‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 43 sur 111 · VUES GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DES PIANS · texte numérisé non relu

VUES GÉNÉRALES SUR LE TRAITEMENT DES PIANS

DXLV. Les voyageurs attestent que les Africains possèdent des méthodes sûres pour guérir les pians. On observe, en effet, que dès qu'une fois ils ont régulièrement traité cette maladie, elle ne se manifeste plus. Il y a apparence que ces méthodes, à l'aide desquelles on procède avec tant de certitude, se transmettent dans chaque famille comme un héritage précieux. Au surplus , le simple empirisme des nègres vaut souvent mieux que les raisonnemens futiles de tant de praticiens à systèmes.

DXLVI. Pourquoi dans certains pays regarde-t-on cette maladie comme in curable ? Pourquoi abandonne-t-on les nègres in-

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fortunés qui en sont atteints aux seules ressources de la nature ? La plupart d'entre eux languissent dans un état d'angoisse et de désespoir. On les éloigne des habitations de peur qu'ils n'y transportent le mal affreux dont ils sont la proie. On les renferme dans des cases , pour qu'ils y attendent la guérison , qui n'arrive souvent qu'après l'espace de dix-huit mois. Lorsque le pian est ainsi dissipé, alors on les ramène aux travaux les plus pénibles.

DXLVn. On ne se conduisoit pas ainsi dans les vaisseaux destinés au transport et à la vente des nègres d'Afrique. Les chirurgiens faisoient tous leurs efforts pour arrêter la maladie dans sa marche ; l'intérê t des marchands demandoit ces sortes de tentatives. Ceux qui trafiquoient des esclaves n'aclietoient qu'à un trèsbas prix les sujets qui étoient infectés du pian. D'ailleurs, cette maladie laisse souvent sur le corps des taches indélébiles qui défigurent les nègres et diminuent beaucoup leur valeur.

DXLVIIL Depuis qu'on a mieux observé la marche et les phénomènes du pian, et qu'on a mieux apprécié l'analogie qui existe entre ce genre d'éruption et quelques autres maladies cutanées, on a introduit une grande perfection dans son traitement. On agit comme dans la plupart des exanthèmes. On cherche à dévier tout le levain morbifique vers la périphérie du système dermoïde , et on a soin de provoquer la transpiration par tous les moyens qui peuvent la favoriser. Heureusement que les pays où l'on a occasion de combattre cette hideuse maladie, abondent en bois sudorifiques. Il importe toutefois de ne pas communiquer trop d'activité au corps vivant; car on finiroit par corrompre la masse des humeurs, au lieu de l'épurer et de la mûrir. C'est ainsi , pour me servir du langage ingénieux de Peyrilhe, qu'une chaleur trop véhémente étouffe entièrement le germe , bien loin de le faire fructifier , tandis qu'une chaleur modérée n'eût pas manqué de le faire éclore. ' '

DXLIX. Les médecins qui se livrent à l'étude des pians , doivent par conséquent ne jamais perdre de vue le phénomène de

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l'éruption et de la maturation ; mais ce travail ne peut s'accomplir dans des corps foibles et sans énergie. Aussi, dans le premier temps de la maladie, convient-il de porter une attention particulière sur le tempérament physique des nègres , de surveiller particulièrement leur régime , de leur fournir une nourriture saine et restaurante. Le second temps de la maladie mérite d'autres considérations ; l'éruption est évidente; il faut la combattre sans aucun délai; car si on se tient trop long-temps dans Fexpectation , les pustules peuvent se convertir en larges ulcères. Ce sont ces larges ulcères qui deviennent si redoutables, parce qu'ils donnent naissance à une foule d'accidens consécutifs.

DL. C'est particulièrement chez les nègres, qu'on ne sauroit trop se hâter d'entreprendre la guérison du pian ; en eifet , tous les rudes travaux auxquels ils sont soumis ne sauroient qu'aggraver les symptômes de ce mal affreux. La plupart, malgré la fièvre qui les dévore, marchent sans aucune chaussure sur une terre constamment brûlée par les rayons d'un soleil ardent. Il arrive parfois que des grains de sable , des cailloux, des fragmens de coquilles, se logent dans les parties charnues de leurs pieds, y occasionnent des douleurs et souvent un véritable état de plilegmasie ou de gangrène, etc.; tous ces accidens finissent par rendre le pian incurable.

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