‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 97 sur 111 · DES VICES PRIMITIFS OU CONGÉNIAUX DES TÉGUMENS · texte numérisé non relu

DES VICES PRIMITIFS OU CONGÉNIAUX DES TÉGUMENS

DCCCCLI. Les altérations de l'enveloppe tégumentaire sont tellement nombreuses et si variées dans leurs formes, que, pour en donner une idée, même sommaire, il devient nécessaire de les rattacher à quelques divisions générales qui serviront de types pour comparer ces aJEfections entr'elles. Celle dont nous croyons devoir indiquer d'abord les caractères, se compose de ces vices de conformation des tégumens originels et qui intéressent soit l'épaisseur entière , soit une partie seulement de cette membrane. On les distingue en ceux par défaut ^ c'est-à-dire qui sont constitués par une imperfection , un manque de développement des élémens organiques; et en ceux par excès ^ c'est-à-dire dans lesquels ces mêmes élémens ont pris un développement considérable. Au premier ordre appartiennent les cas cités par les auteurs, d'absence totale de la peau sur une surface plus ou moins étendue; et, pour les membranes muqueuses , les exemples qui ne sont pas absolument rares de non-formation ou d'occlusion de certaines cavités, comme on l'a quelquefois observé à l'égard du vagin chez les femmes. Il arrive aussi que cette lacune, s'il est permis de s'exprimer ainsi, n'est que partielle, relativement aux parties constituantes de la peau; alors on remarque que l'altération porte le plus souvent sur l'épiderme. Mais ce genre de lésion est encore plus fréquemment accidentel que naturel; il rentre alors dans une autre division, que nous étudierons plus loin, celle des pertes de substance et des cicatrices.

DGGCGLII. Le vice d'organisation opposé , ou celui par excès , est beaucoup plus commun que le précédent , et comme le

précédent, il peut affecter l'épaisseur totale ou seulement quelques parties de la membrane tégumentaire. Mais il est facile de concevoir que son développement accidentel doit être , sinon tout-à-fait impossible , au moins extrêmement rare. On y rattachera, si on veut, à ce titre, les plis que la peau présente après la perte de l'embonpoint , ou qui sillonnent l'abdomen des femmes qui ont eu plusieurs grossesses. Il convient toutefois d'entendre plus rigoureusement par cette exubérance l'étendue extrême que prennent quelquefois les élémens divers de l'appareil tégumentaire. Tout le monde connoît l'excessive longueur que sont susceptibles d'atteindre les poils de quelques parties , ceux qui naissent dans les narines, par exemple, chez l'espèce humaine. A cette disposition appartient le développement considérable, caractère d'ailleurs d'agrément et de beauté , qu'acquièrent les plumes dites de luxe chez les oiseaux. L'épiderme présente aussi assez souvent un surcroît très-sensible de consistance et d'épaisseur ; et la maladie nommée ichthyose n'a pas d'autre origine, laquelle peut être également assignée aux cors et aux durillons. On a vu les ongles se former chez certains individus en véritables griffes par leur disposition recourbée au terme d'une longueur considérable. Chez les animaux, les cornes peuvent également atteindre un développement prodigieux. On observe enfin assez fréquemment sur la peau des élevures ou espèces de tubercules de nature et de consistance très-variables : les uns , tels que le mélicéris , le stéatôme , le lipome , paroissent formés par l'accroissement insolite des follicules sébacés et de la matière graisseuse qu'ils sécrètent; les autres, tels que les verrues, sont une dépendance du derme lui-même; mais tous reconnoissent pour cause fondamentale cette exubérance de développement que nous avons signalée.

DGGGCLIII. Si nous jetons maintenant un coup d'oeil sur d'autres altérations plus analogues qu'on ne le croit à celles qui viennent de nous occuper, mais dont le siège est à la surface de

la membrane tégumentaire interne , elles nous offriront des caractères fort remarquables. Ce sont en général des amas plus ou moins considérables de graisse pareils au lipome , ou des tumeurs d'un tissu spongieux érectile. Celles-ci ont reçu le nom générique de polypes. Les points où on les rencontre le plus communément sont l'entrée des replis internes de la peau , ou les limites des deux surfaces tégumentaires. Les fosses nasales , les sinus maxillaires , le pharynx , le vagin , l'intérieur de la matrice, en sont ordinairement le siège. Le tissu qui les forme diffère d'une manière plus ou moins sensible de celui des membranes muqueuses à la face externe desquelles ils adhèrent par un pédicule d'une longueur variable qui leur permet de flotter librement dans ces cavités. L'aspect général des polypes présente une couleur ordinairement brune ou rougeâtre ; leur surface est lisse et polie ; l'homogénéité fait le caractère fondamental de leur texture , quoiqu'on y distingue parfois, comme l'observe F. Meckel, l'apparence fibreuse en sens inverse de la surface qui les porte. D'une consistance presque toujours molle et pulpeuse fort analogue au tissu des mollusques , les polypes peuvent néanmoins acquérir quelquefois un degré de consistance qui les rend durs et calleux ; des vaisseaux d'un calibre variable et plus ou moins nombreux y existent souvent et forment parfois de grands sinus présentant cette particularité qu'ils n'ont pas de membranes propres. La présence de ces vaisseaux explique les inflammations, les hémorrhagies et autres accidens de même nature qui ont si souvent lieu dans les tumeurs polypeuses. Elles ne deviennent guère incommodes d'ailleurs, et partant dangereuses, sauf les accidens dont il vient d'être question, que par suite des obstacles qu'elles apportent à l'exercice de certaines fonctions importantes, comme la déglutition et la respiration pour ceux du pharynx ; ou bien par leur présence seule qui devient, comme tout corps étranger, cause d'irritations plus ou moins profondes dans quelques organes , tels que la matrice , le vagin : aussi , l'art n'a-t-il

d'autre ressource que leur extirpation , qui d'ailleurs est trop souvent impuissante pour s'opposer à l'extrême tendance que ces tumeurs ont à se reproduire.

ARTICLE II

DES ALTÉRATIONS DE TEXTURE DE l'eNVELOPPE TÉGUMENT AIRE.

DCCCCLIV. La peau peut être diversement modifiée dans ses élémens de texture qui subissent alors des cliangemens plus ou moins remarquables. Un des plus fréquens et tout à la fois des plus dignes de fixer l'attention des observateurs, est celui que présentent ces taches congéniales connues généralement sous le nom de nœpi materni, et qui ne diffèrent pas moins entre elles par l'intensité de la couleur , que par leurs formes et leur étendue. On sait que les pathologistes les considèrent comme des tumeurs sanguines analogues à celles qui constituent les fongus. Il est certain que les variations qu'on observe dans leur couleur, au printemps, par exemple, où son intensité s'accroît presque toujours sensiblement, viennent à l'appui de cette opinion; mais leur caractère de fixité et de circonscription ne permet pas davantage d'y méconnoître une modification primitive de la partie colorante ou du /j/^w^Tz/wwdel'enveloppe cutanée. Cette disposition ne correspondelle pas à ce qui se passe en sens contraire dans la peau des nègrespies, ainsi nommés à cause des taches blanches dont leur surface tégumentaire externe est en quelque sorte parsemée ? Ici du moins il faut bien reconnoître que Fabsence du pigmentum ou plutôt de sa nuance ordinaire , ne tient pas à l'abord et à la stase

du sang, comme on Fa supposé pour les taches congéniales. Mais ce yice partiel de coloration se montre aussi quelquefois sur d'autres parties de l'appareil tégumentaire, et particulièrement sur les cheveux. Il n'est pas rare en effet de rencontrer des individus ayant au milieu d'une chevelure très-noire, une ou plusieurs mèches tout-à-fait blanches et qui ont été telles dès la plus grande jeunesse. Ce phénomène a pareillement été observé dans toutes les autres nuances. On ne trouve peut-être pas dans les faits de ce genre la preuve de l'opinion émise par M. Gauthier relativement à la coloration de la peau, qu'il fait dépendre de la substance muqueuse sécrétée dans le bulbe des poils. Mais il est constant d'une part que les taches diverses peuvent exister sur certains points de la peau où on n'observe pas le moindre vestige de poils; et de l'autre, il ne paroît pas, chez les vieillards, après que les cheveux et les poils ont subi une décoloration entière , que la peau présente aucun changement analogue. Quoi qu'il en soit, cette disposition vicieuse des divers élémens tégumentaires , ne mérite pas absolument le nom de maladie , ou ne peut du moins être considérée comme telle que relativement à l'espèce : aussi est-elle toujours au-dessus des moyens de la thérapeutique. On connoît les conjectures et les hypothèses auxquelles l'imagination de quelques écrivains s'est laissée entraîner pour établir des analogies plus ou moins subtiles entre les formes presque innombrables des taches cutanées et différens corps de la nature , croyant d'ailleurs y découvrir les effets directs des impressions morales produites par ces dernières durant la grossesse. Mais , énoncée d'une manière aussi vague , cette idée ne peut être accueillie par la physiologie rationnelle ; il faut l'abandonner au vulgaire.

ARTICLE lîl.

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