XXVI DISCOURS
Gœlius-Aurelianus, et d'autres maîtres de notre art, a voient aussi porté leur attention. Je démontrerai que cette affection n'attaque jamais les personnes robustes et vigoureuses , et que la génération de ces dégoùtans animalcules, tient à une faiblesse radicale et constitutionnelle de la peau, comme le développement des vers, dans le conduit intestinal, tient également à un défaut d'énergie dans les propriétés vitales de cet organe.
§. XXX. La triste influence des affections de l'ame sur les altérations du système dermoïde est trop manifeste, pour qu'on puisse la contester. On a dit judicieusement, que ces altérations étoient, le plus souvent, l'apanage des hommes flétris par des chagrins , ou abattus par de longues infortunes. Si les animaux sont moins sujets que nous aux maladies cutanées, c'est qu'ils sont exempts d'une multitude de causes qui les produisent et les fomentent : leurs passions ne sont exposées à aucun trouble qui les exalte d'une manière continue. Lorsqu'un individu est vivement agité par la crainte ou par la douleur , l'éclat de sa peau se ternit; ses joues deviennent flasques, livides ou jaunes. Je publierai , dans ce recueil , le portrait d'un malheureux serviteur , qui voyant son maître conduit au supplice ignominieux de l'échafaud, fut u^niversellement couvert d'une dartre furfuracée. J'ai vu une femme dont la peau fut soudainement marquée d'une éruption papuleuse, par la simple annonce d'une nouvelle fâcheuse. Dans ces occasions , il se déclare même des exanthèmes , dont on ne saurait trop définir la nature , parce que leur aspect n'est pas toujours le même. On connoît les taches rouges qui déparent la face de ceux qui se livrent à des mouvemens habituels de fureur , etc. : j'offrirai en conséquence les différens traits que j'ai pu réunir à ce sujet.
§. XXXL Quand on parcourt l'histoire des peuples , on trouve les plus grands rapports entre leurs maladies et leur genre de vie. L'influence des mœurs et des causes politiques, ne sauroit donc être méconnue par les praticiens philosophes. Si l'on jette un
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coiip-troeil sur les nations civilisées , on verra que les anciens Grecs avoient à peine aperçu ces dégradations du système dermoïde, sans doute à cause de la sévérité du régime qu'ils observoient. Le célèbre M. Willan fait remarquer que , du temps d'Homère , elles dévoient être peu communes , puisque cet immortel poète n'en fait presque pas mention : il décrit seulement , d'une manière confuse , les excrétions dégoûtantes qui souillent la peau des indigens. Hérodote, Thucydide, Diodore de Sicile, ne parlent de ces maladies que comme de quelques fléaux rares, répandus çà et là, et qu'ils ne connoissoient que par tradition ou par renommée. Ils s'imaginoient qu'elles étoient l'apanage des Barbares , corrompus par le luxe : de là vient que les Perses en redoutoient si fort l'introduction dans leur pays. Les Romains , avec leur pureté austère, se croyoient également hors de leur atteinte. Ces honteuses éruptions étoient reléguées, chez eux, parmi les animaux et les esclaves. Mais la dépravation s'accrut : on négligea les exercices du Champ de Mars ; on s'abandonna à la paresse, à l'oisiveté , à la débauche , à l'ivrognerie ; et de là une source bien féconde de maladies cutanées. Ni les Germains , ni les Gaulois , ni les Bretons laborieux et guerriers, n'av oient contracté ces déplorables affections avant le commerce des Sarrasins. Les peuples , en se mêlant, ont fait un cruel échange de maux. On gémit sur le triste sort de l'humanité, quand on songe que le mal affreux qui attaque les plus précieux organes de la reproduction et de la vie , a du peut-être son introduction en Europe à des circonstances politiques.
§. XXXII. A ces causes que je viens d^énumérer, on peut en joindre d'autres qui sont d'autant plus désastreuses, qu'elles se prolongent de génération en génération : telles sont, par exemple , celles qui tiennent à une disposition originelle. Des faits irrécusables prouvent que les familles humaines se dégradent, par le triste héritage des maladies qu'elles se transmettent dans la succession des siècles. J'ai observé, à l'hôpital Saint-Louis , que les