‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 64 sur 111 · CONSIDÉRATIONS SUR LE PRONOSTIC DES SYPHILIDES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LE PRONOSTIC DES SYPHILIDES

DCLXXV. Le pronostic de la maladie vénérienne dépend de l'activité plus ou moins intense du principe contagieux , de la nature et du caractère propre du mal, de son ancienneté dans l'économie animale, de son étendue, de sa situation, etc. Plus surtout l'infection est récente, plus on doit présumer que les symptômes disparoîtront avec facilité et promptitude.

DCLXXVI. Le pronostic des syphilides est fâcheux, lorsqu'elles ont produit, sur le corps vivant, tous les phénomènes dont elles sont susceptibles ; lorsqu'on voit les taches hideuses , les pustules suppurantes, les végétations rebelles, les larges ulcères se succéder tour-à-tour sur la peau, ou exister ensemble sur le même individu en prenant tous les jours un accroissement considérable.

DCLXXVII. Les malades sont surtout dans un danger imminent, lorsque le vice vénérien se combine avec les scrophules ou avec le scorbut. Cette dernière complication est celle que nous observons le plus fréquemment à l'hôpital Saint-Louis, Les malades sont dans un état de langueur et de débilité incompréhensi-

blés ; ils ne peuvent respirer que lorsqu'ils sont assis ou debout; ils sont dévorés par une soif violente; leur pouls est foible et petit; leur visage pâle et décoloré ; leurs yeux sont caves, et toute l'habitude du corps est sale et terreuse; les gencives tuméfiées deviennent rouges, douloureuses et saignantes; les dents vacillent dans les alvéoles relâchées ; la bouche se rempUt d'ulcères et de végétations syphilitiques.

ARTICLE IV

DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DEVELOPPEMEiNT

DES SYPHILIDES.

DCLXXVIII. Nous ne redirons point ici toutes les assertions plus ou moins absurdes qu'on n'a pas craint de publier sur l'étiolosie de la maladie vénérienne. Sous le ciel brûlant de l'Amerique , on a rapporté sa première origine à des insectes venimeux que des femmes lascives de ces contrées appliquoient aux organes sexuels de leurs époux , pour les provoquer aux plaisirs de l'amour. Il seroit sans doute difficile de croire à une assertion aussi hasardée : d'ailleurs , quand bien même on lui supposeroit quelque fondement, il resteroit à déterminer si c'est par Fintroduction d'un virus particulier que les insectes dont il s'agit développèrent les symptômes d'une aussi funeste maladie, ou si cette dernière est le simple produit de la conversion de la plaie en miasmes syphilitiques. Girtanner adopte la première hypothèse. Il classe la matière de cette infection parmi les poisons animaux , et assimile son mode de communication à celui de la rage.

DCLXXIX. Comment a-t-on pu contester la transmission du virus vénérien par voie de génération ? ces sortes de faits sont si

fréquens dans les grandes villes! Il est vrai qu'il est une multitude de questions qui seront long-temps insolubles , parce qu'il n'y a aucun moyen infaillible de les vérifier. Tous les patliologistes ont néanmoins été à même d'éclaircir les problèmes suivans : Le virus syphilitique est-il propagé avec le germe qui doit développer l'enfant? L'embryon puise-t-il le virus avec la vie dans le sein de la mère? Celui qui est depuis long-temps infecté par la vérole, et chez lequel cette maladie est en quelque sorte devenue constitutionnelle, peut certainement la communiquer avec le principe de la fécondation. J'ai même vu, dans l'hôpital Saint-Louis , un enfant né d'un père vénérien, qui jouissoit en apparence de la meilleure santé : à l'âge de dix ans, le vice syphilitique lui corroda la cloison moyenne du nez. En second lieu, nous avons donné des soins à une fdle de joie devenue enceinte par l'œuvre d'un individu très-sain qu'elle infecta ; l'enfant naquit avec des pustules à l'anus , telles qu'on les voit dessinées dans cet ouvrage , etc.

DGLXXX. Les syphiîides héréditaires produisent fréquemment des ulcères incurables. L'ozène vénérien est surtout observé à l'hôpital Saint-Louis. Louis B.... reçut le jour d'une mère infectée ; il vint au monde, petit, maigre, atteint d'une ophthalmie chronique , ainsi que d'une ulcération grave dans l'intérieur des narines : cette dernière maladie donnoit lieu à la sécrétion d'une grande quantité de fluide purulent. La première de ces affections disparut peu de temps après la naissance , par suite d'un traitement que subit la mère ; mais il n'en fut pas de même de la seconde , qui continua à faire des progrès , malgré tous les moyens qu'on employa pour la combattre. Les os et les cartilages du nez furent successivement attaqués ; en sorte qu'il ne reste plus , en ce moment, qu'une très-petite portion de l'aile droite de cet organe -, il paroît même qu'une partie des apophyses montantes des os maxillaires fut détruite par la maladie. Je pourrois également rappeler ici l'exemple d'une jeune fdle, âgée de treize ans, née d'une mère autrefois atteinte d'un virus syphihtique : elle

éproiivoit une douleur obtuse habituelle dans les fosses nasales ; le fluide qui s'en échappoit étoit roussâtre, sanguinolent, d'une odeur repoussante et analogue au fromage pourri.

ARTICLE V

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