FAITS RELATIFS A L'HISTOIRE PARTICULIÈRE DES PIANS
ESPÈCE PREMIÈRE
PIAN RUBOÏDE. FRAMBOESIA BATOÏDES. (PLANCHE XXXV.)
Piau , se manifestant sur une ou plusieurs parties des tégumens par des excroissances composées de petits lobules granulés , qui rendent une humeur ichoreuse et d'un vert jaunâtre , qui pullulent et se développent à la manière des fraises ou des framboises , dentelles ont la forme, la couleur et très- souvent le volume. Cette maladie contagieuse n'attaque communément que les nègres : elle est plus rare chez les blancs.
Obs. C'est sans raison que plusieurs uosologistes ont voulu établir des différences entre le pian d'Amérique , proprement dit , et l'yaws endémique dans la Guiiiée. Ces maladies sont absolument identiques et ne sont que légèrement modifiées par les influences du climat. C'est au pian ruboïde qu'il faut pareillement rapporter l'affection connue sous ie nom de Sibbens ou Siwens , apportée en Ecosse dans le temps de Cromwell par les soldats qu'il y mit en garnison. On peut consulter la relation de Gilchrist , publiée dans le troisième volume des Essais physiques et littéraires d'Edimbourg , An Account ofa very infections distemper prevailing in nicmy places , etc. Cette maladie présente pour symptôme extérieur des tubercules spongieux qui ressemblent à des fraises. Quand ces tubercules sont totalement formés, ils s'enfoncent très -profondément dans la chair, qui paroît excavée tout exprès pour les recevoir. Ils sont fréquemment recouverts par des croûtes noires dont la surface a beaucoup d'aspérité. Ce qui rapproche surtout le pian ruboïde ou l'yaws de Guinée du sibbens écossais , ce sont des éruptions verruqueuses
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qui souillent le visage et qui ont la plus grande analogie avec les pustules de la petite vérole , lorsqu'elle est parvenue à son entier développement. Elles sont accompagnées de chaleur et de tuméfaction , de manière que les yeux en sont quelquefois fermés.
TABLEAU DU PIAN RUBOîDE.
DIIL Je vais décrire le pian ruboïde , tel que j'ai pu l'observer à Paris , sur un individu qui a été long-temps sous mes yeux. J'ajouterai ensuite à ce tableau les traits recueillis par des voyageurs sincères et véridiques. Le pian d'Amérique ou yaws d'Afrique est aussi très-communément désigné par les médecins sous le nom de frambœsia , à cause de la ressemblance qu'on a cru trouver entre ses pustules et les fruits rouges du framboisier : il est appelé gattoo par les nègres de la Guinée. Il peut attaquer les différentes parties du corps , particulièrement le cuir cbevelu, les oreilles , les lèvres , le visage , les aines , les aisselles , les organes de la génération , etc. , telle étoit du moins la maladie dont j'ai été le témoin , et dont je consignerai ici l'histoire fidèle.
Le pian se déclare par l'éruption d'une multitude de petites pustules granulées et fongueuses , qui croissent successivement et s'élèvent considérablement au-dessus du niveau de la peau. Ces pustules rougeâtres ou d'un violet foncé sont tantôt isolées , tantôt réunies au nombre de deux ou trois. Des intervalles des grains qui les forment , s'échappe continuellement une humeur ichoreuse d'un jaune nuancé de vert , d'une consistance gluante et visqueuse. Si cette humeur séjourne long-temps sur ces excroissances, elle devient d'une puanteur excessive ; les malades éprouvent des démangeaisons et une sorte de tension dans la totahté des tégumens.
Lorsque le pian ruboïde commence à se manifester , on aperçoit d'abord sur la périphérie du système dermoïde quelques
maculatures ou taches assez semblables dans leur origine à des piqûres légères de puces ; à ces taches , succèdent bientôt des végétations ou éminences qui , par leur aspect , simulent des framboises ou des mûres. Dans certaines circonstances , le système derraoïde est si profondément altéré , que les poils et les cheveux tombent ou paroissent flétris et décolorés.
Le pian ruboïde ne parcourt pas toujours ses périodes avec une égale rapidité ; ses progrès sont relatifs ou proportionnés au tempérament des individus qu'il attaque. Il arrive pour cette maladie 5 ce qui survient aux autres éruptions : les framboises ou mûres sont d'autant plus volumineuses que les malades sont plus vigoureux et plus robustes , etc. Chez les nègres qui sont foibles et débiles , d'une maigreur extrême , le pian met beaucoup de temps pour parcourir ses périodes. Les pustules sont moins considérables • il en est qui sont d'une prodigieuse ténuité.
Souvent les framboises ou fraises qui constituent le pian ruboïde , dégénèrent extraordinairement et se convertissent en horribles ulcères d'une fétidité insupportable. La plupart de ces ulcères sont recouverts de croûtes noirâtres et d'un aspect hideux. Souvent, ils offrent des chairs blafardes, boursoufïlées , livides et corrompues. Les chirurgiens apposent quelquefois des caustiques sur ces végétations opiniâtres ; mais on les voit renaître sous des formes plus alarmantes encore.
Ce qui est remarquable dans la considération du pian ruboïde , c'est la pustule principale qui surpasse les autres par sa circonférence et sa profondeur , et qui se change en ulcère rongeant. Tout le tissu dermoïde en est dévoré. On croit communément que ce large et horrible ulcère est en quelque sorte le réservoir de tout le venin pianique. Les nègres croient que tous les maux secondaires qui souillent la peau jaillissent de cette source impure : de là est venue l'expression vulgaire de mama-j)ian ou de mère des pians y à laquelle on a communément recours pour qualifier cette grande ulcération , qu'on peut comparer au bouton que le
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peuple nomme maître-grain dans la petite vérole confluente. Aussi faut-il se garder de sécher trop promptement cette énorme pustule 5 qui sert d'émonctoire à l'économie animale.
Les nègres condamnés à des travaux rudes et énervans ont fréquemment la paume des mains sèche et horriblement lacérée , ainsi que la plante des pieds. C'est à ces excoriations , à ces dépouillemens du derme , qu'on donne assez communément le nom de crabes , parce qu'ils offrent des ramifications calleuses semblables aux pattes de ces insectes ; cette affection, purement locale, est tout-à-fait indépendante du pian. La peau dans ce cas est entièrement morte et inanimée , et ressemble à un cuir sec et racorni ; ce qui contribue surtout à produire ce phénomène , c'est l'habitude où sont les nègres de courir les jambes nues sur une terre brûlante. Ils marchent continuellement sur le sable , sur des débris ou fragmens de coquilles , etc. ; souvent même ces corps étrangers pénètrent jusque dans les parties charnues, séjournent dans les crevasses , y causent des inflammations , des douleurs , des ulcères , etc. \ et si les nègres sont déjà infectés , tout le virus pianique se porte vers ces parties.