DES PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX QUI CARACTÉRISENT LA MARCHE DES
PSORIDES.
DGCGXXIIL Un phénomène commun aux trois espèces de psorides , et le plus général par conséquent , puisqu'il existe toujours dans une nuance diversement tranchée , c'est incontestable-
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ment le prurit avec ses formes particulières de continuité plus ou moins soutenue, ou de rémittence. Il n'y a peut-être pas d'affection cutanée , qu'elle suive le mode aigu ou le mode chronique , qui ne présente ce symptôme, pour ainsi dire inévitable; tant le réseau nerveux de la peau, que d'ingénieux physiologistes ont nommé l'épanouissement , ou les feuilles de l'arbre sensitif , est , à cause de sa délicatesse , susceptible de s'altérer par les causes les plus légères. C'est dans les psorides qu'il paroît atteindre le summum de susceptibilité, et le symptôme dont je parle, qui les confond pour l'observation vulgaire , est pourtant aux yeux du praticien exercé, le trait caractéristique qui les distingue; mais le premier regarde et voit les objets en masse , le second compare et analyse.
DGCGXXIV. La forme de Péruption, dans chacune des trois espèces de psorides, a aussi quelque chose d'analogue, qui permet, jusqu'à un certain point, de les confondre entre elles. Dans toutes, on observe des boutons qui, après s'être terminés par suppuration , ou avoir été excoriés par les ongles des malades , donnent lieu à des croûtes furfuracées plus ou moins épaisses , qui tombent bientôt , laissant à leur place des taches ou des cicatrices plus ou moins durables. On a vu l'humeur séreuse ou purulente que rejiferment ces boutons acquérir une causticité qui corrodoit la peau et y déterminoit des ulcérations profondes.
DCCGXXV. Si les régions de l'enveloppe tégumentaire où se manifestent ordinairement les éruptions qui constituent les psorides , ont quelque chose de spécial pour chacune d'elles , il est , à cet égard, un caractère commun à toutes, c'est de respecter également le visage. On n'a pas assez remarqué cette loi de physiologie pathologique, qui assigne, en quelque sorte, un genre particulier de maladie à chaque partie du corps vivant , suivant ses degrés propres d'énergie vitale ou d'activité sensitive. C'est ainsi, pour ne pas sortir de notre point de comparaison, que l'érysipèle attaque plus fréquemment la face, le cancer, le pourtour des
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lèvres et les autres parties où le système nerveux prédomine , et que les psorides, sauf l'exception pour la qualité contagieuse de l'espèce pustuleuse, troublant beaucoup moins, en général, l'ensemble de l'économie, occupent aussi des points de la surface tégumentaire dont les sympathies sont moins étendues ou moins importantes.
DCCCXXVI. Il ne faut point chercher ailleurs l'explication d'un autre caractère commun à toutes les psorides, qui est de ne jamais provoquer la réaction fébrile, à moins qu'elles ne soient influencées par quelque complication plus ou moins grave, qui les rend toujours presque méconnoissables. On trouve certainement dans ce fait un argument bien fort contre les pathologistes qui veulent réunir dans la même étiologie, et par suite rattacher aux mêmes méthodes de traitement les exanthèmes aigus et les exanthèmes chroniques. Les premiers, dont le siège paroît être le système capillaire du réseau muqueux, s'accompagnent rarement de démangeaison ou de douleurs vives, et provoquent néanmoins, dans tous les cas, une réaction fébrile intense; tandis que les seconds, dont le siège semble être sur tout le système exhalant, excitent un prurit affreux, des cuissons et des ardeurs intolérables sans réaction , la plupart du temps, du système circulatoire. N'y a-t-il pas dans cette disposition contradictoire quelque obstacle à cette unité de principes qu'on voudroit établir dans la pathologie?
DGGCXXVII. Ce que les psorides ont encore de général, c'est une opiniâtreté , une sorte de ténacité qui s'oppose à ce qu'elles se terminent d'une manière spontanée ; mais qui les porte plutôt à s'accroître, à s'aggraver sans cesse. J'ai vu des familles entières dans ces tristes réduits qu'habite l'indigence, consumées lentement par les cuissons dévorantes et l'anxiété inséparables de ces dégoûtantes éruptions ; leur teint pâle et plombé , l'oedématie générale des membres , qui leur laissoit à peine la forme humaine , annonçoient le terme prochain de leur existence douloureuse, et cependant elles recouvroient la santé et revenoient , pour ainsi
dire, à la vie, aussitôt qu'une main bienfaisante venoit soulager leur infortune et les soumettre à des soins médicaux appropriés. Ainsi , il n'y a rien à espérer dans les psorides, des mouvemens de la nature.
DCCGXXVIiï. On observe particulièrement ces maladies , comme je l'ai déjà dit, dans les lieux où des masses d'individus réunies dans des espaces trop étroits, ne permettent que dijSicilement d'observer les soins ordinaires de la propreté et les autres règles de l'bygiène. C'est dans les prisons, dans les maisons de travail, souvent même dans les établissemens pou^r l'éducation des enfans du peuple, quand ils ne sont pas tenus avec l'ordre et la sévérité nécessaires, qu'elles sévissent avec plus de fureur. Un médecin éclairé et judicieux assure avoir fait la remarque que des deux insectes de la gale et du prurigo pédiculaire, l'un nuisant à la subsistance de l'autre ,il est rare de les rencontrer ensemble. Ce qu'il y a de positif, c'est que certaines professions , celle de vidangeurs , par exemple , sont funestes à tous les deux ; le gaz liydrogène sulfuré est ici manifestement l'agent de leur destruction. Nous aurons occasion de signaler , au contraire , d'autres métiers qui paroissent favoriser la propagation de ces animalcules ; comme aussi d'apprécier les circonstances d'âge, de constitution et de tempérament qui prédisposent plus immédiatement à la psoride papuleuse et à la psoride crustacée ; mais ces détails trouveront mieux leur place dans le chapitre suivant.
ARTICLE II
CONSIDÉRATIONS SUR LE DIAGNOSTIC DES PSORTDES , ET SUR LEURS RAP- PORTS d'analogie avec QUELQUES AUTRES MALADIES CUTANÉES.
DCCCXXIX. On a long-temps confondu , et beaucoup de médecins confondent encore entre elles ces éruptions. Il importe donc que leurs caractères spécifiques soient exactement indiqués ici pour que leur détermination soit aussi dans la circonstance , sure et facile.
DGCCXXX. La plus commune des trois espèces , la pustuleuse, présente dans l'état simple, des traits assez prononcés, mais qui deviennent plus incertains lorsqu'on arrive à ses diverses nuances. Le siège qu'occupent ordinairement ses boutons est déjà une donnée très-utile pour apprécier la nature de la maladie. Ainsi , nous avons vu que ce sont l'interstice des doigts , le pli des articulations, le creux des aisselles, et toutes les parties , en un mot, qui fournissent une espèce d'abri à la cause propagatrice de la maladie , et en facilitent la contagion , où se montrent presque toujours les pustules de la gale. Les exceptions, sous ce rapport, sont néanmoins assez communes; on cite, par exemple, le cas d'un seigneur italien , qui fut atteint de la psoride pustuleuse au visage, pour avoir appliqué sur cette partie son manteau sortant des mains d'un domestique infecté de cette éruption. On voit les nourrices ou les servantes galeuses en déposer le germe sur les fesses des enfans, parce qu'elles sont dans l'habitude d'appliquer leurs mains sur ces parties en les portant à la promenade.
DGGGXXXI. Il existe, pour le prurit de la psoride pustuleuse , un trait particulier qu'on ne rencontre point dans les autres ; je veux parler du soulagement et même du plaisir momentanés que
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Faction de se gratter procure au malade. Le moment de la journée où cette démangeaison devient plus vive, la circonstance de son accroissement par la chaleur du lit, du foyer ou de l'atmosphère, sont, comme l'observe Wichmann, autant de particularités propres à déceler la nature de l'affection. Il semble effectivement, dit cet écrivain , que la chaleur produise alors sur les sarcoptes l'influence qu'elle a sur tous les insectes , c'est-à-dire qu'elle les excite, les tire de leur engourdissement, par où s'exphque le surcroît d'incommodité dont nous parlons. La marche naturelle et la forme des pustules de la gale , mais surtout sa propriété contagieuse, sont d'autres conditions à l'aide desquelles il devient impossible de laméconnoître.
DGGGXXXII. Ces notions sur les diagnostics de la psoride pustuleuse peuvent servir, en quelque sorte , de type pour estimer les modifications dont elle est susceptible, et établir les signes distinctifs des autres espèces. Qu'au lieu de ces boutons mihaires , cristallins , très-rapprochés, qui constituent la gale vulgairement dite canine y il se présente de gros boutons purulens, discrets, formant par leur dessiccation des écailles plus ou moins épaisses , cette différence dans la forme ne saurait induire en erreur sur la nature de la maladie qu'indique suffisamment la réunion des autres caractères ; leur absence est comme une démonstration négative pour les autres espèces.
DCCGXXXIIÎ. La psoride crustacée, oupsoriasie, se distingue des précédentes non-seulement par la forme de l'éruption ellemême , dont chaque bouton offre ordinairement une petite aréole violette ; mais leur siège n'est presque jamais celui de la psoride pustuleuse , puisque c'est sur les membres inférieurs et supérieurs , particulièrement sur leur face externe qu'on les rencontre. Une dissemblance plus saillante encore , est que le prurit est très-rare dans la psoride crustacée, et qu'elle ne se transmet point par contagion. M. Devilhers, élève de l'hôpital Saint-Louis, a recueilli sous mes yeux l'observation suivante, qui suliiroit à
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elle seule pour donner le diagnostic exact, et confirme pleinement ce que je viens de dire de la psoride crustacée. Le nommé Bonito , âgé de vingt ans, d'un tempérament sanguin, d'une constitution robuste, présente, derrière les épaules des boutons papuleux, tantôt isolés , tantôt unis par les bords, légèrement saillants, recouverts d'écaillés très-petites, et tombant sous forme de poussière grisâtre. Démangeaison à peu près nulle. Le début fut l'apparition de petits boutons rouges disséminés sur les coudes , les genoux, d'où ils s'étendirent aux bras et aux cuisses, pour bientôt envabir le tronc, le cou, le derrière des oreilles; la figu.re en a été constamment exempte. En se réunissant, ces boutons formèrent des plaques diversement étendues -, de nouveaux se manifestent de loin à loin, suivent la même marcbe que les précédens : et c'est ainsi que la maladie s'entretient depuis son origine , dont la cause demeure tout-à-fait ignorée.
DCGGXXXV. A leur invasion irrégulière, a l'aspect des aspérités blancliâtres , pleines , sècbes , analogues à ce qui se montre dans le pbénomène nommé chair de poule ^ mais en considérant surtout les régions de la peau, les épaules , les lombes , etc. , où ils se manifestent, on doit reconnoître assez facilement les boutons de la psoride papuleuse. Il sera impossible de conserver le moindre doute à son égard, après avoir constaté la démangeaison vive et continue dont elle est accompagnée. J'ai connu un académicien également distingué par la finesse de son esprit et la noblesse de son caractère, qui ])assa les dernières années de sa vie dans les tortures inouïes d'un prurigo formicans , dont la démangeaison lui laissoit à peine quelques instans de calme, et s'exaspéroit, au contraire , très-souvent par les manœuvres du domestique, incessamment occupé à frotter cet infortuné malade.
DCGGXXXVI. Il seroit superflu de nous arrêter sur la seconde variété de psoride papuleuse, celle qui constitue la plithiriasis ou maladie pédiculaire. Quelle que soit son origine, dont nous aurons à nous occuper plus loin , il est évident que la seule présence de
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l'insecte particulier qui forme la cause immédiate de la maladie , suffit dans toutes les circonstances pour déceler sa nature et son caractère.
DGGCXXXVn. En continuant le parallèle des psorides , il deviendra de plus en plus aisé de préciser ce que chacune a de spécial; dès-lors on n'assimilera plus, comme cela arrivoit fréquemment autrefois , toutes les éruptions anomales à la psoride pustuleuse. Il est certain que celle-ci disparoît assez brusquement par l'effet du frisson fébrile , ou à la suite de quelqu'irritation développée dans l'intérieur de l'économie. Ce phénomène ne tiendroit-il pas à ce qu'une température basse venant à s'établir soudainement dans la surface cutanée , asphyxie les sarcoptes qui recouvrent le mouvement et la vie dès que la chaleur périphérique et les autres conditions favorables à leur existence sont rétablies? telle étoit l'opinion de Morgagni ; et ce que j'ai vu arriver dans plusieurs cas die prurigo pediculai'is , où les insectes désertoient les corps dès que se manifestoit le froid de l'agonie, justifie , jusqu'à un certain point, cette conjecture. On voit du reste qu'elle se concilie parfaitement avec le résultat de la disposition contraire , c'est-à-dire avec le surcroît d'activité que le sarcopte reçoit de l'impression du calorique. Une circonstance qui doit singulièrement éclaircir le diagnostic en pareil cas , c'est que la psoride pustuleuse reparoît toujours sur les parties où elle existoit d'abord et qui sont, comme on sait, les lieux cV élection j tandis que les éruptions diverses auxquelles on attribue quelquefois un caractère critique, n'ont jamais une station déterminée, et varient , sous ce rapport , autant que sous celui de leur étendue et de leur figure.
DCCCXXXVIII. Parmi les accidens qui peuvent compliquer et par conséquent obscurcir le diagnostic des psorides, je noterai les dépôts purulens , les furoncles et autres phénomènes inflammatoires dont le développement s'allie assez souvent à la maladie éruptive. Bien qu'ils n'aient rien de commun au fond avec la
cause essentielle de la psoride pustuleuse où on les observe la plupart du temps, leur appréciation peut être extrêmement utile pour établir le diagnostic exact de la maladie. Cette espèce d'accident ne diffère pas au reste de ce qui se voit toutes les fois qu'une suppuration plus ou moins ancienne, trop brusquement supprimée , donne naissance à quelque autre travail morbide que la nature suscite à propos pour prévenir l'irritation des organes internes , comme nous allons le voir , en traitant du pronostic des psorides. Mais déjà nous voyons par ce qui précède que la manifestation des accidens dont je m'occupe , exige toujours l'existence préalable d'une suppuration qu'on ne rencontre véritablement que dans la psoride pustuleuse ; ce qui est un moyen de la distinguer non-seulement de toutes les éruptions cutanées anomales , mais encore de celles qui ont avec elle le plus d'analogie.
ARTICLE lîï.