‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 37 sur 111 · OBSERVATION RELATIVE AU PIAN RUBOIDE · texte numérisé non relu

OBSERVATION RELATIVE AU PIAN RUBOIDE

DIV. J'ai observé le pian dans son plus haut degré d'intensité sur la personne de Georges Bartos, batteur de blé, âgé de trente ans , né dans la Hongrie. Cet homme étoit d'une haute stature , d'une habitude de corps sèche et maigre. Il nous assura que ses parens avoient toujours été sains ;il se rappeloit lui-même avoir eu la petite vérole dans son enfance , et une teigne muqueuse dont il avoit été parfaitement guéri. A quinze ans , il entra au service militaire , où il resta jusqu'à dix-huit. Alors , il déserta et passa en France pour y subsister à l'aide de son travail. Il s'y maria quelque temps

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après avec une jeune fille très-fraîche et très-bien portante. Il vivoit dans la plus austère sagesse , lorsque tout-à-coup , sans cause connue , tant sur la lèvre supérieure que sur le sommet de la tête 5 parurent trois boutons pustuleux accompagnés d'une démangeaison assez vive. Un chirurgien de la campagne appliqua sur ces boutons les feuilles d'une plante dont le malade ne put nous dire le nom. Cette affection fit des progrès rapides en trèspeu de temps, soit d'elle-même , soit qu'elle fût provoquée par des grattemens fréquens que déterminoit un prurit intolérable. L'éruption occupa bientôt toute la tête et les deux lèvres de la bouche. Désespéré , il entra à l'hôpital Saint-Louis , et il étoit alors dans un état déplorable ; tout son cuir chevelu étoit gonflé , tuméfié et recouvert de tumeurs fongueuses , sillonnées dans tous les sens , composées d'une agglomération de grains ou lobules , qui leur donnoient l'aspect de bourgeons, ou plutôt de framboises symétriquement arrangées les unes à côté des autres. Il découloit de ces tumeurs une matière sanieuse et fétide , qui devenoit épaisse et se condensoit en croûtes , lesquelles masquoient un peu la forme des végétations ; même disposition au pubis et aux organes génitaux. Groira-t-on que les cheveux et les poils se conservoient au milieu de ce désordre ? Les oreilles ne tardèrent point à être attaquées. Leur surface étoit enflammée , rouge et comme grenue ; elles fournissoient un écoulement assez abondant que nous vîmes se supprimer par intervalles. La membrane muqueuse des fosses nasales donnoit surtout une grande quantité de mucosités épaisses , d'un jaune tantôt rougeâtre , tantôt grisâtre, un peu sanguinolent. Il y avoit un corysa continuel ; la région mastoïdienne gauche et la partie postérieure du pavillon de l'oreille du même côté , étoient affectées d'un gonflement inflammatoire. La peau ainsi distendue se gerçoit , se fendoit , et de ces crevasses il s'écouloit une humeur assez analogue à celle dont nous venons de parler. Je n'ai pas besoin de dire ici que tous les remèdes employés en pareil cas , furent mis à contribution : que nous eûmes , particu-

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lièrement , recours aux mercuriaux ; mais ce fut en vain. Après six mois de souffrances , la position de Georges Bartos empira singulièrement ; il tomba dans le marasme et fut pris d'une diarrhée coUiquative , à laquelle il succomba. Nous donnerons plus bas le résultat de son autopsie cadavérique.

DV. Cette unique observation me paroît compléter le tableau que je voulois tracer du pian ruboïde. Je me suis borné à l'exposition de tous les symptômes caractéristiques , et n'ai tenu aucun compte de quelques accidens secondaires , qui dépendent uniquement des complications de cette maladie avec d'autres éruptions cutanées.

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ESPÈCE DEUXIÈME

PIAN FONGOÏDE. FRAMBOESIA MYCOIDES. (PLANCHE XXXVI.)

Pian , se manifestant sur une ou plusieurs parties des tégumens par des tumeurs fongueuses , ovales , qui naissent et se développent successivement sur le visage , sur les membres thorachiques et abdominaux j ces tumeurs , dont le tissu a beaucoup d'analogie avec celui des champignons , s'ouvrent comme des fruits putréfiés , et laissent échapper une matière ichoreuse , d'une odeur repoussante.

Obs. N'ayant observé cette maladie qu'une seule fois , je ne puis déterminer s'il y a des variétés qui se rapportent à l'espèce que je décris. La maladie que j'appelle Pian fon~ goïde est vulgairement désignée sous le nom de vérole cV Ainhoine j c'est le pian des îles Moluques dont parle Bontius, le Pokhen Amhoynse des Hollandais ; on peut néanmoins la comparer avec les Therminthes des anciens auteurs. Ce sont de petites tumeurs fongueuses surmontées d'une pustule , d'une figure orbiculaire , d'une couleur noire ou d'un brun verdâtre , ce qui les a fait comparer aux fruits du thérébinthe ; qu'on ne s'étonne pas s'il y a contradiction chez les auteiu-s , relativement à la grandeur des therminthes. En effet , il est de ces excroissances qui ont tout au plus le volume des pois chiches ou des baies de genièvre , ainsi qu'on peut le voir dans le dessin du pian fongoïde qui se trouve représenté dans cet ouvi'age. Gomme la maladie est généralement fort rare , il est possible que la plupart des observateurs qui en ont parlé n'en aient vu que d'une très-petite dimension.

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