‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 72 sur 111 · OBSERVATIONS RELATIVES A LA SCROPHULE VULGAIRE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS RELATIVES A LA SCROPHULE VULGAIRE

DGCXXXVL Première obserçation. — Voici l'exemple d'une scrophule vulgaire, qui s'est déployée avec une intensité trèsremarquable chez le nommé Claude Béer, employé dans les contributions indirectes. Cet individu avoit eu pendant son enfance les glandes cervicales plusieurs fois engorgées ; mais ce ne fut qu'à la puberté qu'il sentit à la région droite et vers la partie supérieure du col une petite tumeur qui paroissoit fuir sous le doigt ; quelques semaines après, elle avoit déjà triplé de volume et faisoiL une saillie de la grosseur d'un œuf de pigeon. Elle augmenta peu à peu et devint , au bout de deux ans , si volumineuse , qu'elle fatiguoit singulièrement le malade par son poids incommode. Il n'y avoit point d'ailleurs d'accidens inflammatoires, et la peau n'avoit point changé. Mais cet état d'indolence ne dura pas; bientôt elle fut le siège d'une sensation pungitive , et fut presque aussi grosse qu'une tête d'homme ; les tégumens qui la recouvroient acquirent une couleur violacée ; les vaisseaux jugulaires se gorgèrent de sang, augmentèrent de calibre; le malade ne dormoit plus. C'est dans ce malheureux état qu'il vint se faire admettre à l'hôpital Saint-Louis. La tumeur glanduleuse dont il s'agit , s'étendoit du côté droit et de haut en bas, depuis le condile de la mâchoire inférieure jusqu'à la quatrième ou cinquième côte; elle avoit dans certaines parties plus de six pouces d'épaisseur. Du côté gauche, un pareil engorgement delà grosseur du poing, s'étendoit de la partie postérieure du bord inférieur de l'os maxillaire 2. m

3i8 MALADIES DE LA PEAU.

iusque vers l'apophyse génie, et là se réunissoit à la tumeur du côté opposé. Du côté droit, l'engorgement s'étendoit jusqu'à la partie la plus postérieure du col; il étoit si considérable, surtout à la région supérieure, que le lobe de l'oreille se trouvoit refoulé et reployé en haut par cette vohunineuse tumeur. Cette dernière , par son énorme masse, empêchoit le malade de mouvoir l'omoplate sur le tronc, parce qu'elle reposoit en partie sur le sommet de l'humérus, et en même temps sur l'apophyse acromion du scapulum. C'est avec une pareille infirmité que se présenta à nous cet infortuné, qui termina bientôt ses jours dans les plus cruelles souffrances.

Deuxième observation, — Voici un exemple de scrophule qui sedirigeoit à la fois sur les glandes et les articulations. La nommée Louise-Éhsabeth Hareng, âgée de trente-quatre ans, présenta dans sa jeunesse tous les symptômes d'une affection scrophuleuse ; mais c'est surtout dans l'âge avancé , que plusieurs tumeurs lymphatiques s'élevèrent de la partie externe et intérieure du col. Bientôt elles disparurent, et ce fut alors que la tumeur articulaire dont je vais parler, se manifesta. Elle venoit de faire une chute violente ; dès-lors gonflement et douleur de l'articulation fémorotibiale-, il lui fut impossible de se tenir debout; il fallut se rendre à l'hôpital. Le genou gauche étoit au moins doublé de volume ; la peau qui le recouvroit étoit lisse, tendue et comme oedémateuse. Une grande quantité de veinules se prononçoient sur le tissu cutané : les règles se supprimèrent. Nous fîmes appHquer des vésicatoires volans , nous lui fîmes prendre les eaux de Vichy , et autres remèdes analogues à sa situation ; le gonflement lymphatique se dissipa, et la malade étoit rétablie après dix-huit mois de repos.

Troisième obserpation. — Je pourrois citer beaucoup d'exemples de la scrophule cutanée. Laurette Genti étoit née de parens sains; à l'âge de huit ans, elle fut atteinte d'un petit bouton au bout du nez. Ce bouton ne tarda pas à occasioner dans cette partie

un prurit très-incommode, qui contraignit la jeune malade à le gratter et à l'excorier ; une petite croûte se forma , et fut à son tour écorclîée. Cette manœuvre indiscrète exaspéra le mal, qui fit en très-peu de temps des progrès rapides ; des boutons et des croûtes de même nature se développèrent en même temps sur l'avantbras, le bras et l'articulation buméro-cubitale droite. Une année s'écoula; même accident sur la jambe et la cuisse du côté gauche. L'aspect de ces croûtes, leur étendue et les traces qu'elles ont laissées dans les parties qu'elles occupoient, leurs irradiations, nous présentoient les caractères suivans : l'éruption qui a voit commencé au bout du nez, avoit envahi tout le lobe et les ailes de cet organe; elle s'étoit ensuite propagée sur toute la lèvre supérieure, où elle formoit un tubercule d'un demi-pouce et d'une couleur noirâtre. Il y avoit autour de ce tubercule d'autres petites croûtes provenant des ulcérations profondes de la peau et de l'exhalation séro-albumineuse qui s'écouloit sans cesse à leur surface 3 la joue droite offroit des croûtes de même nature, à quelques différences près pour la couleur, qui étoit ici d'un jaune-verdâtre trèsprononcé; lorsqu'elles venoient à tomber, elles laissoient sur la peau des cicatrices légères. Dans la région des glandes parotides et sous-maxillaires, on voyoit des sutures inégales et difformes , qu'on auroit pu comparer à des coutures mal faites sur de gros drap, et qui dérivoient manifestement d'une perte de substance dans le tissu cellulaire des mêmes glandes. Les yeux de la petite malade étoient atteints d'une blennophthalmie chronique. Si de la face on portoit ensuite ses regards sur les croûtes qui occupoient le bras droit, on y retrouvoit surtout les caractères de la scrophule crustacée centrifuge ; les boutons croûteux étoient disposés en forme de chapelet, ou plutôt représentoient parfaitement les circonvolutions, les orbes que le serpent décrit par les mouvemens variés de ses nombreuses articulations. Dans les espaces rhomboïdaux, elliptiques, que ces croûtes circonscrivoient , on distinguoit facilement les innombrables sutures qui se portoient du centre à

la circonférence; le pli du coude présentoit surtout cette disposition , au point que la peau y avoit perdu toute son extensibilité , et que l'avant-bras étoit retenu dans une demi-flexion sur le bras, comme si les cicatrices résultoient d'une véritable brûlure} les boutons situés sur la cuisse et la jambe gauclie avoient pareillement une disposition circulaire et serpiginense.

Quatrième observation. — Un des pbénomènes les plus extraordinaire que puisse produire la scrophule vulgaire , est sans contredit celui des intumescences graisseuses qui se forment dans une ou plusieurs parties du corps ; je pourrois en citer plusieurs exemples; je me borne au suivant: André Larive, âgé de vingt-sept ans, avoit joui pendant long-temps d'une santé parfaite; il fut atteint d'une maladie longue et dangereuse , à la suite de laquelle survinrent plusieurs tumeurs des articulations. Le vice scropliuleux dont le malade étoit atteint, parut alors bien manifeste; une tumeur située à la région cubitale inférieure de l'avant-bras s'abcéda, et il en sortit un pus très-fluide; l'ouverture resta fistuleuse; le pus qu'elle fournissoit acquit de plus en plus de la consistance. Le malade soufî'roit beaucoup, lorsqu'il s'aperçut d'une grosseur qui se portoit à la partie inférieure et droite de la région dorsale ; plusieurs autres parties du corps , mais surtout l'avant-bras , devinrent le siège de tumeurs pareilles. Deux surtout étoient fort remarquables : la première se trouvoit placée à la partie externe, postérieure et supérieure de l'avant-bras ; elle étoit oblongue, dirigée de haut en bas , et d'avant en arrière ; elle avoit environ deux pouces de large sur trois de long. La seconde étoit un peu plus en dehors ; elle étoit arrondie, peu saillante , et occupoit un plus grand espace. Il y en avoit encore plusieurs autres, de grandeur et de forme différentes. Toutes ces tumeurs étoient pâteuses au toucher; la peau qui les recouvroit paroissoit un peu livide. Ce qu'il y avoit d'intéressant dans le cas que je cite, c'est qu'à mesure que ces tumeurs se développoient, l'état du malade s'amélioroit , les articulations reprenoient leur volume

natureL Ces hypertrophies graisseuses étoient d'ailleurs indolentes; elles ne causoient que de la gêne au malade.

Cinquième observation. — Ainsi que la syphilis, la maladie scrophuleuse simule quelquefois la framboesia. J'ai montré , dans mes leçons cliniques, plusieurs exemples de ce genre; mais je préfère rapporter le cas qui suit, lequel a été recueilli en province par M. Martin, résidant à Aubagne, et qui s'est rendu recommandable par de grands succès dans son art. Cet habile praticien m'a communiqué l'histoire d'un individu nommé Tabaud , âgé d'environ soixante-huit ans, scrophuleux dès sa première enfance. A quarante ans cet homme reçut un violent coup de pierre, vers le tiers inférieur et antérieur de la jambe droite; cette plaie ne fut pas bien pansée ; on l'irrita par des topiques astringens qui ne firent qu'arrêter le travail salutaire de la suppuration. Cependant, Tabaud ne laissoit pas de vaquer aux travaux pénibles de la campagne, et il se négligea ainsi pendant trois ans, laissant la guérison de sa plaie à la merci du temps et du hasard. Le seul topique dont il usoit pour la recouvrir, étoit une feuille de chou ou de poirée, parfois une compresse de hnge sale , etc. ; dans quelques cas il l'humectoit avec de l'huile de térébenthine ; et s'imaginoit tempérer par ce remède les douleurs vives qui commençoient à se faire sentir. Tous ces soins peu méthodiques ne firent qu'exaspérer l'ulcère ; une multitude de végétations verruqueuses s'élevèrent dans son pourtour ; elles se multiplièrent d'une manière alarmante, en sorte qu'au bout de dix ou douze mois, toute la partie inférieure de la jambe et le pied même, jusqu'aux orteils, furent environnés et masqués , pour ainsi dire , par ces singulières excroissances. Le mal parut ensuite s'arrêter dans sa marche ; mais l'infortuné Tabaud ne pouvoit plus subsister du travail de ses mains. Plein de courage et de résignation, par le secours d'une béquille, il se transportoit sur les routes publiques pour implorer la compassion des passans. Qu'on juge de ses angoisses et de son malheur, lorsqu'il fut contraint , pour subsister, d'affronter toutes

les intempéries des saisons, pour aller mendier son pain dans tous les lieux les plus fréquentés! M. Martin raconte que, dans le fort de l'été, lorsque son malade se trouvoit assis sur les bords d'un grand chemin , et qu'il exposoit sa jambe aux regards des voyageurs, les mouches venoient déposer leurs larves dans les interstices des végétations cellulaires , et se repaissoient à l'envi des chairs ulcérées de ce malheureux. De là provenoit une sensation de fourmillement insupportable qu'il est dijOTicile d'exprimer. M. Martin a décrit avec une énergie très-remarquable la triste situation de cet homme, dont le supplice le plus cruel étoit de lutter pendant tout le jour contre cette vermine dévorante, ce Mais, » dit-il, une circonstance qui ajoute à l'affligeante émotion que » faisoit naître la vue de cette victime déplorable de la douleur , » c'étoit l'empressement, l'avide complaisance avec laquelle un )) chien fidèle et bienfaisant , accourant à la voix de son maître , )) léchoit mollement sa jambe malade, malgré l'odeur repoussante )) qui s'en exhaloit, et endormoit ainsi, pour quelque temps, ses )) cruelles souffrances. Je n'oublierai jamais la soumission, que )) dis-je! le zèle affectueux, impatient de cet animal, le plus » aimant de tous, pour dépouiller la jambe de son maître de tou- )) tes les impuretés qui s'y étoient amassées. A peine ce dernier )) commençoit à enlever les sales chiffons qui enveloppoient cette » jambe, et détachoit la ficelle grossière qui les maintenoit, que )) le chien, averti par ce signal, attentif à tous les mouvemens de » son maître , épioit et saisissoit le moment où l'ulcère, mis à nu, » pourroit lui permettre de témoigner son ardeur et son attache- )) ment. Les chaleurs de la canicule rendoient cette opération )) nécessaire jusqu'à quatre fois par jour: pendant l'hiver, il suf- » fisoit de la répéter le soir et le matin. Le malade , ajoute M. Mar- » tin, m'a assuré en avoir toujours éprouvé du soulagement; et » quelquefois à des douleurs cruelles, à des tirailfemens violens, )) l'allèchement du chien faisoit succéder un calme si prompt et si » parfait, que ce bon-homme croyoit presque qu'un pouvoir

)) enchanteur étoit départi à un animal si ami de l'espèce hu- )) maine. )) Je passe d'autres détails non moins intéressans, pour insister davantage sur la nature des végétations qui constituent la variété de scrophule dont il s'agit. Je me sers encore pour la décrire des propres expressions de l'auteur, ce A quatorze travers » de doigt au— dessus de la malléole interne, étoit un ulcère très- )) superficiel , dont les bords ni élevés ni durs , étoient découpés )) en zig-zag, lequel avoit deux travers de doigt et demi dans » sa plus grande largeur, et environ deux pouces de longueur ; )) sa forme, un peu courbée, ressembloit assez à la surface d'une » poire coupée par le milieu dans le sens de sa longueur, dont la )) partie la plus étroite correspondroit à la crête du tibia, et seroit )) supérieure à l'autre extrémité pins large qui descendroit sur la )) surface interne de cet os ; la superficie de cet ulcère étoit pâle )) et blafarde. Un peu au-dessous de cet ulcère, à un demi-pouce )) de la malléole externe, on voyoit s'élever une multitude d'ex- » croissances rondes , plus ou moins grosses , en forme de frarny> boises y lesquelles entouroient toute la partie inférieure de la » jambe, recouvroient le talon , presque tout le dessus du pied, )) ainsi que les orteils. Ces espèces àe fraises étoient d'abord pla- » cées irrégulièrement les unes à côté des autres, et tellement )) rapprochées entre elles , que , par suite de leur compression )) réciproque, d'arrondies qu'elles étoient primitivement, elles )) avoient toutes pris des formes variées, telles qu'un tétraèdre » ou autre polyèdre d'un nombre de faces différent. Mais à me- » sure que ces excroissances s'approchoient antérieurement de » l'articulation du pied avec la jambe, elles sembloient être im- )) plantées sur des lignes horizontales, et laissoient un peu plus » d'espace entre elles. Il est à présumer que cette direction leur )) avoit été donnée par les rides ou les plis que forme la peau vers )) cette partie, lorsque le pied est appuyé à plat sur le sol ; cela » paroît d'autant plus vraisemblable , que précisément dans l'an- » gle rentrant, formé par l'articulation fibro-astragalienne , la

» peau présentoit horizontalement deux larges plis demi-circu- )) laires, séparés entre eux par deux rainures, deux scissures de )) deux travers de doigt de profondeur, recouvertes dessus et » dessous de petites excroissances , et bordées chacune par une )) rangée d'autres végétations; les plus grosses de ces excroissan- » ces , bien arrondies , portées sur des pédicules très-distincts , » étoient de l'épaisseur d'un petit tuyau de plume plus ou moins )) long. Ces deux espèces de crêtes horizontales, assez rapprochées » l'une de l'autre lorsque le pied étoit fléchi sur la jambe, s'ou- )) vroient dans certains mouvemens de ces parties, et laissoient )) entrevoir les deux scissures dont je viens de parler; ce qui y) produisoit presque l'effet de deux grandes bouches qui se se- )) roient ouvertes , et faisoit naître une sensation difficile à rendre, » en augmentant l'horreur du spectacle. ))

Sixième obserçatioji. — Marguerite Pavillon, âgée de quarantequatre ans, s'est présentée à l'hôpital Saint-Louis, avec une tumeur cancéreuse, surmontée d'une multitude de tubercules de couleur amaranthe, située à la partie latérale de la face. Cette femme avoit eu plusieurs enfans. Tout-à-coup elle vit ses glandes parotides se gonfler , se tuméfier , sans pourtant qu'on observât aucun changement à la peau. On appliqua des cataplasmes sur la tumeur. Soins superflus ! Marguerite étoit dévorée par le chagrin , à cause de l'invasion des Cosaques, dont elle redoutoit la fureur. Ce fut alors que la tumeur se bossela et prit une couleur rougeâtre foncée; cette couleur provenoit des vaisseaux capillaires cutanés, qu'on distinguoit très-bien et qui étoient dilatés par l'abord du sang. La paupière du même côté étoit tuméfiée , au point que l'œil en étoit totalement clôturé. La malade éprouvoit des élancemens intolérables dans les gencives , et une gêne considérable dans la mastication. Tout l'intérieur de la bouche étoit ulcéré; et ce quil y avoit d'afl"reux, c'est que les alimens se mêloient avec la pourriture émanée de l'ulcère , en sorte que la malade se voyoit obligée le plus souvent de la re vomir , avec des dégoûts qu'on ne peut

exprimer. Toute sa face étoit horriblement défigurée. Sa maigreur croissoit tous les jours; elle avoit perdu l'appétit, et supportoit à peine quelques tasses de bouillon ; la viande et le pain lui répugnoient. Les menstrues se supprimèrent ; son sommeil étoit presque nul; elle finit par succomber. Nous donnerons plus bas son autopsie cadavérique.

Septième observation. — Voici un exemple fort intéressant de scrophule variqueuse: une jeune fille de douze ans, douée d'une constitution lymphatique, fut affectée dès l'âge de deux ans par des tumeurs scrophuleuses à la région du col; mais particulièrement sur la face dorsale de la main gauche. Bientôt l'affection se propagea et envahit les doigts, la paume de la main, l'avant-bras et le bras. Un engorgement assez étendu occupoit la partie supérieure de la poitrine , au-dessus de la mamelle gauche. L'augmentation graduée de ces diverses tumeurs fit ressentir à la malade des douleurs légères dans les membres. Voici quel étoit leur caractère principal au moment où nous eûmes occasion de les considérer : c'étoit des tubercules coniques, manifestement variqueux, dont la base étoit fixée au derme , et dont le sommet , plus ou moins proéminent et arrondi , avoit une couleur tantôt bleuâtre , tantôt rouge, tantôt violette ou d'un brun terne; leur surface étoit recouverte d'écaillés farineuses qui ne cessoient de tomber et de se reproduire; il en découloit une humeur fétide.

DEUXIÈME ESPÈCE

SCROPHULE ENDÉMIQUE. SCROPHULA ENDEMICA. (PLANCHE XLIX.)

Scrophule se manifestant , comme l'espèce préce'dente; sur une ou plusieurs parties des te'gumens, par des engorgemens du tissu glanduleux , par des squamraes, des croûtes, des ulcérations , des végétations cellulaires, etc. , mais imprimant à la peau une couleur sale et comme terreuse , produisant une ati'ophie universelle et un affoiblissement dans les facultés intellectuelles.

Cette espèce a les variétés qui suivent :

A. La scrophule endémique rhumatismale. Scrophula endemica rliumatica. — C'est la complication la plus fréquente dans des pays humides et malsains , particulièrement sur les bords de la mer , des lacs , des étangs , etc. Elle attaque principalement les individus qui exercent le métier de batelier, de pêcheur, les bergers qui couchent la nuit à la belle étoile pour veiller à la garde des troupeaux.

B. La scrophule endémique rachitique. Scro'pliula endemica rachitica. — On observe la plus grande affinité entre le vice scrophuleux et le vice rachitique. Dans cette variété, les jambes surtout sont minces et grêles. Les dents sont noires et cariées. Leur deuxième développement est toujours incomplet. Il y a déviation de la colonne vertébrale, gonflement de ses apophyses, gibbosité, tuméfactions articulaires, etc.

C. La scrophule endémique crÉtinique. Scropliuïa endemica cretinica. — Les Cagots de la vallée d'Aure, les Crétins de la Suisse , etc., présentent quelquefois cette réunion du vice scrophuleux avec toutes les altérations qui constituent leur genre d'infirmité, et qu'il n'est pas de mon sujet de traiter ici. C'est chez ces derniers qu'on observe plus spécialement une augmentation considérable de volume dans la glande thyi'oïde.

TABLEAU DE LA SCROPHULE ENDEMIQUE.

DCGXXXVIL La scrophule endémique agit comme la scrophule vulgaire ; elle se manifeste dès la plus tendre enfance, et continue ses ravages jusqu'au moment de la puherté, quand tou-

MO

tefois le sujet résiste à sa maligne influence. En général, tous ceux qui en sont affectés ont une mine triste, pâle ou d'une couleur jaunâtre et comme terreuse; leurs yeux sont mornes et inanimés ; toute leur physionomie est chétive et sans aucune sorte d'expression; leur teint n'ofire jamais ni cette blancheur éblouissante, ni ce rouge fleuri qui est l'attribut de la scrophule des villes ; leurs joues sont tellement flétries et desséchées, que lorsqu'ils arrivent à l'hôpital Saint-Louis, on les prendroit pour des cadavres qu'on a fait sortir de leur tombeau. Il n'y a pas long-temps qu'à mes leçons cliniques je vis paroître un de ces infortunés , qui avoit tout l'aspect d'une momie égyptienne ; il falloit le faire parler pour savoir qu'il vivoit encore ; sa voix étoit foible et pour ainsi dire sépulcrale ; ondistinguoit avec peine les paroles qu'il proféroit. La scrophule endémique dirige spécialement son activité funeste sur la fonction de l'accroissement ; elle arrête presque toujours ses progrès. Les individus qu'elle attaque dans la première enfance arrivent lentement à la puberté. Nous avons vu quelques paysannes chez lesquelles les menstrues n'avoient point encore paru avant l'âge de vingt-cinq ans. J'ai déjà fait mention, dans mes Considérations générales , d'un frêle individu qui mourut, il y a quelques années, à l'hôpital des Incurables, et qui comptoit déjà six lustres depuis qu'il avoit reçu la naissance au pied des montagnes du Cantal; il avoit absolument la petitesse d'un nain, et ressembloit pour la dimension de la taille aussi bien que des membres, au fameux Bébé du roi de Pologne, dont on conserve encore le modèle dans quelques cabinets d'histoire naturelle; mais chez lui les glandes maxillaires et cervicales se trouvoient singulièrement tuméfiées et endurcies. Il étoit d'ailleurs imberbe , et lorsqu'on le considéroit avec attention , on voyoit tous les traits d'une précoce vieillesse se heurter de la manière la plus hideuse avec ceux de la jeunesse. Cet être manqué contrastoit singulièrement avec le géant scrophuleux dont j'ai aussi parlé en décrivant la scrophule vulgaire.

Cependant, il faut en convenir, chez ces êtres dégradés, les différentes parties du corps se trouvent rarement dans une harmonie réciproque; la nature procède de la manière la plus irrégulière dans la distribution du suc osseux. La plupart viennent au monde avec une fatale disposition à tous les accidens du rachitisme; la colonne épinière se courbe en divers sens : quoiqu'il n'en résulte aucun inconvénient pour les viscères renfermés dans l'intérieur de la poitrine , souvent les vertèbres se luxent progressivement et forment d'horribles saillies. Aussi voit-on qu'en général , tous leurs mouvemens sont d'une lenteur extrême ; ils ont l'allure cambrée et se balancent beaucoup en marchant; quelquesuns se voûtent comme des vieillards décrépits , et tiennent leur tête constamment baissée vers la terre, daijs l'attitude de ceux qui cherchent un objet perdu. La plupart ont les glandes du col en suppuration; mais ce sont surtout les jambes qui se recouvrent d'ulcères hideux.

Une complication très-fréquente de la scrophule, dans les contrées où elle est endémique, est celle du rhumatisme , qui rend une multitude d'individus boiteux ou absolument impotens de leurs bras; ainsi la plupart n'ont pas même les facultés physiques nécessaires à leur conservation. Cette infirmité se fortifie à mesure qu'ils avancent en âge, parce qu'ils passent toute leur vie sous la même influence atmosphérique. Gomme leurs membres et leurs corps sont absolument privés de tout exercice, et qu'ils ne se nourrissent que de mauvais alimens , le sang circule à peine dans leurs veines, et ils tombent progressivement dans une émaciation qui les dessèche comme des squelettes.

Le moral des individus qui se trouvent atteints de la scrophule endémique, diffère essentiellement de celui qu'on observe dans l'espèce précédente, ils sont en général d'une conception trèslente , et mettent beaucoup de temps pour prendre la décision la plus simple; ils sont mornes et presque toujours silencieux comme les solitudes qui les environnent ; il en est qui sont presque

idiots, et ceux même dont la tête est moins mal organisée, sont ignorans et encIiDS a la superstition. En général, rien n'est plus triste à considérer que la misérable condition de ces villageois , qui errent comme des spectres dans des lieux sauvages, où règne une nature marâtre; qui existent sans jamais manifester aucune énergie intérieure, et dont la vie enfui n'est qu'une obscure végétation depuis la naissance jusqu'à la mort.

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