FAITS RELATIFS A L'HISTOIRE PARTICULIÈRE DES ICTHYOSES
ESPÈCE PREMIERE
ICTHYOSE NACRÉE. ICTHYOSIS NITIDA. (PLANCHE XXXVII.)
Icthyose, se manifestant sur une ou plusieurs parties des tégumens par des e'cailles plus ou moins dures et rénitentes, d'une couleur nacrée ou grisâtre, ce qui donne au corps vivant l'aspect de l'enveloppe des poissons ou de la peau des serpens. Obs. Cette espèce présente en conséquence deux variétés:
A. L'iCTHYOSE NACREE CYPEiNE. — ' Icthijosîs ïiitida cyprijiea. Écailles dures , blanchâtres , ayant beaucoup de ressemblance avec les écailles de la carpe ; c'est celle qui a le plus d'intensité.
B. L'iCTHYOSE NACREE SERPENTINE. — Ictliyosts ïiitida serpeutina. Dans cette variété, les écailles ne sont ps» dures ; elles n'ont aucune consistance ; elles ont la finesse et la ténuité de la peau des serpens. Cette ictbyosc attaque presque toujours les vieillards. Nous en avons recueilli plusieurs exemples à l'hôpital Saint-Louis.
TABLEAU DE L ICTHYOSE NACREE.
DLXXII. L'ictliyose nacrée se manifeste communément quelques mois après la naissance. Elle s'annonce par une desquammation furfuracée , et l'épiderme se renouvelle plusieurs fois. Bientôt après, les écailles deviennent plus apparentes; elles occupent
principalement les avant-bras, les bras, les jambes et les cuisses. On les observe aussi très-fréquemment sur l'abdomen et sur la partie antérieure du tronc. On n'en voit point à la paume des mains et à la plante des pieds.
Les écailles de l'ictbyose nacrée sont tantôt épaisses et formées de plusieurs coucbes d'épiderme superposées , ce qui leur donne une teinte plus foncée et plus opaque^ tantôt elles sont simples et d'un blanc nacré, petites, bornées par des lignes droites qui se coupent à angles, comme les rides qu'offre naturellement la surface de la peau. C'est aux endroits de ces rides que les écailles sont comme cassées. Il est au contraire de ces écailles qui sont larges et transparentes , sans être brisées aux surfaces qu'occupent les rides dont nous venons de faire mention. La couleur luisante de ces plaques les a fait comparer aux écailles dont les poissons sont revêtus.
On a tracé des descriptions plus ou moins hideuses de l'iclhyose nacrée ; on a cité des individus , dont les extrémités supérieures et inférieures étoient entièrement écailleuses. On a vu tout le corps , à l'exception de la tête, envahi par cette infirmité dégoù— ' tante, et comme recouvert d'une peau de phoque: les tégumens étoient durs et scabreux au toucher. Le vulgaire ne manque pas de débiter des contes absurdes sur de semblables accidens; tant ils excitent la surprise ! Cette épaisseur de la cuticule sert en quelque manière de vêtement , et l'on atteste que les malades frappés de l'ictbyose sont moins susceptibles d'être affectés par le froid que les autres individus.
Au bout de quelque temps, les écailles, qui sont d'abord trèsadhérentes aux tégumens, deviennent moins tenaces, se détachent et finissent par tomber. Au-dessous, la peau est saine, nullement douloureuse, ni enflammée ; l'oeil n'y distingue aucune altération. Tous les ans , il y a un renouvellement complet des écailles.
Dans quelques cas , l'épiderme se détériore sans prendre plus de consistance et d'épaisseur. La peau a la ressemblance la plus
MALADIES DE LA PEAU. ig3
parfaite avec celle des serpens. Nous avons observé plusieurs exemples de cette variété à l'hôpital Saint-Louis, et il est assez ordinaire de la rencontrer chez les enfans aussi bien que chez les vieillards. Il existe à Paris une famille entière composée d'individus des deux sexes , lesquels sont soumis à une desquammation furfuracée qui a lieu au renouvellement des saisons. Ces pauvres gens disent en langage trivial qu'ils ont la peau trop courte , et que ne pouvant contenir le corps, elle se crève. Une jeune actrice d'un de nos petits théâtres, douée d'ailleurs d'une physionomie très-agréable, étoit affectée de cette ictliyose. Heureusement que son cou et son visage en étoient préservés; la peau de l'abdomen avoit non-seulement l'aspect, mais encore la couleur de la vipère : la peau des cuisses avoit plus de ressemblance avec celle d'une carpe. Cette maladie disparoissoit par l'usage des bains, et ne tardoit pas à se remontrer aussitôt qu'on le discontinuoit.
Ce qu'il y a de remarquable , lorsqu'on considère sous un point de vue général l'icthyose nacrée , c'est que l'épaisseur des écailles suit en quelque sorte l'épaisseur de la peau. Elles sont particulièrement très-apparentes à la partie antérieure de la rotule, aux coudes, aux parties externes des bras, des jambes et des cuisses. Au contraire , dans les endroits où la peau est très-mince et très-fine , et où elle se trouve naturellement lubrifiée par quelque sécrétion particulière, il n'existe pas d'écaillés; ce phénomène est surtout apercevable aux plantes des pieds, lesquelles sont habituellement humides de sueur. Il existe pareillement aux aines, aux aisselles, à la face interne des cuisses, aux parties génitales, etc. C'est là que les écailles cessent d'être apparentes et qu'elles sont brusquement séparées par une peau saine. Le visage et la paume des deux mains sont dans le même cas ; peutêtre à cause des fréquentes lotions auxquelles on se soumet communément.
Quelque multipliées que soient les écailles, les malades n'éprouvent ni démangeaisons ni aucune sensation incommode sur
l'appareil tégumen taire; l'appétit se conserve et la digestion s'accomplit régulièrement. Toutefois, j'ai vu des individus qui étoienl prodigieusement afFoiblis par les progrès de l'icthyose nacrée , et qui toraboient dans une cachexie scorbutique. Le nommé Montgobert, dont je donnerai ici l'histoire, est atteint d'une prostration générale dans le système des forces. Il éprouve des gonflemens dans les os des jambes ; il ne peut boire ni vin ni liqueurs , sans tomber dans une sorte d'anéantissement. Il ne peut travailler long-temps , sans ressentir un feu brûlant à la tête et à la paume des mains , etc. Tel est le tableau le plus ordinaire de l'icthyose nacrée, dans tous ses degrés.