‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 42 sur 111 · DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DEVELOPPEMENT DES PIANS · texte numérisé non relu

DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DEVELOPPEMENT DES PIANS

DXXXIV. Les nègres paroissent naître avec une disposition particulière à être affectés du pian , comme les blancs viennent au monde avec la disposition à contracter la petite vérole. C'est en quelque sorte un germe morbifique natif. Rien de plus absurde

que l'opinion d'un médecin anglais , qui rapportoit l'origine première du yaws de Guinée, au rapprochement sexuel de l'homme avec les femelles des animaux.

DXXXY. Quelques voyageurs attestent que les individus attaqués du pian ruboïde, se rapprochent beaucoup par leurs caractères physiques des individus enclins aux scrophules ou au racliitis. Ils ont assez ordinairement la tête ronde et aplatie, les angles de la mâchoire saillans , la bouche grande , les lèvres épaisses, les cheveux fins et mous , etc. Les tempéramens doués d'une susceptibilité nerveuse très-active, en sont aussi très-facilement affectés.

DXXXVI. L'âge dispose singulièrement à l'invasion du pian. C'est ainsi que les enfans y sont plus sujets que les adultes et que les vieillards; de là vient qu'on l'a comparé avec la petite vérole. Loëffler a noté que les personnes qui ont des plaies ouvertes contractent cette maladie avec plus de facilité que les autres. Cet inconvénient a presque toujours lieu pour les nègres , lesquels sont habituellement couverts de blessures ou d'ulcères. On voit combien il importe de les tenir dans un état constant de propreté, si l'on veut veiller à leur conservation.

ARTICLE V

DES CAUSES EXTÉRIEURES Qu'ON CROIT PROPRES A FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DES PIANS.

DXXXVn. La production du pian tient sans doute aux localités et à des influences atmosphériques, qu'il conviendroit de bien étudier ; car il est constant que les nègres d'Afrique sont beaucoup plus sujets au pian que les nègres créoles. Bontius , qui

a particulièrement observé le pian d'Amboine et des îles Moluques , l'attribue en grande partie à la température du ciel , et aux vapeurs salines de la mer.

DXXXVIIL La nourriture des nègres contribue sans doute à la propagation du pian. Ceux de Guinée usent d'un pain fait avec le maïs grossièrement pulvérisé et broyé. L'art d'apprêter les alimens est même chez eux dans une telle imperfection, qu'ils préparent des nourritures aussi dégoûtantes qu'indigestes , avec des feuilles d'arbres bouillies jusqu'à la consistance d'un brouet clair, gluant et visqueux. Ils ont l'habitude pernicieuse de faire pourrir les poissons avant de les cuire, de les assaisonner d'ailleurs avec des épices qui ne peuvent que nuire aux fonctions de l'économie animale. Aussi leurs sauces et leurs ragoûts exhalent une puanteur insupportable.

DXXXIX. La plupart se nourrissent de crabes , d'araignées de mer, dont ils font des hachis informes , en y ajoutant à l'excès du poivre noir. On les voit dévorer la viande gâtée des rats , des serpens, des crocodiles 5 la plupart vivent de sauterelles. On assure même que les tourmens de la faim les portent jusqu'à dévorer les cadavres de leurs semblables , ce que ne font pas les animaux les plus féroces. Us vont ensuite étancher leur soif dans l'eau impure et croupissante des lacs , et se livrent continuellement à leur impulsion pour les boissons spiritueuses et fermentées.

DXL. Ce qui prouve du reste l'influence directe du genre de nourriture sur la production du pian ruboïde , c'est l'observation que l'on faisoit autrefois, relativement aux nègres esclaves des Anglais; on remarquoit qu'ils étoient plus sujets à tous les fâcheux ' accidens de cette maladie que ceux qui vivoient sous la domination des Français, parce qu'ils mangeoient beaucoup de harengs salés ; ce que je dis de l'effet des mauvais alimens s'applique aussi au pian fungoïde. Bon tins dit très-bien que les habitans de l'île d'Amboine abusent des poissons de mer, nourriture pesante autant qu'indigeste. Il dit en outre, qu'au lieu de pain, on use dans ce

pays , de mauvais gâteaux composés avec la farine d'écorces végétales. Ils boivent également d'une mauvaise liqueur retirée des arbres par des procédés tout aussi défectueux. Cette liqueur vénéneuse les enivre comme le vin et la bière. Elle trouble la tête ; de là vient , à ce qu'on assure , le béribéri , sorte de paralysie si commune dans ces îles.

DXLI. La malpropreté favorise peut-être la naissance des pians; car les nègres ont des habitudes très-nuisibles au système dermoïde. Ils se frottent le corps avec un mastic huileitx qui s'oppose au libre exercice de la transpiration ; la plupart ne se recouvrent qu'avec des peaux de quadrupèdes non cousues , qui ne sauroient les défendre des injures de l'air. Parlerons-nous de la saleté qui règne dans les cabanes, dans les huttes, dans les cases, où les nègres n'ont d'autre plancher qu'un terrain malsain et toujours humide? C'est là qu'ils couchent pêle-mêle avec des animaux , etc.

DXLII. Le pian est certainement une maladie contagieuse, puisqu'il a passé des nègres aux blancs; Bajon en cite plusieurs exemples. M. L. Valentin , qui est un excellent observateur , est du même avis. Il y a quelques années, dit-il, que toute la famille de M. Grec, habitant de la paroisse Sainte-Marie, dans l'île de la Martinique , contracta cette maladie. Une négresse qui portoit habituellement l'enfant de sa maîtresse , fréquentoit des personnes infectées par le virus pianique. Madame Grec le gagna bientôt de son enfant qu'elle allaitoit , et la maladie se propagea rapidement dans toute sa maison. Cette anecdote est connue de plusieurs habitans de la colonie. Quelques auteurs prétendent néanmoins que le pian est moins communicable que la vérole.

DXLIII. La contagion du pian est, à ce qu'on assure, singulièrement facilitée par une espèce de mouches que l'on nomme mouche s-framb œ sia j et qui sont très-abondantes dans les pays chauds. Ces mouches se reposent à tous les instans sur les horribles pustules qui proviennent de la maladie , et elles vont ino-

culer le virus aux individus sains, qu'elles piquent jusqu'au sang. Est-ce aussi par cette voie qu'elle a pu se transmettre aux animaux domestiques, comme on prétend l'avoir observé? Loëffler assure qu'il y a des endroits en Amérique où la loi défend aux malades attaqués du pian de sortir, et qui leur interdit même tout accès dans les hôpitaux. On trouve qu'en effet cette précaution a considérablement diminué la propagation de la maladie.

AÎIÏÎCLE VL

DES RÉSULTATS FOURNIS PAR l' AUTOPSIE CADAVÉRIQUE d'uN INDIVIDU MORT DES SUITES DU PIAN.

DXLIV. Nous avons procédé, avec beaucoup de soin, à l'ouverture du cadavre du nommé Bartos , dont nous avons donné plus liaut la malheureuse histoire , et qui est mort des accidens du pian ruboïde à l'hôpital Saint-Louis. Nous avons remarqué les altérations suivantes : il n'y avoit aucune lésion dans les cavités crâniennes ; sur les côtés du larynx étoient deux tumeurs ovoïdes rénitentes; celle du côté gauche ayant quatre pouces de longueur sur six de circonférence , celle du côté opposé moins volumineuse, lesquelles avoient déprimé les muscles et les vaisseaux du voisinage. Ces derniers étoient un peu rétrécis dans leur calibre. Le centre de chacune de ces tumeurs contenoit une matière puriforme, rougeâtre et très-consistante, tandis que le reste paroissoit être de l'albumine concrète, homogène, d'un rouge livide. Aux côtés de ces tumeurs considérables, il y en avoit d'autres petites de nature analogue; les glandes salivaires étoient saines. Nous jugeâmes convenable de diriger une attention particulière sur les altérations du système lymphatique. Les mâchoires écartées ,

nous aperçûmes une saillie en avant du voile du palais , avec une couleur obscure au fond du pharynx. La dissection exécutée, nous observâmes une érosion de la membrane muqueuse qui tapisse ces parties , confondue avec l'appareil musculeux qui l'entoure. La dégénération étoit surtout très-avancée à la partie postérieure et supérieure du pharynx , et comparable en tout aux squirres qui affectent l'utérus; l'engorgement se propageoit dans les fosses nasales et le larynx, dont l'orifice étoit un peu rétréci, ainsi que la partie supérieure de l'œsophage. Rien de particulier dans les cavités thorachique et abdominale ; on observoit seulement que les intestins étoient un peu rétrécis. Il eût été sans doute intéressant pour nos lecteurs de comparer ces altérations diverses avec celles qu'auroit offertes l'autopsie de l'individu mort à Paris des accidens du pian fungoïde; mais des obstacles, dont il nous a été impossible de triompher, nous ont interdit cet examen.

ARTICLE VIL

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