) abondoit en tortues de mer , s'y transporta , dans l'idée que les bouillons faits avec la viande de ces animaux , et qui passent pour être antiscorbutiques , pourroient opérer sa guérison. La tradition ajoute qu'au bout de quelques mois , il fut effectivement rétabli. Tous les jours, dit-on, il prenoit un bain de sable , qui provoquoit une sueur abondante. Les matelots attaqués du scorbut , en revenant des Indes orientales , ont recours au même remède à l'île déserte de l'Ascension , qui fournit beaucoup de tortues, dont le bouillon leur est prodigué. On a donné trop d'éloges à la chair de vipère ou de lézard , qui n'agit pas mieux , en pareil cas , que la chair de poulet : les eaux d'orge , de gruau , etc. , sont très-convenables,

GGGGLXXXV. LTn changement total dans la nourriture peut opérer une révolution salutaire , et procurer la guérison. Gasal parle d'une femme lépreuse qui se mit à désirer et à rechercher avec soin le beurre de lait de vache ; elle vendoit tout ce qu'elle avoit pour en acheter et s'en nourrir : ce régime fit disparoître tous les symptômes. J'ai vu , du reste , un honime atteint d'une dartre squammeuse incurable , que la diète lactée soulageoit insensiblement aussitôt qu'il s'y soumettoit ; ce qui prouve qu'on pourroit tirer un grand parti du régime, ,

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FÎCLE IX.

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