X DISCOURS
pations de ces tumeurs sont-elles exécutées, que celles-ci re pullulent et se remontrent plus féroces que jamais. Elles jettent çà et là des racines profondes ; elles occasionnent des douleurs aiguës , lancinantes, assez analogues à celles que suscite le cancer, dont j'offrirai aussi le déplorable tableau, pour qu'on puisse mieux apprécier les traits de différence qui distinguent deux affections aussi affligeantes dans l'histoire pathologique de l'homme. Il est une autre dégénération du système dermoïde non moins affreuse. Il se manifeste quelquefois sur la face , ou sur d'autres parties du corps, des tumeurs charnues qui ressemblent à des fruits, à cause de leur forme ronde et granuieu^se. Les anciens en ont fait des peintures hideuses et effrayantes. Ces tumeurs fongueuses se convertissent ordinairement en ulcères tellement fétides, qu'on ne peut approcher des malades sans éprouver une répugnance invincible. Aucun spectacle alors n'est plus repoussant que leur peau, qui, en proie à la suppuration, tombe dans une sorte de fonte et de décomposition générale. On verra toutefois , dans cet ouvrage , que je n'ai négligé aucune occasion de recueillir tous les cas rares que j'ai pu rencontrer, pour les présenter à la curiosité de mes lecteurs.
§. XL En traitant des excroissances morbifiques qui dégradent le système dermoïde , j'ai cru qu'il importoit de ne pas perdre de vue celles qu'il faut , pour ainsi dire , considérer comme des végétations cutanées , qui se développent à la surface du corps humain , sans qu'aucune de ses fonctions en soit altérée ; qui n'ont qu'une existence d'emprunt, et sont, en quelque sorte, placées hors du domaine de la circulation et de la vie; de ce nombre sont les cors , les verrues , les loupes , les callosités du derme , les accroissemens extraordinaires des ongles , etc. On a , ce me semble , trop négligé ces sortes de dégénérations , que les anciens médecins , tels que Celse, Avicenne, etc., avoient jugées dignes de leur attention. Ces affections sont certainement du domaine de la pathologie cutanée , quoique la plupart tiennent à des causes purement
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mécaniques , comme , pai- exemple , à l'effet comprimant des chaussures étroites , aux frottemens divers que subit l'épiderme dans les marches forcées , etc. C'est mal-à-propos qu'on abandonne aux empiriques le soin de les guérir. Toutes les parties de notre art sont également honorables pour le praticien , et toutes méritent les regards de l'observateur philosophe. Qui sait d'ailleurs si l'étude de ces altérations ne peut pas conduire à des notions plus utiles !
§. XII. Quand j'ai commencé mes recherches chniques à l'hôpital Saint-Louis, je n'ai pas tardé à m'apercevoir du désordre extrême qui régnoit dans l'histoire des maladies psoriques. On confondoit habituellement , sous le nom de gale , des altérations du système dermoïde qui n'ont d'autre rapport avec cette affection , cpie de provoquer le développement d'une multitude de boutons papuleux qu'accompagnent des démangeaisons vives et constantes. Je me suis attaché dès lors à bien assigner les attributs distinctifs de ces nouvelles espèces d'exanthèmes, afin de trouver le traitement qu'il fallait leur adapter. J'ai démontré que les moyens de guérison qui s'appliquent à la gale, ne conviennent pas toujours au prurigo ; considération très-importante pour la médecine des prisons et des armées , où ces deux maladies peuvent quelquefois se montrer simultanément. Le prurigo diffère essentiellement de la gale par son caractère non contagieux. Sou^ vent il est le triste résultat de la constitution physique des individus, et se transmet par des causes héréditaires; souvent aussi il est accidentel, et il est facilement contracté par l'habitude qu'ont certains individus de coucher dans les lieux humides sans quitter leurs vêtemens , par les veilles prolongées , l'abus des liqueurs spiritueuses , etc. La gale , au contraire , se transmet par l'unique voie de la contagion. Les naturalistes ont déjà classé l'insecte dévorant qui la propage. Elle a d'autres différences spécifiques que j'aurai soin de présenter. Je ferai voir également combien il importe de bien distinguer les boutons de la gale , de ceux qui sorit