MUQUEUSES
DCCGCXLVKI. L'enveloppe externe des animaux n'est pas la seule par laquelle les corps extérieurs puissent l'introduire dans l'économie ; elle n'est pas même la partie où l'absorption est le plus active. Ce pliénomène se produit en effet sur tous les points du corps vivant et jusqu'au sein des viscères le plus profondément situés, puisqu'il est la condition indispensable de la nutrition générale. Mais , en nous bornant à le considérer sur la double surface de l'enveloppe tégumentaire , il nous sera facile d'apprécier combien l'interne est plus favorablement disposée pour cette fonction que l'externe, où elle n'a lieu, pour ainsi dire, qu'accidentellement, tandis qu'elle constitue le rôle fondamental de la première. Parmi les faits nombreux qui démontrent la propriété absorbante des membranes muqueuses, nous citerons le passage presque subit, dans quelques circonstances, des boissons par les voies urinaires, et dont l'explication bien plausible n'a pas encore été donnée par les physiologistes. Beaucoup d'observations analogues pourroient être encore rapportées à l'appui du principe établi ; mais celui de la sueur plus ou moins abondante dont l'apparition suit l'injection dans l'estomac d'une grande quantité de boisson aqueuse, ne nous paroît pas plus appartenir à l'absorption que la disparition de la sueur, après le développement de l'irritation de la plèvre, par exemple , n'indique la congestion du fluide séreux sur l'organe malade. N'y a-t-il pas simplement dans l'un et l'autre cas influence ou réaction sympathique ?
DCGGGXLIX. L'absorption que nous venons de considérer sur
la surface de la membrane muqueuse gastro-intestinale se fait également par celle de la muqueuse pulmonaire. Celle-ci paroit être effectivement la voie que suivent une infinité de substances gazeuses pour s'introduire dans l'économie animale. Les effluves marécageux sont particulièrement dans ce cas aussi bien que les autres gaz méphitiques dont l'impression est si constamment marquée sur l'odorat, alors que la chimie ne fournit aucun moyen d'apprécier- leur nature intime. Ces trois espèces d'absorption, ou , pour parler plus exactement , l'absorption qui se fait par les trois surfaces , s'opère-t-elle par le même ordre de vaisseaux absorbans, proprement dits, lymphatiques, artériels, veineux? Cette question n'est pas facile à résoudre : quoi qu'il en soit , c'est à travers les aréoles du tissu pulmonaire que paroît du moins se faire la séparation des élémens constituans de l'air atmosphérique, et que l'oxigène absorbé va se mêler au sang pour lui donner sa couleur rouge et vermeille. Pour ce cas, l'absorption a lieu sans conduits particuliers ou absorbans , et par les interstices naturels des pores du tissu pulmonaire. Quelle que soit d'ailleurs son importance j elle paroît être encore moindre chez les animaux à sang froid que celle qui s'opère à la surface cutanée. Ainsi, Spallanzani avoit déjà reconnu que les obstacles qui empêchoient celle-ci, abrégeoient sensiblement la vie des grenouilles. D'autres expérimentateurs , et tout récemment M. Edwards, ont pareillement constaté que toutes les fois qu'on retient ces animaux éloignés de l'air libre , en les privant de communiquer, par exemple, avec l'air autrement que par la surface pulmonaire, ils périssent assez promptement , beaucoup plus surtout que lorsqu'on les laisse respirer en même temps par la surface externe. De pareilles observations, extrêmement curieuses, sans doute , ne peuvent néanmoins devenir concluantes à l'égard de l'espèce humaine. Aussi, nonobstant les expériences de Spallanzani , Jurine , etc. , qui pensent qu'il se fait par la peau une absorption de l'oxigène de l'atmosphère, et celles de Priestley, Galtoniet autres physiologistes, 2. .63
qui contradictoifement soutiennent que cette membrane exhale du carbone , parce qu'ils ont trouvé l'air dans lequel un membre avoit séjourné plus ou moins long-temps , chargé d'une quantité plus notable qu'à l'ordinaire d'acide carbonique : aussi dironsnous qu'il y a loin de ce fait, différemment explicable, à l'existence d'une véritable respiration cutanée. La peau de l'homme du moins n'est point organisée pour cela; si la faculté absorbante y est prouvée , quoique inférieure à celle de l'autre surface tégumentaire , rien ne démontre qu'elle s'exerce dans l'état ordinaire , et cette circonstance doit éloigner tout soupçon d'inhalation atmosphérique par cette voie.