‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 68 sur 111 · DU TRAITEMENT EXTERNE EMPLOYÉ POUR LA GUÉRISON DES SYPHILIDES · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT EXTERNE EMPLOYÉ POUR LA GUÉRISON DES SYPHILIDES

DGCIII. L'expérience a prouvé qu'un traitement interne, quelque bien dirigé qu'il soit , ne suffit pas toujours pour détruire radicalement les syphilides. On peut se convaincre, par une multitude d'exemples, que lorsque ces affections ont été nouvellement

contractées, et que le levain de leur contagion se trouve encore dans le plan superficiel des vaisseaux lymphatiques, le mercure, incorporé dans des substances onctueuses, et administré par les surfaces du corps , à l'aide de frictions plus ou moins énergiques , porte un calme réparateur dans le système de la circulation générale. Ce procédé n'est pas moins efficace , quand la diatlièse vénérienne existe depuis long-temps dans la masse de nos humeurs : les malades sont presque toujours guéris par l'absorption salutaire de ce remède.

DCCIV. Le traitement local des syphilides est toujours relatif et approprié aux formes différentes dont elles se masquent, lorsqu'elles attaquent les tégumens. Les pustules , les végétations, les ulcères, réclament des procédés particuliers, lesquels varient encore selon leur siège , selon leur nature et l'ancienneté de leur développement.

DCGV. L'effet du mercure appliqué à l'extérieur doit être de modifier avantageusement les propriétés vitales du système humain, en détruisant l'influence maladive du virus syphilitique, sans provoquer aucun spasme ni aucun excès de sécrétion dans les glandes salivaires. Quand l'infection est ancienne et très-invétérée , il faut surtout éviter ce mouvement local et perturbateur qui ne contribue en rien à la guérison , et qui irrite quelquefois les symptômes. C'est un fait curieux constaté à l'hôpital Saint-Louis, et qu'on poùrroit consigner dans tous les livres de la science qui ont du rapport avec cet important objet, que ce remède incompréhensible n'agit jamais mieux contre la maladie que lorsqu'il épargne la constitution physique, et qu'il pénètre sans trouble dans les organes.

DCCVL J'ai recueilli une multitude d'observations qui prouvent qu'il n'est pas nécessaire que le mercure augmente les sécrétions de l'économie animale pour la destruction des syphilides, et que le mal ne disparoît jamais plus vite que lorsque les effets du mercure sont modérés. J'ai expérimenté que la susceptibilité des glandes salivaires est un phénomène fatal, particulièrement chez

les personnes scorbutiques et atteintes du vice scrophuleux. Dix individus, par un résultat de leur idiosyncrasie , ayant subi la salivation mercurielle, ont été infiniment retardés dans leur guérison : un grand nombre d'autres ont pris naguère les frictions sous mes yeux , sans éprouver le moindre cbangement , sur les surfaces muqueuses de l'estomac et des intestins; il n'y a eu ni accroissement dans la vitesse de leur pouls, ni altération dans leurs urines; et pourtant les symptômes ont été radicalement détruits avec une surprenante rapidité.

DGGVIL On a avancé, relativement à l'administration extérieure du mercure , beaucoup de faits sur lesquels il est difficile de compter, et auxquels il seroit peu pliilosopbique d'ajouter quelque croyance. C'est ainsi, par exemple, que les empiriques prescrivent une multitude de règles minutieuses , qu'ils croient favorables à l'activité d'un pareil remède : la plupart défendent rigoureusement de s'exposer à l'air , interdisent l'usage des viandes les plus saines, des boissons les plus salutaires; mais il faut convenir qu'il n'y a que du vague en pareille matière. Connoît-on les circonstances atmosphériques qui peuvent seconder l'absorption du remède? A-t-on découvert quels sont les alimens qui peuvent fortifier son action ? Sait-on quels degrés de froid ou de chaud influent sur l'activité du virus vénérien, ou affoiblissent son pouvoir délétère ?

DCCVIIL N'est-on pas, au contraire, très-fondé à croire que l'emploi d'un régime restaurant, des nourritures succulentes, que des circonstances morales, les douces distractions, les jeux, les divers moyens de l'hygiène , les promenades , souvent même les voyages dans un pays plus salutaire, peuvent influer avantageusement sur le mode de sensibilité de tout le système lymphatique, et le mieux disposer à l'absorption du mercure ? Ce qu'il y a de positif, c'est que ce remède n'a aucune action sur les corps desséchés et consumés par le marasme, ainsi que nous avons pu nous en convaincre par bien des exemples. Les frictions n'avoient opéré

aucun efïet sur un vieux officier pendant son séjour en Pologne , où il avoit contracté un amaigrissement extraordinaire : trois mois de repos dans un village de France lui restituèrent son ancien embonpoint : on recommença dès-lors le traitement qu'on avoit employé sans fruit dans une occasion moins favorable , et ce traitement dissipa bientôt tous les symptômes. J'ai déjà cité plus haut un fait qui est absolument analogue.

DGGIX. Le traitement local s'applique rarement avec avantage aux sypliilides pustuleuses , particulièrement lorsqu'elles sont la suite d'une infection ancienne et profonde : cependant il est vrai de dire que, lorsqu'elles sont accompagnées d'un état inflammatoire , les bains tièdes facilitent singulièrement les bons effets du traitement intérieur que l'on a prescrit. J'ai également constaté , par mes observations , que , lorsque les pustules sont agglomérées et indolentes, il est salutaire de les humecter avec quelque liqueur plus ou moins caustique , qui ranime les propriétés vitales de la peau, et prévient par ce moyen une rétropulsion qui seroit funeste. Les plus rebelles de toutes les pustules sont, ainsi que j'ai déjà eu occasion de l'observer , celles qui affectent la forme miliaire ou même lenticulaire. J'ai employé avec un bonheur inattendu , contre ces deux dernières éruptions , la pommade composée avec le sulfate jaune de mercure , à l'aide duquel j'ai obtenu une guérison assez rapide.

DCCX. C'est surtout pour la destruction des sypliilides végétantes que le traitement extérieur est utilement invoqué. Il est digne d'observation que ces productions ou excroissances morbifiques ne jouissent point des propriétés vitales du derme; qu'elles sont en quelque sorte isolées de l'organisation : aussi les procédés chirurgicaux les font aisément disparoitre. On a recours aux ligatures, à l'excision par l'instrument tranchant, aux escarotiques qui les flétrissent : on fait un usage fréquent de la pierre à cautère, de la pierre infernale : je me sers de préférence des acides plus ou moins concentrés. ■

DCGXL Souvent les végétations reparoissent après avoir été liées, excisées ou cautérisées. Quelquefois leur retour a lieu, parce que la cause qui a opéré leur développement agit encore, et cette circonstance nécessite de faire concourir les préparations intérieures avec le traitement local : c'est par l'administration simultanée du muriate de mercure sur-oxidé qu'on arrête leur tendance ou leur disposition à repulluler. Il peut , du reste , arriver que la syphilide végétante se montre de nouveau , parce que ses racines n'ont point été détruites en totalité , et qu'il en est resté quelques vestiges dans le tissu cellulaire : dans ce cas , il est urgent de revenir aux moyens énergiques qu'on a déjà employés.

DCCXII. Les caustiques conviennent principalement quand les végétations sont d'une texture lâche, et qu elles ont besoin d'être réprimées : les chirurgiens ont recours à l'eau pliagédénique , qui suffit quelquefois pour les faner et pour les détruire. Les dissolutions de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre, opèrent un effet semblable : le muriate de mercure sur-oxidé, incorporé en grande proportion dans l'alcool et dans l'eau distillée, agit avec un succès plus certain : l'alun calciné est pareillement applicable. On emploie, à l'hôpital Saint -Louis, des caustiques qui ne sont pas moins actifs : tels sont l'acide nitrique , l'acide muriatique , le muriate d'antimoine, etc., dont on imbibe de très-petits pinceaux destinés à n'atteindre que la propre substance des végétations.

DCCXIII. Toutes les fois que les sypliilides végétantes offrent beaucoup de consistance et de dureté ; toutes les fois qu'elles ne sont ni rougeâtres, ni saignantes, et qu'elles affectent une forme oblongue et conique, on préfère communément le moyen de l'excision, qui s'effectue à l'aide des ciseaux courbes ou plats; les excroissances se trouvant placées sur une surface convexe , l'opération dont je parle exige plus ou moins d'adresse, afin de bien déterminer préalablement leur sailHe, et les emporter en totalité : les chirurgiens préfèrent se servir du bistouri si les végétations sont larges, et si leur base occupe un grand espace sur les tégu-

mens. Enfin , il est des circonstances où les végétations que l'on doit extraire, se trouvent recelées dans l'intérieur des organes affectés ; c'est alors que le génie particulier de l'opérateur doit fabriquer l'instrument le plus convenable pour l'approprier au siège du mal.

DGCXIV. Les ligatures sont employées , lorsqu'on ne peut procéder commodément à l'excision par le secours des instrumens dont nous venons de faire mention. Il est facile de mettre à profit ce moyen, quand les tumeurs sont isolées , et qu'elles sont portées sur un pédicule long et étroit; c'est ce qui arrive quelquefois dans celles qui sont situées au pourtour de l'anus, aux bords du vagin, etc.; on serre progressivement et tous les jours leur tige, jusqu'à leur chute totale ; il importe de détruire toutes les racines, pour éviter leur reproduction , ce qui est difficile à exécuter , surtout si elles sont volumineuses.

DCCXV. Le traitement local et extérieur ne convient pas uniquement aux sypliilides pustuleuses et végétantes; il est aussi très-favorable aux ulcères vénériens, soit qu'ils proviennent d'une contagion primitive, soit qu'ils se développent à la suite d'une infection générale de tout le système. Les ulcères primitifs se reconnoissent communément à l'intensité de l'inflammation qui les accompagne , au renversement et au déchirement de leurs bords , à leur excavation plus ou moins profonde dans la substance de la peau , à la vive douleur qu'ils occasionnent , etc. ; mais les ulcères qui ne sont que secondaires offrent un caractère plus bénin, et marchent surtout avec moins de rapidité. Pour suivre une méthode exempte de danger dans le traitement de ces affections, on évite, en ce dernier cas, toute application irritante : on se contente de recouvrir les ulcères superficiels avec un linge enduit de cérat simple , ou légèrement animé par l'onguent raercuriel. La fréquence des pansemens et la propreté constante qu'on entretient , suffisent pour amener sans délai une guérison radicale.

DGGXVI. Mais lorsque les ulcères s'étendent en profondeur,

lorsqu'ils sont livides et couenneiix^ on y applique des substances caustiques, pour dénaturer le vice vénérien et en borner les progrès. M. Cullerier, si babile dans la curation de la maladie qui nous occupe, préfère le muriate d'antimoine liquide, parce que son effet est extraordinairement prompt, et qu'il arrête comme par enchantement l'activité du virus. Ce caustique convertit bientôt l'ulcère en plaie simple , quelle que soit sa malignité ; mais son emploi exige de la prudence et beaucoup d'adresse. A l'hôpital Saint-Louis , on a recours à l'acide nitrique médiocrement concentré ; on a soin de cerner habilement tous les contours de l'ulcération, et d'en atteindre tous les bords : par cet unique moyen, on l'empêche de se reproduire elle-même, et de s'étendre quelquefois avec plus de violence qu'auparavant.

DCGXYIL Le traitement extérieur des ulcères syphilitiques varie , du reste, selon le siège qu'ils occupent : ceux qui se manifestent à la paroi interne des joues et dans l'intérieur de la bouche, au pharynx et au voile du palais, doivent principalement être combattus par des gargarismes adoucissans et médicamenteux. De semblables moyens ne sont pas toujours très-efficaces, surtout si la langue est profondément attaquée : ce dernier genre d'ulcération est si long à guérir , qu'il dure quelquefois plusieurs années, et qu'il résiste à toutes les méthodes curatives. Nous avons eu, à l'hôpital Saint-Louis, un individu qui en a été la victime.

DGCXVIIL Au surplus, il faut une multitude de précautions et de soins pour l'efficacité des pansemens, selon que les ulcères syphilitiques se placent à la marge ou dans l'intérieur de l'anus aux grandes lèvres ou dans le vagin , à l'ombihc, entre les orteils dans les oreilles ou dans les fosses nasales, etc. La maladie s'a»grave partout où il y a frottement de surfaces, et lorsque les parlies se trouvent dans un mutuel contact : les ulcères résistent souvent à tous les moyens qu'on leur oppose. Cette opiniâtreté dans les symptômes est surtout plus marquée, quand les individus infectés continuent de se livrer à la débauche ou à de honteuses

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communications. Je ferois rougir la pudeur, si j'exposois les vices insurmontables des personnes qui viennent réclamer des secours à l'hôpital Saint-Louis. Les remèdes ne produisent aucun bon effet si l'on ne vient à bout de réprimer ces coupables et illicites habitudes.

DCCXIX. Personne n'ignore que les ulcérations vénériennes peuvent se compliquer d'un état de phlogose, qui s'entretient par la disposition physique des parties vivantes. C'est ainsi que le rétrécissement du prépuce, le gonflement du gland, et autres phénomènes de ce genre, peuvent être portés à un degré de violence extrême: ce sont les bains tièdes, les lotions douces, les larges saignées, la diète sévère, etc. , qui parviennent à apaiser ces accidens funestes. Sans ces moyens, qui arrêtent presque toujours les progrès du mal, la gangrène fait de tels ravages qu'elle détruit quelquefois rapidement, et en totahté, les organes de la génération. J'ai vu ce mal déplorable survenu à un militaire, pour avoir voyagé pendant un mois avec un paraphymosis enflammé : à son arrivée à Paris, la suppuration chancreuse avoit entièrement dévoré le membre viril.

DCCXX. Les syphilides cutanées qu'on observe à l'hôpital Saint-Louis , sont constamment d'une nature rebelle , parce qu'elles sont rarement exemptes de mélange et de complication. On ne sauroit décrire avec des couleurs assez vives cet assemblage de misères qui viennent quelquefois se réunir sur un même individu : le scorbut, le vice scrophuleux, les dartres, le prurigo , la goutte, le rhumatisme, tous les maux se réunissent, se fortifient en quelque sorte de leur réciproque influence, et vieillissent ensemble dans les mêmes corps. C'est dans ces divers cas que les symptômes deviennent plus véhémens et plus furieux , et qu'ils s'irritent par tous les moyens qu'on oppose à leur funeste propagation.

LES SGROPHULES.

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