‹ Description des maladies de la peau (volume 2)Chapitre 98 sur 111 · DE L ALBINISME · texte numérisé non relu

DE L ALBINISME

DGCCCLV. Cet état delà peau peut être cousidéré comme l'extension à toute sa périphérie de celui que nous venons de voir partiel ou local. Il s'en faut bien que ce soit l'unique changement de coloration que cet organe puisse ainsi subir en totalité; mais il nous paroit véritablement le seul constitutionnel ^ c'est-à-dire dépendant d'une modification primitive de texture. Les autres , en effet, tels que la couleur jaune dans l'ictère , l'aspect jaune-paille qu'on observe dans l'aménorrhée et dans la plupart des phlegmasies chroniques^ la couleur même tout-à-fait noire dont certains individus ont offert l'exemple, dans quelques maladies très-graves, au rapport des observateurs , toutes ces nuances , auxquelles nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres , nous paroissent essentiellement le résultat d'une disposition morbide, et n'avoir par conséquent qu'une existence secondaire. De tels états rendent bien facilement appréciable la différence existante entre leur cause intime qui, quelle que soit la théorie qu'on adopte, paroît toujours être la présence ou l'absence du sang dans le réseau muqueux , et celle de l'albinisme qui ne reconnoît qu'une altération primitive de la partie colorante. Les caractères physiques ne rendent pas d'ailleurs la différence moins sensible. Chez les albinos, en effet, la couleur blanche n'a rien d'analogue à ce qu'elle est dans les individus de cette race , non plus qu'avec celle des états morbides dont il vient d'être fait mention. Cette blancheur, d'an aspect laiteux , uniforme et en même temps blafarde , a aussi parfois quelque chose de poli et de luisant, ainsi que nous l'avons observé chez une femme assez belle d'ailleurs , et qui faisoit un très-grand

usage (les cosmétiques. Comme la plupart des individus de sa couleur, elle avoit les cheveux d'un blond très-pâle, d'une finesse extrême, et en même temps mous et sans énergie. Les yeux , trèspetits et fort sensibles à la lumière, étoient, ainsi que cela se voit généralement en pareil cas , saillans et comme bombés ; l'iris et la pupille avoient une couleur rouge assez foncée , et la personne étoit fortement myope. Le tissu cellulaire sous-cutané ne manquoitpas d'ailleurs d'une certaine résistance ; et ce qui nous paroît encore plus décisif, cette femme, assujettie par sa triste situation à des privations et à des excès de toute espèce, jouissoit néanmoins d'une santé parfaite.

DCCGGLVL II est incontestable que dans les degrés d'étendue ou d'intensité variables dont V albinisme est susceptible , comme toute autre modification de la texture organique , celui que nous venons de décrire est un des plus rapprochés de l'état de la peau dans la race blanche. Ordinairement , les individus affectés d'albinisme sont d'une petite stature, débiles et rabougris. C'est ce qu'on observe surtout en Afrique parmi les albinos qui existent en petit nombre au milieu des nègres dont ils sont presque toujours les victimes. Ils sont aptes à se reproduire , et ne donnent pas toujours naissance à des enfans de leur couleur. La plupart des albinos dont on connoît l'histoire n'ont eu qu'une existence chétive et misérable. Un médecin nous en a communiqué deux nouveaux exemples fort intéressans : le premier a pour sujet un enfant demeurant à Paris, né d'un père très-robuste et fort brun , et d'une mère blonde assez délicate , lequel olfroit tous les caractères de l'albinisme au plus haut degré ', peau lisse , molle et blafarde ; cheveux très-blonds; myopie extrême , avec l'iris et la pupille rouges. Tous les frères de cet enfant étoient sains et robustes, excepté une petite sœur qui avoit avec lui une ressemblance marquée ; mais dans une disposition beaucoup moins considérable. Le second fait est celui d'un jeune homme né à Caen et observé par M. Sauvages à l'hôpital de Lizieux; où il réside encore en ce

moment. La constitution éminemment lymphatique fait la base du tempérament de ce jeune homme qui, avec la lèvre supérieure très-tuméfiée , présente une coloration vive des joues, ce qui n'est pas ordinaire aux albinos, et contraste d'ailleurs singulièrement avec le reste de la peau terne et blafarde. Les cheveux, les yeux et tous les autres caractères sont chez lui tels qu'on les rencontre dans les individus de cette espèce. Celui-ci rapporte son état à l'impression profonde qu'auroit faite à sa mère, pendant sa grossesse, la mort d'un lapin blanc qu'elle aimoit beaucoup, et que son père tua dans un moment de colère. De telles sensations peuvent sans doute avoir des suites plus ou moins fâcheuses soit pour Je fœtus, soit pour la mère 5 et, si la nature est surprise par de pareils chocs au milieu du travail plastique , il est certain qu'il peut en résulter , ainsi que l'a démontré le célèbre M. Geoffroy Sain t-Hilaire , des vices de conformation ou des monstruosités plus ou moins remarquables. Mais là s'arrêtent les données de l'observation 5 et vouloir établir des rapprochemens et des comparaisons entre les agens producteurs ou les causes occasionelles, et la nature ou les formes des altérations, c'est, comme l'a judicieusement fait observer encore l'académicien que nous venons de citer , se perdre dans un dédale de vaines conjectures.

DGGGGLVII. On sait que les animaux sont sujets à l'altération de couleur de la peau que nous venons de décrire, aussi bien que l'espèce humaine •, ils paroissent en être atteints également dans l'état de domesticité et dans la vie sauvage; les renards, les souris, dans la seconde condition , présentent aussi fréquemment cette disposition que les lapins et les chats dans la première. Le pelage des uns et des autres offre effectivement les traits connus de l'albinisme , jusqu'à la coloration de l'iris et de la pupille , ainsi que l'extrême foiblesse de la vue; ils sont identiquement ceux qu'on rencontre dans l'espèce humaine. Dans les deux cas , il est également difficile d'expliquer la coïncidence qu'on observe constamment entre la teinte albinique de la peau ou du pelage,

et l'étaL particulier des yeux qui paroît tenir d'ailleurs au défaut de l'enduit qui recouvre ordinairement le choroïde. Nous avons observé que l'explication de la couleur cutanée par le fluide sécrété dans le bulbe des poils ne rend pas exactement raison de toutes les circonstances du phénomène; celui dont nous venons de parler doit paroître plus difficile encore à pénétrer : aussi fournit-il un beau sujet de méditations et de recherches aux physiologistes. Quant à l'analogie qu'on a voulu établir entre les effets des maladies lymphatiques et l'albinisme , elle ne nous paroît rien moins que fondée. Il y a sans contredit plus de rapport entre cet état et ce qu'on observe chez les animaux qui blanchissent durant l'hiver, où ils vivent à l'abri de l'influence de la chaleur et de la lumière , et qui reprennent leur couleur au retour de la belle saison ; ce changement n'est autre que celui produit par l'étiolement sur les plantes et sur l'espèce humaine elle-même, et on ne peut nier qu'il n'ait avec l'albinisme toute la ressemblance que l'art et les modificateurs externes peuvent donner avec d'autres effets qui ont une cause originelle ou organique.

ARTICLE IV

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