CONSIDERATIONS GENERALES SUR LE TRAITEMENT DES SYPHILIDES
DCLXXXVIII. Voici encore une des maladies qui attestent le mieux l'excellence ainsi que la certitude de notre art. L'espèce humaine a peu de maux qui soient combattus avec plus d'efficacité que les affections vénériennes , lorsqu'une bonne méthode guide
les médecins; lorsqu'ils ont appris à discerner exactement les circonstances qui rendent tel ou tel remède fructueux; lorsqu'ils savent le continuer aussi long-temps que le cas l'exige , etc.
DGLXXXIX. Le traitement des syphilides a été singulièrement perfectionné dans ces temps modernes. Dans l'origine de ces affreuses éruptions, on n'employoit que des végétaux qui avoient acquis une grande renommée, quoique leur action fût presque toujours insuffisante. On sait que Gonzalve Ferrand fit tout exprès un voyage aux Indes Occidentales pour chercher un remède à ses souffrances, et qu'il en rapporta le gayac. On ajoute qu'à son retour en Espagne, il établit une sorte de spéculation sur ce bois précieux, et qu'il s'enrichit par la vente de ce remède, qui étoit dans un grand crédit et d'un prix énorme. Le sassafras, la salsepareille , la squine, etc., ont été pareillement en grande vénération. L'expérience a toutefois démontré que rien n'étoit plus incertain que les vertus attribuées par l'esprit de routine à un grand nombre de plantes.
DGXC. Il est prouvé , de nos jours, que le médicament le plus approprié à la curation des syphilides est, sans contredit, le mercure ; qu'il dompte seul , avec énergie , les symptômes nombreux qui en dérivent : mais ce qui nuit dans quelques circonstances à son succès , est l'abandon des méthodes simples pour des méthodes plus compliquées et moins efficaces. Gomme de pareils maux sont presque toujours le résultat des excès ou de la débauche, ceux qui en sont frappés se réfugient, par l'effet de la honte , auprès des charlatans et des empiriques, qui en aggravent communément l'intensité par leur impéritie et leur mauvaise foi.
DCXGI. Telles sont les syphilides observées à l'hôpital Saint- Louis : elles sont invétérées, et rarement exemptes d'une complication funeste. L'expérience nous a démontré qu'il faut un temps très-long pour détruire et dénaturer les formes terribles qu'elles manifestent; mais toute assertion qui tendroit à déterminer la durée de ce temps seroit inexacte et incertaine. Les dis-
positions du corps ne déconcertent que trop souvent les calculs des praticiens à cet égard : on n'est pas mieux fondé , je pense , lorsqu'on songe à établir , d'une manière positive , la dose ou la quantité du remède qu'il convient d'opposer à telle ou telle forme de la maladie vénérienne : tout est encore problème sur ce point. Nous avons vu , à Paris , un malheureux individu qui avoit langui pendant cinquante années dans les traitemens anti-syphilitiques, et qui n'avoit obtenu qu'au bout de ce long intervalle la guérison de tous ses maux.
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