‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 59 sur 111 · TABLEAU DE LA SYPHILIDE PUSTULEUSE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA SYPHILIDE PUSTULEUSE

DCXXXVIIL L'affection cutanée que je vais décrire est celle qui a été d'abord remarquée dès la première apparition de la maladie syphilitique en Europe. Les pustules qui constituent son caractère essentiel ont, comme nous venons de le dire, des formes extraordinairement variées. Elles peuvent se développer sur toute

la périphérie du corps ou sur les membranes muqueuses du nez , de la gorge , du gland , des grandes lèvres , du vagin , etc.

Il n'est pas rare de voir que tout le front des malades en est recouvert; c'est là qu'elles naissent en très-grand nombre, et que souvent elles sont rangées les unes à la suite des autres comme les grains d'un chapelet. Le cuir chevelu en est particulièrement infecté, malgré la densité de son tissu. La surface du nez, le pourtour de la bouche , le menton , la poitrine , les membres thoracliiques et abdominaux , les organes sexuels , etc., en sont fréquemment souillés. Elles se montrent à la plante des pieds, à la paume des mains , et c'est dans ce siège qu'elles sont particulièrement rebelles et inexpugnables : alors les ongles se dessèchent et deviennent rougeâtres ou violacés.

Les pustules syphilitiques paroissent être le résultat d'un travail morbifique qui s'établit dans le tissu cellulaire ; leur explosion est quelquefois précédée d'une sorte d'orgasme fébrile , et d'une tension générale de la peau. Plusieurs malades sont atteints (i'un prurit incommode: il en est qui éprouvent des sueurs comme dans les exanthèmes aigus , et même des douleurs ostéocopes , signes infaillibles de la présence du virus syphilitique.

L'éruption est d'abord précédée par de petites taches rougeâtres, qui résultent d'un léger engorgement opéré dans le tissu réticulaire de la peau. Insensiblement les pustules se dessinent et deviennent très-apparentes; c'est alors qu'elles prennent une multitude de formes différentes. Il faut compter, parmi les variétés les plus effrayantes, des pustules volumineuses qui hérissent le front de certains malades , et auxquelles le vulgaire donne le nom àe couronne de J^énus. Les croûtes qui les recouvrent, prodigieusement épaisses et sillonnées à leur surface , s'élèvent en mamelons , en cônes, en pyramides, et impriment l'aspect le plus hideux à la physionomie. Lorsque ce masque horrible se détache, on ne voit plus que des excavations profondes qui mettent à nu les papilles nerveuses et causent de vives douleurs.

Il est des pustules disposées en grappe , qui ne fournissent aucune exsudation crouteuse. Elles se montrent comme des tubercules ronds ou ovoïdes qui sont quelquefois d'une grosseur trèsconsidérable. J'ai vu ces tubercules rassemblés en tel nombre sur le visage , que les cavités nasales en étoient obstruées. On observoit un tubercule pisiforme au bout du membre viril , qui gênoit singulièrement l'érection de la verge et la sortie des urines.

Les pustules tuberculeuses se rassemblent quelquefois par groupes sur certaines parties de la peau. On en voit qui sont rangées symétriquement les unes à la suite des autres, au point de former comme des grappes de raisin. Plusieurs se disposent en cercles; d'autres sont multiples et semblent adbérer à un point commun. Il est des pustules que l'on prendroit pour des mûres , des merises ou des baies de cassis , dont elles ont absolument la forme et la couleur. On en remarque de moins graves qui ont absolument la figure des lentilles. Nous les observons fréquemment à l'bôpital Saint-Louis , cbez les jeunes femmes ou les jeunes soldats. Elles se placent à la partie supérieure du col et de la poitrine , et se multiplient à l'excès; elles attaquent aussir l'abdomen, les cuisses et les jambes ; elles sont d'une teinte cuivreuse , et contrastent singulièrement avec la blancheur de la peau. Lorsqu'elles disparoissent , elles donnent lieu à une légère desquammation de l'épiderme.

Les pustules miliaires sont plus rares que les précédentes ; elles sont rondes, élevées en pointe, souvent imperceptibles, environnées d'une aréole inflammatoire, etc. Leur couleur est d'un rouge ardent lorsqu'elles sont récentes , d'un rouge pale lorsqu'elles sont près de se guérir; à l'instant où elles s'évanouissent, il survient une petite pellicule blanchâtre, qui se détache en partie et adhère encore à leur base. Ces pustules se manifestent plus souvent sur le front que partout ailleurs : on en voit qui se réunissent et se groupent par plaques sur différentes parties du corps. Ces plaques sont d'un rouge amarantlie.

La maladie vénérienne produit des pustules qu'on pourroit

appeler psoriqiies, parce qu'elles ressemblent absolument aux boutons de la gale ; ce sont des vésicules contenant un liquide séreux. Elle en produit aussi qui sont d'un si petit volume qu'elles sont à peine apercevables sur la peau ; ce sont de simples taclies rougeâtres, qu'on a comparées aux piqûres des fourmis. Enfin, nous avons eu occasion d'observer, avec une attention particulière , les pustules ortiées : ce sont des ampoules ou tumeurs boursouflées , irrégulières, dont le sommet est légèrement aplati, et dont la base est plus ou moins étendue. Ces pustules sont tantôt isolées, tantôt groupées et confondues avec d'autres, affectant la plus grande diversité de forme ; elles offrent absolument l'aspect que produiroit la percussion des orties. Il en est qui sont blanclies, d'autres sont rosacées; la plupart sont dures et rénitentes: elles restent dans le même état pendant deux ou trois jours ; au bout de ce temps , elles s'affaissent et fournissent de petites écailles qui se détachent en plus ou moins grande quantité : il ne reste plus sur la peau que des taches brunes ou rougeâtres qui s'éteignent successivement.

Parmi les pustules qui naissent de la maladie vénérienne , il en est peu qui soient d'un caractère plus opiniâtre que les pustules serpigineuses3 elles ne se bornent pas seulement à former des spirales ou des contours sinueux sur la peau ; elles y produisent une suppuration acre qui la corrode horriblement, et la couvre de honteuses cicatrices. L'ulcération gagne le système membraneux, les os, les cartilages, et parcourt les différentes parties du corps.

Au surplus 5 ces pustules que nous venons de décrire sont susceptibles de varier à l'infini, et de se transformer les unes dans les autres, de manière à déconcerter l'observateur le plus attentif. Les pustules miliaires peuvent devenir lenticulaires; les tuberculeuses se convertissent en serpigineuses ; les squammeuses en crustacées, etc. J'ai vu aussi, dans quelques circonstances, plusieurs de ces variétés se développer à la fois sur le même individu.

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