DU TRAITEMENT EXTERNE EMPLOYE POUR LA GUERISON DES LÈPRES
CCGCLXXXVL 11 faut mettre à la tête des moyens exlerney qu'on peut employer avec le plus d'avantage pour la guérison des lèpres , les bains tièdes et émolliens , dont Raymond faisoit un fréquent usage. Russel accordoit la préférence aux bains de mer ; Lorry recommandoit les bains de vapeur. C'est ici le lieu de répéter les grands éloges qu'on s'accorde à donner aux eaux sulfureuses de Barèges , de Bagnères-de-Luchon , etc. Un homme âgé d'environ quarante ans , atteint d'une lèpre squammeuse commençante , vint réclamer mes soins à Paris; je lui conseillai les eaux sulfureuses de Tivoli. Il fut d'observation authentique qu'à mesure qu'il prenoit des douches , la peau devenoit plus souple , et les symptômes extérieurs s'évanouissoient. Cet homme partit à peu près guéri ; seulement il est vrai de dire que sa peau conservoit une certaine disposition à s'exfolier. J'ignore si l'hiver aura produit une rechute. *
GCCCLXXXVII. Les médicamens qui sont les plus propres à la guériron des lèpres, sont, sans contredit , ceux qui sont les plus propres à rétablir la transpiration. A l'hôpital Saint-Louis , nous employons les bains fumigatoires sulfureux , les bains de vapeur , etc. Quoique les bains tièdes conviennent principalement pour remplir ce but, on a observé avec raison qu'il falloit en user avec une extrême prudence ; car , si la lèpre est parvenue à son plus haut degré d'intensité , les malades ne peuvent guère les supporter sans de grandes anxiétés , des lassitudes , des palpitations, des spasmes , des convulsions , etc. J'ai voulu faire administrer des bains à une jeune lépreuse qui se trouvoit à l'hôpital Saint-Louis; elle souîfroit davantage , et pouvoit à peine s'y soutenir.
CGCCLXXXVIÎLM. Lordat a proposé récemment l'usage des frictions mercurielles , pour la curatioii de l'éléphantiasis. Son dessein , dit-il , étoit de relever l'activité du système absorbant , et de dégorger ainsi le tissu cellulaire. Un semblable moyen avoit été d'abord discrédité. M. Lordat pense effectivement que , dans quelques circonstances , il a pu renforcer la disposition scorbutique : peutêtre ce remède réussiroit-il , si l'on prenoitdes précautions qui ne sont pas encore bien déterminées. J'ai lu quelque part qu'à Orenbourg , on provoqua la salivation cliez un Gosaqae qui étoit à miterme de sa maladie, ce qui lui fit rendre une grande quantité de sang. La lèpre avoit paru diminuer ; mais ce Cosaque , livré à lui-même , au lieu d'observer un régime , reprit son service ordinaire , et le mal reparut avec plus de violence. J'ai voulu faire l'essai des frictions mercurielles sur une jeune lépreuse dont j'ai eu occasion de parler dans le cours de cette dissertation. A cbaque friction , la malade éprouvoit de forts accès de lièvre qui m'empêclièrent de continuer ; je me bornai alors à des frictions pratiquées sur toute la peau, avec un linge imprégné de la fumée de soufre, comme l'avoit jadis conseillé Boerliaave en semblable occasion , pour une femme atteinte de la lèpre squammeuse.
CCCGLXXXIX. Il importe d'avoir un soin particulier des ulcères lépreux , que l'on pourra panser avec la teinture de myrrlie , celle d'aloës , etc. ; on use aussi de la décoction de quinquina ou de quelque bois aromatique. On interdit l'onguent mercuriel ; mais quelques médecins anglais indiquent l'onguent de goudron ; l'on fait en même temps usage des lotions aqueuses ou saturnines, fréquemment renouvelées. Quand l'épiderme se régénère , il convient de fortifier l'organe cutané par des lotions spiritueuses , et de pratiquer des embrocations sur toute la surface du corps. Au surplus, je n'en dirai pas davantage sur une matière de cette importance ; j'imiterai la prudence d'un célèbre praticien de nos jours, et je dirai comme lui: Mos nostrum his de rébus y donec certior experieniia loqaatur y suspendimus judicium.
LES PIANS.