OBSERVATIONS RELATIVES A LA PSORIDE PUSTULEUSE
Première obserçation,—A\exB.nàYuie Vollet, couturière de son état, est affectée depuis un mois d'une psoride pustuleuse, qu'elle a contractée au bal par le seul contact des mains. Les boutons ne sont pas très-nombreux ; on en voit principalement dans les intervalles des doigts, aux poignets, au pli des articulations, etc.; les mains sont engorgées, et la malade ne s'en sert qu'avec difficulté; il est des boutons volumineux, d'autres qui le sont moins : tous s'élèvent en pointe et se remplisssent d'un pus blanc, un peu séreux; quand on les crève, ils s'affaissent et quelquefois il se forme une nouvelle collection de matière. Le plus ordinairement les boutons se couvrent d'une croûte légère , qui se dessèche et tombe après un temps plus ou moins long. Voilà un des cas les plus vulgaires de la psoride pustuleuse et purulente.
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Deuxième observation. — Marie Branche entra à l'hôpital Saint-Louis six semaines après avoir contracté la maladie. Elle éprouvoit de vives démangeaisons aux doigts, aux poignets, sous les aisselles , aux jarrets; ces démangeaisons augmentoient le soir , dans la nuit et toutes les fois que la malade avoit chaud : elles précédoient le développement d'une multitude de boutons , d'abord remplis d'une sérosité limpide; ces boutons grossissoient et se rem- ])lissoient ensuite d'un véritable pus. La base de ces boutons étoit d'une couleur rouge et animée ; quelques-uns étoient trèslarges et finissoient par s'affaisser , mais leur base restoit toujours environnée d'une aréole inflammatoire. Cette femme , qui étoit nourrice , avoit une petite fille dont les fesses étoient couvertes de boutons psoriques.
Troisième observation. — M. Jannin, de Besançon, élève de l'hôpital Saint-Louis , a tracé ainsi sous mes yeux le tableau de la psoride pustuleuse purulente. Les boutons qui n'ont que douze heures d'existence sont petits, conoïdes, transparens , environnés d'une aréole inflammatoire assez prononcée ; quelques-uns pUis anciens sont de la grosseur d'vine lentille , et même plusieurs ont plus d'étendue j leur sommet est jaunâtre, déprimé au centre , leur base d'un rouge plus prononcé. Les cercles inflammatoires sont confondus ; les pustules contiennent une assez grande quantité de sérosité purulente, sans odeur désagréable. Une inflammation érythémateuse occupe tout le dos des deux mains; les doigts sont gonflés , ce qui gène leurs mouvemens. La peau est le siège d'une douleur et d'une tension analogues à celles qu'éprouvent les malades atteints de variole lorsque survient le période de suppuration. Quelques-uns de ces boutons, déchirés par l'action des ongles, ont laissé des croûtes brunâtres agglomérées entre elles; d'autres ont rendu la peau rugueuse , dure et d'une couleur violacée : dans ce cas-ci , le prurit n'étoit pas très-incommode , surtout dans la journée. Le malade se plaignoit plutôt d'un sentiment de brûlure assez pénible.
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Quatrième observation. — Un perruquier nommé Gaspard Ondin vient demander du secours à l'hôpital Saint-Louis. Il est atteint d'une éruption de boutons sur toute l'enveloppe cutanée : ces boutons lui causent des démangeaisons qu'il a toute la peine du monde à apaiser; ils sont particulièrement fixés dans les intervalles des doigts et aux articulations radio-carpiennes. Ces boutons, tantôt solitaires, tantôt rassemblés en plus ou moins grand nombre , offrent différentes formes : quelquefois ils sont larges et aplatis, d'autres fois demi-sphériques. Leur base est rouge et enflammée, leur sommet présente une vésicule le plus souvent déprimée à son centre , et remplie d'un liquide puriforme : l'effusion de ce liquide est bientôt suivie de croûtes rougeâtres , qui tombent par portions squammeuses furfuracées. Le malade éprouve de fortes démangeaisons qui semblent partir du sein même de ces pustules celles s'apaisent parle frottement et à mesure que le malade se gratte : elles sont plus violentes la nuit que pendant le jour.
Cinquième observation. — Voici maintenant un tableau exact de la psoride pustuleuse canine. Sophie Pruneau, âgée de vingtdeux ans , d'un tempérament sanguin, entra à l'hôpital Saint-Louis pour se faire guérir d'une gale qu'elle avoit contractée en couchant avec une personne qui en étoit pareillement affectée. Bien= tôt après, éruption d'une multitude de boutons blanchâtres dans les interstices des doigts, aux poignets, aux aisselles, entre les deux mamelles, au ventre , à la partie interne des cuisses ; le visage seul étoit excepté de l'invasion. Ces boutons ressembloient d'une manière parfaite à des grains de millet, assez rapprochés , sans pourtant jamais se confondre, tantôt rouges, tantôt de la couleur de la peau, présentant une vésicule cristalline et transparente , d'où découloit une sérosité limpide. Alors la pointe acuminée du bouton s'affaissoit ; mais la base restoit dure , rouge et un peu animée. Pendant toute la durée de ces boutons, il se manifestoit des démangeaisons insupportables , qui empêchoient tout sommeil.
Sixième observation. — Mon élève M. Jannin a tenu pareillement registre de plusieurs faits relatifs à la psoride pustuleuse canine ou miliaire. Dans cette gale , les boutons sont peu volumineux 5 très-rapprochés les uns des autres , surtout au dos des mains et à la face interne des doigts ; ils sont conoïdes et transparens, quelques-uns sans changement de couleur à leur base, d'autres ayant une aréole inflammatoire très-peu prononcée- Leur apparence est celle d'un grain de millet \ ils contiennent un liquide visqueux et transparent 5 le malade les déchire avec ses ongles 5 la sérosité s'écoule : alors on aperçoit la base du bouton , qui est d'abord d'une couleur rosée, forme ensuite un point rouge , puis noirâtre ; il succède une écaille très-mince, qui disparoîtà la longue et ne laisse point de cicatrice. Cette courte description est le résultat de ce qu'on peut observer chez le plus grand nombre des individus atteints de psoride pustuleuse canine.
Septième observation. — En voici encore un exemple , recueilli avec une exactitude particulière. La nommée Brideron, âgée de vingt-neuf ans, d'un tempérament sanguin, n'a jamais eu qu'une seule fois la gale : elle l'a contractée en se servant d'une couverture de laine qui avait été à l'usage d'autres malades. Ce n'est que deux jours après l'infection, qu'elle s'est aperçue de son existence :ii a paru un grand nombre de boutons aux inains, aux bras , sur la poitrine et sur le ventre ; les boutons sont en grand nombre et comme groupés. Ce qu'il y a de surprenant dans cette observation , c'est qu'il y a manifestement deux sortes de boutons sur la périphérie de la peau : les uns sont vésiculeux et renferment constamment de la sérosité, tandis que d'autres ne contiennent aucune matière et sont uniquement le résultat des frictions que la malade pratique pour calmer les démangeaisons qui la tourmentent. Ces derniers se montrent sous la forme de petits boutons luisans, souvent répandus par plaques, et ressemblent à ces rougeurs que produit une irritation prolongée ; dans l'endroit où ces plaques existent , la malade n'éprouve point
ce prurit insupportable que ne cessent d'entretenir les véritables boutons de la gale : c'est seulement un léger picotement qui se développe à des intervalles plus ou moins éloignés. Quant aux premiers boutons signalés, ils proéminent très-peu au-dessus des tégumens , dans les premiers temps de leur naissance , et on est obligé de les examiner de très-près pour les apercevoir : ce n'est que lorsque la malade a promené ses ongles sur la peau que les vésicules se développent ; dans cet état, les boutons sont trèspetits, offrant une forme arrondie à leur base, tandis que le sommet s'élève en pointe. Il est bon de noter que chez cette femme, douée d'une santé robuste et d'un tempérament sanguin trèsprononcé, les boutons ont conservé à leur base la même couleur que le reste de la peau, laquelle est rosée sur presque toute la surface du corps. Enfin, à force de se gratter, la malade fait écouler la sérosité , et voici ce que l'on remarque à l'instant même où les boutons se crèvent : on aperçoit un point rougeâtre, qui n'est autre chose que le tissu muqueux mis à nu dans une très-petite étendue. Quelque temps après la rupture , on remarcjue une croûte formée par le sang coagulé et la sérosité sortie de la vésicule : cette croûte tombe lorsque la malade se gratte , et se trouve bientôt remplacée par plusieurs autres , qui ne laissent point de cicatrice. Seulement , après la guérison complète , on voit une simple tache rougeâtre de la peau dans l'endroit même où on remarquoit des boutons psoriques : cette tache disparoît peu à peu, et la peau reprend sa couleur naturelle. La malade a eu principalement des démangeaisons très-vives au début de la maladie, et la chaleur du lit les rendoit intolérables : lorsqu'elle étoit ainsi tourmentée, elle trouvoit un plaisir indicible à se gratter. Le matin, le prurit s'apaisoit, mais il étoit remplacé par la cuisson. Pendant tout le temps que cette psoride s'est fait sentir, il n'y a eu aucune irrégularité dans la menstruation. L'appétit s'est conservé ; le pouls a été constamment dans son état naturel. Il suffit , ce me semble , de cette observation que j'ai rédigée en
présence de la malade , pour avoir une idée complète de la variété de la gale dont il s'agit.
DGGGXVIIL J'ai cru inutile d'accumuler les faits nombreux dont je suis journellement le témoin dans le vaste hôpital que je dirige depuis plusieurs années. Il faut regarder comme futiles et comme étant de nulle valeur , les distinctions en gale sèche et humide, en gale spontanée et en gale consécutive. Les dénominations de gale syphilitique , de gale dartreuse , etc. , ne sont pas moins illusoires.
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ESPÈCE DEUXIEME
PSORIDE PAPULEUSE. (PLANCHE LIL)
J'ai décrit , le premier en France , cette maladie qu'on confondoit généralement avec la gale proprement dite ; les anciens ne font guère mention dans leurs écrits que de phihyriasie ou maladie pédiculaire. Voici comment nous établissons ces variétés :
A. La PSORIDE PAPULEUSE FORMICANTE. Psovis papulosa formicans ,prurigo formicans , etc. Nous désignons ainsi cette aifection prurigineuse de la peau qui provoque la sensation la plus terrible et absolument analogue à celle que détermineroit la présence d'une multitude de fourmis attachées à la périphérie des tégumens. Cette sensation est tellement vive que les malades ne cessent de se gratter , pour apaiser les tourmens qu'ils endurent.
B. La PSORIDE PAPULEUSE PEDICULAIRE. PsoHs papulosa pedicularis , prurigo pedicularis , etc. Le symptôme spécial de cette psoride papuleuse est de produire sur la peau une quantité plus ou moins abondante de poux , qui s'y développent d'une manière , pour ainsi dire , spontanée. On observe que ces poux sont ordinairement plus gros que les poux de tête ou du cuir chevelu; leur corps est diaphane ; mais, comme ils sont souvent gorgés de sang , cette circonstance leur donne souvent une teinte rougeâtre.
Obs. On a établi plusieurs distinctions delà psoride papuleuse; on l'a comparativement désignée, d'après le degré de sa violence , sous les noms de prurigo mitis , de prurigo ferox , etc. On s'est aussi servi des noms de prurigo infantilis , prurigo senilis , quand on a parlé de cette affection d'après la différence de l'âge : enfin , il est des auteurs qui , la considérant d'après sou siège, l'ont successivement indiquée sous les différens noms de prurigo podicis, prurigo fudendorum, prurigo vulvœ , etc.; mais ces distinctions sont trop minutieuses et inutiles au progrès de la science. Pour ce qui nous concerne , nous n'assignons à la psoride papuleuse que deux variétés bien tranchées , la psoride papuleuse formicante , et la psoride papuleuse pédiculaire : ces deux variétés se rattachent , d'une manière évidente , à l'espèce qui va faire l'objet du tableau suivant :
TABLEAU DE LA PSORIDE PAPULEUSE.
DGCGXIX. Nous voudrions vainement offrir le tableau de cette affection si désolante ; nous ne retracerons jamais avec assez d'énergie ce que nous avons vu souffrir aux victimes infortunées qui ont reçu nos soins dans l'intérieur de l'hôpital Saint- Louis. A chaque instant du jour et de la nuit, les malades sont en proie à ce prurit insupportable qui est le symptôme caractéristique de la maladie. Un feu dévorateur les consume et les enveloppe , pour ainsi dire ; pour l'apaiser , ils se grattent avec fureur et ne cessent de déchirer leurs téguQiens avec leurs ongles. Efforts superflus! la sensation prurigineuse redouble. Dès-lors, ils se plaignent et expriment avec tant de vérité ce qu'ils éprouvent , qu'ils font passer leur inquiétude dans l'ame des assistans.
Au milieu de ces agitations et de ces impatiences non-in terrompues , il en est qui sont saisis par de véritables accès de délire. Un homme étoit si malheureux de l'impuissance des remèdes, qu'il se tua en route d'un coup de pistolet , en revenant des eaux de Gauterets. Il écrivit à ses parens , qu'il n'avoit pu supporter plus long-temps le fardeau d'une existence aussi tourmentée.
Qu'on ne compare point l'état de certains dartreux à celui des individus affectés de la psoride papuleuse. Les premiers se soulagent du moins en se grattant , et plusieurs d'entre eux avouent qu'ils n'ont pas de plus exquise jouissance. Mais ces derniers ont beau recourir à ce moyen, ils ne peuvent ni échanger un seul instant le mode de cette sensation brûlante, ni procurer la moindre trêve à leurs perpétuelles souffrances.
Il est des douleurs que l'habitude émousse et rend du moins plus supportables ; mais il n'en est pas ainsi de celles que suscite la psoride papuleuse. Ces douleurs se maintiennent toujours aussi vives et aussi intenses. Elles ne se ralentissent que par une forte
occupation. La solitude et l'imagination semblent même en accroître la vivacité. A chaque instant, c'est la sensation d'une légion de fourmis qui parcourroient les tégumens, sensation désespérante, d'où est venu le nom àe psoride papuleuse formicante , de prurigo formicans.
La psoride papuleuse est le plus souvent une aflfection continue, et, dans ce cas, il se manifeste des redoublemens qui ont lieu le soir ou dans la nuit. Dans ce dernier cas , le sommeil est brusquement interrompu ; et les malades portent involontairement leurs mains à la peau. S'ils s'éveillent , c'est pour recommencer leurs souffrances. Chaque moment de la journée est pour eux une angoisse déchirante 5 et le soir encore , ils ne rentrent dans leur lit que pour y épuiser toutes les nuances de la douleur , que pour y lutter contre les insomnies les plus accablantes.
Il est difficile de trouver des termes , pour les approprier aux divers tourmens que l'on endure. Presque tous les individus qui sont affectés de la psoride papuleuse ne parlent que àiâcreté, d''ardeur du sang, de feu brûlant , etc. : Je suis sur le gril qui a fait le martyre de saint Laurent ^ me disoit un malheureux ecclésiastique. Un militaire m'écrivoit qu'il étoit en butte à mille hallebardes; il est des sensations plus fréquentes dont il faut faire mention. Un vieillard octogénaire n'a pas craint de m'avouer que son corps se trouvoit parfois dans un tel état d'irritation, que les organes mêmes qui sont muets dans un âge aussi avancé entroient dans une érection. insolite dont il résultoit des pollutions énervantes. Rien n'est comparable à la honte d'un semblable état.
Dans les cas ordinaires , la maladie se déclare par un prurit ardent sur les épaules, sur le devant de la poitrine , aux bras, aux cuisses , au ventre , etc. Ce prurit porte impérieusement les malades à se gratter; mais plus ils continuent cette opération, plus les démangeaisons s'accroissent.
Lorsqu'on considère la partie affectée , on aperçoit de trèspetits boutons presque imperceptibles, qui s'élèvent légèrement
en pointe. Ces boutons peu enflammés , rapprochés les uns des autres, ne contiennent aucune matière dans leur intérieur; ils se recouvrent , lorsqu'ils ont été déchirés par l'action des ongles j d'une légère croûte ou squamme arrondie de la grosseur d'une tête d'épingle et d'une couleur noire ou brunâtre. Cette croûte , qui se détache après un certain temps , est formée par le dessèchement d'une gouttelette de sang , ou de sérosité qu'on fait sortir par le déchirement des petits boutons.
Les démangeaisons varient d'intensité selon les circonstances où se trouvent les malades : elles sont plus vives quand il fait chaud , le soir , la nuit , après le travail , etc. ; il s'agit quelquefois de toucher légèrement les papules de la peau pour qu'elles se développent avec promptitude. Le simple frottement produit par les habits peut les provoquer. Il faut alors que le malade se hâte de gratter les tégumens, et il est rare qu'il puisse résister à un besoin aussi impérieux.
La psoride papuleuse a souvent des intermittences de trois ou quatre heures , surtout quand le malade mange ou qu'il est absorbé par une occupation sérieuse. Quelquefois, le prurit ne dure que cinq ou six minutes et disparoît ensuite pour plusieurs jours. J'ai connu un homme d'environ cinquante-cinq ans et d'une constitution saine autant que robuste, lequel se trouve sujet à un prurigo plantaire. Cette affection le saisit si vite et le maîtrise à un tel point , que dans les rues ou même dans les sociétés, il est contraint d'ôter son bas et son soulier, pour se gratter en liberté , jusqu'à ce que la démangeaison soit apaisée. Le malade se trouve-t-il dans une assemblée nombreuse, ou devant des personnes qui méritent les plus grands égards, il faut qu'il obéisse au penchant irrésistible qui l'entraîne. J'ai donné des soins à un autre individu qui est pareillement tourmenté d'une psoride papuleuse à la plante des pieds ; il ne parvient à l'apaiser qu'en marchant et en fatiguant considérablement. S'il s'arrête , son supplice recommence. Lorsqu'il est dans les accès il court
les champs et les grands chemins , comme un vagabond. Ses camarades l'appeloient par dérision le Juif errant.
La psoride la plus douloureuse est celle qui attaque les parties génitales dans les deux sexes ; elle est accompagnée d'une foule de symptômes secondaires qui varient chez les différens individus et qui sont en rapport avec le degré de la sensibilité particulière qui les dislingue. Une malheureuse femme éprouvoit au clitoris ime démangeaison vive, qu'elle clierchoit à apaiser en y appliquant à chaque instant des linges mouillés. L'impression d'un froid glacial sembloit amoindrir pour quelques minutes l'horreur de ses souffrances.
Il est une autre psoride papuleuse, qui est, pour ainsi dire, inexorable, c'est celle qui attaque les vieillards. J'en ai rencontré qui éprouvoient des tintemens d'oreilles, des foiblesses de vue , des crampes , des lassitudes , des tiraillemens d'estomac , des oppressions, des gonflemens de l'épigastre. Toutes les fonctions se dérangent, particulièrement les fonctions digestives. Les malades s'épuisent et tombent dans l'amaigrissement : ils s'abandonnent au découragement et au désespoir.
Il en est qui ont un appétit vorace et qui n'ont d'autre jouissance que de se gorger d'alimens salés ou épicés. Ils aiment aussi par goût les liqueurs fortes et alcooliques \ mais leur repas est à peine terminé , que les démangeaisons se font sentir comme auparavant. Bientôt les épaules écorchées sont inondées de sang et d'une humeur iohoreuse. On diroit que toute la peau a été brûlée par l'eau bouillante.
Dans la psoride papuleuse , les muscles sont quelquefois tellement irrités , qu'ils se gonflent, se durcissent, et se dessinent d'une manière frappante sur les membres supérieurs et inférieurs. Une religieuse hospitalière , très-exercée à la considération des maladies, appeloit ce phénomène les cordes du prurigo. Nous avons vu quelquefois les jambes de ces infortunés se roidir par une sorte de contraction musculaire, en sorte qu'ils ne pouvoient
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plus exécuter les mouvemens de progression et mouroient impotens.
Mais c'est spécialement vers le système lymphatique que les ravages de la psoride papuleuse se manifestent. La plupart des malades succombent par les progrès d'une infiltration qui s'étend à tout le système de l'économie animale. Voici un fait qui s'est passé à l'hôpital Saint-Louis. Le nommé Jean Maxac, âgé de soixantedix ans, faisoitle métier de cocher, et avoit été très-malheureux pendant toute sa vie. Il fut toujours très-mal nourri et couchoit dans des endroits humides. Il éprouva des démangeaisons qui se firent sentir particulièrement sur les épaules , sous les aisselles , sur le devant de la poitrine, au col et à la partie interne des cuisses. De petites papules soulevoient l'épiderme et rendoient la peau très-inégale à la suite des frottemens réitérés. Les démangeaisons qui étoient extrêmes diminuèrent tout-à-coup par l'effet d'un vif chagrin qui lui survint; mais aussitôt ses bras , ses cuisses, ses jambes se tuméfièrent. Le malade étoit oppressé ; il respiroit dilTicilement et se trouvoit pris d'une diarrhée excessive. Il éprouvoit pendant la nuit des défaillances qui donnoient des craintes excessives pour sa vie. La prompte application de deux vésicatoires lui devint très-favorable. Trois jours après , la psoride papuleuse avoit reparu et le tissu cellulaire étoit affaissé. Il se trouva bien pendant quelques jours. Il sortit même de l'hôpital. Mais nous avons appris depuis cette époque, qu'il étoit mort chez lui d'un hydro- thorax.
Les effets de la psoride papuleuse sur les facultés intellectuelles sont également très-remarquables. Nous avons conservé long-temps à l'hôpital Saint-Louis le nommé Marade , chez lequel cette affection cutanée alternoit avec une aliénation mentale; lorsqu'il arriva , il se montroit très-raisonnable ; mais alors tout son corps étoit couvert de papules qu'il se plaisoit à gratter et à excorier jour et nuit. Un matin nous trouvâmes sa peau naturelle et absolument nettoyée. Mais il avoit un accès de délire si violent,
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qu'il fallut assujettir ses bras par une camisole, il rioit aux éclats; témoignoit une joie cynique; prétendoit être un littérateur célèbre; se faisoit appeler Voltaire. Il racontoit d'une manière burlesque les détails de son mariage avec une veuve , etc.
Quelquefois les malades se trouvent atteints d'un état de stupidité par la rétrocession soudaine de la psoride papuleuse , et dans les instans où l'éruption est dans toute sa vigueur , il est rare qu'ils puissent se livrer à aucune occupation sérieuse de l'esprit. Ils ne savent que souffrir et se plaindre. On en voit qui sont tellement pressés par le besoin d'exprimer ce qu'ils éprouvent, qu'ils écoutent à peine le médecin qui veut leur donner des conseils. Ils interrompent à chaque instant le fil de ses discours et ne cessent de le fatiguer par un récit fidèle autant que prolixe des maux qu'ils endurent.
Quoique la psoride papuleuse pédiculaire ne soit qu'une variété de l'espèce qui nous occupe , elle mériteroit un chapitre à part. Attachons-nous à reproduire ici cette maladie extraordinaire, dont les anciens nous ont laissé des peintures si hideuses. Qu'oji lise en effet leurs ouvrages , on l'y trouvera fidèlement décrite avec les singularités les plus dignes de notre observation. Souvent même on prendroit leurs récits pour le résultat des prestiges de leur imagination abusée , si l'on n'avoit occasion de se convaincre par soi-même de la vérité de ce qu'ils rapportent ; mais les mêmes phénomènes existent et se remarquent encore dans le siècle où nous sommes.
Il y a dans cette infirmité quelque chose de dégoûtant qui n'existe pas dans la psoride formicante. Les animalcules qui se propagent en nombre incalculable, et , pour ainsi dire, spontanément sur les tégumens , rendent les malades le rebut de la nature entière. Ce sont d'ailleurs les mêmes tourmens ; c'est la même violence dans le prurit. C'est, en outre, une sombre inquiétude, qui absorbe toutes les facultés morales ; l'homme qui se voit ainsi dévorer comme une proie vivante, n'ose porter ses regards sur
lui-même, sans éprouver la plus douloureuse de toutes les humiliations.
Le développement des poux sur la peau humaine produit tous les symptômes imaginables: les anxiétés , les frissons, les lypothimies, les essoufflemens , un malaise général , enfin tous les plus fâcheux résultats de l'accablement et de la foiblesse. La peau n'est pas seulement tourmentée à l'extérieur; il y a irritation dans toutes les surfaces muqueuses. On voit des malades , qui , pour la moindre cause, éprouvent des affections catarrhales, la toux opiniâtre et le dévoiement. Ce qui frappe souvent les regards dans le développement de la psoride pédiculaire, c'est une matière exsudée par le corps du malade, et qui se concrète sur la peau pour y former une couche sale et dégoûtante. Les bains dissolvent cette crasse qui semble boucher les pores exhalans.
La psoride pédiculaire se borne parfois à certaines parties ; d'autres fois elle est générale et se fait sentir dans tous les points du corps ; c'est surtout dans ces derniers cas que tous les systèmes de l'économie participent en quelque sorte à l'infection de la peau. Toutes les excrétions sont fétides , particulièrement celle des urines. Les malades tendent au marasme. La mort vient terminer leur affreux supplice.
A l'hôpital Saint-Louis, nous voyons souvent des individus qui ne sont que périodiquement affectés par la psoride pédiculaire. C'est surtout pendant l'été que ces insectes se multiplient d'une manière surprenante. Ils disparoissent aux approches de l'hiver pour se montrer au printemps, sans être d'ailleurs annoncés par aucun symptôme particulier.
Lorsqu'un malade se gratte avec vivacité, les papules de la peau ne font qu'accroître en nombre et en grosseur. Elles sont, pour la plupart, très-rouges et de forme oblongue. Durant la nuit surtout, les individus, plus irrités par la violence du prurit, se lèvent en sursaut, sortent de leur lit et appliquent sur leurs tégumens des linges mouillés. Cette impression d'un froid glacial
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suspend pour un temps leurs horribles souffrances , en changeant le mode de sensation.
Parmi les observations que j'ai rassemblées, la suivante surtout me paroît propre à donner une idée complète de cette désolante maladie : il s'agit de l'histoire tragique du sieur Laval, qui subsistoit à Paris par le produit d'une petite rente. G'étoit un homme doué d'un tempérament sanguin , et n'ayant eu dans son bas âge que les maladies propres à l'enfance , telles que la variole et la rougeole. Il est vrai que mille chagrins l'avoient assailli durant le cours de la révolution française. H y a une douzaine d'années qu'il fut atteint du prurigo pédiculaire , sans qu'il pût assigner une cause récente à cette cruelle affection, dont les progrès furent très-rapides. Il employa inutilement plusieurs remèdes , entre autres la poudre de staphysaigre, très-renommée en pareil cas. Il avoit beau changer de linge , les poux se multiplioient à chaque instant ; ce qui le détermina à négliger tous les soins de propreté , et plongea son esprit dans une sorte d'apathie. De petites papules s'élevoient sur toute la périphérie de son corps et sembloient fournir un asile à cette vermine rongeante. C'est dans cet état qu'il entra à l'hôpital Saint-Louis, où il fut visité par tous les assistans de ma clinique. Il ne pouvoit résister au prurit qui le tourmentoit; il s'acharnoit contre son épiderme, qu'il déchiroit avec ses ongles. Les poux se manifestoient de toutes parts et refluoient jusque dans les replis de son linge. Les parties exposées à l'air , comme , par exemple , les mains et le visage , en étoient exemptes. Il y avoit sur le corps de cet homme, des papules celluleuses, aussi grosses qu'un grain de poivre. Elles se développoient avec autant de rapidité que les petites. En moins de vingt-quatre heures , il s'y engendroit des poux de différentes dimensions et tellement nombreux, que, suivant l'expression du malade , il y en avoit plusieurs générations. Mais , ce qu'il y a de plus extraordinaire dans l'histoire de cet infortuné, c'est qu'aussitôt que ces animalcules eurent disparu, il lui survint des
symptômes d'adynamie; son pouls s'afFoiblit ; sa laogue devint noire et sèche ; il avoit une odeur qu'on ne pouvoit mieux comparer qu'à celle des gaz qui se dégagent d'un mélange de substances animales et végétales en putréfaction. Il mourut.
OBSERVATIONS RELATIVES A LA PSORIDE PAPULEUSE.
Première observation. — Louis Crozier, boulanger, âgé de trente-neuf ans, ayant la peau blanche , les cheveux cendrés, les muscles assez développés , étoit né de parens sains. Cet homme n'avoit éprouvé pendant le cours de sa vie que de légères incommodités , qui toutes avoient été de courte durée. Habitant Paris depuis quelques mois et étant obligé de travailler malgré les intempéries de l'atmosphère pour subvenir à ses besoins , il gagnoit à peine de quoi pourvoir à sa subsistance. Il étoit logé dans une chambre extrêmement étroite, peu aérée et se nourrissoit de viandes fumées ou de fromage à moitié pourri. Cet homme étoit couvert d'une éruption papuleuse qui existoit par tout le corps. Cette éruption étoit accompagnée d'un prurit que le malade ne pouvoit apaiser par aucun moyen , et qui prenoit surtout de l'intensité aux approches de la nuit. Alors le malade sortoit de son lit et se rouloit sur le carreau, où il trouvoit un léger soulagement. Cet homme , malgré ce tourment continuel , n'avoit jamais de symptômes fébriles ; il mangeoit avec un appétit vorace.
Deuxième observation,- — La malade qui va faire le sujet de cette observation, est une jeune femme de vingt-deux ans, d'une constitution lymphatico- sanguine, caractérisée par un embonpoint très-prononcé , le coloris de la face , la blancheur de la peau et la couleur foncée des cheveux. Le prurigo de cette femme n est certainement pas le résultat de la misère, ni de la malpropreté: car elle vivoit hors de toute privation et prenoit un soin excessif
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de sa toilette. Mais se trouvant en service cliez un pâtissier , le calorique exerçoit une action continuelle sur ses téguraens. Sa maladie datoit depuis son entrée dans cette maison. Elle consistoit dans une infinité de petits boutons, arrondis, n'offrant point de vésicules , et répandus sur toute la surface du corps. On les remarquoit cependant de préférence sur les parties munies d'aponévroses , sur les avant-bras, à la partie externe des cuisses et tout le long du dos. La peau étoit rugueuse dans tous les endroits où les boutons se trouvoient agglomérés ; mais elle conservoit sa couleur naturelle. Nous remarquions que le café ainsi que les alimens fortement épicés déterminoient une exacerbation manifeste. La malade étoit pendant plusieurs jours dans un état d'agitation continuelle ; elle avoit une faim canine ; son sommeil étoit de courte durée.
Troisième obserçation. — Le nommé Etienne Pincbon, âgé de soixante-six ans, d'une constitution éminemment nerveuse, doué de peu d'embonpoint, pâle et tout-à-fait flétri de la face, avoit été admis à l'bôpital Saint-Louis , pour y être traité d'une démangeaison insupportable. Cetbomme, pendant le cours de sa vie, n'avoit été sobre sous aucun rapport. Il avoit abusé des liqueurs fortes, et n'usoit que de nourritures stimulantes. Il étoit particulièrement tourmenté par une démangeaison qui ne lui laissoit aucun repos , et qui se faisoit spécialement sentir au dos , le long des extrémités inférieures et sur la face palmaire des avant-bras. Cette démangeaison devenoit tellement cuisante pendantla nuit, que le malade étoit contraint de se mettre sur le carreau de la salle, où il pouvoit se gratter tout à son aise et calmer la clialeur brûlante qui le dévoroit. Lorsqu'on examinoit avec une loupe les endroits de la peau où les démangeaisons se faisoient ressentir, on les voyoit recouvertes d'une infinité de papules , qui excédoient à peine la surface de l'épiderme ; il y avoit ici pareillement appétit insatiable et pencliant irrésistible au rapprochement des sexes.
Quatrième observation. — Un ouvrier , âgé de vingt-neuf ans , d'une taille très-élevée, ayant la barbe et les cheveux très-noirs, la peau d'une teinte légèrement ictérique , les muscles bien développés, entra à l'hôpital Saint-Louis le 21 juillet 1825. Depuis environ quatre mois il éprouvoit une démangeaison très-vive, qui devenoit insupportable vers le milieu de la nuit. En examinant la peau , on apercevoit une multitude de papules dont les unes étoient entières et les autres déchirées. Elles étoient d'une dimension variable ; mais en général du volume d'une tête d'épingle. On en voyoit qui ressembloient aux boutons d'une gale miliaire et par leur forme et par leur développement; excepté qu'elles ne contenoient rien dans leur intérieur. Cet homme nous disoit n'avoir goûté aucun sommeil depuis l'apparition de sa maladie. Il avoit toujours un air inquiet et se trouvoit dans un mouvement perpétuel. Il ne faut pas oublier de dire que cet individu avoit des pollutions nocturnes et qu'il éprouvoit le besoin de s'abandonner à la masturbation, ce qu'il n'avoit jamais eu avant l'apparition de sa maladie.
Cinquième observation, — L'individu dont il s'agit étoit âgé de cinquante-deux ans, d'une constitution bilieuse-, il étoit tourmenté par des hémorrhoïdes fluentes , auxquelles le malade étoit sujet depuis un grand nombre d'années. L'éruption existoit depuis plus de six mois. Elle consistoit en une infinité de petits boutons papuleux de même forme et de grosseur variable , conservant la couleur de la peau. Ces boutons , déchirés par les ongles, laissoient une petite croûte grisâtre, tout-à-fait semblable à celle qui se développe à la suite d'une égratignure ; ils étoient accompagnés d'une démangeaison vive et cuisante, qui avoit lieu particulièrement le soir et quand le malade étoit couché. Une insomnie opiniâtre le tourmentoit , et il ne pouvoit s'assoupir que le matin ; cet homme avoit toujours le visage inquiet; il étoit d'une loquacité fatigante pour toutes les personnes qu'il fréquentoit.
Sixième observation. — Cette observation et les suivantes ont
pour objet cette variété de la psoride papuleuse, communément désignée dans notre école sous le nom de prurigo pédiculaire. Le nommé Miclii , attaqué depuis plusieurs années de cette maladie , venoit de temps en temps réclamer nos soins à l'hôpital Saint-Louis. On voyoit sur sa peau se développer des poux par centaines , et il se plaignoit d'une démangeaison insupportable. Il y a ceci de particulier dans l'histoire de cet individu, c'est qu'il lui survint, à la suite des plus longues souffrances, des tumeurs dans l'aine , grosses comme de petits œufs , indolentes , qui paroissoient être la suite d'une dégénérescence lymphatique. Ce phénomène étoit purement accidentel , et je m'abstiens de le développer.
Septième observation. — Le nommé Loyer, âgé de quarante ans , d'un tempérament éminemment sanguin , avoit été atteint , il y a plusieurs années , d'une éruption, dont on ne pouvoit guère assigner la cause. Elle reparut avec un très-haut degré d'intensité. Il entra à l'hôpital Saint-Louis couvert de boutons et dévoré par la vermine. On voyoit sortir de dessous son épiderme une quantité prodigieuse de peux. Plusieurs bains lui furent administrés ; lorsqu'il sortoit de l'eau , les papules s'affaissoient , et il ne restoit sur la peau que des taches brunâtres. Quand il avoit chaud, et surtout immédiatement après le bain, il éprouvoit des picotemens et des fourmillemens insupportables. Il nous assuroit qu'il sen toit bien manifestement les poux le mordre et marcher avec rapidité sur les tégumens, dans un espace d'un à deux pouces. C'est surtout entre les épaules , derrière les aisselles , sur les bras et sur les parties latérales externes des articulations fémoro-tibiales , que cette sensation étoit plus vivement distinguée. Le malade exhaloit une odeur sui generis extraordinairement repoussante. Nous observâmes que les bains produisoient sur lui deux effets différens. Tantôt ils faisoient sortir une quantité prodigieuse de vermine , qui fourmilloit ensuite sur son corps et dans ses vêtemens. Tantôt ils la faisoient disparoître, en excitant néan- 2. 52
3ç)S MALADIES DE LA PEAU.
moins un plus violent prurit. Cette différence ne tiendroit-elle pas au degré de chaleur du bain ?
Huitième observation. — Catherine Rousselet , âgée de soixantecinq ans, n'avoit jamais éprouvé aucune maladie grave. U y a environ quinze mois qu'il lui apparut sur diverses parties de la peau, une multitude de petites élevures, de couleur rouge et accompagnées de vives démangeaisons , en même temps que son corps se couvrit d'un nombre considérable de poux. La malade, entraînée par un besoin irrésistible de se gratter , se déchiroit la peau, sans alléger ses souffrances, qui augmentoient toujours pendant la nuit. La sensation étoit surtout plus forte , lorsque les tégumens, imprégnés delà sueur qu'ils exhaloient, sembloient avoir acquis une sensibilité plus vive. Ces boutons disparurent dans l'intervalle d'environ six semaines, ainsi que la démangeaison, et les poux qui avoient suivi leur apparition; mais ils revenoient par intervalles et duroient environ un mois. Les papules que l'on apercevoit encore dans leur intégrité , étoient d'une couleur rouge , éparses dans quelques endroits, rapprochées dans d'autres, et , en quelque sorte , comparables par leur volume et par leur forme , à ces aspérités que fait paroître sur la peau l'action d'un froid intense. Quant aux papules déchirées, elles présentoient une petite écaille due à un sang desséché , et elles étoient entourées d'un cercle rouge assez vif; ce qui leur donnoit l'apparence des morsures de puces.
Neuvième observation. — La malade qui fait le sujet de cette observation, étoit âgée de soixante-dix-neuf ans. L'habitude extérieure de son corps offroit des traits frappans de ressemblance avec la malade dont nous venons de parler. Il y avoit seulement dans quelques endroits de la peau des espèces de durillons qui sembloient s'être développés dans son tissu. Tout annonçoit que les tégumens étoient frappés d'atonie, circonstance presque toujours liée à la maladie pédiculaire. La malade se souvenoit qu'il y a environ trente ans , elle avoit eu une apparition de boutons ,
sans développement de poux , ce qui prouve manifestement la liaison qui existe entre le prurigo formicans et le pruri^^o pédi cul aire. Mais, quand nous la vîmes, elle avoit une si grande quantité de ces animalcules , qu'il sembloit , d'après son expression , qu'il lui en étoit tombé une pluie sur le corps. Les démangeaisons étoient si vives , que la malheureuse patiente se déchiroit continuellement la peau. En se grattant , elle éprouvoit un mélange extraordinaire de souffrance et de volupté , qui lui faisoit perdre, du moins pour quelques instans, l'usage de ses facultés intellectuelles.
Dixième observation. — Jacques Drouet, âgé de cinquanteneuf ans, d'une taille élevée et d'une foible constitution, fut admis dans l'hôpital Saint-Louis , pour y être traité de la maladie pédiculaire , dont il étoit atteint depuis deux ans. Cet homme offroit à la partie postérieure du col et à la partie antérieure de la poitrine, des petits boutons qui conservoient la couleur de la peau 5 ils étoient suivis du développement d'une multitude de poux très-gros, d'un blanc mat, qui, lorsqu'on les détruisoit, étoient bientôt remplacés par d'autres. Ces animaux mouroient peu de temps après avoir été séparés delà peau. Le malade étoit saisi par de telles démangeaisons, qu'il se frottoit avec une brosse très-rude pour les apaiser. Il avait la figure inquiète et se trouvoit agité d'un mouvement continuel.
DGCCXX. Ces observations réunies donnent le tableau véritable de la psoride papuleuse , soit qu'elle se déclare par de simples démangeaisons, soit que les poux la compliquent. Je reviendrai sur cette affection dans la description générale que je donnerai des psorides.
4oo MALADIES DE LA PEAU.
ESPÈCE TROISIÈME
PSORIDE CRUSTACÉE. (PLANCHE LUI.)
C'est ainsi que nous désignons communément une éruption pustuleuse et croûteuse ; qui se manifeste d'ordinaire à la partie externe des cuisses, des bras, des avant-bras, souvent même dans les interstices des doigts, et que le vulgaire prend quelquefois pour la gale. Cette éruption , qui est presque toujours le résultat de la malpropreté et du genre de vie , n'a aucun effet contagieux. On peut en faire deux variétés,
A. La psoride crustacée chronique. Psoris crustacea chronica. On la nomme aussi la. psoriasie sordide oa scorbutique ; elle est sans fièvre, c'est celle qui attaque les indigens, les prisonniers, ceux qui vivent dans des rues malsaines , qui manquent de linge et de tous les moyens de la salubrité.
B. La psoride crustacée aiguë. Psoris crustacea acuta. J'ai vu plusieurs personnes sujettes à cette éruption cutanée qui se déclare chez elles au renouvellement de chaque saison, ou par l'effet de quelques intempéries atmosphériques; elle attaque principalement les enfans et les individus doués d'une constitution lymphatique. Souvent elle est accompagnée de quelques mouvemens fébriles.
TABLEAU DE LA PSORIDE CRUSTACEE.
On" n'a pas assez étudié les phénomènes particuliers de cette maladie, qui est pourtant fréquente dans les grandes villes , dans les hôpitaux, dans les atehers, dans les manufactures, dans les garnisons. Cette affection se manifeste communément par de larges pustules, un peu aplaties , environnées d'une aréole rougeâtre, lesquelles se convertissent en croûtes grises, ou d'un jaune foncé. Ces pustules se montrent quelquefois vésiculeuses ; j'en ai observé quelques-unes qui présentoient l'aspect de la fausse vaccine. Le plus souvent, elles sont de la grosseur d'un petit pois
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MALADIES DE LA PEAU. 4oi
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Les pustules de la psoride crustacée ont pour siège ordinaire les bras , les avant-bras, les extrémités inférieures , à la face externe des cuisses, spécialement à la région lombaire, la partie antérieure de la poitrine; elles ont une marcbe lente, et en desséchant elles laissent sur la peau une empreinte durable , mais qui n'est pas suivie de cicatrice. Les démangeaisons qu'elles déterminent sont brûlantes dans le début de la maladie. Elles se rapprochent de celles qui sont déterminées par la présence de l'érysipèle. Elles occasionnent une grande tension sur toute la peau. Mais ces démangeaisons s'afFoiblissent et sont à peu près nulles quand la dessiccation des croûtes s'est entièrement effectuée. Souvent la psoride crustacée se développe sans occasioner la moindre sensation pénible.
La psoride crustacée se manifeste , dans quelques cas , sur le dos des mains et dans les interstices des doigts; et à mesure qu'elle se développe , elle excite parfois un prurit analogue à celui que provoque la gale. Il est vrai qu'ensuite ce prurit cesse entièrement quand les boutons sont tout-à-fait parvenus à leur maturité, ce qui peut fournir, jusqu'à un certain point , un caractère distinctif entre les deux affections.
J'ai observé dans certaines circonstances que les boutons de la psoride crustacée étoient assez nombreux et comme confluens sur la peau. A mesure qu'ils se desséchoient , ils étoient remplacés par d'autres qui suivoient la même marche. Leur sommet étoit aplati; leur base étoit rouge et enflammée. Quand ils avoient disparu, la peau restoit partout légèrement endurcie.
Les individus qui sont sujets à la psoride crustacée se trouvent pour la plupart dans un état de cachexie scorbutique. Leur peau est sale , blafarde et dans une sorte de relâchement universel. Les pustules, éparses sur toute la périphérie du corps, après avoir fourni une matière séro-purulente se dessèchent, pour
4o2 MALADIES DE LA PEAU.
se convertir en croûtes noires, ou d'un jaune- verdâtre plus ou moins foncé; elles sont inégales, tantôt isolées, tantôt amoncelées ; elles se multiplient d'autant plus , que les causes qui favorisent leur développement sont plus ou moins long- temps continuées. Elles se brisent par le frottement et se réduisent en une sorte de poussière grisâtre.
La psoride crustacée n'est quelquefois qu'une maladie passagère ; mais , dans d'autres circonstances , c'est une maladie permanente, ou du moins sujette à reparoître après des intervalles plus ou moins rapprochés. La peau, dans ces cas-là, finit par devenir dure et rugueuse. On y remarque des froncemens assez prononcés, qu'il est difficile de faire disparoître malgré les topiques émolliens qu'on ne cesse d'employer en pareil cas. Les malades jouissent d'ailleurs d'une santé intérieure qui n'éprouve pas le plus léger trouble , à moins que la psoride ne se manifeste avec une marche aiguë. Les observations suivantes finiront par donner à nos lecteurs une idée complète de cette maladie.
OBSERVATIONS RELATIVES A LA PSORIDE CRUSTACEE.
Première ohserçaûon. — Marie-Madeleine Dorman, âgée de quarante-deux ans, d'un tempérament sanguin, ayant les cheveux blonds, née d'une mère foible et valétudinaire, fut atteinte d'une maladie de peau, d'abord considérée et traitée comme la gale. G'étoientdes éruptions sur le col, sous les aisselles et le long des extrémités inférieures. Ces éruptions pustuleuses, arrivées à leur dessiccation , se changeoient en croûtes plus ou moins informes. Elles se montroient en automne , se continuoient durant tout l'hiver, pour disparoître au printemps. Sur ces entrefaites, la malade éprouva quelques chagrins et prit une mauvaise nourriture. Dès-lors l'indisposition dont je parle gagna toute la surface
MALADIES DE LA PEAU. 4o3
du corps. Voici quelle étoit la forme et la configuration des boutons : ils étoient petits, rouges, légèrement élevés en pointe, ou environnés d'une aréole enflammée. Leur sommet étoit marqué par un petit point obscur, autour duquel se formoit une suppuration abondante. Ces pustules se confondoient et se rouvroient par intervalles, pour donner issue à la matière qu'elles contenoient. Cette matière, exposée à l'air , se condensoit et se convertissoit en une croûte verdâtre , d'une forme ronde et allongée. Ces croûtes se brisoient , s'enlevoient par fragmens , ou se séparoient en totalité. Le cercle inflammatoire s'étendoit en pâlissant et laissoit une tacbe sur la peau.
Deuxième obserçation. — ■ Un artiste , nommé Antoine Vial , âgé d'environ soixante ans, d'un tempérament sanguin et robuste, s'étoit longuement fatigué parles soins qu'il av oit donnés à son épouse malade ; à cause de son peu d'aisance , il n'avoit pris depuis long-temps que de très-mauvaise nourriture. Il éprouva d'ailleurs un violent chagrin de la mort de sa compagne et de celle de sa fille. Il ne put résister à tant de secousses. Il lui survint sur les jambes , les cuisses et les fesses une éruption de boutons assez considérables par leur volume ; ces boutons se dessécboient et se couvroient de croûtes verdâtres , qui causoient une légère démangeaison. On voit clairement l'analogie qui rattache cette affection à la précédente.
Troisième observation. — Un porte-faix , nommé Firion , d'un tempérament sanguin , habitoit une maison basse et humide , et il y séjournoit long-temps. Il lui survint sur les épaules , derrière le col et à la partie supérieure des cuisses un grand nombre de boutons rouges, très-rapprochés et confondus, qui parcoururent la même marche que ceux de l'observation précédente.
Quatrième observation. — Le nommé Boissy , âgé de quarantequatre ans j d'une constitution détériorée par une longue suite d'excès, fut admis à l'hôpital Saint-Louis, pour y être traité d'une éruption pustuleuse bornée aux extrémités. Cette éruption,
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survenue tout-à-coup et sans cause connue , consistoit en des pustules arrondies , renfermant une sérosité opaque et puriforme ; ces pustules, plus volumineuses que celles de la gale, difFéroient en outre par le genre de sensation qu'elles déterminoient ; en effet, les pustules s'étoient développées sans causer le moindre prurit; les croûtes grisâtres qu'elles avoient formées, ressembloient assez bien aux lichens que l'on remarque sur beaucoup d'arbres. Cette maladie se rapprochoit néanmoins de la gale , i» en ce que ces croûtes laissoient des taches rougeâtres sur la peau ; 2» en ce qu'il se développoit vers la fin de la maladie d'autres pistules qui quelquefois étoient en aussi grand nombre que dans l'éruption première. Le malade a vureparoître plusieurs fois la maladie, alors même qu'elle étoit sur le point de s'éteindre.
Cinquième observation, — La nommée Michel, ouvrière en linge, d'une constitution lymphatico-sanguine, arriva à l'hôpital Saint— Louis pour y être traitée d'une aménorrhée et d'une éruption pustuleuse bornée à la face dorsale des avant-bras et à la partie antérieure du sternum. Cette fille , depuis qu'elle vivoit à Paris, ne se nourrissoit que de harengs ou d'autres alimens salés. L'éruption s'étoit développée , pour ainsi dire , spontanément et sans presqu'aucune démangeaison. Elle avoit été très-surprise d'apercevoir en se réveillant ces pustules qui présentoient déjà un volume considérable.
Sixième observation. — Julie Baudoin, âgée de vingt-neuf ans, d'une constitution éminemment lymphatique , avoit été valétudinaire dans son enfance ; mais , depuis l'âge de la puberté , sa santé s'étoit raffermie et n'avoit été troublée que par des incommodités légères et de peu de durée. Seulement, depuis six mois, il lui étoit survenu une éruption, que plusieurs personnes de l'art avoient cru être la gale, et pour laquelle on l'avoit envoyée à l'hôpital Saint-Louis. Cette éruption étoit bornée aux membres supérieurs et inférieurs. Les pustules étoient également venues , sans avoir été précédées d'aucun accident ou phénomène ap-
parent d'irritation. Elles étoient très-rapprochées et de la grosseur d'un petit pois. Elles étoient pleines d'une sérosité puriforme, qui donnoit lieu à la formation de croûtes grisâtres. Cette fille vivoit de son travail , et gagnoit fort peu de chose. Elle cliangeoit rarement , et se trouvoit logée dans un endroit malsain et tout-à-fait privé des rayons du soleil.
Septième observation. — Charles Gillet étoit un maître de danse, d'une constitution athlétique; mais il avoit été considérablement affoibli par les chagrins, la misère et toutes les vicissitudes d'une vie errante. 11 s'étoit engagé depuis l'âge de seize ans, dans une troupe ambulante de comédiens. Une éruption considérable s'étoit manifestée sur plusieurs parties de son corps , surtout aux mains et aux jambes. C'étoient de petites pustules enflammées , circonscrites , laissant apercevoir à leur centre un point plus élevé et comme vésiculeux, de couleur jaunâtre, environnée d'une liqueur séro-purulente , dont la dessiccation, assez prompte , donnoit lieu à la formation de quelques croûtes brunâtres. L'épiderme enlevé , il restoit une portion du derme à découvert, de grandeur variable; la surpeau se régénéroit avec lenteur. L'individu étoit maigre et pâle ; il présentoit tous les phénomènes d'une diathèse scorbutique, marquée par l'altération des gencives et une œdématie presque générale.
Huitième observation. — Loiselet , âgé de dix-neuf ans , a été particulièrement observé par mon très-estimable élève, M. Devilliers. Tous ses membres sont couverts de plaques croûteuses plus ou moins étendues, tantôt isolées, tantôt unies parleurs bords, légèrement saillantes, rudes au toucher, recouvertes d'écailles très-petites; ces écailles tombent par le frottement, sous la forme d'une poussière grossière et blanchâtre. Le prurit est peu considérable ; il augmente néanmoins pendant la nuit et sous l'influence de la chaleur. D'ailleurs, la santé est parfaite. Quand cette maladie débute , il paroît de petits points rouges, disséminés; leur volume augmente , et leur sommet se couvre d'une petite écaille. 2. ■■' 53 .
4o6 MALADIES DE LA PEAU.
Le siège des boutons étoit d'abord sur les coudes et les genoux ; de là, cette affection s'est étendue aux avant-bras, aux bras et aux cuisses. Elle a ensuite envahi le , tronc , le col , le derrière des oreilles ; le visage en étoit exempt. Les petits boutons enflammés, en augmentant d'étendue, se sont réunis dans plusieurs endroits, et ont formé les plaques que nous avons décrites plus haut. De nouveaux points rouges se manifestent de temps à autre et suivent la même marche. Ils se réunissent aux plaques anciennes , ou en forment de nouvelles parfaitement isolées.
Neuvième observation. — Voici un fait recueilli, il y a fort long-temps , par M. Fauché l'un de mes autres élèves. Jean- Baptiste Richard, âgé de treize ans, étoit né à Paris, de parens ignorés. Il fut atteint du scorbut, dont il fut fort bien guéri à l'hôpital des Enfans-Malades. Peu de temps après , retenu dans son lit pour des engelures aux pieds, il lui survint, spontanément et sans cause connue , de petits boutons par tout le corps , avec un aspect tout-à-fait analogue à celui de la gale pustuleuse. Ces boutons se crevèrent et donnèrent lieu à la formation de croûtes squammeuses, bosselées, inégales. Ces boutons , inégale-, ment répandus sur toute la surface du corps, étoient tantôt isolés , tantôt rapprochés, au point souvent de se confondre et de ne pouvoir plus être distingués. Il y avoit chez cet enfant des démangeaisons assez vives, qu'on pouvoit prendre pour la gale. Les oreilles, les bras, les poignets, les intervalles des doigts étoient affectés , ce qui eut pu donner lieu à une méprise complète sur la nature de la maladie.
Dixième observation. — Nous avons vu la psoride crustacée se développer spontanément chez un enfant qui n'avoit que trois mois. Les boutons étoient volumineux et d'un rouge amaranthe. Ils formoient par leur agglomération des plaques , qui étoient répandues çà et là sur tout le corps. Pour guérir cet enfant, on mit en usage une pommade, qui ne fit que contribuer au développement des boutons. Ils conservoient la couleur de la peau , et of-
froient une ampoule très-développée , d'où s'écliappoit une matière opaque et tout-à-fait puriforme. La dessiccation ne tardoit pas à s'opérer.
Onzième observation. — M. Jannin de Besançon a recueilli le fait suivant : chez un adulte, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution , des plaques, arrondies, circonscrites, proéminentes, du diamètre d'environ deux lignes , occupoient une grande partie du tronc j elles étoient couvertes de squames qui adhéroient fortement à la peau. Leur surface , grisâtre , étoit parsemée de petits points rouges , occasionés par le développement et rinjection du système capillaire sous-cutané. La peau étoit rougeâtre et rugueuse ; il y avoit des desquammations successives de l'épiderme. Il restoit des taches violettes quand les boutons avoient disparu.
Douzième observation. — Ce qui prouve que la psoride crustacée se distingue par des caractères positifs et immuables, ce sont les diverses observations recueillies en divers temps par les nombreux élèves qui ont fréquenté l'hôpital Saint-Louis. En voici une qui date de vingt ans , et conservée par M. Gagnon : Grosmenil, âgé de soixante-dix ans , étoit un ivrogne de profession. 11 habitoit des lieux bas et humides, et s'abandonnoit à la plus vile crapule. 11 se présenta un jour à nous avec de larges plaques croûteuses répandues sur l'enveloppe cutanée , mais surtout sur les régions mastoïdienne , pectorale et dorsale. Variant par leur forme et leur grandeur , la base sur laquelle reposoient ces croûtes étoit rouge et enflammée. Le sommet des boutons présentoitune petite vésicule remplie d'un liquide plus ou moins épais et jaunâtre; l'exsiccation des boutons s'effectuoit avec promptitude.
DGGGXXI. Ges douze observations suflisent incontestablement pour établir l'existence et le caractère particulier de la psoride crustacée. Les méprises fréquentes qui ont eu lieu , et les points de ressemblance qu'on lui trouve avec la gale , prouvent également qu'elle se rattache au groupe des psorides. Nous allons maintenant considérer le genre sous un point de vue général.
SECONDE PARTIE
DES FAITS RELATIFS A L'fflSTOmE GÉNÉRALE DES PSORIDES.
DGGGXXII. Telle est l'identité apparente des trois espèces qui composent mon genre des psorides , qu'au sein même des hôpitaux où elles se présentent en si grand nombre , il arrive journellement qu'elles soient classées de la manière la plus arbitraire. Après avoir retracé pour chacune d'elles l'ensemble des signes qui les spécifient individuellement, je crois utile de présenter un aperçu rapide des traits généraux qui établissent la physionomie , si je puis m'exprimer ainsi, du genre lui-même, pour venir ensuite à l'appréciation des caractères distinctifs de chacune des trois espèces , dans l'article où je traiterai de leur diagnostic. Ces rapprochemens ne faciliteront pas seulement leur étude comparative , ils nous serviront encore à fi.xer les modifications que celle-ci doit introduire dans la thérapeutique.
ARTICLE PREMIER