DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX QUI CARACTÉRISENT LA MARCHE DES SYPHILIDES
DCXLVIII. C'est toujours des syphilides qui se portent à l'extérieur du corps , que je me propose de parler. Je vais recueillir les phénomènes principaux qui caractérisent cette effroyable maladie, soit qu'elle se manifeste sous forme de pustules, soit qu'elle couvre la peau d'excroissances et de végétations, soit qu'elle la souille par des ulcérations profondes. Que de symptômes affreux n'avons-nous pas à rassembler !
DCXLIX. 11 paroît que , dans son origine , la syphilis ne se manifestoit guère que par des pustules aux organes de la génération. Ces pustules abondoient quelquefois à la surface du corps ; elles occupoient surtout les parties où le tissu cellulaire est dense et serré : de là vient qu'elles paroissoient si fréquemment sur le cuir chevelu, à la paume des mains, à la plante des pieds, etc.
DGL. En général, les pustules syphilitiques s'annoncent par des taches éparses çà et là , lesquelles n'offrent d'abord que la grandeur ou le volume d'un pois. Elles s'étendent peu à peu, et servent ensuite de base à des croûtes saillantes, pyramidales, coniques ou mamelonnées, lesquelles se compliquent, par intervalles, d'ulcères sordides, rongeans ou phagédéniques. Il est, je pense, peu d'accidens aussi terribles que celui où la face des malades se recouvre de tubercules inégaux , raboteux, qui laissent, même après la guérison, des cicatrices ineffaçables.
DCLI. L'apparition des taches auxquelles succèdent les pustules est souvent précédée par des douleurs vagues dans les membres. Ces taches simulent quelquefois les pétéchies scorbutiques ,
et s'élèvent bientôt en pointe pour former des éminences verruqueuses : ces éminences se recouvrent de croûtes dont les formes sont très-bizarres ; lorsqu'elles tombent, on s'aperçoit qu'elles sont profondément excavées ; à peine séparées de la peau , elles ne tardent pas à renaître pour s'en détacber de nouveau. Pendant le cours de cette borrible éruption, les malades sont d'ailleurs exempts de tout prurit vébément ; le sommeil et l'appétit se conservent : ils ne se plaignent d'aucune douleur, si ce n'est de la difficulté qu'ils trouvent à exécuter les divers mouvemens.
DGLII. On a pu voir néanmoins , par les descriptions particulières que j'ai présentées plus baut, que les sypbilides n'ont pas toujours un caractère aussi alarmant. Nous en observons quelquefois qui ressemblent, d'une manière frappante, aux dartres farineuses et furfuracées ; elles occupent absolument le même siège : l'épiderme se soulève et se détacbe par petites écailles ; leur forme est constamment circulaire ; et l'on tomberoit dans de graves méprises, si les maux de gorge, l'ulcération des amygdales, les cbancres, etc. , ne mettoient à découvert leur caractère vénérien. Il est vrai qu'elles ont une teinte cuivreuse, qu'on reconnoît toujours quand on a l'babitude de les observer , et qu'elles sont circonscrites par un bourlet plus saillant que celui des affections herpétiques dont il s'agit : elles n'excitent d'ailleurs aucune démangeaison.
DGLIII. La sypbilide pustuleuse forme quelquefois des grains tuberculeux qui augmentent successivement de volume : ces grains conservent parfois la couleur de la peau; et, dans d'autres cas , prennent une couleur brune ou rougeâtre , qui les fait ressembler à de petites merises , aux baies du cassis ou du genévrier, etc. J'ai vu ces grains boucher, dans une circonstance, toutes les cavités du visage, le nez, les oreilles, les yeux, etc.; ce qui rendoit la physionomie extraordinairement difforme.
DCLIV. Souvent ce sont de petites pustules aplaties, qu'on prendroit pour des lentilles, et qui s'en rapprochent autant par
leur forme que par leur couleur ; d'autres s'élèvent en pointe et sont entourées d'une aréole inflammatoire , comme les exanthèmes miliaires ; plusieurs sont vésiculeuses , comme les boutons de la gale ; plusieurs aussi irritent et boursouflent la périphérie de la peau , comme si elle avoit été percutée par des orties ou assaillie par les insectes de l'atmosphère : elles sont d'un rouge ardent quand elles sont récentes , d'un rouge pâle quand elles sont anciennes. Ce qui m'a paru surtout très-remarquable, c'est que l'explosion de ces pustules est fréquemment déterminée par des fièvres accidentelles , qui communiquent une sorte de fermentation au virus syphilitique dans l'économie animale. Une jeune fille étoit entrée à l'hôpital Saint-Louis , uniquement pour y être traitée d'une fièvre bilieuse qui fut très-intense. Cette fièvre se termina par le développement d'une multitude de pustules lenticulaires aux grandes lèvres, qui envahirent bientôt les membres thorachiques, et qui ne cédèrent qu'à une administration prolongée des mercuriaux.
DGLV. Les pustules les plus funestes et les plus opiniâtres nous ont paru être les serpigineuses , qui rampent successivement sur toute la surface de la peau, qui y forment des contours plus ou moins sinueux , qui y tracent de longues spirales , des cercles entiers, des segmens de cercle, etc. Ces pustules ne se terminent que trop souvent par des ulcérations horribles : elles résistent parfi)is à tous les moyens curatifs, et sont vui sujet de désespoir pour les malades autant que pour les gens de l'art.
DCLVI. Nous avons rencontré quelques individus chez lesquels la peau présentoit, au lieu de pustules, de simples taches d'un rouge violet et d'un caractère mobile et fugace : elles s'évanouissoient quand les malades éprouvoient quelque chaleur, et le plus léger froid ne tardoit pas à les faire reparoitre : très-rarement alors la peau s'élève au-dessus de son niveau ; le plus souvent , cette saillie n'est aucunement apparente. Au surplus , les taches pont il s'agit décèlent d'autant mieux la présence du virus syphi-
litique , qu'il n'est pas rare de les voir accompagnées de douleurs nocturnes et d'exostoses.
DGLVIL Nous avons indiqué, comme constituant une espèce particulière dans le genre des syphilides, les végétations sessiles et pédonculées qui se développent dans le tissu muqueux , et quelquefois dans le corion. Ces végétations paroissent avoir une force d'accroissement qui leur est propre ; elles acquièrent quelquefois un volume extraordinaire, et prennent les formes les plus bizarres.
DCLVIIL C'est surtout au périnée , aux parties génitales , à l'anus , que se trouvent les vaisseaux aux dépens desquels elles se développent : on en remarque aussi au voile du palais et dans l'intérieur de la bouche. Une femme mourut par une excroissance énorme qui se forma à la base de la langue , et qui finit par empêcher la déglutition. L'anus est souvent obturé par des crêtes ou autres végétations , qui sont hors de la sphère d'action de tous les remèdes : les chirurgiens sont forcés de les faire disparoître par des excisions douloureuses , et souvent elles repullulent avec une inconcevable rapidité. Ces crêtes se placent principalement sur le frein de la verge : il est fort rare au contraire d'en voir sur le sommet du gland, quoique cette partie soit mise le plus souvent en contact avec le virus syphihtique. Sans doute les frottemens continuels émoussent la sensibilité du gland, et affoibhssent l'action des vaisseaux absorbans.
DCLIX. Ces végétations ou crêtes sont très-différentes par leur forme ; elles sont aplaties sur leurs faces : l'un de leurs bords est adhérent au prépuce ; l'autre est libre, et présente un grand nombre de dentelures. Toutes n'ont point pourtant cette exacte ressemblance : il en est qu'on peut comparer avec les roues des laminons, etc. Souvent ces excroissances sont absolument sphériques, et ne sont qu'un amas plus ou moins considérable de granulations blanchâtres ou de couleur rouge , continuellement humectées par une humeur ichoreuse et diaphane. Ces fongosités disposées
par paquets, et marquées par des ramures ou sillons plus ou moins profonds, ont été successivement comparées à des framboises , à des clioux-fleurs, etc. On a honte d'exposer toutes les parties où elles peuvent naître par une infection immédiate : on les voit paroître non-seulement aux petites et grandes lèvres, à la verge, aux bourses ; mais à l'anus , à l'ombilic , à la bouche , dans les fosses nasales, aux paupières, aux oreilles, etc.
DCLX. J'ai souvent soumis au plus scrupuleux examen ces éminences ou végétations syphilitiques , ces masses charnues de couleur rosacée, etc. L'oeil ne peut se méprendre siu' la nature de leur substance intérieure, qui présente une quantité considérable de petits vaisseaux solidement unis les uns aux autres. L'une des extrémités de ces petits cylindres vasculaires forme les racines implantées dans la peau, et l'autre, qui dépasse la masse des végétations , sert à former les granulations dont nous avons déjà parlé , ou les dentelures qu'on remarque sur leur bord libre.
DCLXL Quels ravages nous offre à chaque instant la syphilide ulcérée! La plupart de ceux qui en sont frappés, commencent d'abord à être inquiétés par des douleurs légères au voile du palais 5 d'autres fois ces douleurs sont très-vives, et s'établissent dans les os de la tête, où elles sont intolérables : bientôt la peau rougit et s'enflamme ; il s'y établit de petites ulcérations, qui s'agrandissent insensiblement, et fournissent une suppuration très-abondante: leurs bords sont inégaux , durs et squirreux, tandis qu'on observe dans leur milieu des enfoncemens considérables. Souvent ce sont des exostoses volumineuses qui précèdent la formation des ulcères, et les os eux-mêmes sont atteints d'une horrible carie. Fracastor a énergiquement parlé de ce phénomène :
, Tune squallida tabès
jértus ( horrendurn) miser os ohduxît , et altè Grandia turgebant fœdis ahscessibus ossa. Ulcéra {^pi-oh diuûm pietatem !) inforjnia pulchros Pascebant oculos et divœ lucis amorem , Pascebantque acri corrosas vulnere nares.
DCLXIL Eîî général, les ulcères syphilitiques se manifestent plus particulièrement sur les surfaces muqueuses, et dans toutes les parties où il y a exhalation d'humeur sébacée. Le dégoût particulier qu'inspirent ces ulcères et les ravages qu'ils occasionnent les a fait désigner sous le nom de chancres , quoiqu'ils n'aient aucune analogie avec les cancers : il est vrai que leur caractère rongeant semble justifier cette dénomination. Ils sont plus ou moins pernicieux, selon qu'ils attaquent l'intérieur ou l'extérieur des organes : il est assez commun de les voir se diriger vers la membrane du larynx , détruire les cartilages de cet organe , produire de vraies fistules aériennes , ou y développer tous les phénomènes de la phthisie. Mon élève et ami M. Biett a fréquemment remarqué de semblables accidens, et j'en ai rencontré un grand nombre à l'hôpital Saint-Louis ; mais je pense avec lui qu'on a eu tort de regarder cette affection comme incurable. Il a vu, ainsi que moi, plusieurs malades dont on avoit désespéré, et qui néanmoins ont recouvré une santé durable.
DGLXIII. Les ulcères de la voûte palatine sont suivis des inconvéniens les plus graves. Personne n'ignore ( et c'est un symptôme qui n'est que trop fréquent) que la carie des os qui concourent à sa formation, finit par étabhr une communication incommode entre la bouche et le nez : le son de la voix reste alors altéré pour toute la vie ; et l'individu ne peut proférer une seule parole , sans déceler le vice honteux qui l'a atteint. Des chirurgiens habiles ont inventé divers obturateurs pour remédier à ce triste inconvénient. M. Cullerier, qui excelle dans l'art de l'observation, s'est surtout distingué sous ce point de vue.
DGLXIV. J'ai vu des vénériens chez lesquels la langue étoit devenue le siège d'ulcérations primitives et consécutives : les premières sont la suite des baisers lascifs. Si ces ulcères sont anciens, ils sont compliqués de l'engorgement des glandes , ce qui cause la plus vive douleur au malade. Nous avons donné des soins à une malheureuse femme , dont la langue avoit acquis le triple de son
Yoliimej elle étoit perforée de part et d'autre, et dégénéra en ulcère cancéreux. L'aspect de cet ulcère étoit horrible ; il étoit profond, surmonté de chairs tuberculeuses; ses bords étoient épais et durs ; il s'en écouloit une suppuration cendrée , et qui exhaloit l'odeur la plus fétide. Que ne doit-on pas craindre de l'ulcère qui s'établit, dans quelques cas, à la paroi intérieure du pharynx? La plume se refuse à rappeler les désordres qui peuvent donner lieu à de tels symptômes : cet accident gêne horriblement la déglutition , et détermine un épuisement suivi de la mort.
DCLXV. Les ulcères vénériens peuvent attaquer tous les organes. Nous avons vu beaucoup d'ozènes pro venus de cette cause , chez des enfans nés de parens infectés , ainsi que l'abolition entière de la perception des odeurs. Un individu a voit nonseulementles cartilagesde l'oreille cariés, mais l'ulcération, s'étant propagée jusque dans l'intérieur du conduit auditif, avoit détruit la membrane du tympan et les osselets de l'ouïe. Combien de fois les yeux ne sont-ils pas affectés d'ulcères et d'un flux blennorrhagique! Les muscles, et les os surtout, sont très-accessibles aux atteintes du virus syphilitique. J'ai vu un ulcère qui étoit d'une profondeur si considérable, que tout le bras gauche avoit été en quelque sorte disséqué par les ravages du mal : ce membre donnoit de toutes parts issue à une sanie ichoreuse, putride, et d'une puanteur insupportable. J'en ai observé un autre qui avoit laissé tout le tibia à découvert; la substance de l'os étoit entièrement désorganisée; l'ulcère étoit douloureux et saignant; son fond était grisâtre , et rempli de bourgeons charnus.
DCLXVL C'est surtout à l'hôpital Saint-Louis qu'on a occasion de remarquer les diverses métamorphoses de la maladie syphilitique; c'est là qu'on la voit prendre successivement la physionomie du coryza , de la goutte , du rhumatisme , de la consomption pulmonaire ou de la phthisie trachéale : heureusement, sous toutes ces formes, elle est très-accessible à l'action du mercure; et on la voit quelquefois céder à ce remède avec une promptitude qui
étonne d'abord ceux qui l'avoient méconnue. M. Gullerier a vu des accès d'épilepsie , qui étoient la suite manifeste du dévelop-^ pement du virus vénérien dans l'économie animale. Nous avons observé un vieux débauché atteint d'une atrophie paralytique , survenue après de longs maux de ce genre -, il fut miraculeusement rétabli par les moyens ordinaires.
DCLXVIL La réunion du scorbut avec la syphilis est trèsfréquente dans le même hôpital. Lorsque ces infortunés viennent réclamer des soins , ils sont dans un état de maigreur difficile à décrire. Teint cuivreux et blafard; gencives molles, fongueuses et sanguinolentes; apathie; morosité; langueur; douleurs ostéocopes et très- vives ; tumeurs articulaires , recouvertes d'une peau lisse et tendue, sans rougeur et sans chaleur, etc. Des pétécliies violacées recouvrent çà et là toute la surface cutanée. Hémorrhagies nasales; ténesme continuel; selles fort rares; urines sédimenteuses et rougèâtres. J'ai vu un jeune homme qui étoit à la fois consumé par la maladie vénérienne et par le scorbut. Il étoit dans un abattement général, qui l'empêchoit de se mouvoir; ses membres thorachiques et abdominaux étoient recouverts de tâches livides; il avoit la bouche amère et la langue chargée d'un mucus noirâtre. Les accidens de la syphilis marchoient avec non moins de violence. Son corps étoit parsemé de pustules, dont le sommet étoit aplati et couvert de croûtes grisâtres : ces pustules, sans s'élever, s'agrandissoient du centre à la circonférence. Le malade éprouvoit des souffrances vives dans les muscles postérieurs des jambes, dans les articulations fémoro-tibiales , etc. Il rendoit une humeur noire et fétide.
DGLXVIII. Cette réunion de la syphilis avec le scorbut invétéré est fréquemment mortelle. Les cris lamentables que poussent ces infortunés, lorsqu'ils touchent à leurs derniers momens, indiquent assez quelle est la violence de leurs douleurs : leur amaigrissement s'accroît de jour en jour : c'est surtout la difficulté extrême de la respiration qui les fatigue à l'excès ; les frissons , 2. 87
les nausées se succèdent; leur ventre se tend et se tuméfie. La plupart ont un enrouement accompagné d'une grande altération et du hoquet : céphalalgies intolérables, tiraillemens atroces dans l'estomac, insomnies continuelles : les cheveux tombent; les ongles se rident; une mucosité abondante et fétide s'échappe quelquefois de l'intérieur des fosses nasales; la fièvre est continue; le pouls est misérable.
ARTICLE IL
CONSIDÉRATIONS SUR LE DIAGNOSTIC DES SYPHILIDES , ET SUR LEURS RAPPORTS d'analogie AVEC QUELQUES AUTRES MALADIES CUTANÉES.
DCLXIX. L'expérience prouve que le virus syphilitique peut rester caché dans l'économie animale, et s'y maintenir dans l'inaction ; qu'il est utile de faire en quelque sorte éclater la maladie , pour que le remède puisse l'atteindre. Ce phénomène explique pourquoi , dans certaines circonstances , on a vainement administré des doses considérables de mercure , çans obtenir le moindre succès : il explique aussi pourquoi des affections accidentelles sont très-propres à développer un vice vénérien dont on n'eût jamais soupçonné l'existence.
DLXX. Communément les éruptions vénériennes perdent leurs caractères extérieurs par l'effet des remèdes ou par la vétusté : elles n'ont plus cette teinte cuivreuse qui les caractérise d'une manière spéciale, et qui sert à les faire distinguer des exanthèmes herpétiques. J'ai remarqué aussi que chez les individus dont la constittition est foible et valétudinaire , les pustules squammeuses sont dépourvues de cette aréole rougeâtre dont elles sont communément entourées : on peut alors tomber dans quelques méprises ; mais ces méprises sont rares; et c'est presque toujours
la faille de l'observateur , qui ne s'est point assez accoutumé à en saisir toutes les nuances.
DGLXXL Peu de maladies ont autant d'analogie et de similitude que la syphilis et les scrophules : il est néanmoins des dijfferences tranchées, dont le pathologiste doit tenir compte. En effet , le vice scrophuleux épargne presque toujours les parties génitales, qu'affecte communément le vice vénérien; il affecte rarement les glandes des aines , siège ordinaire des bubons ; il ne produit pas non plus cette variété infinie de pustules que développe la syphilis : ses exanthèmes sont informes et irréguliers ; ses ulcérations sont moins profondes ; ses végétations moins prononcées. On peut ajouter aussi que les douleurs ostéocopes qui poursuivent les vénériens sont étrangères aux scrophuleux, etc.
DGLXXII. Dans quelques circonstances, il a pu être facile de confondre la maladie vénérienne avec la lèpre; car il est des pustules et des ulcères syphilitiques qui présentent absolument l'aspect horrible de cette dernière affection. Toutefois, les deux maladies n'ont point le même mode de propagation. Un signe distinctif non moins caractéristique , c'est l'insensibilité complète de la peau chez les lépreux, tandis qu'elle est quelquefois si douloureuse chez les individus atteints du vice vénérien.
DCLXXIiï. On a voulu assimiler la syphilis au scorbut ; mais Stahl a tracé d'une manière frappante les différences essentielles qui séparent ces deux maladies. Ce grand praticien observe d'abord qu'elles diffèrent par leur origine, La première naît dans les lieux froids , humides et marécageux : des alimens grossiers et salés , le défaut d'exercice, sont les principales causes qui concourent à la produire. Le mal vénérien, au contraire, n'a aucun rapport avec les qualités de l'air , et son principal foyer semble être dans les pays chauds,
DGLXXIV. Le scorbut n'est point ou est rarement l'effet de la contagion , au lieu que le mal vénérien se déveloj)pe presque toujours par cette voie. Ces deux maladies diffèrent encore par les
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parties qu'elles affectent d'une manière spéciale. Le scorbut attaque le plus fréquemment les gencives, qui sont flasques et sanguinolentes; les dents sont cariées et la langue gercée, etc. La vérole siège de préférence dans les organes de la génération; et, si ses effets se propagent jusque dans la bouche, elle n'en altère que les parties glanduleuses , ainsi que les os du palais et du nez, etc. On pourroit en outre faire voir que la méthode de traitement qui convient à l'une de ces affections, seroit capable d'aggraver les effets de l'autre , etc.
ARTICLE III