‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 61 sur 111 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA SYPHILIDE ULCÉRÉE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA SYPHILIDE ULCÉRÉE

DGXLV. Première observation. — Antoine M avoit contracté

une blennorrhagie virulente , qui ne fut combattue par aucun traitement. 11 éprouva dès-lors des douleurs intolérables dans les jambes, particulièrement à la gaucbe. Deux mois s'écoulèrent sans qu'il s'opérât d'autre cbangement; enfin il s'éleva sur la partie antérieure et supérieure de la crête du tibia une tumeur qu'on prit d'abord pour une exostose, tant sa dureté étoit considérable; mais l'on fut bientôt détrompé; cette tumeur s'ouvrit, et laissa couler en abondance un pus épais, verdâtre et sanguinolent. Elle dégénéra en ulcère profond , dans lequel s'établit une suppuration abondante , ce qui affoiblit extrêmement le malade. Une seconde tumeur se manifesta à la région interne et moyenne de la même jambe, et eut la même terminaison que la précédente. Voici quel étoit l'état de ces deux ulcères , lorsque nous eûmes occasion de les observer : le premier avoit un fond inégal et tuberculeux ; ses bords étoient épais, dentelés et rugueux, couverts d'excroissances fongueuses et granulées. Ces excroissances abondoient principalement dans le centre de l'ulcère , où elles étoient entassées les unes sur les autres. L'autre ulcère, situé à la région interne et moyenne de la jambe, étoit beaucoup plus étendu que le précédent; il suppuroit avec abondance 5 il étoit en tout semblable au précédent, excepté pourtant qu'il étoit beaucoup plus large. D'ailleurs, cinq ou six sinus se dirigeoient en divergeant du centre à la circonférence, et en augmentoient la largeur et la capacité.

Deuxième observation. — Le nommé Jean-Louis C avoit

déjà éprouvé une blennorrhagie très-intense, qui se supprima subitement par une imprudence ; mais, ayant eu de nouveau commerce avec une femme impure, cette blennorrhagie reparut, et fut accompagnée d'une multitude d'ulcères syphihtiques qui re-

couvroient le gland et le prépuce. Ces ulcères étoient de forme ronde , creusés en quelque sorte , taillés en biseau. Le fond étoit recouvert d'une couenne purulente, de couleur jaune-verdâtre. Il négligea néanmoins tout traitement, et ne se présenta à l'hôpital que lorsque la vérole l'eut entièrement affoibli. On lui prescrivit les remèdes convenables. L'écoulement disparut après un certain temps ; mais il se déclara bientôt des exostoses sur toute la surface du corps; ces exostoses s'abcédèrent, et produisirent de larges ulcérations qui firent des progrès rapides. Leurs bords étoient élevés et taillés à pic ; le pus étoit grisâtre et très-abondant. Les douleurs étoient vives , surtout la nuit , et sembloient n'avoir lieu, selon le rapport du malade, que dans les os. Les yeux de cet infortuné furent détruits par les progrès de la syphilis. 11 y a voit des exostoses ouvertes à l'épaule , à la partie supérieure de la poitrine , à la partie inférieure du sternum, à la crête des os des îles , au tibia ; enfin sur toutes les éminences osseuses extérieures.

Troisième observation, — Edme G... se rapprocha d'une femme affectée de la syphilis. Pendant l'acte du coït et l'effervescence réciproque de leurs sens , leurs lèvres restèrent pendant quelque temps dans un contact immédiat, et celle-ci lui insinua profondément la langue dans la bouche. Le lendemain G ressentit une

douleur légère à la partie antérieure de la voûte palatine. Deux ou trois jours après, la membrane muqueuse s'enflamma et présenta des crevasses dans plusieurs points de son étendue; il s'y manifesta de petits ulcères d'où s'écouloit un pus fétide ; enfin , l'infection étoit complète. La prononciation devenoit laborieuse et la mastication difficile. On eut recours à un chirurgien qui fit disparoître les chancres, au moyen d'un gargarisme dont le malade ignoroit la composition. Deux ans après, en 1799, de larges plaques rougeâtres parurent derrière les oreilles et à la partie postérieure du col. Bientôt la suppuration s'étabht, et le pus qui en découloit formoit, en se desséchant, des croûtes jaunâtres qui tiroient un peu sur le noir. Ce fut à cette époque qu'il entra dans

un hôpital, et qu'il y fut traité et guéri, du moins en apparence ; mais quelques années après, des tumeurs dures, circonscrites et sans rougeur , s'élevèrent à la partie antérieure et supérieure du coronal, à la partie moyenne de la clavicule et à la moitié supé Heure du sternum. Ces protubérances n'étoient pas d'abord trèsdouloureuses; mais bientôt elles grossirent à vue d'oeil, et prirent le volume d'une noix; enfin elles se ramollirent et se convertirent en trois larges ulcères dont les bords étoient unis, comme si on les eût creusés avec un instrument tranchant. Leur fond offroit des fongosités et rendoit un pus abondant, qui étoit verdâtre et glutineux. L'ulcère du coronal s'étendoit depuis la suture qui unit cet os aux pariétaux jusqu'aux bosses frontales; sa circonférence étoit bornée par plusieurs autres petits ulcères, de la grandeur d'une lentille , qui n'oifroient ni inflammation , ni rougeur. Le malade éprouvoit des douleurs vers cette partie , mais elles étoient supportables et de peu de durée. L'ulcère de l'épaule , étroit , allongé, se dirigeoit de l'apophyse acromion jusqu'à la partie moyenne de la clavicule. Une croûte jaunâtre la recouvroit presque entièrement et ne laissoit qu'une ouverture par laquelle s'écliappoit une quantité de pus de même nature que celui qui suintoit du front. Ses bords étoient d'une rougeur intense; ils s'élevoient en bourgeons, etc. L'ulcère du sternum n'étoit pas considérable ; il étoit formé par deux ouvertures peu grandes et rapprochées l'une de l'autre ; il offroit dans sa forme ronde les caractères principaux des ulcères vénériens ; il étoit rouge , suppuroit abondamment , et étoit cerné de toutes parts par un grand cercle livide.

Quatrième ohserçation. — Etienne- Toussaint D...., contracta, dans sa jeunesse , plusieurs affections vénériennes très-graves. Il y a trois ans que , pour la sixième fois , il fut atteint de la même maladie , laquelle fut traitée sans méthode et sans exactitude. Il la conserva pendant une année ; il éprouvoit aux jambes , aux épaules, des douleurs qui finirent par devenir insupportables. Ces

douleurs étoient accompagnées d'un sentiment de chaleur et de tension vive dans le cuir chevelu. Plusieurs tumeurs demi-sphériques et dures s'y développoient : on les prit d'abord pour des exostoses ; mais leur suppuration les fit bientôt reconnoître pour de vrais ulcères syphihtiques. Peu à peu ils s'étendirent en profondeur et en largeur , au point de labourer successivement tout le sommet de la tête ; il y avoit en outre de petites ulcérations superficielles qui fournissoient une sérosité purulente 5 les bords en étoient épais et découpés. On remarquoit à la joue un ulcère de même nature , lequel s'étendoit de la paupière inférieure de l'œil droit et de la racine du nez jusqu'à la commissure des lèvres et la partie inférieure du nez. La circonférence de cet ulcère présentoit un bord épais , noirâtre , croùteux et inégal ; le prurit étoit continuel et véhément. Les douleurs ostéocopes se fixèrent au bras droit et à l'avant-bras du même côté; elles étoient si vives qu'elles empêchoient le malade de mouvoir ce membre, et particulièrement les doigts , qui étoient comme engourdis.

DCXLVI. Les ulcères syphilitiques sont moins rebelles aux remèdes que les excroissances et les végétations ; mais ils exercent de si profonds ravages sur la peau par leur caractère serpigineux, qu'ils lui impriment des cicatrices irréparables. Souvent ils rongent et détruisent entièrement les organes les plus essentiels à la vie. Nous avons vu les parties génitales totalement consumées par cette altération dévorante : le voile du palais , l'os ethmoïde , les os propres du nez, etc., tombent quelquefois par lambeaux. Que d'exemples aussi tristes on pourroit citer !

Page 1