DE LA STRUCTURE DE LA PEAU
DCCCGVIU. Cette membrane est composée de deux feuillets ; l'un intérieur et constituant le tissu essentiel , fondamental de la peau, a reçu le nom de corium ou derme, l'autre, visible extérieurement , porte celui d'épiderme. Comme le mot seul l'indique , celui-ci forme une sorte de gaine au premier et le suit dans tous ses enfoncemens ou plicatures. Ses formes varient d'une manière
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très-sensible non-seulement dans la série animale , mais sur les divers points de sa surface chez le même être. Qui n'a pas été frappé de cette différence, en comparant l'épiderme mince, souple , uni des batraciens , aux écailles épaisses , sèches et rugueuses qu'il présente chez les poissons ; et dans l'homme luimême, tout le monde ne connoîtil pas la différence existante entre l'épiderme du talon ou du gros orteil, par exemple, et celui de la face dorsale de ces parties? Quoique l'épiderme conserve généralement une épaisseur assez uniforme dans toute son étendue, il y a néanmoins quelques exceptions facilement appréciables à cet égard. Ainsi , les points de sa surface qui se trouvent exposés à une pression plus considérable de la part des agens extérieurs sont constamment protégés par un épiderme d'une épaisseur et d'une densité plus considérables. Cette disposition se montre à la plante des pieds dans l'espèce humaine; elle devient plus saillante encore et a reçu en conséquence le nom de callosités chez quelques animaux , tels que les singes de l'ancien continent, les chameaux et les dromadaires , où elles sont diversement situées. Telle est sous ce rapport chez l'homme la disparité d'épaisseur que l'épiderme présente dans les parties indiquées et le reste du corps , que c'est uniquement là que sa formation par couches superposées est véritablement appréciable; partout ailleurs une lame unique paroît constituer sa texture. Cette circonstance peut expliquer dès-lors, comme on le sait, le peu d'action des vésicatoires et autres épispastiques sur cette région du corps, nonobstant l'innombrable quantité de nerfs dont elle est pourvue.
DCCGCIX. L'épiderme suit nécessairement toutes les modifications qu'éprouve le feuillet profond de la peau auquel il adhère par sa face interne. On le trouve sillonné par des rides plus ou moins apparentes, disposées en général assez irrégulièrement, excepté à l'extrémité pulpeuse des doigts où elles décrivent des courbes concentriques. Une circonstance qui ne doit pas être négligée, c'est l'espèce d'antagonisme, si l'on peut le nommer amsi ,
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qu'on observe entre le développement de l'épiderme et celui des autres élémens protecteurs de la peau , les poils par exemple. Il est constant en effet que là où ces derniers abondent , l'autre présente une ténuité remarquable; réciproquement où les premiers, les poils, les plumes, etc., sont plus ou moins en défaut, l'épiderme acquiert toujours un degré notable d'épaisseur et de consistance. Cette particularité est déjà appréciable cbez l'hommemais elle devient bien plus marquée quand on prend dans l'échelle animale deux termes un peu éloignés de comparaison , comme les petits rongeurs et les pachydermes. Dans quelques autres animaux les poils et la couche épidermique se combinent pour former un épidémie tout-à-fait particulier , comme il arrive chez les cétacés ; mais partout on admire cette facilité qu'a la nature d'étendre et de varier ses effets sans vain étalage , ni stérile multiplication de moyens.
DGCGGX. Il existe plusieurs procédés, soit artificiels, soit naturels, presque également avantageux pour mettre à découvert la structure de l'épiderme qu'il est toujours indispensable pour cela d'isoler des parties sousjacentes. Vésale employoit à cet effet la flamme d'une bougie ; Malpighi avoit recours au fer rouge , Ruisch se servoit de l'eau bouillante, et Fantorini de la macération qui, à tout prendre , est encore la méthode préférable. Indépendamment de ce qui arrive à cet égard par l'effet de certains exanthèmes aigus ou chroniques, le soulèvement de l'épiderme peut être produit, comme on le sait, par les vésicatoires , et son détachement du corps muqueux a lieu aussi par suite de la putréfaction cadavérique. Toutes les fois que par l'effet d'une brûlure ou de toute autre irritation une phlyctène se développe à la surface de la peau, l'épiderme soulevé et distendu retient la sérosité épanchée et s'oppose à son écoulement. Cette expérience si familière, a suffi pour mettre hors de doute le développement de l'épiderme en membrane partout plane et continue. Il fut cependant contesté par de célèbres anatomistes , Winslow , Leuwen-
lioeck et Boerliaave qui soutinrent que l'épiderme se compose d'écaillés superposées. Son épaisseur en général n'est guère que le cinquième ou le sixième de l'épaisseur totale de la peau. Percé nécessairement d'une innombrable quantité d'ouvertures pour le passage des poils et de la matière de la transpiration , il a été néanmoins tout-à-fait impossible de les découvrir , ce qui les a fait comparer avec raison à ces trous qu'on pratique avec une épingle dans une substance molle, telle que la gomme élastique, et qui s'effacent dès que les mailles du corps cessent d'être séparées. On ne s'étonnera donc pas que les prétendus pores dont Leuwenlioeck a pourtant donné la figure, soient demeurés inappréciables à des observateurs aussi exacts que Meckel , Cruiksliank et M. de Humboldt, bien qu'ils se soient aidés pour cette recherche des plus forts microscopes. Il est dès-lors permis de douter de leur existence , malgré ce que peut offrir de spécieux à cet égard le fait constant de l'inégalité de transparence que l'épiderme laisse apercevoir sur l'étendue de sa surface.
DGCCCXI. La membrane épidermique est étroitement liée aux parties sousjacentes au moyen de brides cellulaires , nerveuses et vasculaires. Cette disposition devient surtout apparente dans les cas où l'on soulève légèrement l'épiderme, car il se présente une quantité considérable de filamens qui se rompent au delà d'un certain degré de traction et sur la nature desquels il règne encore des sentimens très-divers parmi les anatomistes. Bichat les considéroit comme des vaisseaux exhalans et absorbans ; opinion que Hunter n'a jamais partagée. On peut dire au reste que l'épiderme tient par là le milieu entre les corps organisés et les corps inorganiques, participant à la fois de la nature des uns et des autres, à cause des vaisseaux de toute espèce qui lui arrivent par sa face interne , et des caractères qui extérieurement décèlent son inertie.
DGCCGXIL Le mode de formation de l'épiderme long-temps controversé donna naissance à une foule d'hypothèses. L'opinion
la plus générale aujourd'hui le regarde comme le résultat de la concrétion d'un fluide exhalé à la surface des corps yivans. Tel est le motif qui l'a fait classer parmi les membranes couenneuses ou albumineuses y et M. Ghaussier avoit pour habitude de citer en preuve à cet égard la possibilité de fabriquer à volonté un épiderme artificiel, ou au moins une pellicule très-analogue, en coulant et laissant ensuite se coaguler lentement un suc albumineux. L'identité du mucus et de l'épiderme a d'ailleurs été mise hors de doute , sans qu'il soit nécessaire , pour démontrer leur analogie , de citer, comme l'a fait Haller, ces fausses membranes dont les muqueuses sont quelquefois le siège , et qu'une observation superficielle a pu faire confondre avec les tégumens de la surface interne elle-même.
DCCCGXIIL On commence à distinguer l'épiderme sur la peau du fœtus dès le deuxième mois de son existence, qui est aussi l'époque où la peau elle-même se montre avec ses véritables caractères. Depuis cet instant jusqu'à la vieillesse , où l'épiderme desséché , rugueux et friable a perdu jusqu'aux foibles vestiges d'organisation qu'on y apercevoit dans les âges précédens, il est aisé de concevoir l'infinité de modifications qu'il doit éprouver par le concours de mille influences diverses durant la période entière de la vie. Sa transparence varie également à mesure que l'individu avance en âge, et dans aucun temps elle n'est absolument uniforme sur toute sa surface. On a dit avec raison que les points par où la transpiration s'effectue sont ceux où la membrane sensiblement amincie présente aussi la transparence la plus prononcée.
DCGCGXIV. L'analyse chimique n'a rien découvert de particulier dans la composition de l'épiderme. Elle n'a fait que confirmer davantage , pour ainsi dire , son analogie avec le mucus desséché. Peu ou presque point perméable , il ne jouit non plus de presque aucune élasticité; semblable en cela aux substances inertes ou inorganiques. Une propriété qu'il partage avec ces dernières , c'est une inaltérabilité qui le met à l'abri de la putréfaction ; par 2. V 59
où s'expliquent naturellement les cas où il a été trouvé parfaitement conservé dans les tombeaux sur des cadavres enfouis depuis un demi-siècle. Quant à l'odeur quel'épiderme exhale en brûlant, elle ne diffère en rien de celle des autres substances cornées , poils, plumes, etc., qui sont d'ailleurs des annexes.