OBSERVATION RELATIVE AU PIAN F0N601DE
DVIL Nous avons vu à Paris le nommé Lucas , âgé de cinquante-six ans, né d'un père très-robuste. Sa mère cependant avait eu au visage un ulcère cliancreux , qui fut guéri par l'application d'un caustique ; on ajoute même qu'il avait eu un frère qui mourut à quelques lieues de Versailles par les progrès d'une maladie cutanée , laquelle fut constamment méconnue par le chirurgien dont il réclama les soins. Quant à l'affection extraordinaire de Lucas , elle débuta par une éruption furfuracée qui n'offrit d'abord aucun symptôme alarmant. Peu de temps après , il se développa sur différentes parties du corps de petits tubercules, offrant ime surface lisse et comme vernissée , sans changement de couleur à la peau; quelques-uns néanmoins présentaient une légère couleur brunâtre. Ils avaient leur siège sur divers points de la face, tels que le front, les sourcils, les paupières, le nez, les joues , la lèvre supérieure dans toute son étendue, le menton. Il en survint aux aisselles, aux jarrets, aux aines, à la hanche droite, aux bourses, à la partie interne des cuisses, aux jambes, etc. Ces tubercules ressemblaient d'une manière parfaite à des morilles ou aux champignons désignés sous le nom dH agarics ; ils se multipliaient à un tel point, que nous en comptâmes quatorze sur le visage. Ces tubercules affreux avaient une grande base ; ils avaient une consistance spongieuse et paraissaient résulter de l'engorgement des glandes cutanées ; ils fournissaient une humeur ichoreuse, roussâtre, qui teignait le linge, tantôt en vert, tantôt en jaune. Cette humeur devenait concrète par l'action de l'air, et
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formait à leur surface une couche croûteuse de couleur brune ou grisâtre, ayant un aspect luisant et s'enlevant d'elle-même après la dessiccation. La plupart de ces tumeurs finissaient par se crever et s'affaisser sur elles-mêmes; elles laissaient à leur place une peau flétrie et inerte, que la fille de Lucas coupait patiemment avec des ciseaux, sans que jamais elle ait contracté aucun .vice analogue à celui de son malheureux père , et sans que celui-ci éprouvât la moindre douleur. Quelques-unes de ces tumeurs avaient une forme arrondie , delà grosseur d'une aveline; d'autres étaient oblongues et simulaient assez bien des pommes de terre ou des champignons. A la suite d'un vif chagrin , il y eut des vésicules ou ampoules qui parvinrent rapidement à leur maturité, et qui n'étaient ici qu'un symptôme secondaire; la maladie s'accrut considérablement, Lucas fut malade cinq ans, et languit sept mois dans son lit ; il éprouvait des douleurs lancinantes dans les ulcères qui s'étaient formés par la décomposition des tubercules; il devint extrêmement maigre, et il était à la fois tourmenté par la lienterie et par un appétit vorace. Il s'éteignit enfin dans les langueurs de la fièvre hectique.
DYIII. Ce qu'il y a de surprenant dans cette observation , c'est que le pian fongoïde, qu'on croit relégué aux îles Moluques, et spécialement à Amboine , se soit montré sur un individu des environs de Paris , qui avait à la vérité voyagé en qualité de militaire , mais qui n'avait jamais été exposé aux influences d'un climat trèschaud. On n'est pas moins surpris que cette maladie ait duré cinq années, sans empêcher Lucas de vaquer aux exercices de son état. Il était employé dans l'administration des eaux et forêts. Il a laissé une femme et des enfans qui sont en apparence bien constitués; l'un d'entre eux est néanmoins sujet à l'alopécie et à un gonflement des testicules qui augmente par intervalles.