‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 53 sur 111 · DES CAUSES EXTÉRIEURES QUI INFLUENT SUR LE DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DES CAUSES EXTÉRIEURES QUI INFLUENT SUR LE DÉVELOPPEMENT

DES ICTHYOSES.

DGVL Les icthyoses produites par des causes extérieures se rencontrent rarement; il arrive toutefois que chez les individus dont l'habitude est de se mettre fréquemment à genoux , la peau

de ces parties contracte une dégénération qui a beaucoup de rapport avec l'ictliyose nacrée. Le même phénomène a lieu, lorsque la peau a été long-temps comprimée par une cause quelconque 5 mais cet accident mérite à peine le nom de maladie.

DGVIL Le genre de nourriture paroît influer singulièrement sur la production des icthyoses. Les peuples qui habitent les bords de la mer, qui se nourrissent perpétuellement de poissons putréfiés, sont surtout sujets à ces affections; les eaux stagnantes et corrompues dont la plupart font usage, ainsi que l'humidité constante qui les environne, doivent pareillement contribuer à les produire.

DCVIIL Ce que nous disons de l'ictliyose nacrée peut aussi se dire de l'ictliyose pellagre. Les paysans du Milanais , après avoir vaqué aux travaux les plus durs et les plus pénibles, prennent des alimens gâtés et de mauvaise qualité qui dépravent les organes de la digestion ; les enfans même tettent un lait détestable, auquel on substitue quelquefois la bouillie la plus indigeste. Gomment veut-on qu'élevés ainsi dès l'âge le plus tendre , ils ne soient pas foibles et déhcats , et par conséquent enchns aux infirmités les plus tristes?

DGIX. Quelques auteurs prétendent néanmoins que les alimens ne sont pour rien dans la production de l'ictliyose pellagre, et qu'il faut en accuser principalement les intempéries atmosphériques. Ils assurent en effet avoir observé la maladie chez des personnes qui usoient d'une excellente nourriture, ainsi que d'un vin tonique et généreux. On ne peut pas non plus , d'après l'opinion des mêmes auteurs, accuser le maïs, le petit millet, le riz, le seigle, etc., puisque ceux qui s'en abstiennent ne sont pas préservés de cette affection. On a vu beaucoup de pellagreux qui ne vivoient que de froment.

DGX. Plusieurs ont avancé que l'exposition au soleil étoit l'unique cause de l'ictliyose pellagre ; Albera a particulièrement soutenu cette assertion. Il observe que les parties du corps garanties

par les vêtemens de l'influence solaire, ne sont point atteintes de la desquammation pellagreuse. Aussi conseille-t-il aux pauvres paysans de ne jamais commencer leurs travaux dans la campaone sans être parfaitement vêtus. Cependant comme l'altération cutanée n'est point proportionnée à la force des rayons solaires, il faut en conclure que cette cause ne suffit pas pour la déterminer, puisqu'il est certain d'ailleurs que les attaques de la pellagre s'étendent, et sur ceux qui s'abstiennent du soleil, et sur ceux qui ne s'y exposent point : on peut se contenter de regarder son action comme contraire à la santé des pellagreux , et comme plus propre à développer les germes de la maladie qu'à les produire.

DCXI. Facheris observe du reste, qu'indépendamment du soleil, la disette de la nourriture peut produire la pellagre. Dans une année où les vivres manquoient, ainsi que le travail, il y eut un accroissement considérable dans le nombre des pauvres. Dans ce même temps ceux qui s'occupoient à la fdature étoient attaqués de la pellagre, quoiqu'ils fussent moins exposés aux rayons du soleil que les paysans et les agriculteurs. Au surplus, la pellagre s'associant à toutes les maladies qui régnent dans les endroits maré- ■ cageux j il n'est pas étonnant qu'on l'ait attribuée à une multitude de causes différentes. Peut-être que cette affection dépend d'un concours de causes locales. 11 est certain que la campagne de la Lombardie est un pays bumide, coupé de canaux, semé d'une grande quantité de rivières , etc. ; l'humidité n'est pas moins entretenue par la grande quantité dés lacs, par le voisinage des Alpes, qui empêche la circulation des vents salubres : en général, les paysans habitent des terres constamment niéphitisées par les exhalaisons atmosphériques.

DCXn. Les icthyoses ne sont point communicables par contagion; tous les malades que j'ai vus à l'hôpital Saint-Louis avoient impunément et longuement communiqué avec des femmes. Il y avoit à Paris un Italien qui avoit cohabité avec une jeune pella-

greuse, et qui pourtant n'avoit contracté aucun germe de cette affection ; combien de fois n'a-t-on pas vu dans les campagnes de l'Italie, des enfans très-sains coucher impunément à côté de leurs pères pellagreux ! M. Buniva , qui est animé d'un grand zèle pour les expériences physiologiques , s'est inoculé lui-même la matière ichoreuse , ainsi que la sahve et le sang des pellagreux , et pourtant il a été exempt de toute infection ; le même essai a été vainement tenté sur les animaux domestiques, également sujets à la maladie.

ARTICLE V

DES RESULTATS FOURNIS PAR L AUTOPSIE CADAVERIQUE DES INDIVIDUS MORTS DES SUITES DES ICTHYOSES.

DCXIII. Nous avons ouvert le cadavre de Théodore Michel , tailleur de pierre, âgé de soixante ans; il étoit, pour ainsi dire, né avec l'icthyose nacrée ; il avoit passé une grande partie de sa vie avec une santé chancelante ; il fut atteint finalement d'une toux sèche, avec une gêne considérable de la respiration, qui l'obligea à suspendre tout travail. Cette toux fréquente étoit suivie de l'expectoration d'une matière puriforme; l'émaciation faisoit tous les jours des progrès; il avoit peu d'appétit, et un mouvement fébrile tous les soirs. Voici quel étoit l'état de l'épiderme : cette membrane étoit grisâtre et de la couleur de la nacre de perle; les écailles étoient de diverse grandeur. En exerçant le plus léger frottement avec la main, on produisoit un bruit très-sensible. Les écailles se détachoient difficilement; elles étoient plus épaisses dans les endroits du corps soumis à des pressions fréquentes. Cependant le malade tomba dans un tel état de foiblesse , qu'il tom-

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boit en défaillance à tous les instans. La mort survint après neuf mois de dépérissement et de langueur. Nous procédâmes à l'autopsie du cadavre : maigreur extrême dans toute l'habitude du corps ; l'épiderme , qui sembloit avoir acquis de la rudesse , tomboit par plaques des parois de la poitrine; le poumon du côté droit raboteux à l'extérieur , étoit rempli à l'intérieur d'une infinité de tubercules railiaires , dont la plupart étoient en suppuration. Le cœur étoit très-volumineux et très-aminci dans ses parois; l'anévrisme du cœur avoit-il quelque rapport avec l'affection de l'épiderme? Cet exemple est du nombre de ceux dont l'étiologie ne sauroit être déterminée que d'une manière douteuse.

DGXIV. On a fait un grand nombre de reclierclies sur les cadavres des peilagreux. Ces cadavres sont prodigieusement amaigris ; l'épiderme s'en détache par écailles ; les chairs sont flasques et molles; toute la peau est couverte de taches livides; les articulations sont d'une rigidité extraordinaire; les glandes du cou sont souvent très-engorgées. Les observations de Fanzago peuvent se réduire à différentes altérations des viscères , particulièrement du foie et de la rate. On a trouvé des amas de sérosité entre le cerveau et les méninges, dans les ventricules, dans la tente du cervelet. Le poumon est quelquefois macéré dans la matière séreuse; d'autres fois on le trouve adhérent à la plèvre. Il y a des épanchemens dans le péricarde , des stéatomes dans la cavité thorachique, des ulcérations à la membrane interne de l'estomac, etc. On a vu les intestins frappés de gangrène, la vessie phlogosée. Ce qu'il y a de plus fréquent, c'est une tuméfaction des vaisseaux de la dure-mère et du plexus-choroïde. Ces membranes présentent elles-mêmes des traces d'inflammation , phénomène que M. Strambio attribue au délire aigu dont la plupart des malades se trouvent attaqués. Au surplus, M. Villa observe que lorsqu'on compare entr'elles les diverses autopsies cadavériques, quelques recherches que l'on fasse sur les nerfs, sur les glandes et dans tout le système lymphatique, il est impossible de rien dé-

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couvrir qui puisse éclairer sur le siège de la pellagre et sur la nature même de la maladie. Cette observation s'applique malheureusement à un grand nombre de maladies cutanées.

ARTICLE VI

DES RESULTATS FOURNIS PAR L ANALYSE CmMIQUE DES ECAILLES

DES ICTHYOSES.

DCXV. Je n'ai entrepris aucun travail de ce genre ; je sais seulement que M. Tilesius a procédé à plusieurs essais qui n'ont révélé aucun fait intéressant, qu'il a surtout examiné avec le microscope les changemens subis par les écailles de l'icthyose cornée dans une dissolution de potasse caustique, etc. M. Buniva a depuis constaté que la substance écaiileuse n'étoit autre chose que de la gélatine devenue solide, consistante et dure, par son union avec une certaine proportion de phosphate calcaire et de carbonate calcaire.

ARTICLE VIÎ.

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