‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 77 sur 111 · DES CAUSES EXTERIEURES QUI INFLUENT SUR LE DEVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DES CAUSES EXTERIEURES QUI INFLUENT SUR LE DEVELOPPEMENT

DES SCROPHULES.

DCCLXIX. Lorsque les enfans sont mal nourris , lorsqu'ils sucent un lait corrompu, la maladie scrophuleuse se développe; les glandes du mésentère s'engorgent-, les malades tombent insensiblement dans l'amaigrissement et la consomption. Chez les adultes pauvres, ce sont aussi les vices de la puissance digeslive qui préparent de loin la maladie dont il s'agit. La plupart ne se soutiennent qu'avec des alimens gâtés et qui n'ont rien de substantiel. Ils mangent du pain fait avec des farines gâtées, boivent du lait 2. . 46 ,

35o MALADIES DE LA PEAU.

aigri et du vin tourné, abusent des substances graisseuses et butyreuses, etc.

DCCLXX. On observe que les individus renfermés dans des prisons malsaines, dans les cachots, ont parfois les glandes du col engorgées ; que ces mêmes glandes finissent par abcéder et par se convertir en ulcères fongueux. Il est une multitude de gens qui , par état, travaillent et habitent dans des lieux humides, comme les blanchisseurs, les tisserands, les vignerons, les portiers, etc. Les jeunes villageois qui, dans les campagnes , sont préposés à la garde des bestiaux et qui passent les nuits dans les pâturages, subissent le même sort. Le tiers du département de la Lozère est occupé à une fabrique de cadisserie , connue sous le nom de serge de Mende. C'est la principale ressource et la seule industrie du pays. On travaille les laines sans huile; et, pour en faciliter la fabrication , on manufacture dans des boutiques basses et voûtées , où l'humidité et la chaleur se concentrent à la fois. C'est dans cette classe d'artisans qu'on trouve le plus grand nombre de scrophuleux.

DCCLXXI, Il y a un effroi généralement répandu touchant la génération et la propagation des scrophules. Des auteurs trèsrecommandables n'ont pas craint d'avancer dans leurs ouvrages qu'elles sont éminemment contagieuses ; ce qui est manifestement une erreur. M. Hébréard a tenté des expériences sur des animaux vivans, dont aucun n'a contracté la maladie par la voie de l'inoculation. Mais une expérience plus décisive est la cohabitation journalière de certaines femmes scrophuleuses avec des hommes qui n'ont jamais eu lieu de s'en repentir.

MALADIES DE LA PEAU. 35i

ARTICLE VI

DES RÉSULTATS FOURNIS PAR L AUTOPSIE CADAVÉRIQUE DES INDIVIDUS MORTS DES SUITES DE LA MALADIE SCROPHULEUSE.

DGGLXXII. Première autopsie cadavérique, — La nommée Éléonore Marchand, née à Versailles, âgée de vingt-huit ans, d'un tempérament lymphatique , entra à l'hôpital Saint-Louis. Elle présenta à notre examen diverses tumeurs scrophuleuses d'un volume assez considérable , placées dans difFérens points de la région du col. Le coude droit étoit affecté d'un gonflement pâteux. Les mouvemens de l'articulation étoient gênés. On apphqua des cataplasmes pour dissiper l'inflammation. On eut recours aux emplâtres de ciguë et de mercure. La malade faisoit en même temps usage de la décoction de houblon et de l'élixir amer. Tous ces moyens furent sans succès. A l'affection principale vinrent se joindre la fièvre, la tuméfaction de l'abdomen, et, par suite, la gêne de la respiration , ainsi qu'un commencement d'infiltration dans les grandes lèvres. La fluctuation que l'on ressentoit dans l'intérieur de l'abdomen , la tLiméfaction des extrémités inférieures, la soif vive que la malade ressentoit, etc., ne laissoient aucun doute sur l'existence de l'hydropisie ascite. On combina les diurétiques avec les anti-scrophuleux. La malade s'affoiblit graduellement, et finit par succomber. On ouvrit le cadavre en ma présence : les glandes lymphatiques du col formoient des tumeurs, qui paroissoient dans divers points de cette région , principalement vers la partie supérieure droite. Un foyer purulent se trouvoit à leur centre. Leur tissu offroit au scalpel beaucoup de dureté et de résistance. L'articulation de l'avant-bras offroit une fausse ankylose. Le tissu cellulaire environnant étoit épaissi et tuméfié. L'exa-

men de la poitrine montra une adhérence très-forte du poumon avec la plèvre costale. Les poumons étoient tuberculeux dans une grande étendue ; on remarquoit des vomiques vers leur partie supérieure. L'ouverture de l'abdomen donna issue à une sérosité très-abondante. Les organes contigus de cette cavité ofFroient diverses altérations : le foie étoit d'un volume énorme , et avoit subi une transformation entièrement graisseuse. La rate , trèsvolumineuse, offroit aussi une consistance très-ferme, et divers tubercules étoient placés, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de ce viscère. Les glandes du mésentère étoient toutes engorgées , la vessie rétrécie, la matrice squirrbeuse. Il y avoit un abcès au rectum. Cet abcès avoit probablement son siège hors du sac péritonéal. Tels sont les principaux phénomènes que nous observâmes. — Deuxième autopsie cadavérique. Le nommé Thevenard mourut à l'hôpital Saint-Louis, des suites d'un engorgement considérable dans les glandes du col. Je fis l'ouverture de son corps. Une tumeur très-volumineuse occupoit le côté gauche du col , s'étendant supérieurement jusqu'à la région parotidienne, et jusqu'à la base de la langue, se portant en bas jusqu'à la clavicule. En devant elle recouvroit en partie la glande thyroïde, et postérieurement elle commençoit à gagner le côté droit du col. Cette tumeur, divisée dans sa partie moyenne, ofFroit une épaisseur d'environ trois pouces. La substance qui la formoit étoit blanche et dure, en un mot, squirrbeuse. Le lieu seul où le moxa avoit été appliqué ofFroit de la suppuration. Tout le reste de la tumeur paroissoit trèséloigné de cette dégénérescence. Voici ce que présentoient les trois principales cavités : dans la tête, rien de particulier. Les veines cependant paroissoient plus gorgées de sang que ne l'avoit fait présumer l'état de foiblesse du sujet; mais ce sang, que l'on remarquoit surtout du côté gauche, pouvoit être le résultat de la situation du cadavre ou de la compression des jugulaires par la tumeur. Les poumons , quoique peu volumineux, étoient cependant pleins de sang; le diaphragme, par sa convexité, laissoit à

ces organes peu de place pour se dilater. Mais c'étoit dans la cavité abdominale que se trouvoient les plus grands désordres. Le péritoine étoit le siège d'une suppuration très-abondante. L'épiploon gastro-hépatique ofFroit, dans sa partie moyenne, une escarre gangreneuse ; l'estomac s'étoit rapetissé , et la rate avoit acquis un volume triple de ce qu'elle est ordinairement. — Troisième autopsie cadavérique. J'ai procédé à l'ouverture du corps d'un autre scrophuleux. Nous avons observé un accroissement considérable dans la plupart des glandes , particulièrement dans celles du col et du mésentère. La plupart avoient acquis une dégénérescence réniforme et comme couenneuse. Leur substance intérieure offroit l'aspect d'un marbre jaspé. Il y avoit des points sléatomateux. — Quatrième autopsie cadavérique. Voici ce que nous avons observé dans le cadavre d'Agathe Micoult, morte à la suite d'une maladie scrophuleuse. Maigreur de tout le corps ; peau dans l'état ordinaire. Fistule au côté droit du col, dont le trajet suivoit le bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien, et aboutissoit à l'angle de la mâchoire, qui étoit affecté de carie, d'où il étoit sorti plusieurs esquilles. Tissu musculaire du côté droit de la joue engorgé, épaissi et comme lardacé. Le masseter de ce même côté étoit pâle, et les glandes cervicales réduites en une substance blanche et pour ainsi dire homogène. Foie très-volumineux. Tous les autres organes dans l'état ordinaire. — Cinquième autopsie cadavérique. Nous avons exploré avec beaucoup d'attention une tumeur scrophuleuse, dégénérée en cancer, dont j'ai déjà donné le dessin dans cet ouvrage. Vue extérieurement, cette énorme tumeur étoit d'une couleur bleuâtre-violacée. Elle étoit recouverte d'une multitude de tubercules ou tumeurs particulières plus ou moins ovales ou globuleuses, contiguës les unes aux autres, mais qu'on pouvoit aisément séparer par le scalpel. Quelques-unes de ces tumeurs étoient extraordinairement petites, et ne ressembloient pas mal, pour la forme, à des pommes de terre. On observoit à la partie supérieure de cette aggrégation de tu-

meurs (Mverses , une tumeur beaucoup plus considéraLle que les autres , mamelonnée à sa surface. Il paroît que c'est en croissan t que ces mamelons devenoient de véritables tumeurs. Un grand coup de scalpel dans cette masse tuberculeuse fit voir une substance lardacée et couenneuse. Cette consistance n'empêclioit pas le sang de couler par une multitude de vaisseaux. La glande parotide avoit la dureté du cartilage. Elle avoit doublé de volume. L'intérieur de la boucbe étoit ulcéré et mamelonné. L'arcade dentaire disparoissoit dans cette masse dégénérée. L'agonie de cette femme fut longue. Un long affaissement avoit précédé sa mort. — Sixième autopsie cadavérique. Une femme d'une constitution scropliuleuse éprouva, à l'âge de trente ans, un gonflement de l'avant-bras. Tout annonçoit un engorgement scropbuleux. Des abcès se formèrent, et laissèrent écbapper un pus jaunâtre et icboreux. Ensuite la tumeur demeura stationnaire. A l'âge de quarante ans, elle mourut accidentellement d'une fièvre adynamique. La dissection de l'^vant-bras se fit avec soin. La peau, quoique d'une épaisseur considérable , résistoit peu à la lame du scalpel. Le tissu cellulaire du membre étoit très- abondant, et contenoit beaucoup de graisse. Les vaisseaux et les nerfs, qui se distribuoient à ces parties, étoient d'une grosseur proportionnelle. Tout annonçoit les traces d'un engorgement lymphatique , qui exbaloit une odeur semblable à celle de la viande bouillie. — Septième autopsie cadavérique. Marie-Louise Robert, âgée de trente-neuf ans, nous a présenté une tumeur curieuse, qu'elle portoit à la face depuis vingt mois , et que j'ai fait dessiner avec soin. Cette tumeur s'étoit formée lentement et sans faire souffrir la malade. Enfin, elle avoit acquis tui volume considérable, et voici quels étoient ses caractères : La tumeur avoit son siège sur la branche de la mâchoire. Elle s'étendoit depuis l'arcade zigomatique jusqu'à la base du même os, et depuis l'oreille jusqu'au milieu de la joue. Cette tumeur avoit le volume d'une très-grosse poire. Sa forme étoit à peu près conique , et c'étoit par la base qu'elle appuyoit sur la mâchoire.

Sa surface étoit bosselée , d'un rouge brun-violet , suivant l'endroit dans lequel on l'examinoit. Elle présentoit en quelques points, mais surtout en haut et en dedans , de petits tubercules durs et comme carrés par leur consistance et leur couleur , espèce de dégénérescence de l'épiderme. La base étoit dure et avoit la consistance des engorgemens scropliuleux. Le reste de la tumeur ofFroit une mollesse d'autant plus grande et d'autant plus ressemblante à une véritable fluctuation , qu'on se rapproclioit davantage du sommet. Elle étoit mobile. Sa base ne paroissoit point adbérente. Il s'écliappoit de la surface de la tumeur , par une sorte de transsudation, une rosée iclioreuse d'un jaune doré, et dont l'âcreté avoit enflammé les tégumens. Il s'étoit formé des ulcérations superficielles, par lesquelles ce liquide s'écouloit plus abondamment, mêlé parfois d'une petite quantité de sang. Ces ulcérations, de couleur grisâtre et blafarde, augmentoient d'étendue, et en même temps ces bémorrbagies devenoient passives et plus abondantes. Voulant m'assurer de la nature de la tumeur et la croyant en suppuration , j'y plongeai une lancette. Mais au lieu de pus , je ne vis sortir que du sang. La surface des deux lèvres étoit d'un blanc-grisâtre et d'apparence lardacée. En y introduisant l'extrémité du petit doigt, on n'éprouvoit aucune résistance , et on auroit pu facilement l'enfoncer dans la propre substance de la tumeur. Dès-lors plus de doute sur sa nature, qu'on jugeoit être de celles des fongus hœmatodes. Dans cet état de clioses il survint un embarras gastrique. L'appétit étoit perdu, la boucbe étoit amère, la langue étoit recouverte d'un enduit jaune et épais. La malade s'étoit longtemps plainte d'un sentiment d'inquiétude à la région épigastrique. Mais bientôt il se déclara un dévoiement, contre lequel on employa vainement toutes sortes de moyens convenables. La malade s'aifoiblit peu à peu, et fut bientôt dans l'impossibilité de garder le lit. Les petites ulcérations de la surface de la tumeur se confondirent en une seule, et son aspect changea de nature. On ne vit plus alors qu'une large ulcération , grise, blafarde, fongueuse.

à bords durs et renversés , et qui avoit vraiment l'apparence d'un champignon. Les liémorrhagies passives devenoient de plus en plus fréquentes, les douleurs vives et plus rapprochées, la gêne plus grande. Cependant la diarrhée fut bientôt colliquative. La malade s'aifoiblissoit considérablement. Les toniques, les cordiaux furent employés pour relever les forces, et n'eurent d'autre effet que de retarder pour quelques jours les symptômes adynamiques qui se prononcèrent. La prostration des forces devint extrême : les dents, les gencives et la langue se couvrirent d'un enduit fuligineux; le pouls devint petit, foible, accéléré; le ventre se météorisa. La malade mourut. La peau seule et le tissu cellulaire étoient malades. Il n'y avoit aucune altération dans les os. On procéda à l'ouverture du corps , qui étoit devenu d'une maigreur extrême. L'organe encéphalique n'avoit rien de remarquable à l'observation 5 mais la poitrine offroit des altérations sensibles. Les poumons étoient remplis de tubercules purulens. Les glandes du médiastin étoient dures, squirrheuses et aussi volumineuses que des œufs de pigeon. Le même phénomène affectoit les ganglions raésentériques. L'ouverture œsophagienne de l'estomac étoit, pour ainsi dire , obturée par un épaississement prodigieux de sa membrane interne. Le foie et la rate a voient pris un grand accroissement et avoient dégénéré de leur tissu ordinaire. L'infection scrophuleuse avoit envahi toutes les parties du corps. N'oublions pas de dire que tout le système osseux, particulièrement les côtes, étoient d'une friabilité singulière. — Huitième autopsie cadavérique. Nous avons disséqué une tumeur qu'a voit portée long-temps le nommé Frimont , couvreur de son métier. Cette tumeur existoit depuis vingt ans, lorsqu'il vint mourir d'une autre maladie à l'hôpital Saint-Louis. Elle étoit circonscrite, et avoit son siège sur la rotule. Elle n'avoit aucune adhérence avec le ligament de cet os. Elle étoit assez mobile , et se portoit tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, suivant que l'individu s'appuyoit sur la partie interne ou sur la partie externe de l'articulation, La

MALADIES DE LA PEAU. SSy

matière contenue dans cette espèce de kyste avoit une consistance semblable à celle du suif. On assure que le malade avoit eu d'autres tumeurs de ce genre , et qu'elles avoient été pareillement ouvertes par le bistouri.

ARTICLE VÎI.

Page 1