‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 76 sur 111 · CONSIDERATIONS SUR LE PRONOSTIC DES SCROPHULES · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS SUR LE PRONOSTIC DES SCROPHULES

DCCLX. Les scrophules constituent une affection d'autant plus rebelle aux moyens curatifs et d'autant plus fatale à l'espèce humaine , que leur source est originelle , et fait en quelque sorte partie de notre être. De là vient que le pronostic est toujours fâcheux, si l'art n'est secondé par des circonstances extraordinaires et par les moyens puissans d'une nature réagissante.

DCGLXI. Les scrophules sont moins dangereuses lorsqu'elles se bornent à la surface des tégumens. Mais il n'en est pas ainsi si elles attaquent l'ensemble des ganglions lymphatiques. C'est alors qu'elles interceptent toutes les voies de la nutrition, et qu'une sourde leucopyrie réduit les malades à un état de marasme ou de consomption. Les scrophules ne sont pas moins funestes lorsquelles se concentrent sur les articulations. Elles y déterminent des caries , des suppurations , des épanchemens , souvent même des douleurs atroces , qui nécessitent l'amputation des membres.

DGGLXII. G'est surtout chez les adultes que les scrophules sont interminables , parce qu'alors on ne sauroit attendre aucun secours des révolutions qui pourroient s'opérer dans la constilu-

tion physique des individus et des secousses critiques de l'âge. Nous voyons arriver à l'hôpital Saint-Louis des scrophuleux septuagénaires, auxquels il est difficile de procurer le moindre soulagement. La réaction lymphatique ne s'opère avec quelque succès que dans la première enfance. Il n'y a qu'une époque pour la vigueur du système absorbant. Cette assertion est d'une vérité frappante, surtout lorsqu'il s'agit des femmes; si non curatœ fuerint infœminis obstructœ glandulœ ante œtatis annum quadragesimum quinlum , vel circiter , twn cessante nienstruorum jluxione , plerumque recrudescit inorbus,

DCGLXIII. La maladie scrophuleuse dure communément jusqu'à la septième, treizième, quatorzième ou quinzième année. Elle se guérit ensuite par les soins de la nature ou par ceux du médecin. Quelquefois elle se convertit en anasarque , en phthisie pulmonaire, en atrophie universelle, etc. Ces affections secondaires conduisent insensiblement les malades à la mort. Il est rare de les voir succomber dans le premier stade de l'infection. Dans certains cas les scrophules dégénèrent en ulcères chroniques, qui ne cèdent ni au temps, ni à la puissance d'un traitement méthodique. Leur conversion en cancer est rare ; mais elle est rapidement sinistre.

ARTICLE IV

DES CAUSES ORGANIQUES QUI INFLUENT SUR LE DÉVELOPPEMENT DES SCROPHULES.

DGCLXIV. La plupart de ceux qui ont écrit sur les scrophules ont erré lorsqu'ils ont prétendu faire dériver les causes organiques de cette maladie d'une acrimonie particulière, d'une acidité prédominante et autres phénomènes analogues. A voient-ils des preuves suffisantes pour appuyer une semblable assertion ?

DCCLXV. Les causes organiques des scrophules doivent certainement être recherchées dans la foiblesse radicale des absorbans et des ganglions lymphatiques. Des observations faites avec soin sur un grand nombre de cadavres , ont démontré que ces vaisseaux blancs se dilatoient , devenoient turgescens et comme noueux. La sécrétion de la lymphe doit nécessairement se pervertir , puisque la force des organes qui la recèlent est manifestement diminuée.

DGCLXVL Personne ne doute aujourd'hui que les scrophules ne soient héréditaires. Les faits militent à chaque instant en faveur de cette opinion. Cette cause organique est, je dois le dire, la plus fréquente. Il suffit même que l'un des parens soit infecté de ce vice, pour que la postérité ne soit pas épargnée. Alors même qu'il ne se développe point , il n'est pas difficile de s'apercevoir que les enfans en portent le germe dans leur économie physique. Telle est d'ailleurs l'opinion de M. le docteur Baumes, qui a écrit une dissertation complète sur cette matière , et qui en a traité tous les points avec une lucidité digne des plus grands éloges, ce Pour moi, )) dit cet auteur, je crois avoir des raisons suffisantes pour admet- )) tre cette hérédité. Je pense même que si la forme de l'action lié- )) réditaire ne va chez quelques individus que jusqu'à produire la » constitution scrophuleuse , tandis que la génération qui suit est )) affligée de véritables scrophules, c'est qu'il faut un certain con- )) cours de circonstances et de dispositions, qui font qu'une mala- )) die passe aux descendans d'une manière directe et non intery> rompue, ou par des interruptions et une espèce de substi- )) tution. ))

DCCLXVII. Les causes qui disposent aux scrophules tiennent donc communément à une disposition native , et aucune maladie ne se transmet plus aisément par voie de génération. Un père qui est naturellement foible et qui se trouve encore trop jeune lorsqu'il se marie, doit engendrer un être débile. Lorsqu'il y a chez les parens une altération con géniale des glandes lymphati-

ques, cette altération doit nécessairement passer à leur progéniture et se retrouver dans la construction et la mixtion de leurs organes.

DGCLXVIIL Si des personnes ont été long-temps tourmentées par la maladie syphilitique et ont négligé les soins convenables à sa guérison , il est rare que leurs descendans ne soient pas infectés d'une maladie qui a toutes les apparences du vice scrophuleux. A l'hôpital Saint-Louis il se présente une foule d'individus des deux sexes qui se trouvent dans ce cas 5 et dans une circonstance j'ai vu jusqu'à trois générations d'un aïeul qui avoient été infectées par le virus vénérien. Tous les sujets appartenant à cette race avoient les lèvres grosses et tuméfiées, les glandes submentales frappées d'engorgement, le tissu cellulaire flasque, les os spongieux , et tous les autres signes de la diathèse écrouelleuse. Nul doute que la plupart des scrophules, à Paris, ne soient des syphilides déguisées.

ARTICLE V

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