DU TRAITEMENT EXTERNE EMPLOYÉ POUR LA GUÉRISON DES PIANS
DLVIII. L'emploi des frictions dans le traitement des pians a été avantageux-, mais tous les médecins s'accordent sur l'importance qu'il y a de préparer l'onguent mercuriel avec une graisse pure et fraîche. Lorsque cet onguent est trop vieux , on a remarqué qu'il irritoit la peau : n'administrez que des frictions trèslégères, afin d'éviter tout mouvement perturbateur qui pourroit seconder les ravages du mercure dans l'intérieur de la bouche.
DLIX. Les frictions mercurielles sont particulièrement utiles pour combattre les douleurs ostéocopes, lesquelles se réveillent durant les intempéries de l'atmosphère. Bajon cite l'exemple d'une jeune négresse qui pouvoit à peine se mouvoir par la violence de ses souffrances. Ses douleurs s'apaisoient avec une promptitude surprenante toutes les fois que le remède dirigeoit son action sur les glandes salivaires; si l'on discontinuoit le traitement, les douleurs ne tardoient pas à renaître : elle subit pendant deux mois des frictions légèrement graduées et ménagées. Il importe donc de ne pas les cesser trop vite ; car le mal renaîtroit en quelque sorte de ses propres germes.
DLX. Les soins de propreté influent particulièrement sur la guérison des pians. Aussi les colons expérimentés sont-ils attentifs à faire baigner assiduement les nègres malades. Ce sont particulièrement les bains composés avec la décoction des plantes émollientes qui conviennent en pareil cas. C'est surtout à l'aide de ces bains qu'on amollit la plante des pieds, et que l'on coupe ensuite avec l'instrument tranchant la peau devenue calleuse. On se sert aussi quelquefois d'un caustique, tel que le sublimé corrosif ou une forte dissolution de potasse.
MALADIES DE LA PEAU. i85
DLXI. Nous avons parlé des guignes et autres excroissances qui succèdent d'ordinaire au pian. On les attaque aussi par les caustiques : les chirurgiens appliquent tous leurs soins à détruire l'ulcère principal, désigné, comme nous l'avons déjà dit, sous le nom de mère-pians ou mama-pians. On sait que cet ulcère est bordé de chairs fongueuses, qu'il est avantageux de réprimer; souvent même à cet accident vient se joindre la carie de l'os , qu'il importe de combattre par des procédés chirurgicaux. On a pratiqué avec succès l'amputation. Le topique le plus usité est le précipité rouge combiné avec l'alun calciné , que l'on incorpore dans l'onguent ba~ silicum.Dans le Voyage anglais de Stedman ,on lit que les ulcères de la plante des pieds sont communément brûlés avec un fer incandescent, que souvent on les incise , et qu'on les arrose ensuite avec du jus de citron.
DLXIL Je me borne à cette exposition simple des moyens employés jusqu'à ce jour pour opérer la guérison des pians. J'aurois voulu sans doute pouvoir offrir des vues plus étendues sur un sujet aussi intéressant; mais n'ayant eu occasion d'observer que deux fois cette cruelle infirmité, j'ai dû d'abord m'assujettir aux méthodes curatives qu'on avoit déjà expérimentées. Si elles n'ont pas eu tout le succès désiré, c'est sans doute parce que le ciel de la France ne se prête qu'imparfaitement aux crises des maladies propres à d'autres pays.
LES ICTHYOSES,