CONSIDERATIONS GENERALES SUR LES ICTHYOSES
DLXIII. Je décris sous le nom dCicthyoses des maladies dans lesquelles la surface de l'appareil tégumentaire est recouverte d'écailles sèclies et blanches, qui paroissent superposées les unes sur le bord des autres , comme les écailles des poissons. Ces singulières altérations de l'épiderme que nous avons observées en assez grand nombre à l'hôpital Saint-Louis , existoient presque toutes depuis la naissance des individus qui en étoient atteints. La couleur ordinaire des écailles est d'un blanc cendré ou d'un blanc nacré; dans quelques cas, elle est d'un brun tirant sur le noir; parfois , surtout chez les Asiatiques , les écailles sont entourées d'une aréole violacée ou rougeâtre.
DLXIV. Souvent l'épiderme a l'aspect luisant des écailles, sans en avoir la dureté et la rénitence. Cette membrane se flétrit, se ride et se revêt d'une couleur qui a beaucoup de rapport avec celle des serpens ou des lézards. Une pareille affection est très- commune chez les vieillards , particulièrement chez ceux qui ont été scrophuleux dans leur enfance. On voit aisément qu'elle est du même genre que la précédente.
DLXV. Les icthyoses sont endémiques dans quelques climats ; les voyageurs assurent qu'à l'île de Taïti on rencontre une sorte de dégénération de l'épiderme, qui se rapporte absolument à celle dont nous nous occupons. Souvent tout le corps est recouvert d'écaillés qui se détachent à une certaine époque de l'année ; mais souvent aussi on n'en observe que sur quelques parties de la peau. La maladie est hideuse lorsqu'elle a fait beaucoup de progrès,
DLXVL Les pays voisins de la mer , particulièrement ceux qui
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sont traversés par des rivières très-poissonneuses , présentent surtout un pareil phénomène. Le genre de nourriture pourroit-il influer sur le développement de cette affreuse et dégoûtante infirmité? On assure que lorsque les missionnaires chrétiens, mus par leur zèle apostohque, vinrent s'établir dans le Paraguay , ils furent frappés d'étonnement à la vue de certains individus sujets à une éruption cutanée des plus bizarres. Tout leur corps étoit recouvert d'écaillés qui, par leur forme et leur couleur, avoient une ressemblance manifeste avec celles qui forment l'enveloppe extérieure des poissons. D'ailleurs, un accident aussi extraordinaire ne causoit aucun trouble dans l'exercice de leurs fonctions physiques et morales; ils avoient l'air de n'être tourmentés par aucune douleur ni par aucune démangeaison; ils n'étoient pas même un objet de dégoût pour ceux qui les fréquentoient habituellement.
DLXVII. Dans la suite on a donné plus d'extension à la dénomination diicthjosesy en l'appliquant à différentes dégénérations de l'épiderme qui ont causé beaucoup de surprise aux observateurs. Tout le monde connoît l'histoire d'Edouard Lambert, qui a paru dans Londres à deux époques différentes de sa vie, pour exposer aux regards des curieux le phénomène de l'altération la plus singulière qui puisse captiver l'attention des hommes. Ses tégumens étoient couverts d'éminences dures et écailleuses, d'un brun foncé ou d'un noir roussâtre , roides et douées d'une telle élasticité, qu'on ne pouvoit promener avec vitesse la main sur ses membres, sans produire un bruit très-sensible. Deux descendans de cet individu sont venus , ily a quelques années, à Paris, et ont été pour nous un objet d'étude et d'observation.
DLXYIIL Qu'on s'imagine toutes les hypothèses émises et publiées, lorsqu'on a vu ces êtres singuliers se promener et se donner en spectacle à toute l'Europe ! Les physiologistes ont mis leur esprit à la torture pour expliquer ce nouveau genre de dégradation. On s'est d'abord figuré que ces individus appartenoient à quelque variété de l'espèce humaine; les ignorans étoient tentes
de les prendre pour des phoques ou des lamentins sortis du gouffre des mers. Cependant , ce phénomène s'exphque aisément par les simples notions que l'on possède de nos jours sur la nature de l'épiderme. Il n'est pas plus étonnant de voir cette memhrane mince et ténue acquérir plus de consistance par l'état maladif, et dégénérer en substance écailleuse , que de la voir se convertir naturellement en ongles au bout de nos doigts, en cornes ou en sabots chez les quadrupèdes, en ergots chez les volatiles , etc.
DLXIX. Ces excroissances morbiflques et cuticulaires se présentent sous des formes très-variées. Souvent ce sont des éminences disséminées çà et là, à la surface du corps, et qui ressemblent tantôt à des cornes de bélier, tantôt à des griffes d'épervier. Lorsqu'on procède à leur incision ou qu'elles tombent spontanément, elles ne tardent pas à se régénérer. On observe que ces excroissances sont quelquefois très-abondantes aux environs des articulations ; en sorte que les malades peuvent à peine fléchir leurs membres et vaquer aux divers exercices de la vie. Les Transactions Philosophiques rapportent l'exemple d'une jeune fille qui étoit sujette à ce genre d'indisposition , et dont les yeux même étoient recouverts d'une pellicule cornée qui l'empêchoit de bien discerner les couleurs. La plupart de ces icthyoses sont liées à une constitution rachitique.
DLXX. Quelquefois ces excroissances sont nombreuses; mais quelquefois aussi on n'en aperçoit qu'une seule sur la totalité du système dermoïde, et ce fait n'est pas rare chez les vieillards. M. Gastellier a décrit avec.un soin particulier dans les Mémoires de la Société royale de Médecine de Paris, une végétation cornée, laquelle étoit survenue vers la partie inférieure du temporal gauche , chez une femme âgée de quatre-vingt-trois ans environ ; elle avoit exactement la forme d'une corne de bélier. Un chirurgien qui pratique son art avec beaucoup de succès dans le midi de la France, m'a communiqué trois faits analogues, et j'en ai observé quelques-uns moi-même sur des individus de l'un et de l'autre 2 26.
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sexe. Toutes ces excroissances de nature cornée appartiennent essentiellement au système épidermoïde ; elles s'isolent, pour ainsi dire, de l'économie animale. Aucun travail organique ne s'établit dans leur intérieur; elles n'ont ni des vaisseaux qui les nourrissent , ni des nerfs qui les animent.
DLXXL Le caractère endémique des icthyoses , la chute périodique des écailles qui les forment, quelques autres caractères, me déterminent à placer dans le même genre une maladie cutanée sur laquelle on a fait beaucoup de recherches depuis quelques années, je veux parler de la pellagre des campagnes milanaises. En effet, toutes ces maladies cutanées ont le même siège, et attaquent constamment l'épiderme. Lorsqu'on examine avec attention les rides , les rugosités de cette membrane , on ne balance point à admettre cette analogie ; c'est absolument le même aspect, et rien ne ressemble davantage à l'icthyose nacrée que les tégumens des pellagreux. Une autre circonstance pourroit servir à faire rapporter ces affections au même genre, c'est la presque ressemblance de leurs causes. En effet, l'icthyose nacrée attaque le plus souvent des pêcheurs qui existent dans un air empoisonné par des exhalaisons marécageuses , et la pellagre attaque pareillement des villageois qui luttent contre les horreurs de l'indigence , et sont journellement condamnés aux privations les plus pénibles. Toutes deux d'ailleurs peuvent se transmettre par la voie de la génération, etc.
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?' ^ar ^i.&ûuhaud /ïls. élève a la Calfotfrap/ac Âui/alc de J ûouèaud. Imprcmc dans le même ctaili.r.Temcnl. a Bru:KeUc^