‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 60 sur 111 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA SYPHILIDE PUSTULEUSE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA SYPHILIDE PUSTULEUSE

DGXXXIX. Première obserçation. — Marie - Marguerite- Constance P**"^, âgée de vingt-sept ans, avoit contracté un écoulement vénérien, qui fut supprimé spontanément, et sans qu'on y apportât le moindre remède. Cinq mois après elle éprouva un mal-aise général, des démangeaisons violentes, accompagnées d'une chaleur brûlante , qui se faisoient ressentir principalement derrière les épaules, sur la poitrine, l'abdomen et les bras. Quelques semaines se passèrent sans qu'aucune éruption se manifestât; mais au bout de ce temps, il survint dans les différentes parties que nous venons d'indiquer , des taches d'un rouge obscur , de forme irrégulièrement ronde. Ces taches ne dépassoient pas d'abord le niveau des tégumens ; mais ensuite elles s'élevèrent peu à peu , surtout vers les bords qui étoient plus saillans que le centre; ceux-ci se couvrirent bientôt de petites écailles blanches, qui se renouveloient presque aussitôt qu'elles étoient tombées ou détruites. La malade consulta plusieurs médecins , qui la crurent atteinte d'une affection herpétique, et la décidèrent à se faire admettre à l'hôpital Saint-Louis. Elle étoit dans l'état suivant : la région gauche externe et inférieure du col présentoit environ une quinzaine de pustules rougeâtres, rondes et squammeuses, ce qui les faisoit aisément prendre pour des dartres furfuracées. Ces pustules avoient des bords durs, élevés et circulaires. Le centre étoit d'une couleur plus pâle ; on y remarquoit de légères aspérités recouvertes par des écailles épidermoïques ; leur teinte cuivreuse décéloit leur nature vénérienne. Lorsqu'elles disparoissoient, elles laissoient sur la peau des cicatrices blanches et profondes qui indiquoient encore l'existence de la syphilis.

Deuxième observation. — Marie- Adélaïde M...., née à Arcueil , âgée de trente ans, se maria, il y a environ trois ans, avec un soldat, qui cohabita quelque temps avec elle après son retour de

l'armée. Elle en eut deux enfans. Ses couclies n'eurent rien de fâcheux. Douée d'un tempérament lymphatique, d'une constitution foihle et détériorée, elle contracta un écoulement vénérien qui se supprima inopinément : cette suppression fut suivie d'une éruption de croûtes sur toutes les parties du corps , sur les cuisses , les jambes, les bras, le tronc, etc.-, le cuir chevelu et le visage en étoient surtout chargés. Ces croûtes avoient diverses formes; les unes se montroient sous la figure de mamelons, les autres sous celle de tubercules. Elles étoient situées tantôt obliquement , tantôt horizontalement. Il y avoit des croûtes qui ressembloient à des cristallisations. Le front en étoit tellement hérissé, que, vu en masse, il offroit comme des créneaux de murailles. Lorsqu'elles se détachoient, çlles laissoient sur la peau des taches de couleur amaranthe , qui ne s'effaçoient qu'avec le temps et avec la plus grande difficulté. En général, ces croûtes étoient rugueuses, inégales, excavées dans leur milieu, et profondément sillonnées; elles n'étoient d'ailleurs accompagnées d'aucun prurit, ni d'aucune cuisson.

Troisième observation. — Jean Lef...... âgé de vingt ans, contracta une affection syphilitique , affection qui se manifesta d'abord par des pustules, ei/peu de jours après le coït, sans offrir aucun autre symptôme vénérien. Ces pustules qui, dans leur principe, étoient petites, rondes, et très-peu élevées au-dessus des tégumens, changèrent peu à peu de nature; elles formèrent de vrais tubercules, disséminés sur le scrotum, offrant chacun une figure différente , mais se rapprochant tous plus ou moins de celle d'une sphère. Ces tuburcules occupoient les deux parties du scrotum que sépare le raphé. Leur surface étoit lisse , luisante , et d'un rouge pâle; elle n 'étoit point ulcérée; elle laissoit seulement transsuder une espèce de sérosité jaunâtre , dont l'action irritante et caustique excorioit la peau par le contact. Chacun de ces tubercules étoit environné d'une aréole inflammatoire. La verge étoit saine; mais la cavité de la bouche étoit couverte d'ulcérations sypliiliti-

qiies. Le voile du palais étoit dévoré par un ulcère, lequel s'étendoit du pilier antérieur gauche jusqu'à la partie la plus reculée de la voûte palatine.

Quatrième observation. — Le nommé R éprouvoit des douleurs sourdes et profondes dans tous les membres ; il étoit excessivement foibie , et la fièvre venoit l'attaquer tous les soirs; ses membres tlioracliiques et abdominaux étoient recouverts de larges pétéchies scorbutiques. Sur ces pétécliies on voyoit s'élever des tumeurs noires plus ou moins volumineuses , surtout variées dans leur forme : la plupart étoient rondes, absolument semblables à des merises ou aux fruits du cassis; plusieurs étoient multiples et disposées en grappes; on les eût prises d'abord pour des mûres. On en observoit aussi qui étoient petites, isolées, irrégulières, d'un rouge tirant sur le jaune", résultat des anciennes pustules qui s'étoient affaissées.

Cinquième observation. — L'histoire de Julien-Joseph L ,

soldat au premier régiment de la garde de Paris, présente beaucoup d'intérêt. Il étoit âgé de vingt-deux ans , et natif du département de Seine-et-Oise. Il avoit toujours été valétudinaire. Il vint à l'hôpital Saint-Louis réclamer nos soins pour une affection de poitrine, dont il fut radicalement guéri soixante jours après son entrée. Cet homme fut couvert d'une éruption boutonneuse dans toutes les parties de son corps, particulièrement sur les jambes, les cuisses et les lombes. Cette éruption se déclara spontanément et sans aucun autre symptôme syphilitique. Il y avoit cinq mois que l'individu ne s'étoit point livré à un coït impur. Les pustules qui vinrent l'assaillir avoient une forme lenticulaire; elles étoient tantôt groupées, tantôt isolées ; elles commençoient par de petites élévations sur la peau, devenoient coniques, puis s'aplatissoient et prenoient une teinte d'un brun foncé; elles étoient dures et rénitentes , tantôt passagères, tantôt permanentes, ne laissant après elles qu'une tache cuivreuse, avec une légère élévation du système cutané. Les parties génitales étoient extraordinairement

recouvertes par l'éruption que je viens de décrire-, phénomène rare et curieux. Nous devons ajouter qu'il se manifesta sur la partie antérieure du coronal , près la bosse nasale de cet os , une tumeur dont l'accroissement fut très-rapide ; elle étoit du volume et de la forme d'une noix; elle se déclara avec des douleurs violentes, qu'augmentoit le toucher, et qui se propageoient dans l'intérieur du crâne. Les paupières étoient œdématiées. Une tuméfaction assez considérable se faisoit remarquer sur les autres parties molles environnantes. Les mercuriaux firent disparoître cette maladie.

Sixième observation. — La nommée Adèle R , âgée de dixsept ans , d'une constitution assez forte , quoique douée d'un tempérament lymphatique, fut atteinte d'une blennorrhagie vénérienne, qui disparut très-promptement. Il se passa environ un mois sans qu'il se manifestât chez elle aucun symptôme syphilitique; mais, au bout de ce temps , elle se vit inopinément couverte par une multitude de boutons pustuleux, qui ressembloient à des grains de millet; ils étoient répandus sur toute la surface du corps; plus abondans aux jambes, où ils se réunissoient par leur circonférence pour former des plaques plus ou moins étendues; ils se développoient très-promptement, n'étoient précédés ni accompagnés d'aucune démangeaison. Ce signe, en cette circonstance, sert assez communément à faire distinguer une affection cutanée vénérienne d'une affection qui seroit produite par un autre virus. Les boutons miliaires av oient une forme ronde , surtout lorsqu'ils étoient récens et bien isolés. Leur couleur se rapprochoit assez de la lie de vin; ils laissoient exsuder, en très-petite quantité, une sérosité purulente de couleur blanche tirant sur le jaune clair , qui formoit, en s'épaississant, de petites écailles transparentes , lesquelles tomboient avec facilité et se reproduisoient promptement. Ces boutons étoient très-nombreux aux jambes; certains d'entre eux, réunis par leurs bords, donnoient naissance à de larges plaques de figure très-irrégulière.

Septième observation. — La syphiHde pustuleuse ortiée est un

25o MALADIES DE LA PEAU.

des résultats les plus extraordinaires du vice vénérien. Nous en avons observé une foule d'exemples à l'hôpital Saint-Louis. Une jeune femme, âgée d'environ vingt-quatre ans, avoiteu commerce avec un homme très-débauché; quelques jours après, elle éprouva des ulcérations à la gorge, et sa peau se couvrit de pustules trèsabondantes à la face, ainsi qu'à la partie antérieure du col et de la poitrine. On en observoit pareillement aux extrémités supérieures et inférieures. Ces pustules ressembloient , à s'y méprendre, aux ampoules aplaties que fait naître communément sur le corps la percussion opérée par le moyen des orties. Elles étoient irrégulières et affectoient une grande diversité de formes : elles étoient tantôt isolées, tantôt groupées, et comme confondues; toujours ovales ou circulaires. Leur couleur étoit d'un rouge-rosacé ; elles duroient de trois à cinq jours , en causant des démangeaisons. Il y en avoit un très-petit nombre qui étoient fugaces et ne se montroient que vingt-quatre heures. La maladie, parvenue à son entier développement, se maintenoit stationnaire pendant quelque temps; ensuite les ampoules s'affaissoient et fournissoient de petites écailles qui tomboient en plus ou moins grande quantité. Il ne restoit alors sur la peau qu'une tache brune plus ou moins foncée. Ce qu'il y avoit de très-remarquable , c'est que la température froide de l'atmosphère nuisoit singulièrement à la malade, en facilitant l'éruption de nouvelles pustules. Dans les temps humides, au contraire, elles étoient singulièrement amorties, et disparoissoient quelquefois entièrement. Elles furent promptement guéries par l'administration du mercure.

DGXL. Les syphilides pustuleuses se manifestent à l'hôpital Saint-Louis , dans une proportion qui est au moins double de celle des autres altérations cutanées que peut produire la présence du même virus. Elles succèdent le plus souvent à l'infection première des membranes muqueuses de la bouche ou du canal de l'urètre ; mais il est ordinaire aussi de les voir survenir spontanément , et sans qu'aucun symptôme précurseur ait indiqué la source qui les produit.

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DEUXIÈME ESPÈCE

SYPHILIDE VÉGÉTANTE. SYPHILIS VEGETANS. (PLANCHE XLV.)

Sypbilide se manifestant sur une ou plusieurs parties àcs- te'gumens , par des végétations le plus souvent indolentes , dont les unes adhèrent à la peau par toute leur surface , et les autres n'y tiennent que par un pédicule plus ou moins aminci. Ces végétations se manifestent principalement à l'anus , aux grandes lèvres , aux bords du vagin , aux bourses, sur le membre viril, etc. Les formes variées dont elles sont susceptibles, leur ont fait attribuer diverses dénominations. Obs. Les variétés qui suivent me paroissent dignes d'être remarquées.

A. La SypHU^mE végétante fkamboisÉe. Syphilis vegetansframbœsia. — • On uomme ainsi les végétations syphilitiques qui se composent d'un assemblage de grains divisés par des rainures profondes : elles diffèrent très-peu des végétations nommées fraises , dont les sillons sont moins apparens.

B. La Syphelide végétante en choux-fleurs. Sypliilis vegetans cauliflora. — On qualifie de ce nom singulier les végétations dont la surface est très-inégale : leur volume est quelquefois si considérable, qu'il ferme l'entrée du vagin chez les femmes.

C. La Syphilide végétante en crête. Syphilis vegetans crista-galli. — Elle se compose d'excroissances spongieuses, aplaties à uu tel point, qu'on les prendroit pour des crêtes de coq : la similitude est frappante.

D. La SïpmLiDE VEGETANTE EN PORREAux. SyphiUs vegetuTis porrijonnis. — Dans cette syphilide, le gland se trouve recouvert de petites élévations dures ^ rénitentes, grêles et filiformes , comme les racines des porreaux.

E. La Syphilide végétante verruqueuse. Syphilis vegetans verrucosa. — Petits tubercules indolens , à surface dure et grenue. Ils ont tantôt un pédicule , et tantôt ils en sont dépourvus.

F. La Syphu^ide végétante en condylome. SyphiUs vegetans condyloma. — . Ce sont des protubérances larges, à base étroite. On les nomme condylomes, parce qu'on a cru trouver une ressemblance entre ces végétations et un condyle.

N. B. Certains pathologistes rangent dans deux classes très-distinctes les symptômes syphilitiques dont nous venons de parler. Les uns sont indiqué? sous le nom de végétations 5 les autres ne sont que de pures excroissances : ces dernières sont formées par de simples développemens de la peau, avec engorgement du tissu cellulaire subjacent j mais les végétations sont en outre pénétrées et nourries par des vaisseaux sanguins. C'est à M. CuUerier qu'est due cette distinction ingénieuse.

TABLEAU DE LA SYPHILIDE VEGETANTE.

DCXLL On est frappé d'étonnement quand on songe à cette variété infinie d'excroissances et de végétations que produit le virus syphilitique : c'est sur le bord des grandes lèvres , sur la surface muqueuse du membre viril , au pourtour de l'anus , au périnée , qu'elles se développent avec le plus de fréquence. Les nymphes, le clitoris même ne sont point épargnés ; on en voit sur le visage-, elles peuvent croître sur la langue et embarrasser tout le palais. Partout on trouve de ces végétations hideuses autant que rebelles , que les moyens de l'art peuvent à peine surmonter.

Les malades commencent par éprouver un léger prurit à la surface des parties qui doivent être affectées. Le prurit s'accroît à chaque instant, et finit par devenir presque intolérable. On voit enfin s'élever de petites végétations de forme ronde , de couleur rouge, et d'une extrême dureté. L'éruption finie, la démangeaison cesse; il ne reste que le sentiment d'une tension très-légère à la peau. Souvent même la plupart de ces végétations sont absolument indolentes.

Les végétations syphilitiques sont si variées , qu'il a fallu nécessairement leur donner une multitude de noms différens. Quelquefois leur aspect offre une extrême analogie avec des fruits qui sont d'un usage très-vulgaire ; telles sont celles que l'on désigne sous le nom de framboises. {J^ojez la planche XLV.) Elles se composent d'un amas de petits grains rouges , divisés par des rainures profondes. On les nomme jraises , lorsque les sillons de leur surface sont moins marqués et moins apparens : montrentelles, au contraire, une surface très-inégale, forment-elles plusieurs tumeurs groupées et d'un volume très-considérable , sontelles surtout recouvertes d'une matière ichoreuse et verdatre, on les indique par la dénomination absurde de choux-fleurs.

Parleur réunion et leur rapprochement, ces végétations forment des plaques étendues autour de l'ouverture inférieure du rectum, et se propagent au loin sur le scrotum ou sur le vagin. Si l'on examine séparément chacune d'elles, on voit qu'elles sont implantées dans les tégumens par un large pédicule , et qu'elles offrent à leur sommet des granulations miliaires , d'une couleur violacée, à leur surface surtout; mais elles sont d'une teinte rouge dans les endroits où elles se touchent, et se trouvent constamment contiguës. Le rectum est quelquefois bouché par ces masses fongueuses; quelquefois même elles forment obstacle à l'accouchement.

Nous avons fréquemment observé des tumeurs qui ressembloient à des figues ouvertes; les plus considérables avoient leurs bords découpés et frangés , assez analogues aux appendices auriculaires du cœur. Parmi ces excroissances les unes avoient leur base dirigée en dehors, tandis que les autres y présentoient leur sommet. Plusieurs enfin , de forme conique , ressembloient à des pyramides couchées sur le côté. Il y a entre elles un espace assez considérable pour laisser voir le système dermoïde , qui dans ces parties conserve souvent sa couleur naturelle.

D'autres fois, les organes souillés par la syphilis présentent des tubercules filiformes et de dure consistance , avec orifice à leur milieu. Le nom de porreau qii on leur donne, vient de cette structure grêle qui les fait ressembler aux racines de ces végétaux. Le membre viril en est fréquemment infecté; ils sont remarquables par leur rénitence.

Il faut rapprocher des porreaux les verrues syphilitiques, qui sont de petits tubercules dont la surface est âpre , rude et pareillement grenue. Quelquefois elles ont un pédicule ; d'autres fois elles en sont dépourvues. Les verrues sont très-opiniâtres , et il faut les combattre pendant un très-long espace de temps. Ce sont ces corps surtout qu'il importe de dénaturer par les caustiques.

Le tissu de la peau dégénère souvent à un tel point, qu'il forme 2 34.

des excroissances aplaties, spongieuses, rougeâtres, qu'on prendroit pour de vraies crêtes de coq , ce qui leur a fait donner ce nom. Le gland y est très-sujet; l'anus en est parfois entouré. Ces crêtes, d'une couleur purpurine , offrent une surface lisse et unie; elles ont des espèces d'appendices séparés les uns des autres par des échancrures plus ou moins profondes ; leur face interne est légèrement concave pour s'accommoder à la convexité du gland; mais, lorsque celui-ci est mis à découvert, ces excroissances, qui sont d'une certaine consistance , se tiennent droites et élevées, comme celles que l'on voit sur la tête des poules et des coqs. Les malades n'éprouvent d'ailleurs qu'un prurit léger et fort peu incommode.

L'une des formes les plus liideuses que puisse prendre la sypliilide végétante , porte le nom de condylomes j sortes de protubérances à corps volumineux et à base étroite, lisses, qui se manifestent communément à la marge et au pourtour de l'anus ; leur couleur est absolument celle de la peau. Nous les avons vues quelquefois prendre une consistance comme calleuse : elles ne font éprouver aucune douleur.

Les végétations dont nous venons de parler sont susceptibles de naître sur toutes les parties de la surface cutanée, mais spécialement à l'anus, aux petites lèvres, au gland, etc. On en trouve, quoique rarement, dans le vagin, dans l'intérieur des fosses nasales, dans la cavité de l'ombilic, sur les bords des paupières. Il arrive quelquefois qu'on en observe dans les oreilles; et, comme la perversité est pleine de caprices, elles ont été, dans certaines circonstances, le résultat d'une communication immédiate. Nous avons vu, à l'bôpital Saint-Louis, un charlatan des boulevards, connu par ses mauvaises mœurs : il étoit devenu sourd par l'effet de deux végétations syphilitiques qui obstruoient chez lui les conduits auditifs, et qui ressembloient à deux grosses prunes. Nous avons pareillement recueilli l'histoire d'une excroissance en forme de grappe, qui avoit eu lieu sous l'aisselle droite d'une jeune indigente, par les bizarres fantaisies d'une inconcevable lubricité.

OBSERVATIONS RELATIVES A LA SYPHILIDE VEGETANTE.

DCXLIL Première obserçation, — Angélique L.... arriva à l'hôpital Saint-Louis avec un écoulement jaLinâtre, tantôt verdâtre, plus souvent de cette dernière couleur. Cet écoulement étoit accompagné de douleurs tensives dans la vessie, la matrice, le dos, les aines, etc. La vulve éprouvoit une irritation si forte que souvent les nymphes et les grandes lèvres étoient très-engorgées ; elles étoient si douloureuses que le contact du corps le plus léger étoit insupportahle. L'entrée du vagin étoit occupée, et comme distendue par une énorme végétation fongueuse, divisée d'abord en cinq ou six lobes granulés, d'une couleur rouge, et absolument analogues à des framboises par leur forme et par leur volume. Ces excroissances ne provoquoient aucune douleur chez la malade, et on les pressoit impunément avec la main ; elles n'excitoient point de prurit. Il nous fut facile d'en faire l'excision , parce qu'elles ne tenoient à la peau que par des pédicules très-amincis.

Deuxième obserçation. — Pierre F.... étoit atteint, depuis fort long-temps, d'une affection vénérienne dégénérée. Cette affection se manifesta par les symptômes que nous allons exposer. Une démangeaison considérable se fit sentir à la couronne du gland ; la peau s'enflamma avec une médiocre intensité ; une petite pustule rouge parut s'élever de sa surface, et bientôt, en s'épaississant , elle prit l'aspect d'un porreauj elle s'accrut, devint inégale, rugueuse , dentelée , s'aplatit sur ses côtés , et constitua une véritable crête de coq. Quelques jours après, l'individu dont nous parlons sentit le besoin de se gratter au pourtour de l'anus , pour pallier un prurit incommode ; ce prurit fit bientôt place à un nombre considérable de végétations, qui prirent la forme de chouxfleurs, et augmentèrent considérablement de volume. Ces végétations présentoient du reste quelques différences selon le siège

qu'elles occupoient-, elles étoient continuellement baignées par un mucus jaunâtre.

Troisième observation. — Marguerite B...., âgée de quarantedeux ans, présente le tableau le plus triste et le plus effrayant de la sypbilide végétante. Il y a dix-huit mois que sa maladie s'est annoncée par des douleurs ostéocopes; ces douleurs avoient eu d'abord les jambes pour siège; ensuite les lombes, puis les bras, enfin la tête. Ces douleurs s'accrurent et finirent par devenir intolérables : des bourdonnemens continuels se faisoient entendre , et la malade fut long-temps privée du sommeil. Au bout de deux mois, l'anus fut entouré et recouvert d'une multitude de crêtes spongieuses, absolument indolentes, qui avoient la couleur de la peau, et paroissoient avoir la même organisation. On les excisa vainement à plusieurs reprises : bientôt une éruption analogue se manifesta au périnée, aux grandes lèvres, etc.; elle étoit accompagnée d'une démangeaison légère quiaugmentoitpar les chaleurs et aux approches de la nuit. La face de la malade étoit d'un rouge de lie de vin, et recouverte par des pustules proéminentes, de la grosseur d'un pois, qui offroient à leur centre un petit point purulent; le front en étoit surtout affecté; on y remarquoit des groupes de ces pustules , qui étoient plus volumineuses que les autres et d'une couleur plus foncée; de nombreuses écailles s'en détachoient; le nez étoit enflé considérablement, tuméfié, particulièrement vers les ailes; les cuisses de la malade présentoient à leur partie supérieure et externe des croûtes verdâtres et étendues ; la plupart étoient très-épaisses et avoient l'aspect de certaines cristallisations, tant leur surface étoit âpre et sillonnée; elles étoient circonscrites par un cercle d'un rouge livide ; très-adhérentes à la peau, elles en laissoient sortir un sang noir et corrompu. Plusieurs de ces croûtes offroient des circonvolutions , des spirales, etc. ; elles étoient douloureuses seulement par la pression. Lorsqu'elles tomboient, on ne voyoitque des taches sales et livides sur la peau. Malgré tant d'infirmités , la malade mangeoit et digé-

roit bien; mais elle ne goùtoit jamais le moindre repos, et le sommeil lui étoit absolument interdit.

Quatrième obserpation, — J'ai observé sur le même individu presque toutes les variétés de la sypliilide végétante. Un artiste , âgé de vingt-six ans, avoit eu commerce avec une femme de mauvaise vie 3 il fut d'abord pris d'une inflammation dans l'intérieur de la bouche, qui se termina par des ulcérations aux piliers du voile du palais. On méconnut cette maladie, dont la personne d'ailleurs étoit intéressée à cacher la nature. On se borna à lui administrer quelques gargarismes qui parurent d'abord apaiser les symptômes; mais six mois après on vit se manifester, sur plusieurs parties du corps , une multitude d'excroissances très-variées par leur forme, et dont le nombre étoit prodigieux. Le rectum étoit, pour ainsi dire, obturé par six protubérances dures et rougeâtres, que leur base étroite doit faire ranger parmi les condylomes. La face interne des deux cuisses, le visage, et particulièrement les bords des deux paupières, étoient hérissés de porreaux indolens ; la couronne du gland étoit bordée de crêtes rouges , larges et spongieuses ; au périnée étoit une masse énorme de choux- fleurs, d'où suintoit une humeur roussâtre, ichoreuse, et d'une insupportable fétidité. Ce qu'il y avoit de plus opiniâtre , c'étoient des verrues disséminées à la partie postérieure du col et aux oreilles; il en existoit une sous la verge, que les divers caustiques n'avoient fait qu'exaspérer. On observoit d'autres symptômes : le système osseux étoit tuméfié dans plusieurs endroits du corps; c'est dans ce système que résidoient des douleurs excessives, lesquelles se renouveloient surtout pendant la nuit. La voix étoit rauque et altérée , ce qui dépendoit de la destruction d'une portion du voile du palais. La sensibilité s'étoit accrue à un tel point que les moindres causes pouvoient la développer ; le plus petit mouvement sufïisoit pour réveiller les douleurs; des tourmens inexprimables lui faisoient à chaque instant sentir l'horreur de sa situation. L'habitude du corps présentoit un état d'amai-

grissement considérable. Le tissu cellulaire étoit mol, flasque, sans ton et sans ressort.

DCXLIIL Les excroissances et les végétations sont beaucoup moins abondantes que les pustules ; mais elles sont bien plus rebelles à l'action des remèdes , sans doute parce qu'elles sont beaucoup moins sous l'empire de la vie. Aussi est-on contraint, pour les détruire, de recourir aux caustiques, à l'instrument trancbant, aux ligatures, etc. Je reviendrai sur ce pbénomène quand il sera question du traitement qu'il faut opposer à de pareils symptômes.

ESPÈCE TROISIÈME

SYPHILIDE ULCÉRÉE. SYPHILIS EXULCERANS.

Sypliilide se manifestant sur une ou plusieurs parties des tégumens, par des ulcères rongeans , profondément excave's , taille's en biseau , dont les bords sont rouges et calleux , ayant tantôt une forme ronde, tantôt une forme oblongue ou triangulaire, etc. Ces vdcères attaquent le plus souvent les surfaces muqueuses j mais ils attaquent aussi d'ordinaire les extrémite's inférieures.

Obs. Nous avons remarqué les variétés suivantes à l'hôpital Saint -Louis :

A. La SYPHILIDE ulcÉkÉe serpigineuse. Syphilis exulcerans serpiginosa. — Ulcère sinueux , qui bourgeonne , serpente et parcourt quelquefois un grand espace en excoriant la peau.

B. La SYPHILIDE ULCEREE PERSISTANTE. SyphiUs exulcerans persistens. — Cet ulcère est fixe , isolé et très-profond , puisqu'il laisse souvent les os à nu. Cette syphilide gagne en profondeur ce que la serpigineuse gagne en superficie.

C. La SYPHILIDE ULCEREE EN RHAGADES. Syphilis exiilcerans fissuta. — C'est le siège de cette syphilide qui lui donne communément cette forme. Elle se développe au pourtour de l'anus, et par conséquent dans une peau qui offre une grande quantité de plis et de rides. Comme ces ulcères imitent absolument des fentes et des fissures , on les désigne sous le nom de rhagades.

TABLEAU DE LA SYPHILIDE ULCEREE.

DGXLIV. L'économie animale contient une multitude de germes de maladie qui peuvent faire naître et développer des ulcères. Ces ulcères peuvent se manifester dans toutes les parties du corps j mais l'affection syphilitique imprime à ceux qu'elle produit un caractère particulier qui ne sauroit être méconnu. C'est ce caractère qu'il importe d'étudier; car combien de praticiens regardent

26o MALADIES DE LA PEAU.

journellement comme syphilitiques toutes les ulcérations qui ont pour siège les organes de la génération !

Cependant l'hôpital Saint-Louis nous offre journellement des individus chez lesquels on observe des excoriations de la verge , des bourses, des grandes lèvres, etc., accidens qui ne doivent leur existence qu'au progrès du vice dartreux ou du vice psorique , et qui n'ont absolument rien de commun avec la syphihs. Une leucorrhée de mauvaise nature engendre fréquemment des ulcérations à la vulve, chez de jeunes fdles qui mènent la vie la plus continente et la plus pure. Ces ulcérations simulent des chancres , et pourtant nulle contagion n'a agi sur elles. On voit donc qu'il est de la plus urgente nécessité de reconnoitre les signes positifs des ulcères vénériens , et de les distinguer de ceux qui émanent d'une autre source.

J'ai été importuné , durant près de deux années, par un jeune homme pusillanime, qui se croyoit atteint de la plus horrible maladie vénérienne, parce que, de temps à autre, il voyoit se déclarer, aux parties génitales, quelques légères ulcérations, résultat d'un vice herpétique dont il étoit attaqué depuis son enfance. Il est une foule de circonstances où les malades finissent non-seulement à se persuader qu'ils sont infectés , mais encore à communiquer cette opinion à ceux qui les dirigent.

Nous avons fréquemment observé les ulcères qui affectent les parties génitales et les autres parties du corps, à la suite du coït vénérien. Leurs bords sont communément très-rouges , durs et calleux; mais on les reconnoît particulièrement à leur excavation. J'ignore pourquoi on a pu écrire que les ulcères syphilitiques étoient généralement superficiels. Cette assertion est une erreur ; car ils sont presque toujours profonds et taillés en biseau, surtout lorsqu'ils se déclarent aux jambes. Leur fond est inégal et tuberculeux, et constamment rempli d'un pus verdâtre. Leur caractère principal est de creuser la peau, de dévorer les muscles, le tissu cellulaire, de mettre quelquefois les os à nu, etc. La facilité avec

MALADIES DE LA PEAtJ. 261

laquelle les chairs se détachent, fait quelquefois d'un individu le spectacle le plus repoussant et le plus hideux pour ses semblables. On diroit que les membres se putréfient et appartiennent plus au cadavre qu'à l'homme vivant. J'ai vu naguère un infortuné qui étoit atteint de trois ulcères situés au coronal, à la clavicule et au sternum. Le premier étoit de forme irrégulière , s'étendoit jusqu'aux protubérances frontales ; ses bords étoient taillés et unis comme si on l'eût creusé avec l'instrument tranchant. Le deuxième ulcère offroit des fongosités, et rendoit un pus abondant et glutineux : plusieurs petites ulcérations de même nature en bornoient la circonférence. Le troisième présentoit une excavation profonde et large qui se dirigeoit de l'apophyse acromion jusqu'à la partie moyenne de la clavicule. Une croûte jaunâtre le recouvroit presqu'entièrement , et ne laissoit qu'une ouverture par laquelle s'échappoit une petite quantité de pus, de même nature que celui de l'ulcère du front. Il étoit très-enfoncé dans son milieu, et bourgeonnoit vers ses bords, qui étoient d'une rougeur intense.

Les ravages de l'ulcération syphilitique sont quelquefois d'une immense étendue. MM. Sicard et Grellier , médecins d'Angoulême , m'ont communiqué l'observation d'un individu qui étoit tout couvert d'ulcères syphilitiques. Ces ulcères étoient devenus très-profonds et fistuleux ; ils s'étoient agrandis à un tel point qu'ils s'étoient tous réunis , en sorte qu'au lieu de tégumens , on voyoit sur l'universalité du corps une vaste croûte suppurante , exhalant une puanteur horrible. La face n'offroit également qu'un seul masque ulcéreux , au-dessous duquel le pus se rasserabloit , pour s'échapper à travers les trous dont il étoit criblé. La moitié de la lèvre inférieure étant tombée en gangrène, et s'étant détachée du visage, un écoulement de salive par cet endroit vint contribuer à l'affoiblissement du malade. Les parties molles qui complètent en devant le sac lacrymal, ayant été détruites par les progrès du virus syphilitique , les larmes couloient sur la face. Les os unguis, l'apophyse montante des os maxillaires et des os propres du

nez étoient dépouillés et frappés de carie. Enfin , l'ulcère primitif se dessécha , noircit et devint extrêmement fétide. Le dévoiement et les plus vives souffrances terminèrent cette épouvantable maladie.

C'est pour exprimer le degré de malignité et le caractère phagédénique des ulcères vénériens , qu'on les désigne communément sous le nom de chancres. Il en est qui sont stationnaires , et qui conservent toujours la même place. 11 en est d'autres qui sont remarquables par leur mobilité extrême. Ces chancres ambulans et serpigineux s'étendent en contours plus ou moins sinueux , et rongent le corps en le parcourant. On en voit qui se développent avec plus d'intensité dans les parties de la peau où il y a des plis et des rides , parce que cette disposition physique favorise davantage l'accumulation du virus-, alors ils prennent une forme oblongue , qui les fait ressembler à des fentes ou à des fissures. C'est pour cela qu'on les désigne sous le nom de rhagades.

La matière qui s'échappe des ulcères syphilitiques est, dans quelques cas, un pus louable et de bonne consistance; mais le plus souvent elle acquiert une qualité acre et corrosive, on la distingue surtout par sa couleur, qui est d'un jaune-verdâtre. Cette dégénération a lieu lorsque la maladie est ancienne , et qu'elle a vieilli dans l'économie animale : elle est alors d'une fétidité extrême que peu de personnes peuvent supporter. Il n'est pas rare de voir les ulcères subir encore des changemens plus horribles, et se convertir en carcinomes dévorans.

Il seroit intéressant d'assigner quelles sont les parties du corps qui sont les plus attaquables par les ulcères vénériens. Les grandes lèvres , les nymphes, la verge et le prépuce en sont quelquefois corrodés ; mais l'anus en est particulièrement le siège; et ce qu'il ^ y a de plus remarquable, c'est que les ulcères ne s'y montrent jamais plus fréquemment que lorsque la contagion syphilitique s'est opérée par la bouche. Cette assertion se confirme par la multitude d'enfans qui reçoivent la maladie avec le lait qu'ils ont

sucé 5 et par la quantité de nourrices dont l'anus se couvre d'ulcères, lorsqu'elles ont donné leur sein à des nourrissons infectés.

On rencontre des ulcères vénériens sur d'autres parties du corps; on en trouve journellement sur les fesses, les cuisses et le ventre des enfans malsains. J'en ai vu de très-rebelles qui avoient lieu dans le nombril. Les doigts et les orteils y sont fréquemment exposés. On a dit, mal à propos, qu'ils se montroient rarement à la surface interne du vagin : l'autopsie cadavérique nous a prouvé le contraire. J'ai vu un cas particulier où le canal étoit totalement rongé par un chancre très-étendu. J'ai observé pareillement un ulcère de cette nature qui occupoit tout le trajet du conduit de l'urètre , chez un soldat mort douloureusement à la suite d'une suppression totale des urines. L'ulcération syphilitique s'effectue assez ordinairement sur le cuir chevelu; les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, la gorge, etc., sont fréquemment infectés par des ulcères du plus mauvais caractère. On peut dire que ceux-là sont les plus opiniâtres, à cause du siège qu'ils occupent. J'en ai vu dans l'arrière-bouche , que tout l'art de la thérapeutique n'a pu détruire. Quels ravages ne font-ils pas dans les fosses nasales! les os propres du nez , les cartilages sont quelquefois détruits , et laissent le visage horriblement défiguré pour toute la vie.

D'après l'observation des pathologistes , la syphilide ulcérée se manifeste trois ou quatre jours après le coït impur. La surface muqueuse ou cutanée , sur laquelle le virus vénérien s'applique pendant un plus ou moins long espace de temps, commence à être affectée par une démangeaison qui se change quelquefois en une véritable douleur. L'œil aperçoit d'abord un point blanchâtre qu'entoure une aréole enflammée. Enfin il se manifeste un ulcère de forme ronde , qui ne tarde pas à acquérir de l'étendue et de la profondeur. Quand cet ulcère a vieilli il est souvent difficile de borner ses ravages. Nous avons donné des soins à deux individus chez lesquels le membre viril a été totalement détruit par les progrès d'un horrible chancre.

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