‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 65 sur 111 · DES CAUSES EXTERIEURES QUI FAVORISENT LE DEVELOPPEMENT DES SYPHILIDES · texte numérisé non relu

DES CAUSES EXTERIEURES QUI FAVORISENT LE DEVELOPPEMENT DES SYPHILIDES

DCLXXXI. La source la plus commune de la syphilis est, comme tout le monde le sait, celle du rapprochement des sexes : cette sorte d'inoculation n'est que trop fréquente aujourd'hui chez l'espèce humaine. Il est d'autres voies de communication : l'épiderme même ne sauroit défendre la peau de ce levain contagieux. On a cité, dans plusieurs journaux scientifiques, l'histoire d'un accoucheur, qui contracta le virus vénérien en délivrant une femme malade, quoiqu'il n'y eût aucune excoriation à sa main. Nous avons traité, à l'hôpital Saint-Louis, une femme qui avoit gagné cette horrible maladie pour avoir pratiqué des attouchemens illicites sur une de ses voisines de lit, qui en étoit infectée. -- -

DCLXXXII. La contagion est surtout facile autant que rapide, quand le virus est mis en contact avec les surfaces muqueuses. Les baisers voluptueux , même passifs , sont quelquefois une cause de propagation pour la maladie syphilitique. On a fait mention, dans quelques ouvrages, d'une jeune fille qui, ayant été embrassée, contre son gré, par un soldat impudique, ne tarda pas à éprouver des symptômes syphilitiques à la lèvre supérieure. Aussi avons-nous grand soin de recommander aux nourrices qui viennent se faire traiter à l'hôpital Saint-Louis , de ne point laisser caresser leurs enfans par les femmes qui seroient atteintes d'un pareil mal.

DGLXXXin. Il est d'autres voies de communication qui frappent d'un étonnement extrême ceux qui en ont été les témoins. J'ignore quelle confiance il faut ajouter à un fait extraordinaire , rapporté par Fabrice de Hilden : il s'agit d'une jeune demoiselle qui contracta la maladie vénérienne, pour s'être masquée avec les vêtemensd'un homme qui en étoit atteint depuis long-temps. Qui sait si, dans les hôpitaux, les mouches , les linges , la charpie , etc.,

ne peuvent pas être les véhicules de cette maladie horrible!

L'usage des mêmes verres pour les boissons sert quelquefois à la propager. Une petite fille de cinq ans , appartenant aux parens les plus sains et absolument irréprochables , se servoit de la même tasse qu'un enfant infecté du vice vénérien , qu'on avoit placé en sevrage chez sa mère. Elle contracta un ulcère profond, inégal, qui se développa spontanément et sans vive inflammation: cet ulcère fut jugé syphilitique, et céda aux moyens administrés en pareil cas.

DGLXXXIV. Beaucoup d'enfans contractent la maladie vénérienne par la voie de l'allaitement, et trouvent un poison destructeur dans le premier aliment de la vie. Apolline , âgée de vingtdeux mois, devoitle jour à des parens très-sains et de mœurs trèspures. Elle fut confiée à une nourrice des environs de Paris, et y demeura près d'un an sans éprouver la moindre altération dans sa santé. A cette époque , il se manifesta une légère éruption aux environs des lèvres , et quelque temps après sur le dos : cette éruption n'ofi^roit d'abord aucun caractère particulier ; cependant elle persista, nonobstant l'emploi des bains et des délayans; elle acquit même plus d'intensité. La petite fille maigrit d'une manière sensible : on conçut quelques soupçons sur la nature du mal , et les informations que l'on prit ne servirent qu'à les confirmer encore. Les pustules se convertirent en ulcérations rondes , dont les bords étoient coupés perpendiculairement : la suppuration qui s'en exhaloit , avoit une odeur fade et nauséabonde. La nourrice visitée offrit un ulcère vénérien à la gorge.

• DGLXXXV. Les enfans communiquent souvent la maladie à

leurs nourrices. La nommée Marie-Geneviève, âgée de trente ans, douée d'un tempérament sanguin, jouissoit d'une santé parfaite. Relevée de couches depuis quelques jours, elle vint à Paris chercher un nourrisson, qu'elle emporta dans son pays. Il y avoit près de quatre mois qu'elle l'allaitoit, lorsqu'elle éprouva une chaleur intense à la marge de l'anus , accompagnée d'un prurit très-incommode : peu de jours après, plusieurs pustules groupées s'y développèrent. Cette paysanne, ne soupçonnant point la cause de son indisposition, n'eu dit rien à son époux, s'abandonna même à ses caresses; mais celui-ci ne tarda pas à en être affecté. Tous deux frappés d'étonnement , et ne connoissant la syphilis que de nom, allèrent trouver un médecin , qui les éclaira sur leur état : ils demandèrent en outre des renseignemens sur la mère de leur nourrisson , et apprirent qu'elle étoit atteinte de cet horrible mal, lorsqu'elle le mit au monde. Les pustules dont il s'agit étoient aplaties et de forme ovale ; elles étoient recouvertes d'une croûte mince et rugueuse , et baignées par une exsudation presque imperceptible. Ces deux individus furent traités et guéris dans l'intérieur de l'hôpital Saint-Louis. La nommée Marie Martine fut encore plus malheureuse que la précédente. Elle eut l'imprudence de se charger du fils naturel d'une fille prostituée. Cet enfant n'a voit point, à cette époque, de symptômes prononcés de la syphilis: cependant , deux mois s'étoient à peine écoulés depuis qu'elle le nourrissoit , qu'elle fut toute couverte de pustules, dont on méconnut le caractère et le danger : aussi cette femme demeura-t-elle plusieurs années dans une sécurité pleine et entière sur sa position. Pendant ce temps elle devint successivement enceinte de trois filles , qui apportèrent en naissant le germe d'une maladie vénérienne aussi grave que rebelle à tous les moyens de l'art. Des pustules de couleur olivâtre se manifestèrent sur différentes régions de la peau : gonflement des amygdales ; voix foible et enrouée ; douleur dans les os pendant la nuit , et surtout dans une tempé-

rature élevée. Tels sont les symptômes qu'on a vainement combattus pendant quatorze ans de leur déplorable existence.

ARTICLE VI

DES RÉSULTATS FOURNIS PAR L AUTOPSIE CADAVERIQUE DES INDIVIDUS MORTS DE LA MALADIE SYPHILITIQUE.

DCLXXXVL Les chaleurs de la saison dans laquelle nous nous trouvions à l'époque où plusieurs individus ont péri des suites de la maladie syphilitique , la putréfaction rapide et l'extrême fétidité des cadavres, n'ont pas permis de multiplier les dissections.

Je me contente d'exposer les faits qui suivent : Pierre T depuis

plus de dix ans étoit en proie à des symptômes vénériens d'une gravité extrême. Il mourut à l'hôpital Saint-Louis, après une longue et déchirante agonie. Son corps, pâle et prodigieusement émacié, offroit , dans toute sa surface , des pustules larges , aplaties et profondément ulcérées : si on enlevoit avec le scalpel les croûtes énormes qui les recouvroient, on aperce voit des excavations considérables: le cuir chevelu en étoit particulièrement atteint, ainsi que les jambes , les cuisses , les bras et les avant-bras. Les parties génitales étoient rouges et enflammées. Rien d'extraordinaire dans le cerveau, dont les circonvolutions étoient distendues par une grande quantité de sérosité : les vaisseaux étoient gorgés de sang ; le cervelet étoit iutact. Il n'y avoit aucune lésion dans le système pulmonaire : la plèvre étoit saine ; le cœur étoit plus volumineux que de coutume. Nulle altération sensible dans le larynx et le pharynx , qui étoient pleins d'un mucus grisâtre : la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins étoit pâle et blafarde; le foie étoit volumineux- la vésicule très- distendue par un fluide

verdâtre; la rate avoit une mollesse peu ordinaire; les capsules sus-rénales étoient comme cartilagineuses: point de lésion dans le pancréas 5 point de sérosité dans l'abdomen.

DCLXXXVIL Nous avons procédé à l'autopsie du cadavre de Jean R , mort des suites d'une affection vénérienne et scorbutique. Un dévoiement coUiquatif l'avoit conduit insensiblement à la mort. La tête et la poitrine n'offrirent aucun phénomène intéressant à notre examen : l'abdomen étoit légèrement tuméfié 5 le péritoine étoit rouge et comme gangrené; les intestins présentoient , dans leur intérieur , quelques légères ulcérations ; les glandes du mésentère étoient engorgées et volumineuses ; le foie étoit grand; atrophies des vésicules séminales; engorgement de l'épididyme. La couronne du gland étoit surmontée de chancres profonds et étendus; les jambes et les cuisses offroient un trèsgrand nombre de taches cuivreuses, et de petites tumeurs noirâtres élevées au-dessus de la peau , qui ressembloient à des grains de cassis ou à des merises : sur les parties latérales du col et près des angles de la mâchoire inférieure , existoient des ulcères ronds , avec amincissement et même dénudation de la peau ; les parotides étoient ulcérées et en suppuration ; les submentales étoient fortement gonflées.

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