‹ Description des maladies de la peauChapitre 3 sur 94 · IV DISCOURS · texte numérisé non relu

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$. III. Placé sur un tliéâtve où ces maladies se présentent et se renouvellent sans cesse , j'ai pu mieux qu'un autre débrouiller la confusion introduite dans les travaux des anciens ; j'ai pu suivre la marche, les périodes, le déclin, les recrudescences, les métamorphoses des divers exanthèmes. C'est dans les liôpitaux que leurs traits caractéristiques se prononcent avec plus d'évidence et d'énergie , parce qu'on les contemple dans toutes les époques de leur existence.

^. IV. J'ai eu besoin sans doute d'une patience infatigable pour démêler des faits aussi nombreux dans un champ si vaste pour l'observation médicinale. En effet, quelle inconcevable variété dans les dégradations de tout genre dont nos tégumens sont susceptibles ! Tantôt c'est l'épiderme seul qui s'altère , se résout en une substance farineuse , ou se détache en petites exfoliations furfuracées , semblables aux lichens ou aux mousses parasites qui souillent l'écorce des vieux chênes ; tantôt ce sont d^s lames écailleuses plus ou moins étendues , plus ou moins épaisses , plus ou moins dures , plus ou moins régulières ; tantôt cette même membrane est parsemée d'éruptions papuleuses ou pustuleuses, miliaires ou perlées, vésiculeuses ou phlycténoïdes , etc. Quelquefois c'est simplement le système dermoïde qui se décolore sans s'élever au-dessus de son niveau , et qui nous montre tour-à-tour des taches rouges, brunes, noires, jaunes, livides, ou d'une nuance verdâtre comme la chair des cadavres en putréfaction. D'autres fois aussi il se déprime dans certains endroits de sa surface , et présente des excavations profondes. Mais plus souvent les maladies cutanées laissent transsuder une matière ichoreuse oii purulente qui se concrète en une masse croùteuse , pour tomber , renaître, et pour tomber encore. Ces croûtes, dont la figure varie à l'infini , représentent des cercles , des losanges , des prismes, des cylindres, des tubercules ou des mamelons proéminens qui simulent les sucs lapidifiques cristallisés. On en voit qui s'étendent insensiblement, et s'arrondissent en zones relevées par

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des bords affreux, ou qui rampent comme les serpens en lignes sinueuses el longitudinales. Mille autres accidens peuvent survenir. Il est des circonstances où la peau entière se gonfle , se tuméfie, se gerce ou se détériore entièrement dans sa texture, au point de présenter une consistance qui la fait ressembler à l'enveloppe de certains quadrupèdes. Dans ces effroyables déformations , les malades conservent à peine l'apparence humaine -, ils ont la physionomie terrible des lions ou la face hideuse des satyres , selon la remarque de l'immortel Arétée. Enfin , il est d'autres cas où la peau s'élève en tumeurs circonscrites, qui ont l'aspect des fruits, et étonnent les regards par leurs pédicules amincis , ou par une sorte de végétation bourgeonnée. Des caractères si divers et si frappans constituent sans doute autant d'espèces de maladies cutanées qui réclament tout l'intérêt et toute l'attention des pathologistes.

§. Y. Si l'on examine maintenant, sous d'autres points de vue, la série innombrable des affections dont le système dermoïde est la proie, quelle diversité dans le génie particulier de leur marche, dans le caractère propre de leurs phénomènes, dans le type de leurs paroxysmes , dans la durée de leurs phases , dans le mode de leur invasion et dans celui de leur issue ! Les unes attaquent tous les âges ; les autres n'arrivent qu'à une époque déterminée de la vie. Certaines éruptions dégradent la surface entière du corps humain -, certaines n'atteignent que quelques organes. Il en est \\n petit nombre qu'on n'a à redouter qu'une seule fois , tandis que plusieurs menacent à chaque instant notre existence. On en voit qui se manifestent avec des démangeaisons violentes et souvent intolérables ; on en voit aussi qui n'excitent pas le plus léger prurit. Le phénomène de leur maturation présente les mêmes contrastes. Tantôt ces éruptions suppurent avec vitesse , tantôt elles suppurent avec lenteur. Souvent elles n'offrent aucune trace de celte opération vitale ; enfin , on observe qu'elles marchent quelquefois avec l'appareil d'une fièvre brûlante ; et que , dans d'autres cas ,

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elles se déploient avec calme et sans provoquer le moindre trouble dans l'économie vivante. Quel sujet inépuisable pour la réflexion !

§. VI. Aussi ne crains-je pas de l'avouer, dans ce vaste hôpital où tant d'objets appeloient à-la-fois ma curiosité et ma vigilance , mon esprit se fût souvent égaré , sans le pouvoir tutélaire d'une jnéthode rigoureusement analytique ; et cette méthode , préférable à toutes, a été celle des naturalistes. J'ai commencé mon travail par la description des maladies du cuir chevelu, généralement indiquées sous la dénomination de teignes. On sait que les Arabes ont principalement excellé dans l'étude de ces affections funestes qui attaquent l'homme à l'entrée de la vie. Mais combien de faits manquoient à leur histoire! La teigne faveuse n'avoit pas été signalée avec les vrais phénomènes qui la distinguent. Je puis porter le même jugement sur la teigne granulée ou rugueuse , sur la teigne furfuracée ou porrigineuse. La teigne muqueuse avoit été confondue avec la croûte de lait. Enfin, toutes ces dégradations cutanées étoient soumises à des traitemens ineptes et barbares. Non-seulement j'ai tracé un tableau fidèle de leurs différentes espèces , en n'assignant à chacune d'elles que les attributs qui les séparent ; mais j'ai éprouvé , par des expériences décisives , les divers plans curatifs qu'on leur a opposés jusqu'à ce jour. J'ai fait des efforts pour pénétrer le mystère de leur contagion. Les résultats que j'ai obtenus , doivent dissiper les craintes du vulgaire , et rassurer les imaginations alarmées. Je n'ai pas borné là mes recherches ; j'ai suivi ces exanthèmes jusque dans le mécanisme de leur formation , s'il m'est permis de m'exprimer ainsi : en sorte qu'après avoir enlevé , par des applications détersives , les croûtes et les écailles qui les constituent , je contemplois de nouveau les progrès de leur marche, à mesure qu'elles renaissoient. J'ai même interrogé , par les procédés analytiques de la chimie , la nature matérielle de leurs desquammations. En un mot, j'ai taché de n'oubher aucun point de vue, pour arriver à

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la connoissance complète d'une afFection si rebelle à nos moyens thérapeutiques.

§. VIL Je ne pouvois sans doute m'occuper des maladies qui iiitéressent les tégumens de la tête , sans porter en même temps mes regards sur la plique, affection extraordinaire des cheveux et des poils, qui est spécialement endémique dans la Pologne, la Lithuanie et autres pays circon voisins. Les faits relatifs à cette affection doivent nécessairement trouver leur place dans l'ouvrage que je publie ; car les altérations que subissent les organes pileux sont essentiellement liées à celles du système dermoïde , et leur histoire ne peut pas plus en être séparée , que la théorie de la végétation des plantes de celle du sol qui les fait croître et les nour rit. D'ailleurs , beaucoup de traits d'analogie rapprochent la plique de la teigne. Toutes deux , en effet , produisent des éruptions , des ulcérations sur la peau , des engorgemens glanduleux , des déformations unguicvilaires, etc. Peut-être aussi que les dépurations qu'elles occasionnent, ont des points de contact que nous ne connoissons pas. Au reste, de tous les phénomènes rares et singuliers dont traite la pathologie descriptive, aucun, j'ose le dire , n'offre plus de difficultés à éclaircir que la plique. Cette maladie qui est si redoutable dans les pays où elle sévit communément , et que j'ai eu occasion d'observer dans trois circonstances à Paris , m'a mis à même de mettre à profit les recherches particuHères qu'ont bien voulu m'adresser les médecins qui pratiquent Fart dans ces contrées; et je me plais à payer ici un tribut d'éloges à leur zèle , pour l'excellence des faits qu'ils m'ont communiqués avec tant d'empressement.

§. VIII. Il est une série nombreuse de maladies de la peau , sur lesquelles j'ai été plus à même de méditer , parce qu'elles sont plus fréquentes parmi les hommes , et qu'on les rencontre sous mille formes à l'hôpital Saint-Louis : ce sont les dartres. Quelques espèces sans doute avoient été soigneusement déterminées par l'observation ; mais il en est une foule dont l'étude n'étoit pas

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même encore commencée , et dont la description ne se retrouve dans aucun auteur. On n^avoit pas retracé d'ailleurs d'une manière assez exacte les symptômes et la marche des dartres déjà connues. On avoit , en outre , trop généralisé les principes de traitement pour toutes ces affections , qui ont tant de types différens, que tant de causes opposées développent, que tant de levains fomentent, qui s'exercent sur des tégumens dont la texture est si variée. Quel vide encore n'avois-je pas à remplir, touchant les éruptions herpétiques que suscitent souvent des maladies étrangères au système dermoïde, telles que la goutte, le rhumatisme , etc. ! J'ai longuement exercé mes yeux à discerner, dans toutes les circonstances , les déplorables empreintes des scrophules, du scorbut, et les ravages innombrables de la siphylis prothéiforme. Afin de ramener l'ordre dans une matière si embrouillée, j'ai décomposé les dartres jusque dans leurs élémens les plus simples. Par une longue contention de mon esprit, et par une constance que rien n'a pu fatiguer , j'ai tenu le compte le plus fidèle de tout ce qui est relatif aux phénomènes de leur propagation , au caractère de leur mobilité , au danger de leur répercussion , et à l'espèce d'influence utile qu'elles conservent dans l'économie animale. L'examen approfondi de ce vaste ensemble m'a fourni , je puis l'assurer, des résultats inattendus et des points de doctrine infiniment utile à la science.

§. IX. La lèpre, l'éléphantiasis, le pian et autres fléaux de ce genre , sont très-rarement observés en Europe ; aussi les érudits disputent encore sur le vrai caractère de ces affections terribles, dont les anciens ont fait mention. Ce qui augmente surtout la confusion qu'ils ont introduite dans cette matière , c'est qu'ils se plaisent à disserter sur des symptômes dont ils n'ont pas été les témoins. Ils compulsent les ouvrages des Grecs et des Latins; ils en interprètent le texte diversement et à leur gré : c'est ce qui a donné lieu aune multitude d'erreurs. Mais, certes, si on s'accorde à peine aujourd'hui sur les attributs invariables des pkntes dé-

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dites par les botanistes de l'antiquité , comment s'accordera-t-on sur des maladies dont la physionomie spéciale a pu être modifiée par mille circonstances dans la durée des siècles? Au surplus, il suffit souvent de quelques faits exactement exposés , pour détruire tant de discussions superflues qu'il importe de ne lire , que lorsque la contemplation fidelle de la nature a prémuni notre esprit contre les impressions fausses qu'il pourroit recevoir. Quoique les affections désastreuses dont nous venons de parler, ne se manifestent presque jamais en France, j'ai eu cependant occasion de voir plusieurs accidens qui leur appartiennent. L'hôpital Saint- Louis est, en quelque sorte, l'égout de toutes les contrées du monde. Les étrangers qui affluent dans une cité aussi vaste que Paris , y apportent quelquefois le germe des éruptions les plus extraordinaires , contre lesquelles ils viennent implorer notre secours. Je rapprocherai , en conséquence , le peu de phénomènes qu'il m'a été possible de recueillir des phénomènes nombreux que des observateurs authentiques ont été à même d'étudier, persuadé que les résultats de cette double expérience éclaireront beaucoup mieux notre jugement.

§. X. Je me suis occupé, avec l'attention la plus scrupuleuse, de quelques autres maladies de la peau , presque aussi rares que les précédentes : tel est, par exemple, l'ictiosis, altération remarquable et singulière , dans laquelle les tégumens sont tellement rugueux et écailleux , qu'ils offrent une similitude frappante avec l'enveloppe des poissons ; telles sont pareillement certaines tumeurs aplaties , tantôt d'une forme oblongue , tantôt d'une forme quadrangulaire , ou plutôt certains boursoufflemens du système dermoïde , qui cachent un caractère éminemment pernicieux et opiniâtre. Ces sortes de congestions, dont la nature paroît être lymphatique , ont une structure cordiforme , qui n'a été décrite par aucun observateur , et qvi'il est infiniment difficile de retracer. Des chirurgiens habiles ont vainement tenté de les faire disparoître par l'instrument tranchant. Mais à peine les excisions et les extir-

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