DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DEVELOPPEMENT
DES ICTHYOSES.
DGI. Que d'hypothèses n'a-t-on pas imaginées pour expliquer la formation des écailles qui constituent les différentes icthyoses! C'est surtout à mesure que les deux frères Lambert parcouroient les villes de l'Europe , que les physiologistes mettoient leur esprit à la torture pour se rendre compte d'un phénomène aussi étrange. Trompés par des rapports chimériques, certains auteurs ont été jusqu'à prétendre que cinq ou six semaines après la naissance de ces hommes singuliers , il étoit survenu à la périphérie de leur corps un suintement copieux d'humeur sébacée, laquelle transsudoit çà et là de tous les pores cutanés. La matière de ce suintement mise en contact perpétuel avec l'oxygène de l'atmosphère , avoit d'abord formé un enduit solide , lisse et poli; mais cet enduit n'avoit pas tardé à se fendre et à se partager diversement par les mouvemens nombreux auxquels les membres
sont naturellement assujettis. Ce sont, dit-on, ces incalculables gerçures qui donnoient lieu à autant d'écaillés différentes : peut-on ajouter foi à une supposition aussi absurde?
DGII. L'explication que donne M. Tilesius n'est guère plus admissible. J'ai déjà cité l'ouvrage fort étendu qu'il a publié sur la famille des frères Lambert. Ce savant rapporte la formation de la couche écailleuse à la désorganisation des cryptes muqueux , ou du moins à une sécrétion troublée de la graisse de la peau , dans toutes les parties du corps, qui sont recouvertes par les vêtemens. Cette matière onctueuse s'accumule avec trop d'abondance dans ses réservoirs par l'effet d'un stimulus morbifîque. C'est là qu'elle se mêle avec la lymphe naturellement disposée à se coaguler; l'accroissement successif de cette sécrétion vicieuse doit donner naissance à ces plaques lamelleuses par un mécanisme semblable à ce qui se passe dans l'éruption des teignes, des dartres, etc. Je renvoie à l'ouvrage de M. Tilesius ceux de mes lecteurs qui voudroient avoir une idée plus complète des argumens ingénieux sur lesquels il appuie son hypothèse.
DGIIL II suffit toutefois de considérer attentivement les écailles qui se développent dans les icthyoses les plus graves , pour se convaincre qu'elles sont de la même nature que l'épiderme, et qu'elles ne sont en conséquence qu'un simple résultat de la dégénération de cette membrane. On se convaincra pareillement qu'elles ont le plus grand rapport avec la structure des ongles, etc. Ceux-ci présentent en effet les mêmes phénomènes dans leur origine et dans leur développement; M. Buniva a très-bien observé que les écailles, les cornes, etc. , ne possèdent ni nerfs, ni vaisseaux , ni aucun des caractères des autres parties du corps vivant.
DGIV. Quel soin ne faudroit-il pas prendre pour corriger les dispositions originelles. Parmi les causes organiques qu'on croit propres au développement des icthyoses , il n'en est pas de plus constante que l'hérédité. C'est un fait bien constaté que la prédisposition à la pellagre se transmet de génération en génération
chez les paysans de la Lombardie. J'observe très-communément que des parens dartreux ou scropliuleux ont donné le jour à des individus écailleux. Un enfant qui a tous les pliénomènes d'une icthyose nacrée , est né d'un père atteint d'une teigne faveuse depuis son enfance.
DCV. Un état de la peau, semblable à l'ictliyose, se manifeste souvent après certaines maladies longues qui ont considérablement afFoibli l'exercice de la transpiration. Dans des ulcères vieillis, qui n'ont pas été pansés convenablement, il se forme souvent à la surface des jambes des écailles sèches et dures, qui ressemblent presque aux écailles des poissons. On voit également cette disposition écailleuse se manifester après l'anasarque : la peau devient rugueuse et ridée comme dans l'ictliyose. Souvent cette maladie n'est que le symptôme d'une autre aifection morbifique. M. Gorona l'a observée à la suite d'une goutte rebelle : ce fait mérite certainement d'être conservé. L'ictliyose nacrée serpentine succède très-souvent au vice scropliuleux j il n'est pas rare de la voir se déclarer après les ravages de la petite-vérole confluente, et persister pendant plusieurs années. En général, toute altération profonde dirigée sur le système lymphatique, imprime à la peau un aspect écailleux ou farineux.
ARTICLE ÎV.